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Histoire de Thionville et des villages alentours

Histoire de Thionville et des villages alentours

Numéro ISSN: 2492-2870 Histoire de la ville de Thionville et des villages alentours à partir de documents d'archives

Publié le par Michel Persin
Publié dans : #Thionville 21ème siècle
La couverture du livret sur l'histoire de l'église Notre Dame

La couverture du livret sur l'histoire de l'église Notre Dame

A l'occasion des soixante ans de l'église Notre Dame de l'Assomption de Thionville Saint-François, la paroisse a édité un livret retraçant l'histoire de l'église. 

(Format A4 - 90 pages -nombreuses illustrations couleurs) 

Vous y découvrirez l'histoire des chapelles ayant précédées l'église actuelle:

- La chapelle des lépreux remontant à la léproserie de Thionville au moyen-âge dont le bâtiment désacralisé existe toujours.

- La chapelle provisoire réalisée en 1937/1938 dans l'ancienne salle de spectacle créée en 1908 dite la "Kaiserhalle" qui deviendra par le suite le "Grand Trianon"

Enfin, la construction de l'église Notre Dame actuelle, réalisée dans un ancien bâtiment édifié par les allemands et non terminé en 1945, devant servir de laiterie.

Après avoir découvert sa construction, son équipement et sa riche décoration,  vous découvrirez au fil des pages et des nombreuses photos d'époque, la vie de la paroisse Notre Dame au travers de ses réalisations les plus marquantes.

Sa chorale, son atelier et toutes les associations qui concourent à en faire une paroisse vivante.

Vous connaîtrez aussi l'origine et l'évolution de la Saint-Fiacre (patron des jardiniers), fête du quartier, qui se tient tous les ans à l'arrière de l'église et connaît toujours un beau succès.

 

Pour 8 € 

 

Vous pouvez acheter le livret au secrétariat du presbytère de la paroisse au 37, avenue de Guise à Thionville  du lundi au vendredi 14h-18h

Tél: 0382532581

 

http://saintefamille.over-blog.org

 

 

 

La saint Fiacre en 2016

La saint Fiacre en 2016

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Publié le par Michel Persin
Publié dans : #Divers
La statue de Saint-Nicolas dans l'église Saint-Nicolas à Bari (Italie) 2011

La statue de Saint-Nicolas dans l'église Saint-Nicolas à Bari (Italie) 2011

** Cette statue représente un Saint-Nicolas de type moyen-oriental, ce qu'il était assurément.

Dans quelques jours, nous serons le 6 décembre, jour de Saint-Nicolas, patron de la Lorraine et des enfants. Quelques personnes n'ont posé des questions sur cette fête qui me laissent à penser qu'aujourd'hui notre saint et son histoire sont fort peu connus !

J'ai, dans ma jeunesse, pas si lointaine, entendu, la nuit tombante, le son de sa clochette dans les rues de Veymerange. J'ai connu l'angoisse du père fouettard, sachant bien que j'avais "parfois" mérité son courroux. J'ai apprécié les quelques friandises qu'il m'avait données de sa main gantée de blanc. Il m'est resté de ces visites de Saint-Nicolas et de son éternel acolyte à la baguette menaçante, des souvenirs nostalgiques d'avant Noël, quand la chaleur de la maison et de la famille réunie nous entouraient de bienveillance rassurante.

Plus tard, quelques fois, j'ai moi même pris les traits du saint ou de son noir compagnon, lors de visites à l'école du village ou dans une ou l'autre des maisons voisines.

On dit souvent que pour aimer une personne, il faut la connaître, gageons que pour une tradition, il en va de même. 

 

Voici donc un abrégé de l'histoire de Saint-Nicolas et du père fouettard.

 

Nicolas en grec, veut dire "Victoire du peuple", c'était l'évêque de Myre en Lycie, actuellement au sud de l'Anatolie, dans la Turquie actuelle. Myre où il décédera en l'an 345. Il était né à Patare (Patara dans la même province) vers les années 270, dans une famille riche et chrétienne.

Vers ses 8 ans, il perd ses parents et certains disent qu'il aurait été recueilli par son oncle Nicolas alors évêque de Myre qui l'aurait fait prêtre puis évêque. Mais cette période de sa vie n'est pas totalement établie.

Ce que l'on sait de façon plus précise c'est qu'il a participé au 1er conseil de Nicée en 325 et qu'il y lutte contre l'arianisme [1]. On lui attribut une grande générosité et un sens aigu de la justice sociale. Il connaîtra la prison comme ses frères chrétiens, il sauvera dit-on plusieurs fois, trois jeunes gens, puis trois officiers, d'une exécution certaine et cela grâce à son autorité naturelle, sa dialectique et sa combativité.

Après son décès en 345, il est inhumé à Myre dans l'église Saint-Nicolas, où de nombreux pèlerins viennent le prier. Sa légende est déjà bien établie et ses ossements sont réputés secréter un huile parfumée. Toutefois en 1071, la guerre qui dévaste la région, pousse des marchands venus de Bari, dans le sud de l'Italie à "voler" les reliques du saint homme pour les mettre à l'abri des turcs, c'était le 9 mai 1087.

Une basilique sera construite à Bari, entre 1089 et 1197, entièrement consacrée au Saint.

En 1098, un chevalier Lorrain, Aubert de Varangéville fait le pèlerinage à Bari d’où il rapporte une phalange  de la main du saint. Cette phalange sera déposée à Port, petit village près de Nancy. Aussitôt, un grand nombre de pèlerins vinrent à Port pour vénérer la sainte relique et dès 1095, l’évêque de Toul [2] consacra une nouvelle église à Port pour y abriter la relique. Plusieurs miracles furent attestés et la vénération du saint prit une ampleur considérable faisant de Saint-Nicolas-de-Port un pèlerinage important de la Lorraine et des régions limitrophes. La ville en bordure de la Meurthe et au carrefour commercial entre plusieurs provinces, abrita au 16ème siècle, une des foires les plus importantes d’Europe et cela bien entendu grâce à Saint-Nicolas, à ses pèlerins et à sa basilique.

Depuis lors, le culte du Saint déjà connu et célébré depuis des siècles en orient, s’amplifia remontant la Meurthe, puis la Moselle pour atteindre le Rhin.[3]

En 1477, le duc de Lorraine, René II, part délivrer sa ville de Nancy assiégée par Charles-le- Téméraire, duc de Bourgogne. Il s’arrête en chemin pour entendre la messe à Saint-Nicolas-de-Port et y placer ses armées sous la protection du saint. Le 5 janvier 1477, la bataille de Nancy tourne à son avantage et Charles le Téméraire y trouve la mort. Le duc de Lorraine attribut sa victoire à Saint-Nicolas et fait du saint, le patron de la Lorraine, ce qu’entérinera le pape Innocent X en 1657.

 

[1] Courant de pensée n’accordant pas à jésus le statut de Dieu attribué à son père, d’où négation de la sainte trinité.

[2] Pibon

[3] Au Luxembourg s’est le « Kleeschen » ou « Zinnikleeschen », le père fouettard est le « Housecker »

 

Son fils, le duc Antoine confirmera par lettres patentes ce patronage de Saint-Nicolas, ce qui amena de plus en plus de confréries, d’hôpitaux et de chapelles à se placer sous la protection de Saint-Nicolas.[1]  Il est devenu en Lorraine et dans le monde germanique tout proche, un saint très populaire, beaucoup de petits enfants l’eurent comme patron, comme prénom, et les Nicolas ou Nicole ne se comptèrent bientôt plus, tant ils furent nombreux, d’ailleurs se prénom est encore une valeur sûre aujourd’hui. Il donna aussi tous les Colas et tous les dérivés que sont : Collin, Collignon, Collort, Collard …

Dans la légende de Saint-Nicolas existe l’histoire de trois jeunes filles qu’il avait dotées afin que leur père indigne et « gripsous » ne les livrent pas à la prostitution. Il devint donc logiquement le protecteur de la vertu des jeunes filles et de celles des jeunes femmes à marier.

Sa légende accrédite aussi l’histoire de ces trois officiers échappant à une mort certaine par le prêche de Saint-Nicolas en leur faveur, elle cite aussi de nombreux miracles extraordinaires de délivrance et d’accidents évités grâce à son invocation. Il deviendra aussi le patron des navigateurs car il avait sur sa seule invocation, sauvé du naufrage, Saint-louis et la reine de France, qui revenaient de croisade en 1254, la reine offrit une nef d’argent à la basilique de Saint-Nicolas-de-Port en souvenir de ce sauvetage. Il fut ainsi le patron des voyageurs et des flotteurs de bois qui descendaient la Moselle, Jeanne d’Arc elle même s’arrêta à Saint-Nicolas-de-Port en 1429 avant d’aller sauver la France des Anglais.

Dès le 12ème siècle, Saint-Nicolas est déjà le patron des écoliers et des clercs comme en fait état un texte de la bibliothèque nationale.[2]

Enfin, il fut le grand patron des enfants puisqu’il ressuscita nous dit-on, les trois petits enfants coupés en morceaux par un terrible boucher, ce qui donna la chanson bien connue de tous : « Ils étaient trois petits enfants… » dont voici les paroles :

 

[1] Dans le diocèse de Toul  plus de 180 monuments lui sont dédiés et plus de 64 paroisses lorraines sont sous sont patronage

[2] BN Lat 1139 Folio 46

Image d'Epinal

Image d'Epinal

Ils étaient trois petits enfants

Qui s'en allaient glaner aux champs

Tant sont allés, tant sont venus

Que vers le soir se sont perdus.

S'en sont allés chez le boucher :

"Boucher, voudrais-tu nous loger ?"

"Entrez, entrez, petits enfants,

Y'a de la place assurément."

Ils n'étaient pas sitôt entrés

Que le boucher les a tués,

Les a coupés en p'tits morceaux

Mis au saloir comme un pourceau.

Saint Nicolas au bout d'sept ans

Vint à passer dedans ce champ,

Alla frapper chez le boucher :

"Boucher, voudrais-tu me loger ?"

"Entrez, entrez, Saint Nicolas,

Y'a de la place, il n'en manque pas."

Il n'était pas sitôt entré qu'il a demandé à souper.

"Voulez-vous un morceau d' jambon ?"

"Je n'en veux pas, il n'est pas bon."

"Voulez-vous un peu de rôti ?"

"Je n'en veux pas, il n'est pas cuit.

Du p'tit salé, je veux avoir

Qu'il y a sept ans qu'est au saloir."

Quand le boucher entendit ça,

Hors de la porte il s'enfuya.

"Boucher, boucher, ne t'enfuies pas,

Repens-toi, Dieu te pardonnera."

Saint Nicolas alla s'asseoir

Dessus le bord de son saloir :

"Petits enfants qui dormez là,

Je suis le grand Saint Nicolas."

Et le Saint étendit trois doigts,

Les petits se levèrent tous trois.

Le premier dit : "J'ai bien dormi."

Le second dit : "Et moi aussi."

Et le troisième répondit

"Je croyais être au Paradis."

Il est célébré dans toute l’Europe et la Russie s’est placée sous son patronage, il y a fort longtemps. La Lorraine l’a choisi depuis le moyen-âge et à Saint-Nicolas-de-Port on chante encore le cantique :

Saint-Nicolas, ton crédit, d’âge en âge, a fait pleuvoir des bienfaits souverains, viens, couvre encore de ton doux patronage, tes vieux amis, les enfants de Lorraine

Donc tous les 6 décembre, Saint- Nicolas vient offrir aux enfants, aux écoliers, des présents pour les récompenser de leurs efforts et les inciter à être gentils et serviables aux parents et aux autres. Aujourd’hui, il passe encore dans les écoles maternelles et défile dans les rues de nos villes faisant la joie des petits mais aussi des grands, le coeur empli de nostalgie.

Vous me direz que j’ai oublié un autre personnage, compagnon rituel de Saint-Nicolas, je veux parler du « Père Fouettard ».

Ce personnage est apparu bien plus tard dans l’histoire de Saint-Nicolas et son apparition n’est pas très bien documentée. Toutefois, il semble qu’il ait été associé au grand saint après 1552. Avant cette date, Saint-Nicolas venait seul, mais en 1552, Charles Quint vint mettre le siège devant Metz.

Le moral des messins étaient bas et la corporation des tanneurs eut l’idée d’inventer un personnage rébarbatif armé d’un fouet qui poursuivait dans les rue de la ville, les jeunes garçons et jeunes filles afin de les divertir des affres du siège qui dura jusqu’en janvier 1553.[1]

Après la levée du siège et pour fêter cela, une fois l’an, les tanneurs faisaient courir les rues à leur personnage, poursuivant les enfants. Au fil des années, il advint que cette évocation de Charles Quint tomba en même temps que la Saint-Nicolas et on prit l’habitude de les faire défiler en même temps, le père fouettard était né et devint le pendant du saint, aux enfants sages les friandises, aux enfants moins sages les menaces de coups de bâton.[2]

 

[1] Le siège dure d’octobre 1552 au début janvier 1553. L’armée de Charles Quint est décimée par le typhus et par les désertions, rien ne va dans la conduite des opérations, le temps est exécrable et Charles Quint malade abandonne le siège début janvier, se repliant sur Thionville

[2] C’est une des hypothèses, il y en a d’autres.

A notre époque où tout doit être sous contrôle, où la peur de traumatiser justifie toutes les précautions, à notre époque, où la norme, les normes, le principe de précaution, le politiquement correct cadrent et encadrent toute notre société, le père fouettard se voit interdire de visiter certaines écoles maternelles, les défilés… Pour certains extrémistes de la pensée unique, on lui nie même le droit d’exister. J’ai connu, comme des milliers et sans doute des millions d’européens, bien des « pères fouettard de Saint-Nicolas »[1] sans en être le moins du monde traumatisé. Alors, avant de passer à la trappe nos coutumes ancestrales, juste un peu de réflexion et de bon sens. Il est bien plus traumatisant pour un petit enfant de voir la violence de notre société dans beaucoup de domaine s’étaler à la télévision que de voir un « père fouettard » qui ne fouette jamais, frayeur vite effacée par la présence du bon Saint-Nicolas.

 

[1] Père fouettard de comédie

Statue en bronze de Saint-Nicolas devant l'église Saint-Nicolas de Bari (Italie) 2011

Statue en bronze de Saint-Nicolas devant l'église Saint-Nicolas de Bari (Italie) 2011

Sources :

Saint Nicolas Jean Marie Cuny 1978

Les photos: collection Michel Persin

 

BONNE SAINT NICOLAS A TOUS

 

En décembre la suite des articles sur les fortifications de Thionville

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

** En premier lieu, je voudrais signaler et corriger une erreur sur le plan de la ville figurant dans l’article précédent. Lors de la mise en page, l’étiquette indiquant le bastion « le Ferdinand » a bougé. Pour le nom des bastions, il faut se référer au plan joint à la fin de cet article.

Comme nous l’avons déjà dit et redit, le premier pont de Thionville, point de bois couvert, monté sur des piles de maçonnerie a été édifié en 1673, sous la direction de Rodolphe Salzgueber [1], capitaine de deux compagnies suisses et major de brigade au service du roi en poste à Thionville. Ce capitaine est fort peu connu, on sait qu’il  a supervisé de près la construction du pont, ce que l’on sait beaucoup moins, voir pas du tout, c’est qu’il a  supervisé d’importants travaux concernant les fortifications de la ville. Ces travaux étaient exécutés suivant des profils et des plans fournis par ses supérieurs.[2]

L’acte que nous allons voir est daté du 25 janvier 1674. Il est assez long et décrit par le menu les travaux à réaliser à différents endroits de la ville, je laisserai quelques paragraphes techniques pour les spécialistes, mais je me permettrai aussi de synthétiser l’ensemble qui sinon deviendrait vite abscons.

L’acte est passé entre messire Louis de Saint-Lô [3], écuyer, seigneur de l’Espinay, ayant la direction des fortifications des places de Lorraine et du Luxembourg, capitaine au régiment de la marine et le sieur Rodolphe Salzgueber [4] qui s’oblige donc par cet acte de faire exécuter les travaux suivants :

1- Construction d’un parapet tant à la porte de Metz qu’à celle de Luxembourg et cela depuis l’endroit où leurs ponts commencent et finissent et cela jusqu’à 20 toises au-delà du parapet du chemin couvert.

Les parapets seront composés de bonnes pierres qui aient beaucoup de qualité et qui seront toujours posées en boutisse [5] et non point en parement.

Les parapets auront chacun une largeur de 15 pieds et sera fait en dos d’âne, c’est à dire plus élevé d’un pied sur le milieu que sur sa bordure et il sera si bien pressé et battu qu’il ne pourra s’enfoncer.

Pour ces parapets, Salzgueber sera payé à raison de 13 livres et 10 sols la toise quarrée.[6]

 

[1] Comme toujours à ces époques l’orthographe du nom est assez imprécise : Salzgueber, Salzgaiber, Saltzgeber, parfois Saltzgaiber ! Ne retenons aujourd’hui seulement  la phonétique.

[2] Malheureusement ses plans et profils n’étaient pas joints aux actes.

[3] Monsieur Louis de Saint Lô peut-être considéré comme un ingénieur travaillant souvent sous les ordres de Vauban avec lequel il n’était pas toujours d’accord comme dans l’affaire des fortifications de Marsal.

[4] Orthographe utilisé dans cet acte.

[5] Ne laissant voir au-dehors du mur que le bout étroit de la pierre, pose traversière.

[6] Valant à peu prés 3,8 m2

2- Il devra rétablir le fond de la muraille qui sert de face gauche à la demi-lune le long de la rivière Moselle du côté de la porte de Metz et cela en la manière suivante :

« Faire exécuter un pillotage [1] sur le devant égal à celui des pilles du pont et après avoir ôté toute la terre jusqu’au bon fond, il fondera avec de la chaux vive ainsi que l’on a fait audit pont jusqu’à fleur d’eau où il sera fait une retraite de 2 pieds sur le devant en prenant soin de poser la première assise de pierre de taille 1 pied plus bas que la plus basse eau et cette retraite sera couverte par une pierre de taille, le parement de pierre de taille sera élevé d’assise égale à la hauteur de la muraille qui le joint et le reste sera fait avec de gros moellons de Ranguevaux qui ne gèle point. Le corps de la maçonnerie sera  composé de gros moellons posés dans un bain de mortier tierce de chaux et les deux tiers de sable bien dégraissé et de la meilleure qualité qui se trouve dans le pays. Si après avoir approfondit d’environ 6 pieds ou plus au-dessous de l’eau, l’on ne trouve pas le bon fond, il sera posé une grille sur 2 pillotis ainsi qu’il est marqué sur le profil ci-joint, la faisant pencher d’1 pied sur le derrière. Les pillotis, madriers et bois nécessaires seront fournis audit Salzgueber, mais il sera obligé de battre les pillotis jusqu’à 40 à 50 coups de moutons [2] pesant 1000 livres [3] et plus…. »

Ensuite, il est précisé que ledit Salzgueber devra mettre en œuvre les bois et qu’il devra se régler sur le profil joint, il sera en outre obligé de garantir la muraille pendant 3 années à compter du jour de sa réalisation, moyennant quoi, il sera payé à raison de 40 livres chaque toise cube [4] de maçonnerie et il lui sera possible de se servir des vieux matériaux de la muraille qu’il démolira et à l’égard des terres qui proviendront de l’excavation des fondations, elles seront portées et battues et fascinées derrière le bâtiment et du reste l’on formera le parapet et la banquette qui sera gazonnée pour cela Salzgueber sera payé à raison de 55 sols pour chaque toise cube de terre.

3 - Il promet en plus de faire percer la muraille vis à vis du pont sur la rivière avec une voûte qui traversera l’épaisseur du rempart en la manière suivante :

« A l’égard de la poterne, il aura pour modèle celle de la porte de Metz, tant à l’égard des des ponts « …… » pour les portes et feuillures, pour leur orgues [5] que pour leur ceinture, à l’exception que pour observer la symétrie , il fera à gauche une fausse porte comme celle de droite et que l’on ne sera pas obligé d’y sculpter les armes du roi mais bien apposer des collages pour le faire quand on le voudra, pour le reste, il suivra les plans et profils ci-joint, il devra bien entendu construire sur un fond solide et le corps de la maçonnerie sera composé de moellons ainsi qu’il est dit, le tout sera bien lié aux anciennes (maçonneries). Après avoir élevé le fondement jusqu’à la hauteur du rez-de chaussée, il fera une retraite de 6 pouces [6] sur le devant sur laquelle il posera 2 assises de pierre de taille d’un pied chacune et le reste du parement sera de gros moellons de Ranguevaux posés en liaison et assise égale jusqu’à la naissance de la voûte qui commencera sur une petite plaine de pierre de taille et ne « régnera » qu’autant qu’il sera nécessaire pour mettre leur orgue à couvert, c’est à dire que le reste du côté de la ville ne sera pas voûté présentement à moins qu’on ne le juge à propos et en cela ledit Salzgueber sera tenu de le faire, sinon,

 

[1] Mettre en place des pilotis enfoncés dans le sol. Venise est construite avec cette technique.

[2] C’est un gros « marteau » mécanique servant à enfoncer les pilotis.

[3] Mouton d’un poids d’environ 500 kg

[4] Soit environ 7,40 m3 la toise cube et la toise carrée environ 3,80 m2

[5] Les orgues sont des herses de bois dont les barreaux descendants sont indépendants

[6] Soit environ 2,7 cm.

 il disposera les choses pour pouvoir le faire. Il suivra les plans et profil et sera payé à raison de 28 livres chaque toise cube de maçonnerie et 12 sols par pied carré de parement de pierre de taille. »

4 – Comme il faudra couper le rempart de la longueur suffisante pour avoir celle des fondements, la terre enlevée sera transportée tant dans les lieux ou le terre plein n’est pas bien uni que dans un vide prochain entre le château et les jardins des religieuses, observant qu’il faudra en laisser sur le bord, suffisamment pour remplir l’espace derrière le « bâtiment » après qu’il sera fait et bien battu et fasciné [1] et pour cela ledit Salzgueber sera payé tant pour le déblai que pour le remblai à raison de 55 sols la toise cube.

5 – Le sieur de Salzgueber sera tenu aussi de faire construire des guérites de pierre de taille de Ranguevaux sur tous les angles flanqués des bastions, observant que la liaison avec la muraille devra être assez bonne pour soutenir sans risque tout le poids des guérites, s’il le faut elles seront jointes ensembles avec des clés [2]et des crampons aux endroits qui seront jugés nécessaire en cela il suivra les plans, profils et façades ci-joint et accepté. Pour ce travail le sieur Salzgueber sera payé 400 livres.

6 – Le sieur Salzgueber devra faire à la tête du pont une redoute [3]de maçonnerie avec un paravent tant en dehors qu’en dedans, fait de moellons de Ranguevaux et suivra pour l’épaisseur et l’élévation les plans et profils, observant qu’il devra faire des créneaux de 3 pieds en 3 pieds pour y pouvoir tirer, comme aussi de former leurs angles avec de la pierre de taille et sera payé à raison de 33 livres par toise cube de maçonnerie et pour ce prix il devra faire les lits de camp avec  les portes et les bancs.

7 – Enfin, le sieur Salzgueber fera autour de la redoute un fossé de la largeur indiquée dans le profil avec un petit pont pour traverser le fossé. Il fera planter une palissade dans le milieu. Les terres qui proviendront du fossé seront portées et rangées ainsi qu’il est marqué sur le profil, pour cela le sieur Salzgueber sera payé 30 sols la toise cube de terre et les palissades, et bois lui seront fournis sur les lieux mais il devra les aplanir [4] et les espointer et les planter. Pour les voitures nécessaires pour le transport des matériaux pour tous les ouvrages, elles seront consignées [5]par le pays qu’il devra payé à l’ordinaire comme pour les marchés précédents.

Enfin concernant le paiement des travaux, il sera fait à l’avancement des travaux, mais il recevra pour avance une somme de 3000 livres.

Passé à Thionville le 25 janvier 1674.

 

[1] Fasciné veut dire que l’on mélangeait des petites branches souples à la terre afin de la retenir en place et de la rendre moins friable

[2] la clé d’arc était en fait une pierre en forme de  trapèze fermant une voûte et assurant sa solidité

[3] Une redoute est une constructionn sans angles rentrants, située à l’extérieur de la place ou ville  fortifiée

[4] Les rendre plates sur deux côtés et les tailler en pointe

[5] Réquisitionnées dans les villages alentours et Salzgueber devra payer les paysans pour le service

Exemple d’agrafe ou de crampon métallique chargé de  solidifier une liaison entre deux pierres.

Exemple d’agrafe ou de crampon métallique chargé de solidifier une liaison entre deux pierres.

Les signatures de Saint Lô et de Salzgueber

Les signatures de Saint Lô et de Salzgueber

Notes :

Dans les signatures, on remarquera qu’à la fin du texte, il y a écrit : « Salzgueber signe avec nous… » pourtant la signature de la main de l’intéressé, se termine par « ..gaibre ». Il semble que sa famille venant de Suisse, se soit fixée en France sous Louis XV, en profitant pour françiser l’orthographe du nom. Nous verrons à la fin de cette série d’articles, les quelques informations que nous avons pu trouver sur le sieur Salzgueber.

Ces actes sont écrits d’un seul « jet » sans aucune virgule, les points sont à deviner quand il y a une majuscule et de nombreux mots sont encore différents des nôtres comme :

Espointer pour épointer

Eslevé pour élevé 

Moislong pour moellon  

Tierce pour tiers

Desgraisser pour dégraisser  

Quy et Quoy pour Qui et Quoi  

Chasque pour chaque

Lespoisseur pour l’épaisseur 

Cymétrie pour Symétrie 

Droict pour droit 

Déblay pour déblai 

et bien d’autres,  en prenant en compte que dans le même acte, ces mêmes mots peuvent être écrits différemment.

Une autre difficulté vient les termes techniques propres à la « Poliorcétique » ou l’art des fortifications.

Pierre de Ranguevaux :

Nous voyons aussi qu’une grosse partie des pierres employées aux fortifications venaient de Ranguevaux où existaient des carrières depuis le 12ème siècle, ainsi que de nombreux tailleurs de pierre qui ont œuvré sur les fortifications de Thionville et de Metz comme à la cathédrale de Metz.

Cette pierre est une chaux carbonatée qui ne gèle pas et possède une très grande solidité. On trouvait aussi à Ranguevaux, de l’argile fine et pure, propre à la fabrication de poterie. De nombreuses églises de nos villages et nos anciennes routes ont été réalisées pour le gros œuvre ou les dallages, en pierre venant de ce village bucolique proche de Hayange et Fameck.

Ci-dessous, vous trouverez un plan de Thionville daté de 1650, sur lequel est reporté le nom des différents bastion et les zones où eurent lieu ces travaux.

Plan daté de 1650 (Le fond de plan vient des archives municipales de Thionville)

Plan daté de 1650 (Le fond de plan vient des archives municipales de Thionville)

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

Dans la continuité de la série d’articles consacrés aux fortifications de la ville de Thionville nous allons voir aujourd’hui un document daté du 19 août 1668.

 

Pour préciser un peu les choses, à cette époque, la ville est devenue officiellement française depuis 1659, elle n’a encore que deux portes, celle de Metz et celle de Luxembourg, le pont sur la Moselle n’existe pas encore [1] même si a cet endroit existe une petite poterne permettant un accès à la Moselle.

 

Le document est en fait une adjudication de travaux à faire aux fortifications, il est intéressant à plusieurs titres : Il donne une liste de travaux à exécuter, au moins disant, avec l’endroit où ils doivent être faits et les noms des adjudicataires qui sont de Thionville ou de Metz.

 

« L’an 1668, le 19 août nous Jean Paul de Choisy, chevalier, seigneur de Baumont, conseiller du Roi en ses conseils et  d’honneur en son parlement de Metz, intendant de la justice, police et finances en la généralité de Metz, Luxembourg et frontières de Champagne, nous nous sommes transportés à Thionville pour la suite des publications et affiches qui ont été faites à Metz des réparations à faire à ladite place de Thionville et pour procéder à l’adjudication desdits travaux, suivant et conformément à ce qui est porté par le devis qui a été dressé par le sieur Brioys [2], ingénieur du Roi le 19 juillet dernier »

 

[1] Il sera construit en 1673 par le capitaine d’origine suisse « Saltzgueber »

[2] Il fut un mathématicien et ingénieur spécialisé dans les fortifications. Il a écrit un ouvrage sur le sujet qu’il a dédié à Jean Paul de Choisy. Il devait superviser la démolition des fortifications de Sierck.

Coupe standard d'une fortification

Coupe standard d'une fortification

Premièrement :

Le pont à faire sur le ruisseau qui donne dans le fossé (probablement sur la Fensch, à la porte de Metz), lequel pont doit être de 72 pieds de long et où il y aura 9 chevalets d’un pied carré, ledit pont aura 16 pieds de large et les gardes fous auront 3 pieds et demi.

De plus 40 toises de chaussée à raccommoder avec des pièces de bois et du sable aux deux extrémités du pont et de même largeur que le pont.

Mise à prix :

François Courtois, charpentier de Metz pour 500 livres, rabaissé par,

Jean Wehl, charpentier de Thionville à 450 livres,

Jean Adam à 400 livres, charpentier de Metz,

Thil Wegener, bourgeois de Thionville à 380 livres,

Daniel Watry de Metz 360 livres,

Jean Adam de Metz à 350 livres à qui les travaux ont été adjugés, le tiers par avance, l’autre tiers au milieu du travail et le dernier tiers à la fin du travail.

 

 

En second lieu :

Les travaux à faire au poste de garde de la demi-lune de la porte de Metz ou il faut un plancher et ventillons [1] neufs et refaire les dégâts et raccommoder le pont de l’avancée de la demi-lune ou il faut trois chevalets avec les « bauchamps » (support) nécessaires.

Mis à prix

Pierre Meslin, charpentier de Metz à 160 livres rabaissé par :

Jean Wehl charpentier de Thionville à 150 livres.

Pierre Meslin à 140 livres,

Thil Wagener à 135 livres,

Pierre Meslin le jeune de Metz à 130 livres

Thil Wagener à 1250 livres,

Pierre « Duranin » de Metz à 120 livres,

Daniel Watry à 110 livres,

Thiel Wegener à 105 livres,

Daniel Watry de Metz à 100 livres à qui les travaux ont été adjugés.

 

En troisième lieu :

La chaussée depuis la porte de Metz jusqu’à la croix des capucins pour 84 toises de longueur, 2 toises et demie de largeur et bien entendu, il faudra mettre 2 pieds de terre à l’endroit le plus creux et bordé ledit pavé de pieux de bois qui auront 1 pied et un quart.(les capucins sont installés à Thionville depuis 1624 aux environs de la porte de Metz)

Mis à prix :

Daniel Watry à 4 livres la toise au carré, rabaissé par :

François Courtoy à 3 livres et 15 sols,

Gaspar Gérard à 3 livres 13 sols,

Daniel Watry à 3 livres et 10 sols,

Gaspar Gérard à 3 livres et 8 sols à qui ont été adjugés les travaux.

 

En quatrième lieu :

Réparations à faire avec toutes les ferrures nécessaires, au pont de l’ouvrage à corne à la porte de Luxembourg.

Mise à prix :

Par le sieur Hullin pour 148 livres rabaissé par :

François Courtoy à 134 livres,

Le sieur Hullin à 132 livres à qui les travaux ont été adjugés.

 

En cinquième lieu :

Deux corps de garde maçonnés qui sont à faire, l’un à l’avancée de la porte de Metz et l’autre à l’avancée de la porte de Luxembourg. Ils devront avoir 26 pieds de longueur sur 10 pieds de largeur et 8 pieds de hauteur hors de terre, planchés et avec une séparation pour coucher l’officier où il y aura une cheminée commune au corps de garde. Les murailles du corps de garde auront 1 pieds et demi en bas et 1 pied en haut, le tout couvert de tuiles, avec une vitre dans chambre de l’officier, des portes et ventillons, le tout rendu clés en main.

Mise à prix pour les deux corps de garde :

Le sieur Hullin pour 750 livres rabaissé par :

Daniel Watry à 650 livres,

Le sieur Hullin à 600 livres,

Isay Porin pour 590 livres,

Le sieur Hullin pour 580 livre,

Daniel Watry pour 570 livres et ainsi de suite pour se conclure par  530 livres pour le sieur Hullin à qui ont été adjugés les travaux.

 

[1] Chicanes aux fenêtres pour filtrer l’air y entrant

En sixième lieu :

Toutes les barrières et palissades et aussi toutes les portes et ferrures nécessaires à savoir les barrières de 6 pieds de haut avec les poteaux de 10 pieds ou 9 pieds au carré, les palissades de 10 pieds de haut avec des poteaux de 10 pieds carré avec des cadres mortaisés et les palissades chevillées :

Mise à prix :

Le sieur Hullin pour 16 livres la toise et les barrières à 8 livres y compris les portes et ferrures rabaissé par :

Pierre Meslin  pour 14 et 7 livres,

Daniel Watrin pour 12 et 6 livres,

Le sieur Hullin pour 11 et 5 et demie livres,

Jean Wehl pour 9 et 4 et demie livres,

Au final, Thiel Wagener pour les palissades à 5 livres et 15 sols et les barrières à 55 sols à qui ont été adjugés les travaux, il faudra aussi qu’il fasse deux guérites en chêne pour 11 livres chacune.

 

En septième lieu :

Des travaux à l’avancée de la porte de Luxembourg adjugé à François Courtoy pour 200 livres.

 

Les ouvrages de maçonnerie à faire au flan de l’ouvrage appelé le Ferdinand (bastion porte de Metz) sont adjugés au sieur Watrin pour 19 livres et 10 sols la toise.

 

La terre apportée derrière les murailles, payée à la toise, est adjugée à 50 sols la toise au sieur Hullin en mettant par lui une douzaine d’arbres de chêne à la tête de la muraille qui y feront le coin de la rivière du coté de la porte de Metz, les trous seront remplis 

Plan de la ville montrant les zones de travaux

Plan de la ville montrant les zones de travaux

Pour conclure cet article, on relèvera que des travaux ont été faits au-devant des deux portes de la ville, Metz et Luxembourg, afin de renforcer la défense de ces portes en y installant dans postes de gardes et des guérites, en y ragréant des remparts abîmés au niveau du bastion appelé le « Ferdinand » et en y implantant des barrières et des palissades qui sont de qualité car assemblées par mortaises et chevilles.

 

On y voit aussi que les adjudications sont faites par des artisans de Metz, peu de fois par des artisans thionvillois et que les artisans de Metz remportent le plus souvent les adjudications car ils peuvent descendre leur prix de façon plus importante du fait de la taille de leur entreprise.

 

On peut constater également que les travaux exécutés par des entrepreneurs locaux sont sous la supervision d’un ingénieur militaire spécialiste des fortifications.

 

Enfin et à titre indicatif pour se donner une idée du volume des travaux :

Un pied mesure 0,325 cm et une toise environ 2 m (environ)

 

Dans le prochain article, nous verrons un acte plus important et plus technique, daté du 25 janvier 1674, soit juste après la construction du premier pont « couvert » en bois de Thionville, par le sieur Rodolphe Saltzgerber ou Saltzgaiber, capitaine de deux compagnies suisses et major de brigade au service du roi. (voir l' articles sur le sujet en cliquant sur le lien ci-dessous)

http://www.histoiredethionville.com/15-juin-1674-travaux-aux-fortifications-de-thionville

ou la série d'articles sur les ponts de Thionville

 

Bonne lecture et à bientôt.

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

BONJOUR A TOUS

 

Après un mois de vacances où j’ai refait le voyage en Italie qu’avait fait Montaigne en 1580 [1], me voilà de retour dans ma bonne ville de Thionville. J’avais annoncé la parution prochaine de « l’Histoire de la chapelle des lépreux » au quartier Saint-François, mais l’idée m’est venue d’y adjoindre « l’Histoire de la Chapelle du lépreux » du mont Saint-Michel à Beuvange, ce surcroît de travail va donc retarder la parution de l’ouvrage dont je ne manquerai pas de vous avertir.

 

J’avais aussi annoncé la parution sur le blog d’une série d’articles sur les fortifications de Thionville et leur remaniement à une époque de transition qui a suivi la prise de la ville en 1643 et son rattachement à la France, c’est donc aujourd’hui le premier article sur le sujet.

 

Ces articles dérivent d’une série de documents notariaux trouvés aux archives départementales de la Moselle sous la cote 3E7534-3E7535 (Helminger). Certains s’étonneront que des documents notariaux évoquent les fortifications de la ville, toutefois, il faut savoir que très souvent les travaux demandés par le roi et ses ingénieurs étaient réalisés par des artisans et entrepreneurs locaux sous le contrôle de militaires en garnison dans la ville que l’on pourrait assimiler aux régiments du génie actuels. Ces travaux faisaient donc l’objet d’actes notariés les décrivant, en fixant le prix et les termes de paiement, comme tous les autres actes commerciaux.

 

On verra que les documents décrivent les travaux à  réaliser de façon très précise et de ce fait, ils sont souvent un peu « arides » aussi j’en ferai le plus souvent possible le résumé en essayant d’y mettre quand même des éléments se rattachant à la technique qui peuvent intéresser les spécialistes du genre.

 

En toutes choses, commencer par le début est un gage de bonne compréhension, aussi :

 

[1] Montaigne – Journal de Voyage –L’Italie via l’Allemagne te la Suisse  - Editions Arléa 2006

« A tout seigneur, tout honneur »

 

Notre seigneur n’est autre que Charlemagne qui fit quelques séjours [1] dans notre ville, habitant alors une villa probablement construite par son père Pépin qui y séjourna fréquemment. L’on situe généralement cette villa aux alentours de la cour du château, de la tour aux puces et de la mairie.

 

On sait que les rois francs contrairement aux romains aimaient à construire leur villa dans des endroits marécageux, proche d’une rivière et de bois. Avouons ensemble que l’emplacement de la cour du château se prête fort bien à  leurs goûts.

 

[1] En 772, 775, 783, 805 et 806 pour ne plus y venir mais certains de ses fils y vinrent encore.Voir à ce sujet L’histoire de Thionville de Guillaume Teissier  paru en 1928

Toutefois, aucun vestige n’est venu corroborer cette hypothèse, il faut dire que très peu de recherches archéologiques ont été conduites dans cette cour du château. De plus il faut prendre en compte qu’avant Charlemagne, la plupart des constructions était en bois et en terre, Charlemagne essaya d’introduire à nouveau la pierre dans la construction en particulier à Aix-la-Chapelle mais ses fils et les rois qui suivirent revinrent aux construction mélangeant la pierre en soubassement et le bois pour les superstructures ce qui donna à notre région et avant la guerre de Trente ans  un aspect identique à l’Alsace et à la Champagne [1] où ce genre d’architecture existe toujours.[2]

 

Qu’étaient ces villas qu’on appelait aussi palais ?

 

Elles s’apparentaient le plus souvent à de grosses fermes possédant deux cours de forme rectangulaire, la première cour plus basse [3] que l’autre, abritait les bâtiments dit utilitaires , écurie, granges, remises et logement du « petits » personnel, cette cour donnait via un portique sur une seconde cour qui comportait l’habitation du roi, du comte avec le logement de son personnel proche, les salles de réception et cuisines, le tout contenu dans une enceinte fortifiée de remparts en bois et terre, souvent entourée par un fossé pouvant être mis en eau.

 

Voilà une description qui cadre avec ce que furent par la suite l’architecture des châteaux forts et autres villes fortifiées. De plus, elle coïncide bien avec la structure de la ville de Thionville telle qu’elle nous apparaît sur un des anciens plans de la ville de 1565, celui de Jacques de Deventer. 

(Reprit ci-dessous par l’érudit  historien thionvillois, Gabriel Stiller  1921-2006)

 

[1] Voir les dessins de l’abbé Jean Bretels réalisés au 16ème siècle.

[2] Voir l’essai sur les châteaux royaux, villas royales ou palais du fisc des rois mérovingiens et carolingiens paru en 1878 à Amiens – Auteur : Martin Marville

[3] Qui deviendra la basse-cour des châteaux et des fermes ;

Ci-dessus l’aire rectangulaire dite du château estimée comme l’emplacement de la villa carolingienne.  Par extension cette aire rectangulaire s’agrandit pour accueillir la ville, ceinturer par ses remparts comme l’était l’aire du château. L’aire du château comme plus tard la ville est appuyée sur la Moselle et tout autour s’étendent des marécages avec la forêts sur les crêtes de Guentrange et Veymerange toutes proches.

Ci-dessus l’aire rectangulaire dite du château estimée comme l’emplacement de la villa carolingienne. Par extension cette aire rectangulaire s’agrandit pour accueillir la ville, ceinturer par ses remparts comme l’était l’aire du château. L’aire du château comme plus tard la ville est appuyée sur la Moselle et tout autour s’étendent des marécages avec la forêts sur les crêtes de Guentrange et Veymerange toutes proches.

Voilà ce que fut sans doute la villa carolingienne, un ensemble de bâtiments, adossés à la rivière, construits en bois et en terre [1]avec des levés et des fossés mis en eaux grâce à la Moselle, entourés de marécages hostiles et de bois giboyeux.

 

J’entends certains me dire que les palais ou villas carolingiennes n’étaient pas fortifiés, car aucune découverte archéologique ne le prouverait !

 

Cette assertion n’est pas crédible, quand on ne trouve pas s’est souvent qu’on ne cherche pas ou qu’on cherche au mauvais endroit. D’abord toute la littérature ancienne avec ses multiples allusions à des fortifications à des endroits où l’on gardait des prisonniers souvent illustres, le prouvent. De nombreuses découvertes archéologiques récentes attestent l’existence de fortifications autour des palais carolingiens comme à Perderborn [2]. Et puis, comment imaginer un seul instant qu’à ces époques somme toute assez sombres, les villas ou palais où résidaient les plus importants personnages du pays ne fussent pas fortifiés !

 

Après la mort de Charlemagne en 814 et celle de ses fils, puis de ses petits fils, soit vers le 10ème siècle, Thionville n’étant plus une résidence royale n’est plus mentionnée dans les chroniques ou dans les actes, la ville s’étiole et la villa royale se ruine par manque d’entretien, par manque de finance, n’étant plus habitée que par un intendant, un soldat sans doute, dont l’histoire n’a pas retenu le nom.

 

En 939, l’empereur Othon Ier, fit détruire la chapelle construite par le Louis-le-Débonnaire, dernier vestige de la gloire désormais passée de la ville.

 

Le plan de 1565 fait par Jacques de Deventer, nous montre les fortifications de la ville juste après sa prise éphémère par les français en 1558. Regardons la description faite de la place de Thionville à cette occasion.

 

« On pense alors que les fortifications n’ont guère évolué depuis le 13ème  siècle, qu’elles consistent en de grosses tours rondes reliées entre elles par des murs épais, eux même entourés d’un large fossé emplit d’eau.

Dans les mémoires des affaires de France sous la fin du règne d’Henri II, il est précisé que la ville est ceinturée d’un haut mur avec de distance en distance de renflements semi-circulaires, qu’elle a deux portes, est entourée d’un fossé rempli d’eau, au devant duquel le terrain est marécageux. »

 

Plusieurs militaires disent en substance que les murailles ne sont guère un obstacle, mais que les marécages et le fossé empli d’eau sont bien plus embêtant pour leurs troupes.

 

Toutes ces descriptions cadrent bien avec le plan « Deventer » et avec une ville dont les fortifications n’ont guère évoluées depuis plusieurs siècles, sauf à parer aux  réparations les plus urgentes.

 

Lors de mon voyage, cet été en Italie, j’ai pu voir de nombreuses petites villes restées dans leur « Jus » médiéval, souvent perchées, elles subissent aujourd’hui l’assaut des touristes. Je voudrais vous montrer ci-après la photo d’une de ces petites villes fortifiées, il s’agit de Montériggioni en Toscane.

 

[1] Peut-être avec des soubassements ou quelques structures en pierre ;

[2] Fouilles conduites de 1964 à 1977. Voir Nouvelles données sur le palais de Charlemagne et de ses successeurs dans les Actes du VIIe congrès international d’archéologie médiévale en septembre 1999.

Toscane - Monteriggioni

Toscane - Monteriggioni

Avec un minimum d’imagination, des tours semi-circulaires, une situation dans une vallée avec une rivière coulant le long des remparts et voilà à quoi pouvaient ressembler les fortifications de Thionville à l’aube du 16ème siècle.

 

Lors de la prise de la ville par les français en 1558 [1], c’est la partie de la muraille vers la tour au puces qui fut la plus endommagée, mais rapidement après la capitulation le 22 juin 1558, les dommages furent réparés [2], puis quand le 3 avril 1559, la ville fut rendue à l’Espagne par le traité de Cateau-Cambrésis, on nomma Jean de Wiltz (1570-1628) comme gouverneur de la ville, c’est lui qui commença la reprise des fortifications avec le but de les rendre plus aptes à résister aux mines et à l’artillerie.

 

Nous allons voir maintenant le premier document faisant parti du lot des documents traitant des fortifications de la ville.

 

Ce document assez court est daté du 16 février 1634,  il émane du roi d’Espagne, il est signé Della Faille [3] et de Pierre Jean Van Heurck. Il est répertorié au registre des chartres de Luxembourg.

Ordre pour dans les bois

 communaux proche de Thionville

prendre les arbres servant

à la fortification de la ville de Thionville.

 

[1] Siège conduit par le duc de Guise et le maréchal de Vieilleville, le siège débuta le 17 avril, la ville fut cernée le 25 mai et capitula le 22 juin. Tous les défenseurs de la ville furent à minima blessés et les français avouèrent 400 tués. (Voir le récit du siège par Barthélemy Aneau écrit rapidement après le siège et publié à Metz en 1957 par Marius Mutelet)

 

[2] Par des civils de la ville et des villages alentours, réquisitionnés dans le cadre des corvées.

[3] Famille encore alliée à la famille royale de Luxembourg

 

Sa majesté ordonne que dans les bois communaux proche de Thionville et dans les lieux où il y aura moins de dommages et inconvénients l’on prenne les arbres servants à la fortification de la ville de Thionville et qu’au cas d’opposition de ceux de la commune, l’on envoie leurs raisons au marquis d’Aytona pour y prendre l’égard et ordonner ce que de raison, mais comme les ouvrages en question ne peuvent souffrir aucun délai que cependant l’on ne laisse d’abattre lesdits arbres et de les employer audits ouvrages en tenant bonnes et pertinentes notes pour y avoir recours et regard quand besoin sera.

Fait à Bruxelles le 16ème février 1634 cacheté par le cachet de sa majesté.

 

Déclaration des ouvrages que son altesse a voulu qu’on fasse aux fortifications

de la ville de Thionville.

 

Premièrement, doivent se faire deux rauelins devant les deux portes des entrées

 

Plus un blovard nouveau dessus la Moselle et une contrescarpe

 

Faire un parapet alentour de la muraille de 8 pieds [1]  de large et 6,5 pied de haut.

Soit 2,60 m de large pour 2,11 m de hauteur

 

Réparer les parapets des bolvards et qu’ils soient l’épreuve de l’artillerie à savoir 20 pieds de large et 6,5 pieds de haut et assurer les casemates avec une muraille de l’épaisseur d’une brique. (Soit 6,5 m de large sur 2,11 m de hauteur)

 

Nettoyer et approfondir le fossé

 

Et aux œuvres susdites on ira travailler en cette sorte :

 

En premier lieu, réparer les bolvards et assurer les casemates

 

Ensuite faire le parapet alentour de la muraille

 

Ensuite nettoyer et approfondir le fossé

 

Ensuite faire la contrescarpe avec les deux rauelins devant les portes

 

Enfin faire le bolvard au-dessus de la Moselle.

 

[1] Le pied mesurait avant 1668 : 326,59 mm puis après cette date : 324,83 mm, soit une valeur moyenne de 325 mm.

Les rauelins sont les petits bâtiments triangulaires qui se trouvaient en dehors de l’enceinte fortifiée et qui permettaient la défense des remparts ou courtine. Des soldats pouvaient y être embusqués et avoir ainsi des angles de tirs dans toutes les directions. Souvent, ils se trouvaient au milieu des fossés remplis d’eau et accessibles par des ponts de bois.

Les rauelins sont les petits bâtiments triangulaires qui se trouvaient en dehors de l’enceinte fortifiée et qui permettaient la défense des remparts ou courtine. Des soldats pouvaient y être embusqués et avoir ainsi des angles de tirs dans toutes les directions. Souvent, ils se trouvaient au milieu des fossés remplis d’eau et accessibles par des ponts de bois.

Bolvard :

Ce mot vient de l’allemand « Bollwerk » qui signifie « fortification ». C’était le chemin se trouvant en haut des remparts où l’on pouvait faire circuler des chevaux avec leur charrettes (à Thionville on disait que trois charrettes pouvaient s’y croiser) et bien entendu y placer des canons et autres mousqueteries.

De ce mot dérive « Boulevard », quand ces fortifications n’eurent plus d’utilité pour les militaires, on y planta des arbres et les habitants vinrent s’y promener (sur les boulevards) profitant souvent d’une belle vue sur la ville ou la rivière, des « Sky lines » avant l’heure.

 

Les "rauelin" sont les petites structures triangulaires en bas à gauche et à droite reliées à la ville par des ponts de boiset le "bolvard" est la partie bordée d'arbres au-dessus du rempart tout autour de la ville

Les "rauelin" sont les petites structures triangulaires en bas à gauche et à droite reliées à la ville par des ponts de boiset le "bolvard" est la partie bordée d'arbres au-dessus du rempart tout autour de la ville

Le marquis d’Aytona cité dans le texte était Francesco de Moncada y Moncada, né à Valence en Espagne le 29 décembre 1586 et décédé en 1635 à Goch en Allemagne. Il fut tout à la fois militaire,  diplomate et même sur le tard un grand historien espagnol. Il a œuvré pour le Saint Empire germanique et fut gouverneur des Pays Bas espagnols en 1632, c’est à ce titre qu’il est cité dans cet acte.

Le marquis d’Aytona cité dans le texte était Francesco de Moncada y Moncada, né à Valence en Espagne le 29 décembre 1586 et décédé en 1635 à Goch en Allemagne. Il fut tout à la fois militaire, diplomate et même sur le tard un grand historien espagnol. Il a œuvré pour le Saint Empire germanique et fut gouverneur des Pays Bas espagnols en 1632, c’est à ce titre qu’il est cité dans cet acte.

Nous voyons donc que les fortifications de la ville évoluent vers un système plus élaboré afin de les adapter à l’artillerie et aux nouveaux systèmes de défense des villes qui se répandent un peu partout en Europe suivant les théorie des ingénieurs militaires dont le plus connu en France fut Vauban, bien qu’il eut mieux maîtriser le siège des villes et leur prise que leur défense où d’autres furent souvent plus « pointus ». A ce propos, il est utile de préciser que Vauban n’est sans doute jamais venu à Thionville, mais que certaines modifications des fortifications lui ont été présentées par ses ingénieurs auxquelles il a apporté « sa patte ».

 

Nous reparlerons de Vauban dans les articles à venir.

 

Une précision encore, à l’origine le large fossé entourant la ville était alimenté par des écluses situées sur la Moselle, vers la porte de Metz, toutefois lors des crues de la rivière cela entraînait des dégâts importants aux fortifications et quand en été la Moselle était trop basse, on ne pouvait remplir le fossé. On décida donc d’aller chercher l’eau d’une petite rivière, la Fensch, qui coulait à Terville. Un canal de dérivation fut construit qui alimentait les moulins de Terville, Beauregard et celui de la ville puis l’eau était au besoin dirigée dans le fossé ou rejetée dans la Moselle. La Fensch est une petite rivière au débit rapide et assez constant, qu’on peut maitriser plus facilement que la Moselle et par un système d’écluses et de réservoirs on pouvait assez facilement régler son cours et alimenter ainsi de façon plus sûre et régulière les fossés autour de la ville.

 

Si vous êtes un promeneur, un marcheur, un spectateur de « Rives en fêtes » vous avez donc longé les remparts le long de la Moselle. Vous avez vu leur construction de briques insérer dans des parements de pierre de taille où figure la signature des tailleurs, des poseurs, signes qui permettaient de les payer à la tâche. Il faut savoir que l’ensemble des remparts entourant la ville était fait de briques rouges avec des parements de pierre de taille.

 

Peut-être vous êtes vous demander d’où venait toutes ces briques rouges ?

 

Il y avait une « briquerie » vers le lycée technique qui en a gardé le nom, une autre vers le quartier de Lagrange et encore une vers Illange, elles produisaient aussi des tuiles par milliers comme nous le verrons.

 

Les prochains actes ont été passés à partir de 1668, soit peu de temps après la prise de la ville par les français en 1643 [1] et son rattachement à la France par le traité des Pyrénées le 7 novembre 1659, nous verrons alors les travaux réalisés par les français afin de garantir leur nouvelle prise de toutes tentatives de retour à l’ordre ancien.

 

Bonne lecture et au mois prochain

 

[1] Le siège débuta le 16 juin 1643, les armées sont aux ordres du Duc d’Enghien. La ville capitule le 8 août  après une défense plus qu’honorable.

 Des origines à 1634 - Thionville - Les fortifications (1ère partie)
Marques de tailleurs de pierre

Marques de tailleurs de pierre

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

1704 - Le transfert d’une prisonnière à Metz

1705 - La vente des seigneuries

 1783 - Le libraire licencieux 

 

Les vacances ne sont pas terminées, mais je vous livre ici quelques documents originaux, en quelque sorte un « devoir de vacances » bien agréable.

1704 - Transfert d’une prisonnière de Thionville à Metz

 

Un acte du 11 août 1704, nous donne un aperçu de la manière dont se faisait le transfert d’une prisonnière de Thionville à Metz pour son procès.

 

«Le 11 du mois d’août 1704, par devant nous Estienne Hue de Saint-Rémy, escuyer, conseiller du roi et lieutenant criminel au bailliage et siège royal  de Thionville, étant en la chambre criminelle est comparu le procureur du roi qui a dit qu’il a fait afficher et apposer à la porte de cet auditoire, qu’il sera aujourd’hui procédé au bail au rabais de la conduite d’Anne Arnous, prisonnière en la prison de notre conciergerie de Thionville, pour être menée sous bonne et sûre garde en la conciergerie du parlement de Metz, pour son procès requérant sa comparution.

 

Nous avons donné acte au procureur du roi de sa requête et avons ordonné qu’il soit présentement procédé à l’attribution du bail au rabais et avons fait lire à haute et intelligible voix ladite affiche par le sieur Barthel, huissier de service.

Après quoi, l’huissier a mis la conduite de ladite Anne Arnous à la conciergerie du parlement de Metz pour son procès aux enchères qui suivent :

 

Bail mis à prix à 50 livres

 

Collignon propose 45 livres

Chabot propose 42 livres

Niclou propose 40 livres

Collignon propose 38  livres et 10 sols

Chabot propose 37 livres

Collignon propose 36 livres

 

Personne ne venant rabaisser le bail, celui-ci est alloué au sieur Collignon qui devra donc mener ladite prisonnière, Anne Arnous, à son procès au parlement de Metz et la remettre en la conciergerie du parlement en assurant une bonne et sûr garde. La dite prisonnière lui sera remise en main propre et le tout noté sur le registre.

 

NB : Il est intéressant de constater qu’il y a plus de 300 ans, le transfert de prisonnier de Thionville à Metz était sous-traité à des particuliers, moyennant finances et garanties données par le particulier ayant remporté l’offre.

1705 – La vente des seigneuries de la prévôté de Thionville

 

« Le 14 mars 1705, examen par le lieutenant général et les conseillers du bailliage au siège royal de la ville, de la remontrance fait par le procureur du roi audit bailliage disant que l’édit de sa majesté ayant ordonné la vente et l’aliénation à titre d’inféodation et de propriété « incommuable » des justices et seigneuries des paroisses ordinaires du royaume, la plupart de celle de la prévôté de Thionville ayant été adjugées à différents acquéreurs et lesquels au lieu de se faire recevoir et installer en possession et jouissance par les officiers de sa majesté ainsi qu’il est dit au contrat de vente de messieurs les commissaires généraux et conformément à l’édit du roi du mois de juillet 1704 concernant les justices seigneuriales et quoi que ces règlements qui ne peuvent être ignorés par les acquéreurs, lesdits acquéreurs se sont mis en possession eux même ou par un sergent non commissionné.

Ils ont créé des maires et des gens de justice au mépris de l’édit du roi aussi il est requis du procureur du roi de faire réprimer pareils entreprises et que les possessions prises par les acquéreurs de Koenisgmacker, Terville, Elange, Boulange, Gandrange, Volkrange, Beuvange et d’autres lieux soient déclarés nulles avec défense aux maires et gens de justice créés par les dits acquéreurs d’exercer aucune fonction de leur office à peine de faux, les sergents qui les ont mis en possession sans aucune commission seront condamnés chacun à trois livres d’amende avec défense de ne plus récidiver sauf aux acquéreurs qui doivent se pourvoir pour leur installation et réception des maires et gens de justice ainsi qu’il est ordonné et que le jugement qui interviendra soit signifié aux acquéreurs et aux maires et gens de justice afin de s’y conformer.

 

Nous membres du bailliage en égard à la remontrance du procureur du roi et y faisant droit, nous avons déclaré et déclarons kes possessions prises par les acquéreurs des justices et seigneuries des paroisses de Koenisgmacker, Terville, Elange, Boulange, Gandrange, Volkrange, Beuvange et autres lieux dépendants du bailliage de Thionville, nulles, défendons aux maires et gens de justice de ces lieux d’exercer leurs offices sous peine de faux et d’arbitraire . De même nous condamnons les sergents ayant mis en possession les acquéreurs sans la mission de le faire d’une amende de trois livres et de défense de récidiver sous peine d’interdiction. Nous demandons aux acquéreurs de se pourvoir et ordonnons aux acquéreurs et gens de justice d’attendre d’être signifiés du jugement d’acquisition qui sera rendu ».

 

Ce texte est en deux parties, la première est une remontrance faite par les officiers royaux au bailliage de Thionville expliquant que certains acquéreurs de seigneurie dépendant dudit bailliage, ont une fois acté leur achat, nommés leur maire et leurs échevins, leur sergent et bangardes sans en référer aux officiers royaux et sans leur autorisation. Or l’administration royale avait prévu un contrôle sur ces acquisitions en terme de paiement effectif du montant de la seigneurie acquise et un contrôle sur les nominations du maire et des gens de justice. N ‘oublions pas que certaines seigneuries avait été acquises par deux seigneurs [1], qui nommaient chacun leur maire et gens de justice au sein du même village avec les inconvénients pouvant en découler.

 

La deuxième partie n’est que la confirmation de la remontrance par les membres du bailliage qui de toutes les façons n’avaient pas le pouvoir d’aller contre les officiers royaux.

 

On demanda donc aux gens de justice ainsi nommés de ne pas exercer leur fonction et aux acquéreurs de se pourvoir en justice pour demander la validation par les officiers royaux de leur acquisition avant de pouvoir créer et nommer leur maire, leurs échevins, sergent et autres. En fait le roi et son administration mettaient les choses au point et l’église au milieu du village.

 

Le roi avait vendu ses seigneuries mais restait le maître et les futurs seigneurs qui pour la plupart étaient d’anciens militaires, petits nobles ou plus simplement des bourgeois, commerçants de la ville comprirent vite quelle était leur place. Beaucoup qui s’étaient  endettés pour ce titre de seigneur déchantèrent bien vite, les rentes, droits et cens divers n’étaient souvent pas payés par des paysans pauvres ou par des laboureurs plus riches, mais chicaneurs et procéduriers. La mésentente était fréquente entre les co-seigneurs et le morcellement des propriétés lors des successions n’arrangeait rien. De ce fait, beaucoup de seigneuries furent revendues plusieurs fois en quelques dizaines d’années [2].

 

La vente des seigneuries du royaume avait atteint son but, renflouer les caisses royales mais fut souvent un marché de dupe pour les acquéreurs.

 

Ci-dessous, la déclaration de l’achat de la seigneurie de Terville-Elange par le sieur Jean de la Martinière de Thionville [1] pour une somme de 12760 livres et pour un rapport annuel théorique [2] de 500 livres, en cens, rentes et droits seigneuriaux divers, soit à minima 25 ans pour amortir l’achat. En 1722, la seigneurie sera vendue à Marie Anne Léopold de Neuhof, veuve de André Brandenbourg de Breyfeillac, comte de Trévoux et ses deux enfants la revendront en 1763, à Benoît Nicolas Wolter de Neurbourg, déjà seigneur de Cattenom, pour la somme de 18714 livres qui lui seront remboursé par le roi qui avait entre temps repris les domaines.[3]

Donc, entre 1704 et 1770, la seigneurie de Terville/Elange ne s’est valorisée que de 5954 livres soit d’environ 100 livres par année !

http://www.histoiredethionville.com/livre-à-venir-terville-histoires-retrouvées

 

[1] Il est commissaire garde du parc d’artillerie de Thionville

[2] Théorique car de nombreux droits et cens n’étaient pas payés ou avec énormément de retard à cause des mauvaises récoltes, des guerres et des épidémies.

[3] Voir « Terville, Histoires retrouvées » par Michel Persin 2013

 


[1] Un seigneur haut-justicier et un seigneur foncier comme à Volkrange avec l’incident qui en avait découlé lors de la fête du village.en

[2] Ainsi entre 1705 et 1789, la seigneurie de Veymerange eut plus de cinq seigneurs différents

 

Déclaration de l'achat de la seigneurie de Terville/Elange (ADM)

Déclaration de l'achat de la seigneurie de Terville/Elange (ADM)

Le libraire licencieux

 

« Aujourd’hui 8 avril 1783, nous Jacques Barthélémy Blouet, conseiller du roi, lieutenant générale civil et criminel au bailliage de Thionville ainsi que de la police de la ville, en procédant à l’assistance  de la réquisition de maître Antoine Collar, procureur du roi au siège de Thionville, et procédant à l’apposition des scellés chez le défunt Louis Bonin, libraire et bourgeois de Thionville, nous sommes descendu dans une cave attenante à la maison du sieur Bonin ou nous avons trouvé un coffre de chêne dans lequel il y avait des livres prohibé, c’est la raison pour laquelle nous avons fait transporter le coffre dans notre hôtel du bailliage pour en faire l’examen détaillé et en dressé l’inventaire .

 

Le 4 juin 1783, nous avons procédé à l’inventaire des biens du sieur Bonin, libraire de son état afin d’établir sa succession, inventaire fait sous la requête de maître Jean Joseph Delavallée, avocat au parlement de ce siège. Afin d ‘établir un inventaire le plus justement estimé, nous avons fait appel au sieur Pierre Bertrand, libraire de Thionville qui a prêté le serment qu’il s’acquitterait fidèlement de sa mission.

Nous nous sommes transporté au grenier de la maison du sieur Bonin défunt et avons commencé l’inventaire  des livres :

 

L’histoire de Clarisse en 4  volumes estimés à 4 sols.

La partie de chasse d’Henri IV en 4 volumes estimés à 12 sols.

(Suivent une liste de plusieurs dizaines de livres avec leur estimation)

 

Le 25 juin 1783, après avoir fait faire l’inventaire des livres de la boutique, nous avons fait celui du coffre avec les livres prohibés et nous en avons établi l’inventaire suivant :

 

10 exemplaires du livre « le système de la nature »

8 exemplaires du livre « Le mal et la liberté » de Jean Jacques Rousseau

3 exemplaires du livre « la belle allemande »

12 exemplaires du livre « Les amours de ……. »

8 exemplaires du livre « La confession du comte de *** » 1742 par Charles Pinot Duclos

4 exemplaires du livre « Le parnasse libertin »

18 exemplaires du livre « Le carillon de Cytère »

31 exemplaires du livre « Candide » de Voltaire.

36 exemplaires du livre « L’homme aux quarante écus » par Voltaire.

114 exemplaires du livre « La nouvelle Messaline » Nouvelles érotiques 1737

105 exemplaires du livre « la tourière des carmélites »

74 exemplaires du livre « Recueil de pièces galantes »

67 exemplaires du livre « Apologie de la fine galanterie »

88 exemplaires du livre « Les cinq jouissance à mourir »

7 exemplaires du livre « La putain errante » de l’Arétin

43 exemplaires du livre «L’histoire de la demoisselle B »

72 exemplaires du livre « La légende Joyeuse » de maistre Pierre Faifeu

5 exemplaires du livre « L’honnête philosophe 

 

NB: Beaucoup de ses livres sont pour le moins "Erotiques" les autres contestent Dieu, l'église et la morale, toutes choses fort peu appréciées par la royauté au 18ème siècle

 

L’inventaire terminé, nous avons mis notre cachet sur le coffre dans l’attente de la décision à prendre à son égard.

 

Le 24 juin 1783, le procureur du roi donne l’ordre qui suit :

 

« Je requiers que les livres prohibés mentionnés au procès verbal d’inventaire soit porté à la conciergerie du bailliage pour y être lacérés par l’huissier de service puis jetés au feu. »

 

L’ordre est exécuté le 29 juillet 1783.

 

Ci-dessous un exemple de livre prohibé que l'on peut encore trouver chez les bouquinistes

Le « Système de la nature » est un livre écrit en 1770, sous le pseudonyme de Jean Baptiste de Mirabaud, par le baron d’Holbach, Paul Henri Thiry (1723 à 1789) Le livre nie l’existence d’une âme et donc celle d’un Dieu. Pour lui, seul le cerveau est aux commandes et détermine la vie.

Le « Système de la nature » est un livre écrit en 1770, sous le pseudonyme de Jean Baptiste de Mirabaud, par le baron d’Holbach, Paul Henri Thiry (1723 à 1789) Le livre nie l’existence d’une âme et donc celle d’un Dieu. Pour lui, seul le cerveau est aux commandes et détermine la vie.

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville spécifique
Four banal de Negrepelisse en 1772

Four banal de Negrepelisse en 1772

Dans les débuts de la féodalité [1], les fours banaux comme les moulins et les pressoirs étaient des biens utiles, je dirais même vitaux pour les communautés urbaines ou villageoises, car à la base même de leur alimentation journalière.

 

La construction de ces édifices faisait appel à des connaissances techniques spécifiques et à une exigence de durabilité, toutes caractéristiques qui impliquaient des dépenses assez conséquentes et hors de porté des habitants. De plus, ces édifices nécessitaient une occupation foncière que n’avaient pas non plus ces communautés.

 

Donc, le seigneur de la ville, du village qui possédait le foncier et l’argent construisait le pressoir, le moulin et le four, puis obligeait les habitants à les utiliser moyennant finance. C’est ce qu’on appelait les droits de banalité [2] , car au final ces biens profitaient à toute la population et au seigneur également car il bénéficiait lui aussi des services offerts par ces équipements et percevait les taxes sensées lui revenir du fait qu’il en était propriétaire. Bien entendu, il se devait aussi d’en assurer l’entretien ou la reconstruction car il n’était pas rare que ces équipements soient détruits par les intempéries, la vétusté, les incendies accidentels ou volontaires au cours des guerres, sièges ou coup de main, fréquents dans nos régions.

 

Effectivement, du fait de l’utilité impérieuse de ces équipements, lors des épisodes guerriers, ils étaient souvent les premiers à être endommagés ou détruits, privant ainsi les habitants d’une partie de leur alimentation quotidienne et le seigneur du lieu d’une rentrée d’argent, le soumettant de surcroît, à des dépenses futures pour les reconstruire ou les réparer.

 

 

[1] Du 10 au 12ème siècle, mais dont divers droits, impôts perdurèrent jusqu’à la révolution

[2] Banal : ce qui est commun au plus grand nombre

 

Ces destructions, n’amenaient pas toujours une reconstruction rapide et parfois même le four n’était jamais reconstruit, soit par manque de volonté de la part du seigneur, manque d’argent, litige divers. Alors on dérogeait à la règle et on permettait aux habitants de cuire le pain chez eux mais en payant quand même le droit de banalité et au final on s’aperçut très vite que cette façon de faire convenait à tout le monde car le bourgeois, le villageois pouvait cuire son pain chez lui sans se déplacer au four banal ou attendre le jour de la cuisson et le seigneur qui percevait la taxe n’avait plus à reconstruire et à entretenir le four. Mais la taxe de four banal continua à être due et payée  au seigneur.

 

Les habitants des villes et des campagnes étaient soumis à un ensemble de taxes ou d’impôts divers comme les droits de banalité, mais aussi les corvées [1], la taille [2], le tonlieu [3] le terrage ou none [4] et d’autres encore plus spécifiques sur les vins, le cuir, les fenêtres, le mariage et puis il y avait les dîmes dues au clergé.

 

Tout cela grevait fortement les maigres revenus des habitants. Toutefois au fil du temps, ces impôts avaient soit disparus, soit n’ayant pas été réactualisés ne représentaient plus grand chose, certains à l’aube de la révolution n’étaient déjà plus payés depuis longtemps. Bien entendu, on a attribué et l’on attribue encore la révolution à la pression insupportable de la fiscalité sur les habitants, mais la fréquentation assidue des documents  du 18ème  siècle m’oblige à corriger fortement cette assertion qui est battue en brèche par la réalité des faits telle qu’on la constate dans l’ensemble des documents de l’époque où les impôts et même le pouvoir réel [5] des seigneurs n’avaient absolument plus rien à voir avec les temps où ils furent mis en œuvre.

 

Ce cadre général étant fixé, revenons maintenant à Thionville et aux villages alentours pour ce qui concerne les fours banaux [6]. A Thionville, seule une rue dite du « four banal » dans le prolongement de la rue « brûlée » évoque encore l’existence de cet équipement au centre de la vieille ville.

 

Au 13ème siècle, Thionville, après avoir failli être livrée au Duc de Lorraine reste en possession des comtes de Luxembourg. Ils vont accorder à certaines villes et à leurs habitants, des chartes de franchises, à l’exemple des rois de France.

 

Ces chartes de franchises desserraient un peu le carcan qui maintenait les habitants dans un ensemble de règles et de devoirs très rigides avec bien peu de droits en contre partie.

 

 

[1] Travaux divers dus au seigneurs : Remblais, nettoyage, chariotage des matériaux…

[2] Taxe générale apparentée à un impôt direct

[3] Droit de passage pour une personne, souvent pour des marchandises d’une seigneurie ou ville à une autre.

[4] Prélèvement d’une partie d’une récolte, souvent le dixième ou neuvième.

[5] Ils n’avaient conservé que des titres honorifiques, peu de pouvoirs et souvent bien peu d’argent, tout au moins pour la majorité des seigneurs provinciaux.

[6] Les moulins ont déjà étaient abordés dans plusieurs articles du Miscellanées 2013/2014 et dans l’ouvrage « Terville, histoires retrouvées - 2013»

 

La charte de franchise de Thionville fut « donnée » à la ville en 1239 par Henri, comte de Luxembourg.  On y trouve cette petite phrase laconique :

 

« Li boursois de tyonville doient cuire au four bannal »

 

Petite phrase qui indique que le bourgeois de Thionville doit cuire au four banal, et qui nous est mieux expliquée dans la charte de franchise de la ville de Bitbourg, postérieure à celle de Thionville puisque datée de 1262, et où il est précisé que :

 

 « Nous nous réservons et à nos successeurs, comtes de Luxembourg, les fours banaux de Bitbourg, selon ce qui est usité à Thionville, en cette manière qu’aucun bourgeois n’ait son four propre et nous ne pourrons en permettre l’usage à personne, ni les inféoder, mais nous en retirerons tout le profit qui nous revient de droit »

 

Donc en 1239,  il existe un four banal à Thionville où tous les bourgeois doivent cuire leur pain avec défense de posséder leur propre four. Ce four est la propriété des comtes de Luxembourg qui en retire un profit (droit de banalité) mais ne peuvent l’inféoder (louer contre une rente). Nous sommes là dans le droit fil de la féodalité, de ses taxes et impôts. En général, les habitants avaient aussi obligation d’aller faire moudre leurs grains au moulin banal de la ville, toutefois à Thionville, la situation sera rapidement différente [1] .

 

Les habitants amènent donc la pâte à pain qu’ils ont confectionnée avec la farine venant du moulin de la ville et là un « boulanger » fait cuire cette pâte moyennant finance où contre une part de cette même pâte. Dans les villages, la cuisson a lieu qu’une fois par semaine, mais à Thionville, il est probable que des cuissons avaient lieu tous les jours ou du moins plusieurs fois la semaine.

 

En 1438, Guillaume de Saxe « donne » à la ville de Thionville le nouveau moulin construit à la porte de Metz sur une dérivation de la Fensch, car les moulins banaux situés sur la Moselle ont été détruits lors du remaniement des fortifications de la ville.

 

[1] Voir dans « Terville, Histoires retrouvées » du même auteur paru en 2013

Philippe III de Bourgogne

Philippe III de Bourgogne

C’est finalement Philippe III de Bourgogne, duc de Luxembourg [1] qui en 1462, donnera définitivement à la ville le moulin de la porte de Metz et le droit d’en construire un autre à Terville.[2]

Lorsque l’on dit que l’on donne le four ou le moulin aux habitants, cela veut dire à la ville. Effectivement, Thionville est une communauté d’habitants qui dépend directement des comtes puis des ducs de Luxembourg au travers d’un prévôt, d’un bailli, d’un représentant nommé.  Pas de seigneur à Thionville, pas de seigneur de Thionville, même si quelques familles ont pris le nom de Thionville [3], elles n’avaient en général aucune autorité sur la ville.

 

[1] Appellation courante mais en fait il ne prit jamais ce titre

[2] Qu’on appellera le moulin Rouge

[3] Comme par exemple un certain Arnoux de Thionville portant le titre d’écuyer en 1302

Pendant des années, on ne sait rien de plus sur ce four banal qui doit rendre le service attendu de lui avec sans doute des aléas inévitables, mais voilà en 1558, la ville de Thionville subit un siège victorieux de la part des français conduit par le Duc de Guise.

 

Dès 1559, la ville revient dans son giron Luxembourgeois, mais il est probable que le four banal ait subi des dommages, qu’il faille le reconstruire, devant cette dépense, Philippe II [1], en charge de la ville décide en 1577, de donner à la ville le four banal, ce qui de son point de vue implique le droit des habitants d’avoir des petits fours, moyennant la somme de 50 florins, valant 87 livres et 17 sols tournois, payable en deux termes.

 

Nous voyons ici qu’en 1577, la règle générale, valable et applicable, depuis la charte de franchise de 1239 et sans doute avant, est caduque. Le moulin tout comme le four banal a été donné aux habitants de Thionville, donc à la ville, de ce fait, la banalité réelle de ces deux équipements n’existe plus, pourtant les droits de banalité continueront à être exigés et à être payés avec plus ou moins de régularité suivant les temps et les lieux.

 

A Thionville toutefois, le four semble avoir été reconstruit car une partie des habitants n’avaient pas les moyens [2] de cuire le pain chez eux, on avait donc un système mixte avec des particuliers qui cuisaient chez eux en payant la taxe afférente et une partie des habitants qui continuaient à cuire au four banal en payant la taxe afférente qui devait être moins élevée.

 

Extrait d’un acte notarié passé chez le notaire Helminger le 3 janvier 1685 :

 

« Jean Michel Wehe et Jean Herman, marchands bourgeois de Thionville disent avoir loué à Pierre Limptgen et à sa femme Marie Klain, le four banal de la ville pour une durée de trois années consécutives avec les mêmes clauses et conditions que leur à fait la ville de Thionville soit la somme de cinquante cinq Herren Gulden [3] payables chaque année au receveur de la ville. Les preneurs s’engagent aussi à cuire le pain de leur ménage pendant les trois années dans ledit four. Les témoins sont : Jacob Henry et Jean Volmeringer qui signent, les loueur signent également et les preneurs ne savent pas écrire. »

 

L’emplacement exact du four n’est pas connu, nous savons simplement qu’en 1686, il est mitoyen à la maison de Jean Rollinger comme indiquer dans un acte notarié concernant la vente d’une maison proche de ce four.

 

Les fours banaux étaient très souvent construits un peu à l’écart des autres habitations par peur des incendies, les plans anciens de Thionville n’indiquent pas ce genre de construction, il semble donc bien avoir été mitoyen avec une maison ou dans une maison particulière.

 

Le four banal de la ville fut détruit en 1748.

 

Regardons un peu la situation dans quelques villages autour de Thionville :

 

[1] 1555 – 1598, fils de Charles-Quint

[2] Moyens matériels et financiers

[3] Soit environ 1 florin dit du seigneur par Herren Gulden

Terville

Le four banal est commun au deux seigneurs qui se partagent le village dont l’abbaye de Bonnevoie au Luxembourg. C’est elle qui perçoit l’argent du four et en redonne une part au co-seigneur. Le four se situe dans la rue « Vingasse » [1]

 

En 1485, le four banal est mis à ferme (loué) au sieur Noël pour la somme de 20 gros de Metz, soit 32 deniers auquel il fallait encore ajouter 7 chapons.

 

En 1568, le four est ruiné, les seigneurs locaux dont l’abbaye de Bonnevoie autorisent donc les habitants à cuire chez eux pour une redevance de 6 patards par an.[2]

Le four sera refait puis à nouveau détruit.

 

En 1604, le four banal est en ruine.

 

En 1691, la dame d’Argelet possède le four banal qui est toujours en ruine, il ne sera plus jamais reconstruit. Chaque habitant qui cuisait son pain payait par année la  taxe de 9 sols et 6 deniers, les droits perçus annuellement sont encore de 24 sols toutefois les chapons ne se paient plus.

 

En 1694, au regard de la population, les droits perçus auraient dû se monter à 100 sols soit environ 5 livres tournois, or ces droits n’étaient pratiquement plus acquittés, ainsi en 1720, les droits de four banal se montaient à 24 sols.

 

En 1735, le droit dit de four banal n’est plus payé et ne le sera plus jamais.

 

En 1786, le maire du village déclare qu’il n’a pas souvenir de ce droit de four banal !

 

Veymerange  et Elange :

Les fours sont en ruine en 1604 et jamais reconstruits, la redevance due était d’un batz en 1704 soit environ 1 sol et 6 deniers. A Veymerange, le four se trouvait dans une maison derrière l’église, rue Saint-Martin, dans la petite ruelle qui contourne l’église.

 

Hayange :

En 1562, c’est Nicolas Scholler, aussi meunier à Marspich qui cuisait au four banal, à sa mort cette même année le droit sera transmis à son fils pour faire du pain blanc.

 

Volkrange :

En 1698, les habitants qui veulent cuire le pain chez eux font une demande aux deux co-seigneurs, Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock pour obtenir ce droit, voici un extrait de cette demande :

 

« Nous Paul Adam maire de Volkrange, Nicolas Picard aussi maire de Volkrange [3] aussi échevins des seigneurs avec Henry Cune aussi échevin, Nicolas Adam, Jean Suisse, Demange Suisse, Henry Bentz, Nicolas Legrand, Marguerite veuve de Jean Marche, Jean Dalliot, Jacques Lefranc, Jean Lefranc, Antoine Priard, Jacques Philippe, François Grund fils, Paul Mathelin, Pierre Hofman, François Mathelin, Didier Noël, Gérard Noël, Humbert Breibach, Abraham Hennequin, Jean Mollet, tous  habitants composant la communauté du village de Volkrange et Metzange déclarent que leur prédécesseurs avaient été obligés de cuire leurs pains dans un four banal qui était construit dans la seigneurie de Volkrange.

 

[1] Voir l’ouvrage « Terville, Histoires retrouvées » par Michel Persin - 2013

[2] Le patard est une petite monnaie des Pays-B.as Bourguignon sans grande valeur, comme un sou, un liard

[3] Volkrange avait deux seigneurs donc deux maires

 Ce four leur est tout à fait à charge et coûte cher, ils voudraient se libérer et s’exempter de cette servitude, ils sont prêts à payer aux seigneurs communs annuellement et pour toujours, chaque ménage faisant feux ou particulier une taxe (cens) de deux blankens [1] payable entre les mains des seigneurs en contrepartie, ils seraient libre de faire construire chez eux, dans leur maison, des fours pour cuire leurs pains et pour que les seigneurs aient le même privilège que leur prédécesseurs, ils s’engage, chaque ménage ou particulier, à payer annuellement et pour toujours ce cens de deux blankens à un jour fixé de l’année.

Cette proposition a été acceptée par les co-seigneurs, Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock qui est aussi conseiller, procureur du roi de l’hôtel de ville de Thionville et subdélégué de l’intendant.

Ces co-seigneurs acceptent, aussi par pure charité, en considération des misères dues aux dernières guerres qui ont accablées les habitant,s de leur faire remise des arrièrages de deux blankens à charge dans l’avenir de payer ce cens pour toujours, le premier lundi après la Saint-Martin. Fait au château de Volkrange le 17 février 1698 avant midi, explications en langue germanique mot pour mot et intelligiblement.

Ont signé : Les deux co-seigneurs ; Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock et aussi Jean Dalliot, Nicolas Picard, Abraham Hennequin, tous les autres habitants ont fait une croix ou leur marque habituelle. (Notaire : Helminger) »

 

Ici, nous voyons que le four banal est à la charge des habitants au niveau de l’entretien et qu’ils devaient payer quand même la taxe banale. Mais les deux sièges de Thionville de 1639 et 1643 ont mis à mal le four banal et le service n’étant plus rendu, la taxe n’est plus payée. Au final, le four est laissé à l’abandon, voir démoli, chacun va cuire chez lui en payant la même taxe qu’auparavant et tout le monde y trouve son compte comme dans la plupart des villages alentours. A Thionville, va subsister un système mixte jusqu’en 1748, puis chacun prendra l’habitude de se fournir chez le boulanger [2] ou de cuire chez lui quand il dispose d’un four personnel.

 

 

[1] Blanken veut dire « Blanc » donc une pièce en argent d’un écu soit un tiers de livre

[2]  En 1818, il y a 15 boulangers à Thionville

 

NB :

Les sources de cet article sont : Actes du notaire Helminger (ADM 3E7520-7538)

L’histoire  de Thionville par G.F. Teissier 1828.

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Le temps est venu pour moi de prendre quelques vacances.

 

Je vais les mettre à profit pour rédiger

« l’Histoire de la Chapelle des lépreux » à Thionville/Saint-François, un des plus ancien bâtiment de la ville, avec un chapitre sur la « Chapelle du lépreux » à Thionville/Beuvange-sous-Saint-Michel

 

la chapelle en 2016
la chapelle en 2016

A l’automne, nous verrons les fortifications de la ville au travers des travaux réalisés par Rodolphe de Saltzgeber, bâtisseur du premier pont de la ville.

Nous verrons aussi, grâce à des inventaires après décès, les biens que pouvait posséder des nobles, des marchands, des laboureurs et des manouvriers de la ville.

J’espère vous retrouver encore plus nombreux à la rentrée pour continuer à évoquer l’histoire de la ville et des villages alentours.

Sites intéressants pour l'histoire de Thionville et de la région:

 

http://www.thionville.fr/rubrique/20-Histoire_de_Thionville

 

http://www.florangepatrimoineculture.fr/spip.php?rubrique21

 

Vous pouvez toujours me joindre par la messagerie du blog ou à l’adresse : 

histoiredethionville@gmail.com

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle
1704 – Evasion à la prison de Thionville

Dans l’article précédent nous avons vu qu’une certaine Madeleine Schaff avait été incarcérée à la prison royale de Thionville pour prostitution de son corps. Il se trouve que j’ai découvert, il y a quelques jours, un document daté du 1er juin 1704 qui relate une évasion de cette même prison où avait été incarcérée Madeleine Schaff en juin 1669.

http://www.histoiredethionville.com/2016/06/juin-1669-prostitution-et-prison-a-thionville.html

 

Voici  le rapport de cette évasion fait par le « geollier » et l’annotation au bas du rapport demandant une inspection de la prison :

 

« Ce jourd’huy, premier de juin 1704, aux environs des quatre heures du matin, moi Jacques Huyart, geollier commis aux prisons royales du bailliage et siège royal de Thionville [1], certifie m’être transporté dans une des chambres desdites prisons où était enfermé le nommé Jean Barthel, bourgeois de cette ville comme prisonnier à la requête du sieur Grinsar, marchand, bourgeois de Metz, pour une dette de 241 livres tournois, sauf néanmoins à déduire le reçu au paiement de laquelle somme, ledit Barthel a été condamné par sentence de ce siège, même par corps, comme il paraît sur son écrou du 7 mai dernier.

 

La nuit du dernier jour du mois de mai et premier juin, ledit Barthel se serait évadé de force desdites prisons, quoique qu’ayant fait bonne garde de sa personne.

 

Il aurait arraché et défait deux barreaux de la fenêtre de ladite chambre, lesquels cependant étaient tenus et liés avec deux chainettes qui entouraient les deux barreaux.

A l’instant, j’ai fait la recherche de la personne dudit Barthel par toute la maison de Claude Lestamy par laquelle il s’est sauvé et même dans la maison des voisins et n’ayant pu trouver ledit Barthel, j’ai été obligé de dresser le procès verbal pour servir et valoir ce que de droit d’autant qu’il ne vient aucune erreur de ma faute. Fait à Thionville dans les prisons royales du bailliage. » Signé du « geollier », Jacques Huyart.

 

 


[1] Au début du 18ème siècle, ces chambres servant de prisons pour les bourgeois de Thionville, étaient situées dans le bâtiment du bailliage (Beffroi) et la prison pour les militaires se trouvait dans le couronné de Yutz

 

Noté au bas du procès verbal par le procureur du roi au bailliage :

 

Je requiers pour le roi, que le bris de prison mentionné dans ce procès verbal, il en soit informé, circonstances et dépendances et cependant que lesdites prisons soient vues et visitées pour en être dressé procès verbal et qu’on me le communique.

A Thionville le 3 juin 1704, signé de Jean Mathias Bock [1], procureur du roi au bailliage.

 

Rapport sur les prisons royales de Thionville suite au bris et évasion :

 

L’an de 1704, le 3 juin, nous, Jean Fringan, doyen des conseillers du bailliage et siège royal de Thionville en absence du sieur lieutenant général audit siège en vertu du procès verbal dressé le 1er du présent mois par Jacques Huyart, concierge de la conciergerie dudit siège et sur réquisition du procureur du roi, mis au bas du procès verbal de Jacques Huyart, je me suis transporté avec Jean Gorgon Bailly, clerc au greffe à cause de l’absence du greffier en ladite conciergerie. Ledit Jacques Huyart, nous a conduit dans une petite chambre où il met d’ordinaire les prisonniers et qui prend jour [2]sur la cour de Claude Lestamy dit « Picquart », bourgeois de cette ville.

 

Dans cette chambre, nous avons trouvé une fenêtre barrée de haut en bas de quatre barreaux de fer carré et un pareil qui les barrait au travers des barreaux et les cramponnait l’un dans l’autre. Le quatrième barreau et la barre traversant quoi que cramponnée a été ôtée de force avec des outils de fer et les pierres de celle qui traversait ont été cassées. Le trou de la pierre d’embase où le quatrième barreau était posé a été creusé par dessous. C’est par ce brisement que ledit Jean Barthel détenu prisonnier dans ladite chambre s’est sauvé et évadé nuitamment. Pour assurer d’avantage ladite chambre en forme de prison, il faudrait que toutes les barres de fer fussent plombées par les bouts d’avec les pierres et murer une pierre de taille par dessus jusqu’au haut de la barre de fer et il restera encore un jour suffisant pour éclairer ladite chambre et les prisonniers.

Fait à Thionville le jour dit et signé du greffier et de moi-même.

 

On ne sait pas si le sieur Jean Barthel a été repris ou s’il a échappé durablement à la prison. Il n’était pas un bien grand criminel puisqu’incarcéré pour une dette importante envers un marchand de Metz, une somme de 241 livres ce qui à l’époque représentait la moitié du prix d’une maison en la rue brûlée ou le prix d’une maison et jardin dans la banlieue de la ville.

 

NB : Le beffroi actuel est bien différent de celui du 18ème siècle qui abritait aussi le bailliage, la chapelle du Rosaire et le poids de la ville. Il l’est bien plus encore de celui du beffroi originel. Toutefois, on peut voir qu’en 1704, la prison pour les bourgeois [3] de Thionville se limitait à une ou deux chambres situées dans le bâtiment du beffroi, au rez-de-chaussée, sans doute à l’arrière et donnant dans la cour d’une maison privée. Ces chambres ont une fenêtre avec des barreaux de fer et le concierge loge sans doute assez loin de ces chambres pour n’avoir rien entendu des « travaux» effectués par le prisonnier pour démonter deux des barreaux de la fenêtre. On a souvent dit que les prisons se situaient dans le sous-sol du beffroi, mais celui-ci servait au poids de la ville et les ouvriers y travaillant se plaignaient des odeurs à cause des fuites dans les écoulements des latrines de la prison qui se trouvaient donc au-dessus du poids et donc au rez-de-chaussée, ce qui corrobore ce rapport d’évasion.

 


[1] Il était aussi co-seigneur de Volkrange.

[2] Où il y a une fenêtre.

[3] Les habitants hors les militaires

 

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle
Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre  « la maison à soldats »  Scène datant du 19ème siècle

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre « la maison à soldats » Scène datant du 19ème siècle

Si je regarde très loin dans le rétroviseur, soit 347 ans en arrière, je vois une certaine Madeleine Schaff, veuve d’un nommé « Roclos », alors soldat de la garnison de Thionville.

 

Cette Madeleine Scharff, fait l’objet d’une lettre du lieutenant général civil et criminel au bailliage du siège royal de Thionville, pour le procureur du roi de la ville, afin de lui signifier que ladite Madeleine Schaff a été constituée prisonnière aux prisons royales du bailliage [1] sur demande dudit procureur du roi en la ville de Thionville à cause de la prostitution de son corps et autres faits par lui constatés.

 

Suite à cet emprisonnement, ladite Schaff a été condamnée au bannissement de trois ans hors la ville et à une amende de cinquante livres tournois comprenant les frais de justice. Pour payer cette amende, la pauvre n’a aucun moyen, et comme elle a déjà passé plus d’un mois en prison, elle demande à vendre un bien afin de pouvoir payer l’amende et quitter ladite prison.

 

Dans cette lettre, le lieutenant général civil et criminel au bailliage de la ville signifie au procureur, qu’il autorise ladite Schaff à vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales et lui faire grâce d’avoir tenu la prison aussi longtemps.

 

[1] Les prisons royales ne sont que quelques cellules, se trouvant en général dans les locaux du bailliage (Beffroi)

La suite nous est donnée par un acte du 6 juin 1669, dressé par les notaires royaux de la ville de Thionville, devant témoins et en présence de Madeleine Scharff, veuve du soldat « Roclos » de la garnison de la ville, acte s’ensuivant de la requête faite par elle-même à monsieur le lieutenant général civil et criminel de la ville, lui demandant l’autorisation de vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales de ce siège de Thionville.

 

Sur consentement du procureur du roi en date du 3 juin de cette année 1669, elle reconnaît avoir vendu pour toujours et irrévocablement, à l’honnête Nicolas Crespin, tailleur d’habits et bourgeois de Thionville et à Madeleine Chopsein, sa femme, un verger situé au village de Volkrange, derrière l’église à coté d’un bien d’église et du chemin communal. Eve Agathe Wirfel, sa mère, et son mari Noël Liger ont l’usufruit leur vie durante [1] sur ce terrain.

 

Sa mère, Eve Agathe Wirfel, renonce à cet usufruit et vie durante sur ledit verger, qui peut ainsi être vendu pour 12 écus blancs [2] que les acheteurs ont payé comptant et qui seront employés pour l’élargissement de prison de ladite Schaff.

 

Les témoins sont Pierre Joan et Jean Beran, tous les deux sergents royaux du bailliage de Thionville.

 

Ces actes nous montrent d’une part, qu’au 17ème et 18ème siècle, la prostitution est un délit réprimé par la loi en vue de son éradication. Les peines sont l’emprisonnement et le bannissement assorties d’une amende. Le bannissement peut être limité dans le temps, ici trois années, et limité dans l’espace, on était banni de la ville ou de la province. Dans certaines régions, la loi est plus dure et peut amener au bagne.

La prostituée est dans un premier temps mise en prison, puis jugée et quand elle a payé l’amende infligée par les magistrats, elle sort de prison pour partir en exil pendant le temps du bannissement. Toutefois, vers le milieu du 18ème siècle, la justice s’adoucit et les mesures prises sont assez peu appliquées.

 

Dans notre cas nous voyons que Madeleine Schaff était mariée avec un soldat de la garnison de Thionville, elle avait peu de biens, sa mère s’était remariée avec un bourgeois de la ville et quand son soldat de mari est décédé, elle s’est probablement trouvée rapidement sans ressource. Thionville est une ville de garnison où les hommes sont nombreux, seuls et souvent désoeuvrés, une jeune veuve peut très rapidement basculer dans la prostitution pour assurer sa subsistance. Mais la ville est petite et tout se voit, se sait, quelques soupçons venant aux oreilles du procureur et la machine judiciaire se met en route ne laissant que peu de chance d’échapper aux châtiments.  Elle semble être restée plus d’un mois emprisonnée, ne pouvant payer l’amende. Elle n’a qu’un verger à Volkrange qui lui reviendra à la mort de sa mère qui en a l’usufruit sa vie durante, et c’est sa mère qui en renonçant à cet usufruit permettra la vente du bien, le paiement de l’amende et la sortie de prison. Après Madeleine Schaff quittera la ville pour trois années, mais libre.

 


[1] Il semble ici que sa mère Eve Wirfel se soit remariée avec Noël Liger, mais qu’elle était mariée précédemment avec un certain Schaff, duquel elle a eu cette fille Madeleine. L’usufruit sa vie durante sur le verger lui venait de ce précédent mariage échouant donc à sa fille Madeleine.

[2] Un écu blanc vaut en général 3 livres tournois et demie soit pour 12 écus, 42 livres tournois

 

Notaire: Helminger ADM 3E7525

 

Sites intéressants pour l'histoire locale:

http://www.thionville.fr/rubrique/20-Histoire_de_Thionville

http://www.florangepatrimoineculture.fr/spip.php?rubrique21

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

Dans l’article précédent j’écrivais :

http://www.histoiredethionville.com/2016/05/1733-un-dromadaire-a-thionville.html

 « Qu’ après ces deux courts textes, nous verrions une série d'articles sur les fortifications de Thionville réalisées par le capitaine, Rodolphe Saltzgeber, qui en 1673 avait construit le premier pont de Thionvillle et dont le nom est rarement associé aux fortifications de la ville. »

Toutefois, l’origine du capitaine Rodolphe Saltzgeber ou Saltzgaiber n’étant pas établi des recherches plus poussées auprès des archives Suisse et celles de l’armée à Vincennes sont en cours, nous verrons donc cette série d’articles sur les fortifications  dès que des informations plus précises seront disponibles.

 

J’avais annoncé le 23 septembre 2014,

http://www.histoiredethionville.com/2014/09/2014-thionville-baye-gallo-et-la-chapelle-st-francois.html

un article sur la chapelle des lépreux de Thionville, mais les informations disponibles me semblaient devoir être complétées et vérifiées. Au final, l’histoire de cette chapelle mérite plus qu’un article dans ce blog et je profiterai de cet été pour rédiger un ouvrage conséquent sur le sujet. Ouvrage qui devrait être disponible à l’automne 2016.

 

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Aujourd’hui, je vais vous conter une histoire rocambolesque qui est advenue au tout début du 18ème siècle et qui s’est conclue à Thionville au couvent du Saint-Esprit, dont le bâtiment est aujourd’hui occupé par la mairie de Thionville.

 

Les principaux personnages de l’affaire :

Anne Catherine, baronne de Schmitbourg [1] appelée « la baronne » dans le texte.

La baronne d’Eltz d’Ottange [2]

La dame de Caltenbach de Roussy [3]

Le sieur d’Alanzy [4]

Cretz Peter habitant de Altwies [5]

Le sieur Burthé habitant de Altwies

Le sieur Thierriat d’Espagne, gouverneur de Thionville [6]

Le receveur de l’électeur de Trêves.

 


[1] La famille de Schmibourg originaire de Coblence était alliée aussi à la famille d’Eltz.

[2] La famille d’Eltz alliée à la famille d’Hunolstein avait d’importants biens dans l’Eifel et la région de Trêves, elle avait aussi plusieurs seigneuries dans notre région, Ottange, Volmerange, Fontoy, Thionville..

[3] Cette famille appartient à un ensemble de familles de nobliaux qui s’étaient indûment appropriées des terres à Roussy et qui furent déboutées par François Maguin, conseiller à Metz et mari de marguerite de Wolter qui avait acquis la seigneurie de Roussy. On trouve dans ces familles les Caltenbach et les Halanzy.

[4] Capitaine d’un régiment de Dragons. Originaire de la Gaume.

[5] Commune dépendant actuellement de Mondorf-les-Bains

[6] Charles Thierriat d’Espagne, d’abord lieutenant du roi puis gouverneur de Thionville de 1680 à son décès à Thionville  le 25 juin 1711. Il avait été capitaine et major dans le régiment du maréchal de La Ferté et lieutenant du roi à Dôle avant d’arriver à Thionville.

 

La mairie de Thionville ancien couvent des clarisses

La mairie de Thionville ancien couvent des clarisses

La baronne explique le pourquoi de ce récit:

 

Anne Catherine, baronne de Schmitbourg, étant présente à Thionville, au couvent des dames abbesses et religieuses du Saint-Esprit en la ville [1], nous a dit qu’ayant réfléchit sur la conduite qu’elle a tenue pendant le temps qu’elle a séjourné chez le nommé Cretz Peter demeurant à Altwies, village dépendant du canton de Rodemack, où elle avait été envoyée, il y a environ quatre mois, de l’ordre de ses parents pour se faire soulager et guérir d’une incommodité [2] qui lui était survenue au visage. Cette conduite ayant donné lieu à ses parents d’en être mécontents, en sorte qu’ils ne voulaient plus l’écouter, ni la recevoir chez eux. C’est pourquoi voulant les désabuser des fausses impressions que cela aurait fait sur leurs esprits, elle nous a déclaré sans force, injonction, ni contrainte, mais d’une libre, sincère et franche volonté que la vérité est celle qu’elle nous déclare ce jour et nous demande de la rédiger par écrit et d’en dresser un acte authentique en présence de madame la baronne d’Eltz, de la dame abbesse du couvent du Saint-Esprit et de monsieur Alexandre, prêtre et curé de la paroisse de la ville.

 

La baronne est malade et va faire une cure à Altwies, près de Mondorf-les-Bains:

 

Pendant son séjour qui a été de trois mois ou environ chez ledit Cretz Peter où elle avait entrepris sa cure pour guérir de son indisposition, celui-ci lui aurait dit que son mal venait d’un sortilège que certaines sorcières du pays de Coblence [3], lui auraient donné et que si elle souhaitait connaître la personne qui lui avait jetée ou si elle voulait retourner chez ses parents, elle serait alors continuellement exposé au même accident. De ce fait, elle résolu de demeurer en ce pays et il lui dit alors qu’elle devait se marier car c’était le seul et unique moyen de parvenir à la guérison, sans quoi, il ne voulait pas entreprendre sa cure et comme elle ne souhaitait rien de plus que son soulagement, elle lui fit connaître qu’elle était disposée à écouter ses avis, qu’elle le regardait pour un homme habile et ne le croyait pas capable de lui conseiller la moindre chose contraire à son avantage.

 

Ledit Cretz Peter, remarquant la grande crédulité de la baronne, lui proposa après quelques jours de résidence chez lui, de l’emmener lui-même, là où elle le voudrait, lui promettant qu’il ne lui manquera ni or, ni argent, qu’il était assez riche pour faire sa fortune, qu’il la conduirait à Paris ou en Hollande, ou en tel endroit qu’elle souhaiterait, qu’il abandonnerait sa femme, sa famille pour la suivre, mais ces propositions ne faisaient aucune impression sur l’esprit de la baronne, car elle ne cherchait que sa guérison, ledit Cretz Peter, lui refit plusieurs fois ces propositions qui restèrent vaines.

 

Plus tard, la baronne fit la connaissance d’un gentil homme appelé le sieur de Burthé qui demeurait au voisinage de Cretz Peter et qui s’étant aperçu du remède préconisé, soit le mariage, lui fit après quelques jours la proposition de l’épouser, mais la baronne n’éprouvait qu’indifférence et même conçu de l’aversion pour le sieur Burthé.

Celui-ci, entra dans un grand emportement et une grande fureur, disant hautement qu’il se poignarderait. Plus il témoignait son empressement, plus la baronne avait de la haine pour le pauvre homme et sans pouvoir dire d’où cela venait, sinon qu’elle pensa que c’était un charme qui ne pouvait procéder que de la part de Cretz Peter. Alors, elle le pria de faire cesser la passion violente du sieur Burthé.

 

 

 

[1] Ordre des clarisses dépendant du couvent du Saint-Esprit de Luxembourg.

[2] Terme général indiquant probablement une maladie de peau

[3] Où habitaient alors ses parents

La baronne va au château de Roussy et s'engage à la lègère:

 

Dans ces entrefaites, la dame de Caltenbach [1], demeurant au château de Roussy ayant rendu quelques visites à la baronne, celle-ci crut de son devoir de lui rendre la réciproque en se rendant au château de Roussy où elle aperçut un officier quelle ne connaissait pas et que l’on lui dit être le sieur d’Alanzy [2], lequel eut une conversation avec elle où elle lui fit entendre qu’elle désirait s’établir dans ce pays et s’y marier et qu’il y avait un gentilhomme de distinction qui paraissait avoir un penchant pour elle, mais qu’elle même avait beaucoup de répugnance pour lui. Le sieur d’Alanzy lui proposa un sien neveu qu’il disait être galant homme, ce à quoi la  baronne qui dans toutes ces propositions ne savait quel parti prendre répondit qu’il fallait voir ce jeune cavalier.

Mais le sieur d’Alanzy ayant été averti de la faiblesse, de l’âge et de l’esprit de la baronne ne manqua pas de venir la trouver le lendemain accompagné de son neveu qu’il emmena chez Cretz Peter, qui dès qu’il vit le jeune homme, dit à la baronne que c’était la personne qu’elle devait épouser. Madame de Caltenbach étant venue avec le sieur d’Alanzy et son neveu, sollicita la baronne pour qu’elle épouse le jeune homme et le sieur d’Alanzy promis de l’entretenir toute sa vie et d’en faire son héritier. Devant tant de pression la baronne conçu pour ce jeune homme une violente passion et donna sa parole de l’épouser, à la dame de Caltenbach, et sur sa demande lui fit un billet disant que le sieur d’Alanzy lui avait promis cent ducats et une compagnie franche pour le mari de la dame de Caltenbach . S’étant ainsi séparés, la dame de Caltenbach, s’en retourna avec le sieur d’Alanzy et son neveu au château de Roussy.

 

La baronne part pour Coblence en bateau sur la Moselle:

 

Le lendemain, la baronne partit avec un ecclésiastique et une femme de chambre qui étaient venus la reprendre pour la conduire chez ses parents où elle retournait en bateau. En chemin, elle passa quelques jours à Trêves d’où elle repartit pour continuer sa route et étant arrivée aux environs de Paltz [3] au-dessus de Trêves, elle aperçu le sieur D’Alanzy avec un corps de cavalerie qui était sur le bord de la Moselle.

 

La baronne se fait enlever:

 

Il fit arrêter le bateau  et monta à bord avec l’intention de l’emmener. La baronne protesta et le receveur de l’électeur de Trêves qui accompagnait la baronne ayant exhibé un passeport au sieur d’Alanzy pour empêcher qu’il ne les arrêta se vit répliquer par le sieur d’Alanzy qu’il respectait le passeport mais qu’il demandait que la baronne le suive car elle avait promis de se marier avec un des officiers de son régiment et qu’absolument, il l’emmènerait. La baronne, malgré la résistance du receveur de l’électeur de Trêves et la sienne fut contrainte de le suivre avec la cinquantaine de maîtres qui accompagnait le sieur d’Alanzy.

 

Le jour même, ils couchèrent à Grevenmacker, la baronne accompagnée par sa femme de chambre qui la quitta en ce lieu, le sieur d’Alanzy lui en ayant donné une autre. Le lendemain, un mardi, ils furent rendus au château de Roussy, chez le sieur et la dame de Caltenbach.

 


[1] Caltenbach ou Kaltenbach

[2] Alanzy ou Halanzy, famille originaire de la Gaume belgo-luxembourgeoise.

[3] On parle ici de Pfalzel, aujourd’hui quartier au nord de Trêves.

 

Cours de la Moselle de Thionville à Coblence

Cours de la Moselle de Thionville à Coblence

La baronne va être mariée contre son gré:

 

Dès le lendemain, le neveu du sieur d’Alanzy monta au château de Roussy dans le dessin d’épouser la baronne si quelque prêtre avait été présent mais faute de prêtre, la cérémonie fut différée au lendemain, jeudi, car le sieur d’Alanzy avait sollicité un certain prêtre inconnu et vagabond pour faire cette belle œuvre.

 

La baronne est sauvée du mariage et de ses "ravisseurs":

 

Monsieur Thierriat d’Espagne, gouverneur de Thionville,  ayant été prévenu par monsieur le Comte d’Autel [1] du mariage prévu et des conditions de ce mariage, envoya un détachement de sa garnison pour empêcher la cérémonie et pour enlever la baronne des mains du sieur d’Alanzy et de son neveu, ses ravisseurs, sans qu’il n’y eu d’autres suites, ni consommation du mariage. La baronne fut conduite dans la maison et couvent des dames et religieuses du Saint-Esprit où elle est encore actuellement, dans une grande douleur et repentir, d’un si fâcheux événement.

 

Renonçant à ce prétendu mariage auquel on a voulu l’induire et que si elle n’a point fait la présente déclaration plus tôt et dans le temps qu’elle a été détournée des mains du sieur d’Alanzy, ce n’a été que pour prévenir et empêcher qu’il n’arriva quelques disgrâces au sieur d’Alanzy.

 

La présente déclaration, sa lecture et explication ayant été faite à la baronne en langue germanique, mot pour mot, par le notaire [2] et en présence des témoins ci-dessous nommés qui ont une entière et parfaite connaissance des langues française et allemande.

La baronne persiste et signe cette déclaration comme la vérité.

 

Fait à Thionville au couvent des dames et religieuses du Saint-Esprit le 19 septembre 1703.

 

Ont signé les témoins :

Alexandre curé de Thionville, la baronne d’Eltz d’Ottange et la dame abbesse du couvent et la baronne Anne Catherine von Schmitberg

 


[1] Jean-Frédéric, comte d’Autel, baron de Vogelsang, feld-maréchal, gouverneur et capitaine général du duché de Luxembourg, chevalier de la Toison d’or, etc., naquit le 7 septembre 1645, à Luxembourg, et mourut le 1er août 1716.

[2] ADM Robin 3E7578

 

Château de Roussy - Dessin de Henri Bacher – Strasbourg - 1933

Château de Roussy - Dessin de Henri Bacher – Strasbourg - 1933

Ci-dessous deux sites à visiter sur l'histoire de notre région

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