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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

1704 - Le transfert d’une prisonnière à Metz

1705 - La vente des seigneuries

 1783 - Le libraire licencieux 

 

Les vacances ne sont pas terminées, mais je vous livre ici quelques documents originaux, en quelque sorte un « devoir de vacances » bien agréable.

1704 - Transfert d’une prisonnière de Thionville à Metz

 

Un acte du 11 août 1704, nous donne un aperçu de la manière dont se faisait le transfert d’une prisonnière de Thionville à Metz pour son procès.

 

«Le 11 du mois d’août 1704, par devant nous Estienne Hue de Saint-Rémy, escuyer, conseiller du roi et lieutenant criminel au bailliage et siège royal  de Thionville, étant en la chambre criminelle est comparu le procureur du roi qui a dit qu’il a fait afficher et apposer à la porte de cet auditoire, qu’il sera aujourd’hui procédé au bail au rabais de la conduite d’Anne Arnous, prisonnière en la prison de notre conciergerie de Thionville, pour être menée sous bonne et sûre garde en la conciergerie du parlement de Metz, pour son procès requérant sa comparution.

 

Nous avons donné acte au procureur du roi de sa requête et avons ordonné qu’il soit présentement procédé à l’attribution du bail au rabais et avons fait lire à haute et intelligible voix ladite affiche par le sieur Barthel, huissier de service.

Après quoi, l’huissier a mis la conduite de ladite Anne Arnous à la conciergerie du parlement de Metz pour son procès aux enchères qui suivent :

 

Bail mis à prix à 50 livres

 

Collignon propose 45 livres

Chabot propose 42 livres

Niclou propose 40 livres

Collignon propose 38  livres et 10 sols

Chabot propose 37 livres

Collignon propose 36 livres

 

Personne ne venant rabaisser le bail, celui-ci est alloué au sieur Collignon qui devra donc mener ladite prisonnière, Anne Arnous, à son procès au parlement de Metz et la remettre en la conciergerie du parlement en assurant une bonne et sûr garde. La dite prisonnière lui sera remise en main propre et le tout noté sur le registre.

 

NB : Il est intéressant de constater qu’il y a plus de 300 ans, le transfert de prisonnier de Thionville à Metz était sous-traité à des particuliers, moyennant finances et garanties données par le particulier ayant remporté l’offre.

1705 – La vente des seigneuries de la prévôté de Thionville

 

« Le 14 mars 1705, examen par le lieutenant général et les conseillers du bailliage au siège royal de la ville, de la remontrance fait par le procureur du roi audit bailliage disant que l’édit de sa majesté ayant ordonné la vente et l’aliénation à titre d’inféodation et de propriété « incommuable » des justices et seigneuries des paroisses ordinaires du royaume, la plupart de celle de la prévôté de Thionville ayant été adjugées à différents acquéreurs et lesquels au lieu de se faire recevoir et installer en possession et jouissance par les officiers de sa majesté ainsi qu’il est dit au contrat de vente de messieurs les commissaires généraux et conformément à l’édit du roi du mois de juillet 1704 concernant les justices seigneuriales et quoi que ces règlements qui ne peuvent être ignorés par les acquéreurs, lesdits acquéreurs se sont mis en possession eux même ou par un sergent non commissionné.

Ils ont créé des maires et des gens de justice au mépris de l’édit du roi aussi il est requis du procureur du roi de faire réprimer pareils entreprises et que les possessions prises par les acquéreurs de Koenisgmacker, Terville, Elange, Boulange, Gandrange, Volkrange, Beuvange et d’autres lieux soient déclarés nulles avec défense aux maires et gens de justice créés par les dits acquéreurs d’exercer aucune fonction de leur office à peine de faux, les sergents qui les ont mis en possession sans aucune commission seront condamnés chacun à trois livres d’amende avec défense de ne plus récidiver sauf aux acquéreurs qui doivent se pourvoir pour leur installation et réception des maires et gens de justice ainsi qu’il est ordonné et que le jugement qui interviendra soit signifié aux acquéreurs et aux maires et gens de justice afin de s’y conformer.

 

Nous membres du bailliage en égard à la remontrance du procureur du roi et y faisant droit, nous avons déclaré et déclarons kes possessions prises par les acquéreurs des justices et seigneuries des paroisses de Koenisgmacker, Terville, Elange, Boulange, Gandrange, Volkrange, Beuvange et autres lieux dépendants du bailliage de Thionville, nulles, défendons aux maires et gens de justice de ces lieux d’exercer leurs offices sous peine de faux et d’arbitraire . De même nous condamnons les sergents ayant mis en possession les acquéreurs sans la mission de le faire d’une amende de trois livres et de défense de récidiver sous peine d’interdiction. Nous demandons aux acquéreurs de se pourvoir et ordonnons aux acquéreurs et gens de justice d’attendre d’être signifiés du jugement d’acquisition qui sera rendu ».

 

Ce texte est en deux parties, la première est une remontrance faite par les officiers royaux au bailliage de Thionville expliquant que certains acquéreurs de seigneurie dépendant dudit bailliage, ont une fois acté leur achat, nommés leur maire et leurs échevins, leur sergent et bangardes sans en référer aux officiers royaux et sans leur autorisation. Or l’administration royale avait prévu un contrôle sur ces acquisitions en terme de paiement effectif du montant de la seigneurie acquise et un contrôle sur les nominations du maire et des gens de justice. N ‘oublions pas que certaines seigneuries avait été acquises par deux seigneurs [1], qui nommaient chacun leur maire et gens de justice au sein du même village avec les inconvénients pouvant en découler.

 

La deuxième partie n’est que la confirmation de la remontrance par les membres du bailliage qui de toutes les façons n’avaient pas le pouvoir d’aller contre les officiers royaux.

 

On demanda donc aux gens de justice ainsi nommés de ne pas exercer leur fonction et aux acquéreurs de se pourvoir en justice pour demander la validation par les officiers royaux de leur acquisition avant de pouvoir créer et nommer leur maire, leurs échevins, sergent et autres. En fait le roi et son administration mettaient les choses au point et l’église au milieu du village.

 

Le roi avait vendu ses seigneuries mais restait le maître et les futurs seigneurs qui pour la plupart étaient d’anciens militaires, petits nobles ou plus simplement des bourgeois, commerçants de la ville comprirent vite quelle était leur place. Beaucoup qui s’étaient  endettés pour ce titre de seigneur déchantèrent bien vite, les rentes, droits et cens divers n’étaient souvent pas payés par des paysans pauvres ou par des laboureurs plus riches, mais chicaneurs et procéduriers. La mésentente était fréquente entre les co-seigneurs et le morcellement des propriétés lors des successions n’arrangeait rien. De ce fait, beaucoup de seigneuries furent revendues plusieurs fois en quelques dizaines d’années [2].

 

La vente des seigneuries du royaume avait atteint son but, renflouer les caisses royales mais fut souvent un marché de dupe pour les acquéreurs.

 

Ci-dessous, la déclaration de l’achat de la seigneurie de Terville-Elange par le sieur Jean de la Martinière de Thionville [1] pour une somme de 12760 livres et pour un rapport annuel théorique [2] de 500 livres, en cens, rentes et droits seigneuriaux divers, soit à minima 25 ans pour amortir l’achat. En 1722, la seigneurie sera vendue à Marie Anne Léopold de Neuhof, veuve de André Brandenbourg de Breyfeillac, comte de Trévoux et ses deux enfants la revendront en 1763, à Benoît Nicolas Wolter de Neurbourg, déjà seigneur de Cattenom, pour la somme de 18714 livres qui lui seront remboursé par le roi qui avait entre temps repris les domaines.[3]

Donc, entre 1704 et 1770, la seigneurie de Terville/Elange ne s’est valorisée que de 5954 livres soit d’environ 100 livres par année !

http://www.histoiredethionville.com/livre-à-venir-terville-histoires-retrouvées

 

[1] Il est commissaire garde du parc d’artillerie de Thionville

[2] Théorique car de nombreux droits et cens n’étaient pas payés ou avec énormément de retard à cause des mauvaises récoltes, des guerres et des épidémies.

[3] Voir « Terville, Histoires retrouvées » par Michel Persin 2013

 


[1] Un seigneur haut-justicier et un seigneur foncier comme à Volkrange avec l’incident qui en avait découlé lors de la fête du village.en

[2] Ainsi entre 1705 et 1789, la seigneurie de Veymerange eut plus de cinq seigneurs différents

 

Déclaration de l'achat de la seigneurie de Terville/Elange (ADM)

Déclaration de l'achat de la seigneurie de Terville/Elange (ADM)

Le libraire licencieux

 

« Aujourd’hui 8 avril 1783, nous Jacques Barthélémy Blouet, conseiller du roi, lieutenant générale civil et criminel au bailliage de Thionville ainsi que de la police de la ville, en procédant à l’assistance  de la réquisition de maître Antoine Collar, procureur du roi au siège de Thionville, et procédant à l’apposition des scellés chez le défunt Louis Bonin, libraire et bourgeois de Thionville, nous sommes descendu dans une cave attenante à la maison du sieur Bonin ou nous avons trouvé un coffre de chêne dans lequel il y avait des livres prohibé, c’est la raison pour laquelle nous avons fait transporter le coffre dans notre hôtel du bailliage pour en faire l’examen détaillé et en dressé l’inventaire .

 

Le 4 juin 1783, nous avons procédé à l’inventaire des biens du sieur Bonin, libraire de son état afin d’établir sa succession, inventaire fait sous la requête de maître Jean Joseph Delavallée, avocat au parlement de ce siège. Afin d ‘établir un inventaire le plus justement estimé, nous avons fait appel au sieur Pierre Bertrand, libraire de Thionville qui a prêté le serment qu’il s’acquitterait fidèlement de sa mission.

Nous nous sommes transporté au grenier de la maison du sieur Bonin défunt et avons commencé l’inventaire  des livres :

 

L’histoire de Clarisse en 4  volumes estimés à 4 sols.

La partie de chasse d’Henri IV en 4 volumes estimés à 12 sols.

(Suivent une liste de plusieurs dizaines de livres avec leur estimation)

 

Le 25 juin 1783, après avoir fait faire l’inventaire des livres de la boutique, nous avons fait celui du coffre avec les livres prohibés et nous en avons établi l’inventaire suivant :

 

10 exemplaires du livre « le système de la nature »

8 exemplaires du livre « Le mal et la liberté » de Jean Jacques Rousseau

3 exemplaires du livre « la belle allemande »

12 exemplaires du livre « Les amours de ……. »

8 exemplaires du livre « La confession du comte de *** » 1742 par Charles Pinot Duclos

4 exemplaires du livre « Le parnasse libertin »

18 exemplaires du livre « Le carillon de Cytère »

31 exemplaires du livre « Candide » de Voltaire.

36 exemplaires du livre « L’homme aux quarante écus » par Voltaire.

114 exemplaires du livre « La nouvelle Messaline » Nouvelles érotiques 1737

105 exemplaires du livre « la tourière des carmélites »

74 exemplaires du livre « Recueil de pièces galantes »

67 exemplaires du livre « Apologie de la fine galanterie »

88 exemplaires du livre « Les cinq jouissance à mourir »

7 exemplaires du livre « La putain errante » de l’Arétin

43 exemplaires du livre «L’histoire de la demoisselle B »

72 exemplaires du livre « La légende Joyeuse » de maistre Pierre Faifeu

5 exemplaires du livre « L’honnête philosophe 

 

NB: Beaucoup de ses livres sont pour le moins "Erotiques" les autres contestent Dieu, l'église et la morale, toutes choses fort peu appréciées par la royauté au 18ème siècle

 

L’inventaire terminé, nous avons mis notre cachet sur le coffre dans l’attente de la décision à prendre à son égard.

 

Le 24 juin 1783, le procureur du roi donne l’ordre qui suit :

 

« Je requiers que les livres prohibés mentionnés au procès verbal d’inventaire soit porté à la conciergerie du bailliage pour y être lacérés par l’huissier de service puis jetés au feu. »

 

L’ordre est exécuté le 29 juillet 1783.

 

Ci-dessous un exemple de livre prohibé que l'on peut encore trouver chez les bouquinistes

Le « Système de la nature » est un livre écrit en 1770, sous le pseudonyme de Jean Baptiste de Mirabaud, par le baron d’Holbach, Paul Henri Thiry (1723 à 1789) Le livre nie l’existence d’une âme et donc celle d’un Dieu. Pour lui, seul le cerveau est aux commandes et détermine la vie.

Le « Système de la nature » est un livre écrit en 1770, sous le pseudonyme de Jean Baptiste de Mirabaud, par le baron d’Holbach, Paul Henri Thiry (1723 à 1789) Le livre nie l’existence d’une âme et donc celle d’un Dieu. Pour lui, seul le cerveau est aux commandes et détermine la vie.

Voir les commentaires

Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville spécifique
Four banal de Negrepelisse en 1772

Four banal de Negrepelisse en 1772

Dans les débuts de la féodalité [1], les fours banaux comme les moulins et les pressoirs étaient des biens utiles, je dirais même vitaux pour les communautés urbaines ou villageoises, car à la base même de leur alimentation journalière.

 

La construction de ces édifices faisait appel à des connaissances techniques spécifiques et à une exigence de durabilité, toutes caractéristiques qui impliquaient des dépenses assez conséquentes et hors de porté des habitants. De plus, ces édifices nécessitaient une occupation foncière que n’avaient pas non plus ces communautés.

 

Donc, le seigneur de la ville, du village qui possédait le foncier et l’argent construisait le pressoir, le moulin et le four, puis obligeait les habitants à les utiliser moyennant finance. C’est ce qu’on appelait les droits de banalité [2] , car au final ces biens profitaient à toute la population et au seigneur également car il bénéficiait lui aussi des services offerts par ces équipements et percevait les taxes sensées lui revenir du fait qu’il en était propriétaire. Bien entendu, il se devait aussi d’en assurer l’entretien ou la reconstruction car il n’était pas rare que ces équipements soient détruits par les intempéries, la vétusté, les incendies accidentels ou volontaires au cours des guerres, sièges ou coup de main, fréquents dans nos régions.

 

Effectivement, du fait de l’utilité impérieuse de ces équipements, lors des épisodes guerriers, ils étaient souvent les premiers à être endommagés ou détruits, privant ainsi les habitants d’une partie de leur alimentation quotidienne et le seigneur du lieu d’une rentrée d’argent, le soumettant de surcroît, à des dépenses futures pour les reconstruire ou les réparer.

 

 

[1] Du 10 au 12ème siècle, mais dont divers droits, impôts perdurèrent jusqu’à la révolution

[2] Banal : ce qui est commun au plus grand nombre

 

Ces destructions, n’amenaient pas toujours une reconstruction rapide et parfois même le four n’était jamais reconstruit, soit par manque de volonté de la part du seigneur, manque d’argent, litige divers. Alors on dérogeait à la règle et on permettait aux habitants de cuire le pain chez eux mais en payant quand même le droit de banalité et au final on s’aperçut très vite que cette façon de faire convenait à tout le monde car le bourgeois, le villageois pouvait cuire son pain chez lui sans se déplacer au four banal ou attendre le jour de la cuisson et le seigneur qui percevait la taxe n’avait plus à reconstruire et à entretenir le four. Mais la taxe de four banal continua à être due et payée  au seigneur.

 

Les habitants des villes et des campagnes étaient soumis à un ensemble de taxes ou d’impôts divers comme les droits de banalité, mais aussi les corvées [1], la taille [2], le tonlieu [3] le terrage ou none [4] et d’autres encore plus spécifiques sur les vins, le cuir, les fenêtres, le mariage et puis il y avait les dîmes dues au clergé.

 

Tout cela grevait fortement les maigres revenus des habitants. Toutefois au fil du temps, ces impôts avaient soit disparus, soit n’ayant pas été réactualisés ne représentaient plus grand chose, certains à l’aube de la révolution n’étaient déjà plus payés depuis longtemps. Bien entendu, on a attribué et l’on attribue encore la révolution à la pression insupportable de la fiscalité sur les habitants, mais la fréquentation assidue des documents  du 18ème  siècle m’oblige à corriger fortement cette assertion qui est battue en brèche par la réalité des faits telle qu’on la constate dans l’ensemble des documents de l’époque où les impôts et même le pouvoir réel [5] des seigneurs n’avaient absolument plus rien à voir avec les temps où ils furent mis en œuvre.

 

Ce cadre général étant fixé, revenons maintenant à Thionville et aux villages alentours pour ce qui concerne les fours banaux [6]. A Thionville, seule une rue dite du « four banal » dans le prolongement de la rue « brûlée » évoque encore l’existence de cet équipement au centre de la vieille ville.

 

Au 13ème siècle, Thionville, après avoir failli être livrée au Duc de Lorraine reste en possession des comtes de Luxembourg. Ils vont accorder à certaines villes et à leurs habitants, des chartes de franchises, à l’exemple des rois de France.

 

Ces chartes de franchises desserraient un peu le carcan qui maintenait les habitants dans un ensemble de règles et de devoirs très rigides avec bien peu de droits en contre partie.

 

 

[1] Travaux divers dus au seigneurs : Remblais, nettoyage, chariotage des matériaux…

[2] Taxe générale apparentée à un impôt direct

[3] Droit de passage pour une personne, souvent pour des marchandises d’une seigneurie ou ville à une autre.

[4] Prélèvement d’une partie d’une récolte, souvent le dixième ou neuvième.

[5] Ils n’avaient conservé que des titres honorifiques, peu de pouvoirs et souvent bien peu d’argent, tout au moins pour la majorité des seigneurs provinciaux.

[6] Les moulins ont déjà étaient abordés dans plusieurs articles du Miscellanées 2013/2014 et dans l’ouvrage « Terville, histoires retrouvées - 2013»

 

La charte de franchise de Thionville fut « donnée » à la ville en 1239 par Henri, comte de Luxembourg.  On y trouve cette petite phrase laconique :

 

« Li boursois de tyonville doient cuire au four bannal »

 

Petite phrase qui indique que le bourgeois de Thionville doit cuire au four banal, et qui nous est mieux expliquée dans la charte de franchise de la ville de Bitbourg, postérieure à celle de Thionville puisque datée de 1262, et où il est précisé que :

 

 « Nous nous réservons et à nos successeurs, comtes de Luxembourg, les fours banaux de Bitbourg, selon ce qui est usité à Thionville, en cette manière qu’aucun bourgeois n’ait son four propre et nous ne pourrons en permettre l’usage à personne, ni les inféoder, mais nous en retirerons tout le profit qui nous revient de droit »

 

Donc en 1239,  il existe un four banal à Thionville où tous les bourgeois doivent cuire leur pain avec défense de posséder leur propre four. Ce four est la propriété des comtes de Luxembourg qui en retire un profit (droit de banalité) mais ne peuvent l’inféoder (louer contre une rente). Nous sommes là dans le droit fil de la féodalité, de ses taxes et impôts. En général, les habitants avaient aussi obligation d’aller faire moudre leurs grains au moulin banal de la ville, toutefois à Thionville, la situation sera rapidement différente [1] .

 

Les habitants amènent donc la pâte à pain qu’ils ont confectionnée avec la farine venant du moulin de la ville et là un « boulanger » fait cuire cette pâte moyennant finance où contre une part de cette même pâte. Dans les villages, la cuisson a lieu qu’une fois par semaine, mais à Thionville, il est probable que des cuissons avaient lieu tous les jours ou du moins plusieurs fois la semaine.

 

En 1438, Guillaume de Saxe « donne » à la ville de Thionville le nouveau moulin construit à la porte de Metz sur une dérivation de la Fensch, car les moulins banaux situés sur la Moselle ont été détruits lors du remaniement des fortifications de la ville.

 

[1] Voir dans « Terville, Histoires retrouvées » du même auteur paru en 2013

Philippe III de Bourgogne

Philippe III de Bourgogne

C’est finalement Philippe III de Bourgogne, duc de Luxembourg [1] qui en 1462, donnera définitivement à la ville le moulin de la porte de Metz et le droit d’en construire un autre à Terville.[2]

Lorsque l’on dit que l’on donne le four ou le moulin aux habitants, cela veut dire à la ville. Effectivement, Thionville est une communauté d’habitants qui dépend directement des comtes puis des ducs de Luxembourg au travers d’un prévôt, d’un bailli, d’un représentant nommé.  Pas de seigneur à Thionville, pas de seigneur de Thionville, même si quelques familles ont pris le nom de Thionville [3], elles n’avaient en général aucune autorité sur la ville.

 

[1] Appellation courante mais en fait il ne prit jamais ce titre

[2] Qu’on appellera le moulin Rouge

[3] Comme par exemple un certain Arnoux de Thionville portant le titre d’écuyer en 1302

Pendant des années, on ne sait rien de plus sur ce four banal qui doit rendre le service attendu de lui avec sans doute des aléas inévitables, mais voilà en 1558, la ville de Thionville subit un siège victorieux de la part des français conduit par le Duc de Guise.

 

Dès 1559, la ville revient dans son giron Luxembourgeois, mais il est probable que le four banal ait subi des dommages, qu’il faille le reconstruire, devant cette dépense, Philippe II [1], en charge de la ville décide en 1577, de donner à la ville le four banal, ce qui de son point de vue implique le droit des habitants d’avoir des petits fours, moyennant la somme de 50 florins, valant 87 livres et 17 sols tournois, payable en deux termes.

 

Nous voyons ici qu’en 1577, la règle générale, valable et applicable, depuis la charte de franchise de 1239 et sans doute avant, est caduque. Le moulin tout comme le four banal a été donné aux habitants de Thionville, donc à la ville, de ce fait, la banalité réelle de ces deux équipements n’existe plus, pourtant les droits de banalité continueront à être exigés et à être payés avec plus ou moins de régularité suivant les temps et les lieux.

 

A Thionville toutefois, le four semble avoir été reconstruit car une partie des habitants n’avaient pas les moyens [2] de cuire le pain chez eux, on avait donc un système mixte avec des particuliers qui cuisaient chez eux en payant la taxe afférente et une partie des habitants qui continuaient à cuire au four banal en payant la taxe afférente qui devait être moins élevée.

 

Extrait d’un acte notarié passé chez le notaire Helminger le 3 janvier 1685 :

 

« Jean Michel Wehe et Jean Herman, marchands bourgeois de Thionville disent avoir loué à Pierre Limptgen et à sa femme Marie Klain, le four banal de la ville pour une durée de trois années consécutives avec les mêmes clauses et conditions que leur à fait la ville de Thionville soit la somme de cinquante cinq Herren Gulden [3] payables chaque année au receveur de la ville. Les preneurs s’engagent aussi à cuire le pain de leur ménage pendant les trois années dans ledit four. Les témoins sont : Jacob Henry et Jean Volmeringer qui signent, les loueur signent également et les preneurs ne savent pas écrire. »

 

L’emplacement exact du four n’est pas connu, nous savons simplement qu’en 1686, il est mitoyen à la maison de Jean Rollinger comme indiquer dans un acte notarié concernant la vente d’une maison proche de ce four.

 

Les fours banaux étaient très souvent construits un peu à l’écart des autres habitations par peur des incendies, les plans anciens de Thionville n’indiquent pas ce genre de construction, il semble donc bien avoir été mitoyen avec une maison ou dans une maison particulière.

 

Le four banal de la ville fut détruit en 1748.

 

Regardons un peu la situation dans quelques villages autour de Thionville :

 

[1] 1555 – 1598, fils de Charles-Quint

[2] Moyens matériels et financiers

[3] Soit environ 1 florin dit du seigneur par Herren Gulden

Terville

Le four banal est commun au deux seigneurs qui se partagent le village dont l’abbaye de Bonnevoie au Luxembourg. C’est elle qui perçoit l’argent du four et en redonne une part au co-seigneur. Le four se situe dans la rue « Vingasse » [1]

 

En 1485, le four banal est mis à ferme (loué) au sieur Noël pour la somme de 20 gros de Metz, soit 32 deniers auquel il fallait encore ajouter 7 chapons.

 

En 1568, le four est ruiné, les seigneurs locaux dont l’abbaye de Bonnevoie autorisent donc les habitants à cuire chez eux pour une redevance de 6 patards par an.[2]

Le four sera refait puis à nouveau détruit.

 

En 1604, le four banal est en ruine.

 

En 1691, la dame d’Argelet possède le four banal qui est toujours en ruine, il ne sera plus jamais reconstruit. Chaque habitant qui cuisait son pain payait par année la  taxe de 9 sols et 6 deniers, les droits perçus annuellement sont encore de 24 sols toutefois les chapons ne se paient plus.

 

En 1694, au regard de la population, les droits perçus auraient dû se monter à 100 sols soit environ 5 livres tournois, or ces droits n’étaient pratiquement plus acquittés, ainsi en 1720, les droits de four banal se montaient à 24 sols.

 

En 1735, le droit dit de four banal n’est plus payé et ne le sera plus jamais.

 

En 1786, le maire du village déclare qu’il n’a pas souvenir de ce droit de four banal !

 

Veymerange  et Elange :

Les fours sont en ruine en 1604 et jamais reconstruits, la redevance due était d’un batz en 1704 soit environ 1 sol et 6 deniers. A Veymerange, le four se trouvait dans une maison derrière l’église, rue Saint-Martin, dans la petite ruelle qui contourne l’église.

 

Hayange :

En 1562, c’est Nicolas Scholler, aussi meunier à Marspich qui cuisait au four banal, à sa mort cette même année le droit sera transmis à son fils pour faire du pain blanc.

 

Volkrange :

En 1698, les habitants qui veulent cuire le pain chez eux font une demande aux deux co-seigneurs, Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock pour obtenir ce droit, voici un extrait de cette demande :

 

« Nous Paul Adam maire de Volkrange, Nicolas Picard aussi maire de Volkrange [3] aussi échevins des seigneurs avec Henry Cune aussi échevin, Nicolas Adam, Jean Suisse, Demange Suisse, Henry Bentz, Nicolas Legrand, Marguerite veuve de Jean Marche, Jean Dalliot, Jacques Lefranc, Jean Lefranc, Antoine Priard, Jacques Philippe, François Grund fils, Paul Mathelin, Pierre Hofman, François Mathelin, Didier Noël, Gérard Noël, Humbert Breibach, Abraham Hennequin, Jean Mollet, tous  habitants composant la communauté du village de Volkrange et Metzange déclarent que leur prédécesseurs avaient été obligés de cuire leurs pains dans un four banal qui était construit dans la seigneurie de Volkrange.

 

[1] Voir l’ouvrage « Terville, Histoires retrouvées » par Michel Persin - 2013

[2] Le patard est une petite monnaie des Pays-B.as Bourguignon sans grande valeur, comme un sou, un liard

[3] Volkrange avait deux seigneurs donc deux maires

 Ce four leur est tout à fait à charge et coûte cher, ils voudraient se libérer et s’exempter de cette servitude, ils sont prêts à payer aux seigneurs communs annuellement et pour toujours, chaque ménage faisant feux ou particulier une taxe (cens) de deux blankens [1] payable entre les mains des seigneurs en contrepartie, ils seraient libre de faire construire chez eux, dans leur maison, des fours pour cuire leurs pains et pour que les seigneurs aient le même privilège que leur prédécesseurs, ils s’engage, chaque ménage ou particulier, à payer annuellement et pour toujours ce cens de deux blankens à un jour fixé de l’année.

Cette proposition a été acceptée par les co-seigneurs, Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock qui est aussi conseiller, procureur du roi de l’hôtel de ville de Thionville et subdélégué de l’intendant.

Ces co-seigneurs acceptent, aussi par pure charité, en considération des misères dues aux dernières guerres qui ont accablées les habitant,s de leur faire remise des arrièrages de deux blankens à charge dans l’avenir de payer ce cens pour toujours, le premier lundi après la Saint-Martin. Fait au château de Volkrange le 17 février 1698 avant midi, explications en langue germanique mot pour mot et intelligiblement.

Ont signé : Les deux co-seigneurs ; Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock et aussi Jean Dalliot, Nicolas Picard, Abraham Hennequin, tous les autres habitants ont fait une croix ou leur marque habituelle. (Notaire : Helminger) »

 

Ici, nous voyons que le four banal est à la charge des habitants au niveau de l’entretien et qu’ils devaient payer quand même la taxe banale. Mais les deux sièges de Thionville de 1639 et 1643 ont mis à mal le four banal et le service n’étant plus rendu, la taxe n’est plus payée. Au final, le four est laissé à l’abandon, voir démoli, chacun va cuire chez lui en payant la même taxe qu’auparavant et tout le monde y trouve son compte comme dans la plupart des villages alentours. A Thionville, va subsister un système mixte jusqu’en 1748, puis chacun prendra l’habitude de se fournir chez le boulanger [2] ou de cuire chez lui quand il dispose d’un four personnel.

 

 

[1] Blanken veut dire « Blanc » donc une pièce en argent d’un écu soit un tiers de livre

[2]  En 1818, il y a 15 boulangers à Thionville

 

NB :

Les sources de cet article sont : Actes du notaire Helminger (ADM 3E7520-7538)

L’histoire  de Thionville par G.F. Teissier 1828.

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Le temps est venu pour moi de prendre quelques vacances.

 

Je vais les mettre à profit pour rédiger

« l’Histoire de la Chapelle des lépreux » à Thionville/Saint-François, un des plus ancien bâtiment de la ville, avec un chapitre sur la « Chapelle du lépreux » à Thionville/Beuvange-sous-Saint-Michel

 

la chapelle en 2016
la chapelle en 2016

A l’automne, nous verrons les fortifications de la ville au travers des travaux réalisés par Rodolphe de Saltzgeber, bâtisseur du premier pont de la ville.

Nous verrons aussi, grâce à des inventaires après décès, les biens que pouvait posséder des nobles, des marchands, des laboureurs et des manouvriers de la ville.

J’espère vous retrouver encore plus nombreux à la rentrée pour continuer à évoquer l’histoire de la ville et des villages alentours.

Sites intéressants pour l'histoire de Thionville et de la région:

 

http://www.thionville.fr/rubrique/20-Histoire_de_Thionville

 

http://www.florangepatrimoineculture.fr/spip.php?rubrique21

 

Vous pouvez toujours me joindre par la messagerie du blog ou à l’adresse : 

histoiredethionville@gmail.com

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle
1704 – Evasion à la prison de Thionville

Dans l’article précédent nous avons vu qu’une certaine Madeleine Schaff avait été incarcérée à la prison royale de Thionville pour prostitution de son corps. Il se trouve que j’ai découvert, il y a quelques jours, un document daté du 1er juin 1704 qui relate une évasion de cette même prison où avait été incarcérée Madeleine Schaff en juin 1669.

http://www.histoiredethionville.com/2016/06/juin-1669-prostitution-et-prison-a-thionville.html

 

Voici  le rapport de cette évasion fait par le « geollier » et l’annotation au bas du rapport demandant une inspection de la prison :

 

« Ce jourd’huy, premier de juin 1704, aux environs des quatre heures du matin, moi Jacques Huyart, geollier commis aux prisons royales du bailliage et siège royal de Thionville [1], certifie m’être transporté dans une des chambres desdites prisons où était enfermé le nommé Jean Barthel, bourgeois de cette ville comme prisonnier à la requête du sieur Grinsar, marchand, bourgeois de Metz, pour une dette de 241 livres tournois, sauf néanmoins à déduire le reçu au paiement de laquelle somme, ledit Barthel a été condamné par sentence de ce siège, même par corps, comme il paraît sur son écrou du 7 mai dernier.

 

La nuit du dernier jour du mois de mai et premier juin, ledit Barthel se serait évadé de force desdites prisons, quoique qu’ayant fait bonne garde de sa personne.

 

Il aurait arraché et défait deux barreaux de la fenêtre de ladite chambre, lesquels cependant étaient tenus et liés avec deux chainettes qui entouraient les deux barreaux.

A l’instant, j’ai fait la recherche de la personne dudit Barthel par toute la maison de Claude Lestamy par laquelle il s’est sauvé et même dans la maison des voisins et n’ayant pu trouver ledit Barthel, j’ai été obligé de dresser le procès verbal pour servir et valoir ce que de droit d’autant qu’il ne vient aucune erreur de ma faute. Fait à Thionville dans les prisons royales du bailliage. » Signé du « geollier », Jacques Huyart.

 

 


[1] Au début du 18ème siècle, ces chambres servant de prisons pour les bourgeois de Thionville, étaient situées dans le bâtiment du bailliage (Beffroi) et la prison pour les militaires se trouvait dans le couronné de Yutz

 

Noté au bas du procès verbal par le procureur du roi au bailliage :

 

Je requiers pour le roi, que le bris de prison mentionné dans ce procès verbal, il en soit informé, circonstances et dépendances et cependant que lesdites prisons soient vues et visitées pour en être dressé procès verbal et qu’on me le communique.

A Thionville le 3 juin 1704, signé de Jean Mathias Bock [1], procureur du roi au bailliage.

 

Rapport sur les prisons royales de Thionville suite au bris et évasion :

 

L’an de 1704, le 3 juin, nous, Jean Fringan, doyen des conseillers du bailliage et siège royal de Thionville en absence du sieur lieutenant général audit siège en vertu du procès verbal dressé le 1er du présent mois par Jacques Huyart, concierge de la conciergerie dudit siège et sur réquisition du procureur du roi, mis au bas du procès verbal de Jacques Huyart, je me suis transporté avec Jean Gorgon Bailly, clerc au greffe à cause de l’absence du greffier en ladite conciergerie. Ledit Jacques Huyart, nous a conduit dans une petite chambre où il met d’ordinaire les prisonniers et qui prend jour [2]sur la cour de Claude Lestamy dit « Picquart », bourgeois de cette ville.

 

Dans cette chambre, nous avons trouvé une fenêtre barrée de haut en bas de quatre barreaux de fer carré et un pareil qui les barrait au travers des barreaux et les cramponnait l’un dans l’autre. Le quatrième barreau et la barre traversant quoi que cramponnée a été ôtée de force avec des outils de fer et les pierres de celle qui traversait ont été cassées. Le trou de la pierre d’embase où le quatrième barreau était posé a été creusé par dessous. C’est par ce brisement que ledit Jean Barthel détenu prisonnier dans ladite chambre s’est sauvé et évadé nuitamment. Pour assurer d’avantage ladite chambre en forme de prison, il faudrait que toutes les barres de fer fussent plombées par les bouts d’avec les pierres et murer une pierre de taille par dessus jusqu’au haut de la barre de fer et il restera encore un jour suffisant pour éclairer ladite chambre et les prisonniers.

Fait à Thionville le jour dit et signé du greffier et de moi-même.

 

On ne sait pas si le sieur Jean Barthel a été repris ou s’il a échappé durablement à la prison. Il n’était pas un bien grand criminel puisqu’incarcéré pour une dette importante envers un marchand de Metz, une somme de 241 livres ce qui à l’époque représentait la moitié du prix d’une maison en la rue brûlée ou le prix d’une maison et jardin dans la banlieue de la ville.

 

NB : Le beffroi actuel est bien différent de celui du 18ème siècle qui abritait aussi le bailliage, la chapelle du Rosaire et le poids de la ville. Il l’est bien plus encore de celui du beffroi originel. Toutefois, on peut voir qu’en 1704, la prison pour les bourgeois [3] de Thionville se limitait à une ou deux chambres situées dans le bâtiment du beffroi, au rez-de-chaussée, sans doute à l’arrière et donnant dans la cour d’une maison privée. Ces chambres ont une fenêtre avec des barreaux de fer et le concierge loge sans doute assez loin de ces chambres pour n’avoir rien entendu des « travaux» effectués par le prisonnier pour démonter deux des barreaux de la fenêtre. On a souvent dit que les prisons se situaient dans le sous-sol du beffroi, mais celui-ci servait au poids de la ville et les ouvriers y travaillant se plaignaient des odeurs à cause des fuites dans les écoulements des latrines de la prison qui se trouvaient donc au-dessus du poids et donc au rez-de-chaussée, ce qui corrobore ce rapport d’évasion.

 


[1] Il était aussi co-seigneur de Volkrange.

[2] Où il y a une fenêtre.

[3] Les habitants hors les militaires

 

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle
Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre  « la maison à soldats »  Scène datant du 19ème siècle

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre « la maison à soldats » Scène datant du 19ème siècle

Si je regarde très loin dans le rétroviseur, soit 347 ans en arrière, je vois une certaine Madeleine Schaff, veuve d’un nommé « Roclos », alors soldat de la garnison de Thionville.

 

Cette Madeleine Scharff, fait l’objet d’une lettre du lieutenant général civil et criminel au bailliage du siège royal de Thionville, pour le procureur du roi de la ville, afin de lui signifier que ladite Madeleine Schaff a été constituée prisonnière aux prisons royales du bailliage [1] sur demande dudit procureur du roi en la ville de Thionville à cause de la prostitution de son corps et autres faits par lui constatés.

 

Suite à cet emprisonnement, ladite Schaff a été condamnée au bannissement de trois ans hors la ville et à une amende de cinquante livres tournois comprenant les frais de justice. Pour payer cette amende, la pauvre n’a aucun moyen, et comme elle a déjà passé plus d’un mois en prison, elle demande à vendre un bien afin de pouvoir payer l’amende et quitter ladite prison.

 

Dans cette lettre, le lieutenant général civil et criminel au bailliage de la ville signifie au procureur, qu’il autorise ladite Schaff à vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales et lui faire grâce d’avoir tenu la prison aussi longtemps.

 

[1] Les prisons royales ne sont que quelques cellules, se trouvant en général dans les locaux du bailliage (Beffroi)

La suite nous est donnée par un acte du 6 juin 1669, dressé par les notaires royaux de la ville de Thionville, devant témoins et en présence de Madeleine Scharff, veuve du soldat « Roclos » de la garnison de la ville, acte s’ensuivant de la requête faite par elle-même à monsieur le lieutenant général civil et criminel de la ville, lui demandant l’autorisation de vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales de ce siège de Thionville.

 

Sur consentement du procureur du roi en date du 3 juin de cette année 1669, elle reconnaît avoir vendu pour toujours et irrévocablement, à l’honnête Nicolas Crespin, tailleur d’habits et bourgeois de Thionville et à Madeleine Chopsein, sa femme, un verger situé au village de Volkrange, derrière l’église à coté d’un bien d’église et du chemin communal. Eve Agathe Wirfel, sa mère, et son mari Noël Liger ont l’usufruit leur vie durante [1] sur ce terrain.

 

Sa mère, Eve Agathe Wirfel, renonce à cet usufruit et vie durante sur ledit verger, qui peut ainsi être vendu pour 12 écus blancs [2] que les acheteurs ont payé comptant et qui seront employés pour l’élargissement de prison de ladite Schaff.

 

Les témoins sont Pierre Joan et Jean Beran, tous les deux sergents royaux du bailliage de Thionville.

 

Ces actes nous montrent d’une part, qu’au 17ème et 18ème siècle, la prostitution est un délit réprimé par la loi en vue de son éradication. Les peines sont l’emprisonnement et le bannissement assorties d’une amende. Le bannissement peut être limité dans le temps, ici trois années, et limité dans l’espace, on était banni de la ville ou de la province. Dans certaines régions, la loi est plus dure et peut amener au bagne.

La prostituée est dans un premier temps mise en prison, puis jugée et quand elle a payé l’amende infligée par les magistrats, elle sort de prison pour partir en exil pendant le temps du bannissement. Toutefois, vers le milieu du 18ème siècle, la justice s’adoucit et les mesures prises sont assez peu appliquées.

 

Dans notre cas nous voyons que Madeleine Schaff était mariée avec un soldat de la garnison de Thionville, elle avait peu de biens, sa mère s’était remariée avec un bourgeois de la ville et quand son soldat de mari est décédé, elle s’est probablement trouvée rapidement sans ressource. Thionville est une ville de garnison où les hommes sont nombreux, seuls et souvent désoeuvrés, une jeune veuve peut très rapidement basculer dans la prostitution pour assurer sa subsistance. Mais la ville est petite et tout se voit, se sait, quelques soupçons venant aux oreilles du procureur et la machine judiciaire se met en route ne laissant que peu de chance d’échapper aux châtiments.  Elle semble être restée plus d’un mois emprisonnée, ne pouvant payer l’amende. Elle n’a qu’un verger à Volkrange qui lui reviendra à la mort de sa mère qui en a l’usufruit sa vie durante, et c’est sa mère qui en renonçant à cet usufruit permettra la vente du bien, le paiement de l’amende et la sortie de prison. Après Madeleine Schaff quittera la ville pour trois années, mais libre.

 


[1] Il semble ici que sa mère Eve Wirfel se soit remariée avec Noël Liger, mais qu’elle était mariée précédemment avec un certain Schaff, duquel elle a eu cette fille Madeleine. L’usufruit sa vie durante sur le verger lui venait de ce précédent mariage échouant donc à sa fille Madeleine.

[2] Un écu blanc vaut en général 3 livres tournois et demie soit pour 12 écus, 42 livres tournois

 

Notaire: Helminger ADM 3E7525

 

Sites intéressants pour l'histoire locale:

http://www.thionville.fr/rubrique/20-Histoire_de_Thionville

http://www.florangepatrimoineculture.fr/spip.php?rubrique21

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

Dans l’article précédent j’écrivais :

http://www.histoiredethionville.com/2016/05/1733-un-dromadaire-a-thionville.html

 « Qu’ après ces deux courts textes, nous verrions une série d'articles sur les fortifications de Thionville réalisées par le capitaine, Rodolphe Saltzgeber, qui en 1673 avait construit le premier pont de Thionvillle et dont le nom est rarement associé aux fortifications de la ville. »

Toutefois, l’origine du capitaine Rodolphe Saltzgeber ou Saltzgaiber n’étant pas établi des recherches plus poussées auprès des archives Suisse et celles de l’armée à Vincennes sont en cours, nous verrons donc cette série d’articles sur les fortifications  dès que des informations plus précises seront disponibles.

 

J’avais annoncé le 23 septembre 2014,

http://www.histoiredethionville.com/2014/09/2014-thionville-baye-gallo-et-la-chapelle-st-francois.html

un article sur la chapelle des lépreux de Thionville, mais les informations disponibles me semblaient devoir être complétées et vérifiées. Au final, l’histoire de cette chapelle mérite plus qu’un article dans ce blog et je profiterai de cet été pour rédiger un ouvrage conséquent sur le sujet. Ouvrage qui devrait être disponible à l’automne 2016.

 

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Aujourd’hui, je vais vous conter une histoire rocambolesque qui est advenue au tout début du 18ème siècle et qui s’est conclue à Thionville au couvent du Saint-Esprit, dont le bâtiment est aujourd’hui occupé par la mairie de Thionville.

 

Les principaux personnages de l’affaire :

Anne Catherine, baronne de Schmitbourg [1] appelée « la baronne » dans le texte.

La baronne d’Eltz d’Ottange [2]

La dame de Caltenbach de Roussy [3]

Le sieur d’Alanzy [4]

Cretz Peter habitant de Altwies [5]

Le sieur Burthé habitant de Altwies

Le sieur Thierriat d’Espagne, gouverneur de Thionville [6]

Le receveur de l’électeur de Trêves.

 


[1] La famille de Schmibourg originaire de Coblence était alliée aussi à la famille d’Eltz.

[2] La famille d’Eltz alliée à la famille d’Hunolstein avait d’importants biens dans l’Eifel et la région de Trêves, elle avait aussi plusieurs seigneuries dans notre région, Ottange, Volmerange, Fontoy, Thionville..

[3] Cette famille appartient à un ensemble de familles de nobliaux qui s’étaient indûment appropriées des terres à Roussy et qui furent déboutées par François Maguin, conseiller à Metz et mari de marguerite de Wolter qui avait acquis la seigneurie de Roussy. On trouve dans ces familles les Caltenbach et les Halanzy.

[4] Capitaine d’un régiment de Dragons. Originaire de la Gaume.

[5] Commune dépendant actuellement de Mondorf-les-Bains

[6] Charles Thierriat d’Espagne, d’abord lieutenant du roi puis gouverneur de Thionville de 1680 à son décès à Thionville  le 25 juin 1711. Il avait été capitaine et major dans le régiment du maréchal de La Ferté et lieutenant du roi à Dôle avant d’arriver à Thionville.

 

La mairie de Thionville ancien couvent des clarisses

La mairie de Thionville ancien couvent des clarisses

La baronne explique le pourquoi de ce récit:

 

Anne Catherine, baronne de Schmitbourg, étant présente à Thionville, au couvent des dames abbesses et religieuses du Saint-Esprit en la ville [1], nous a dit qu’ayant réfléchit sur la conduite qu’elle a tenue pendant le temps qu’elle a séjourné chez le nommé Cretz Peter demeurant à Altwies, village dépendant du canton de Rodemack, où elle avait été envoyée, il y a environ quatre mois, de l’ordre de ses parents pour se faire soulager et guérir d’une incommodité [2] qui lui était survenue au visage. Cette conduite ayant donné lieu à ses parents d’en être mécontents, en sorte qu’ils ne voulaient plus l’écouter, ni la recevoir chez eux. C’est pourquoi voulant les désabuser des fausses impressions que cela aurait fait sur leurs esprits, elle nous a déclaré sans force, injonction, ni contrainte, mais d’une libre, sincère et franche volonté que la vérité est celle qu’elle nous déclare ce jour et nous demande de la rédiger par écrit et d’en dresser un acte authentique en présence de madame la baronne d’Eltz, de la dame abbesse du couvent du Saint-Esprit et de monsieur Alexandre, prêtre et curé de la paroisse de la ville.

 

La baronne est malade et va faire une cure à Altwies, près de Mondorf-les-Bains:

 

Pendant son séjour qui a été de trois mois ou environ chez ledit Cretz Peter où elle avait entrepris sa cure pour guérir de son indisposition, celui-ci lui aurait dit que son mal venait d’un sortilège que certaines sorcières du pays de Coblence [3], lui auraient donné et que si elle souhaitait connaître la personne qui lui avait jetée ou si elle voulait retourner chez ses parents, elle serait alors continuellement exposé au même accident. De ce fait, elle résolu de demeurer en ce pays et il lui dit alors qu’elle devait se marier car c’était le seul et unique moyen de parvenir à la guérison, sans quoi, il ne voulait pas entreprendre sa cure et comme elle ne souhaitait rien de plus que son soulagement, elle lui fit connaître qu’elle était disposée à écouter ses avis, qu’elle le regardait pour un homme habile et ne le croyait pas capable de lui conseiller la moindre chose contraire à son avantage.

 

Ledit Cretz Peter, remarquant la grande crédulité de la baronne, lui proposa après quelques jours de résidence chez lui, de l’emmener lui-même, là où elle le voudrait, lui promettant qu’il ne lui manquera ni or, ni argent, qu’il était assez riche pour faire sa fortune, qu’il la conduirait à Paris ou en Hollande, ou en tel endroit qu’elle souhaiterait, qu’il abandonnerait sa femme, sa famille pour la suivre, mais ces propositions ne faisaient aucune impression sur l’esprit de la baronne, car elle ne cherchait que sa guérison, ledit Cretz Peter, lui refit plusieurs fois ces propositions qui restèrent vaines.

 

Plus tard, la baronne fit la connaissance d’un gentil homme appelé le sieur de Burthé qui demeurait au voisinage de Cretz Peter et qui s’étant aperçu du remède préconisé, soit le mariage, lui fit après quelques jours la proposition de l’épouser, mais la baronne n’éprouvait qu’indifférence et même conçu de l’aversion pour le sieur Burthé.

Celui-ci, entra dans un grand emportement et une grande fureur, disant hautement qu’il se poignarderait. Plus il témoignait son empressement, plus la baronne avait de la haine pour le pauvre homme et sans pouvoir dire d’où cela venait, sinon qu’elle pensa que c’était un charme qui ne pouvait procéder que de la part de Cretz Peter. Alors, elle le pria de faire cesser la passion violente du sieur Burthé.

 

 

 

[1] Ordre des clarisses dépendant du couvent du Saint-Esprit de Luxembourg.

[2] Terme général indiquant probablement une maladie de peau

[3] Où habitaient alors ses parents

La baronne va au château de Roussy et s'engage à la lègère:

 

Dans ces entrefaites, la dame de Caltenbach [1], demeurant au château de Roussy ayant rendu quelques visites à la baronne, celle-ci crut de son devoir de lui rendre la réciproque en se rendant au château de Roussy où elle aperçut un officier quelle ne connaissait pas et que l’on lui dit être le sieur d’Alanzy [2], lequel eut une conversation avec elle où elle lui fit entendre qu’elle désirait s’établir dans ce pays et s’y marier et qu’il y avait un gentilhomme de distinction qui paraissait avoir un penchant pour elle, mais qu’elle même avait beaucoup de répugnance pour lui. Le sieur d’Alanzy lui proposa un sien neveu qu’il disait être galant homme, ce à quoi la  baronne qui dans toutes ces propositions ne savait quel parti prendre répondit qu’il fallait voir ce jeune cavalier.

Mais le sieur d’Alanzy ayant été averti de la faiblesse, de l’âge et de l’esprit de la baronne ne manqua pas de venir la trouver le lendemain accompagné de son neveu qu’il emmena chez Cretz Peter, qui dès qu’il vit le jeune homme, dit à la baronne que c’était la personne qu’elle devait épouser. Madame de Caltenbach étant venue avec le sieur d’Alanzy et son neveu, sollicita la baronne pour qu’elle épouse le jeune homme et le sieur d’Alanzy promis de l’entretenir toute sa vie et d’en faire son héritier. Devant tant de pression la baronne conçu pour ce jeune homme une violente passion et donna sa parole de l’épouser, à la dame de Caltenbach, et sur sa demande lui fit un billet disant que le sieur d’Alanzy lui avait promis cent ducats et une compagnie franche pour le mari de la dame de Caltenbach . S’étant ainsi séparés, la dame de Caltenbach, s’en retourna avec le sieur d’Alanzy et son neveu au château de Roussy.

 

La baronne part pour Coblence en bateau sur la Moselle:

 

Le lendemain, la baronne partit avec un ecclésiastique et une femme de chambre qui étaient venus la reprendre pour la conduire chez ses parents où elle retournait en bateau. En chemin, elle passa quelques jours à Trêves d’où elle repartit pour continuer sa route et étant arrivée aux environs de Paltz [3] au-dessus de Trêves, elle aperçu le sieur D’Alanzy avec un corps de cavalerie qui était sur le bord de la Moselle.

 

La baronne se fait enlever:

 

Il fit arrêter le bateau  et monta à bord avec l’intention de l’emmener. La baronne protesta et le receveur de l’électeur de Trêves qui accompagnait la baronne ayant exhibé un passeport au sieur d’Alanzy pour empêcher qu’il ne les arrêta se vit répliquer par le sieur d’Alanzy qu’il respectait le passeport mais qu’il demandait que la baronne le suive car elle avait promis de se marier avec un des officiers de son régiment et qu’absolument, il l’emmènerait. La baronne, malgré la résistance du receveur de l’électeur de Trêves et la sienne fut contrainte de le suivre avec la cinquantaine de maîtres qui accompagnait le sieur d’Alanzy.

 

Le jour même, ils couchèrent à Grevenmacker, la baronne accompagnée par sa femme de chambre qui la quitta en ce lieu, le sieur d’Alanzy lui en ayant donné une autre. Le lendemain, un mardi, ils furent rendus au château de Roussy, chez le sieur et la dame de Caltenbach.

 


[1] Caltenbach ou Kaltenbach

[2] Alanzy ou Halanzy, famille originaire de la Gaume belgo-luxembourgeoise.

[3] On parle ici de Pfalzel, aujourd’hui quartier au nord de Trêves.

 

Cours de la Moselle de Thionville à Coblence

Cours de la Moselle de Thionville à Coblence

La baronne va être mariée contre son gré:

 

Dès le lendemain, le neveu du sieur d’Alanzy monta au château de Roussy dans le dessin d’épouser la baronne si quelque prêtre avait été présent mais faute de prêtre, la cérémonie fut différée au lendemain, jeudi, car le sieur d’Alanzy avait sollicité un certain prêtre inconnu et vagabond pour faire cette belle œuvre.

 

La baronne est sauvée du mariage et de ses "ravisseurs":

 

Monsieur Thierriat d’Espagne, gouverneur de Thionville,  ayant été prévenu par monsieur le Comte d’Autel [1] du mariage prévu et des conditions de ce mariage, envoya un détachement de sa garnison pour empêcher la cérémonie et pour enlever la baronne des mains du sieur d’Alanzy et de son neveu, ses ravisseurs, sans qu’il n’y eu d’autres suites, ni consommation du mariage. La baronne fut conduite dans la maison et couvent des dames et religieuses du Saint-Esprit où elle est encore actuellement, dans une grande douleur et repentir, d’un si fâcheux événement.

 

Renonçant à ce prétendu mariage auquel on a voulu l’induire et que si elle n’a point fait la présente déclaration plus tôt et dans le temps qu’elle a été détournée des mains du sieur d’Alanzy, ce n’a été que pour prévenir et empêcher qu’il n’arriva quelques disgrâces au sieur d’Alanzy.

 

La présente déclaration, sa lecture et explication ayant été faite à la baronne en langue germanique, mot pour mot, par le notaire [2] et en présence des témoins ci-dessous nommés qui ont une entière et parfaite connaissance des langues française et allemande.

La baronne persiste et signe cette déclaration comme la vérité.

 

Fait à Thionville au couvent des dames et religieuses du Saint-Esprit le 19 septembre 1703.

 

Ont signé les témoins :

Alexandre curé de Thionville, la baronne d’Eltz d’Ottange et la dame abbesse du couvent et la baronne Anne Catherine von Schmitberg

 


[1] Jean-Frédéric, comte d’Autel, baron de Vogelsang, feld-maréchal, gouverneur et capitaine général du duché de Luxembourg, chevalier de la Toison d’or, etc., naquit le 7 septembre 1645, à Luxembourg, et mourut le 1er août 1716.

[2] ADM Robin 3E7578

 

Château de Roussy - Dessin de Henri Bacher – Strasbourg - 1933

Château de Roussy - Dessin de Henri Bacher – Strasbourg - 1933

Ci-dessous deux sites à visiter sur l'histoire de notre région

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle
Dessin d’Alicia et Amandine PERSIN

Dessin d’Alicia et Amandine PERSIN

Un acte notarié « exotique » dans la production des notaires Thionvillois qui nous explique au détour d’une affaire de dettes que la ville de Thionville et les campagnes alentours recevaient parfois de drôles de visiteurs qu’on s’empressait d’aller voir contre quelques deniers.

 

Résumé de l’acte en question  daté du 16 mai 1733 :

 

« Sont comparus en personne devant les notaires royaux de Thionville, les sieurs François Impérial et André Vannaty qui sont conducteurs d’un dromadaire et aussi les sieurs François Dubois et Claude Urial, tous les deux bourgeois de Nancy qui font du trafic et du négoce dans cette ville. Il se trouve que les sieurs Impérial et Vannaty, nous ont déclaré qu’en vertu d’une transaction passée devant le tabellion Etienne, de Nancy, en date du  13 avril 1733, ils ont convenu à l’amiable que la dette de 728 livres et 16 sols tournois qu’ils doivent aux sieur Dubois et Urial se réglera comme suit :

Ils mèneront conjointement le dromadaire et dans tous les endroits où ils passeront, les deniers qu’ils percevront des curieux venus voir le dromadaire, seront mis en bourse et la moitié appartiendra d’abord en propre et par avance audits sieurs Dubois et Urial et que l’autre moitié des deniers des curieux venus voir le dromadaire, ira aussi aux sieurs Dubois et Urial, jusqu’à concurrence de la somme de 728 livres et 16 sols tournois pour le remboursement de la dette. Pendant tout le temps où le remboursement se fera, lesdits sieurs Dubois et Urial pourront continuer leur trafic et négoce.

Il a aussi été convenu que la femme de François Impérial ne pourra pas montrer son chien aux curieux [1], dans les lieux où sera aussi le dromadaire. »

 

François Dubois et Claude Urial signent l’acte, François Imprial et André Vannaty ne savent pas écrire et font une croix. Un témoin signe : Denny, sergent des grenadiers au régiment de Dillon

 


[1] Ce chien devait faire différents tours de dressage pour amuser les badauds

Après ces deux courts textes, nous verrons une série d'articles sur les fortifications de Thionville réalisées par le capitaine, Rodolphe Saltzgeber, qui en 1673 avait construit le premier pont de Thionvillle et dont le nom est rarement associé aux fortifications de la ville.

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

Nous avons vu que le curé de Saint-Maximin qui  était en poste pendant toute cette période mouvementée du passage de l’ancienne église paroissiale à la nouvelle, était Nicolas Thiersant, dont voici l’acte de nomination :

 

« En 1733, le 18 mai, à 8h du matin, en vertu des lettres d’institution accordées par messieurs les vicaires généraux de l’évêché de Metz, le siège vacant, du 8 du présent mois, est dévolu à monsieur Nicolas Thiersant, prêtre, chanoine de Notre Dame la Ronde de Metz[1]. Etat de la cure de Saint-Maximin de Thionville enregistré et contrôlé à Metz, le 15 du présent mois par le sieur Bretton, notaire royal et apostolique en vertu de la commission résidente en cette ville, soussignée a mis et induit ledit Nicolas Thiersant assisté de monseigneur Joseph Thorel, chanoine et doyen chanoine, curé de Gorce. (Gorze)

En la possession réelle, actuelle et corporelle de ladite cure de Saint-Maximin, annexes et dépendances, s’est faite par l’entrée libre en l’église paroissiale, la prière a été faite par le sieur Thiersant au pied du maître autel,  il a embrasser l’autel et les saints évangiles puis fait séance en la place « presbytériale » et la chair à prêcher, visite des vaisseaux sacrés, ornements et fonds baptismaux, aspersion d’eau bénite au son de la cloche et autres formalités en tel cas requises et accoutumées. Ensuite, lecture et explications en présence de messieurs les synodaux de cette paroisse et de plusieurs autres paroissiens dont plusieurs ont signé. De laquelle prise de possession, personne ne s’est opposé, il a été dressé le présent acte, fait et passé audit Thionville, le jour, heure, mois et année déjà dits. A laquelle prise de possession ont aussi assisté, Monseigneur Jean Claude de la Croix, prêtre, chanoine de l’insigne église collégiale de Saint-Sauveur de Metz et messieurs les vicaires et prêtres accoutumés de la paroisse. » (Orthographe des noms du texte et des signatures différentes comme souvent)

 


[1] Eglise primitive aujourd’hui « incluse » dans la cathédrale Saint-Etienne de Metz.

Signatures au bas de l'acte de nomination (Notaire Helminger: ADM 3E7530)

Signatures au bas de l'acte de nomination (Notaire Helminger: ADM 3E7530)

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

Nous sommes en juin 1755 et déjà cinq plans ont été établis :

  • Morant
  • Nollet
  • Régemorte
  • Louis
  • Loriot

Le 10 juin 1755, les officiers de l’hôtel de ville se réunissent avec les députés du bailliage et les notables pour faire un point de la situation comme suit :

 

« Le 12 octobre 1754, il a été procédé à l’adjudication de la construction de la nouvelle église sur un plan dressé à la hâte par le sieur Nollet sur instructions du maréchal de Belle-Isle et de l’abbé de Saint-Maximin. C’est sur ce plan que l’abbé s’est rendu adjudicataire des ouvrages qui le concernent pour une somme de 55000 livres tournois.

Depuis, il a été remarqué des défauts frappants sur ce plan Nollet par tous les connaisseurs et par le maréchal qui a souhaité qu’il en fut dressé un autre par le sieur Louis, architecte à Metz avec un devis estimatif. Ce plan du sieur Louis a été trouvé par tous, bien supérieur au plan de monsieur Nollet. En conséquence, nous avons demandé à l’intendant de Metz d’envoyer à Trêves, deux députés de la ville pour demander à l’abbé de prendre en charge l’excédent de dépenses qu’exige le nouveau plan du sieur Louis.

L’abbé, bien qu’il convienne que le nouveau plan est supérieur à l’ancien  ne veut pas déroger à son engagement pour le premier plan du sieur Nollet. L’intendant et le maréchal ont été informés de ce fait, mais l’abbé, précédant toutes les instances, a traité avec des entrepreneurs de Metz, pour exécuter le plan de Nollet.

La ville a donc résolu de présenter les deux plans à l’intendant de Metz pour le supplier d’agréer le plan du sieur Louis et d’autoriser à faire la dépense qui la concerne par une adjudication au moins disant.

D’autre part, la ville est résolue à faire un caveau sous toute l’étendue de l’église projetée pour les inhumations dont la dépense serait de 6941 livres tournois, cela car le cimetière qui régnera autour de l’église n’étant de chaque côté d’environ 15 pieds, il se trouverait insuffisant pour l’inhumation des habitants.

La ville a aussi contacté les bénéficiaires des chapelles qu’il faudra reconstruire pour voir s’ils seraient disposés à prendre à leur charge ce coût, mais ils ne semble nullement disposés à le faire. »

 

Dans le même temps la ville envoi ce rapport au maréchal de Belle-Isle, elle en profite pour se justifier des retards et de la non mise à disposition des terrains aux entrepreneurs en attendant le choix définitif d’un plan, sachant que les fondations sont différentes. Elle dit que dorénavant elle se résignera à mettre en adéquation l’ouvrage projeté avec ses finances, mais que le coût des dépassements sera supérieur à 20000 livres tournois. Elle remercie encore le maréchal de tout le temps qu’il consacre à cette affaire.

 

L’adjudication de la démolition des maisons la Roche et Limbourg a été faite, la maison la Roche a été achetée, celle du sieur Henri Limbourg [1] également pour une somme de 8698 livres tournois fixée [2] par l’intendant de Metz, monsieur Jean Louis François de Caumartin,  et non 12000 livres tournois comme le réclamait le sieur Limbourg. Le sieur Limbourg sera libre de récupérer l’ensemble des taques de cheminées de sa maison.

 

En plus des maisons La roche et Limbourg, il est prévu d’acheter le jardin de Robert Latouche et Agnés Collin son épouse, le jardin est estimé par les experts Jean Louis et Jean Cosse à la somme de 6650 livres tournois, il faudra aussi détruire la gloriette de ce jardin avec son toit en ardoise dont la démolition par le sieur Blanmangin coûtera 53 livres tournois.

 

Les terres enlevées pour confectionner les fondations seront amenées sur la partie du rempart qui doit être élargie et le reste des terres ira combler des trous derrière l’hôpital militaire.

 

Le problème du plan définitif devient crucial car les entrepreneurs ont commencé à creuser les fondations d’après le plan du sieur Nollet, comme voulu par l’abbé de Saint-Maximin, les autres plans ont des fondations différentes, aussi il est urgent de se fixer définitivement sur un plan unique et cela va encore nécessiter de nombreux courriers entre la ville, l’abbé et le maréchal de Belle-Isle.

 

Le 30 juin 1755, le maréchal écrit aux officiers de la municipalité de Thionville pour leur dire qu’en juillet, il viendra sur la frontière et qu’à cette occasion, il verra l’abbé pour essayer de le convaincre et faire évoluer les choses dans le sens de la ville.

 

Le 23 août 1755, les entrepreneurs ont commencé l’excavation des terres pour les fondations depuis un mois, or rien n’est réglé au niveau du plan définitif. Le maire, Wolkringer et le syndic Petit vont aller à Metz pour obtenir une décision, mais bien qu’ils y soient restés jusqu’au 28 août, ils reviendront sans décision positive, l’abbé restant sur ses positions.

 

En septembre, on va nommer Pierre Conrard, maître maçon de Thionville pour surveiller les travaux, la composition de la chaux et le fait qu’on n’utilise pas les pierres de démolition des maisons qui sont de mauvaise qualité, ni de pierres bleues, pour ce travail, il sera payé 30 livres tournois par mois.

 

Le 29 septembre, il semble que l’on ait encore modifié l’emplacement du clocher qui devait être monté au-dessus du portail de la nouvelle église et que l’on veut maintenant mettre à l’autre bout au-dessus du chœur, ce qui obligerait la ville à racheter le jardin de monsieur Soucelier, avocat au bailliage pour une somme de 4530 livres tournois.

 

Le 9 novembre 1755, le sieur Meaux, entrepreneur avertit qu’il allait commencer la démolition de l’ancienne église et récupérer les matériaux qui sont estimés à plus de 5000 livres, la ville s’oppose à cette décision et demande qu’un plan unique de la nouvelle église soit enfin accrédité et estimé et que l’adjudicataire récupère les matériaux de l’ancienne église.

 

[1] Conseiller du roi et procureur à la maitrise des eaux et forêts

[2] Expertise faite par Jean Louis architecte à Metz et par Pierre Conrard, maître maçon de Thionville

 

Comme on le voit, les problèmes s’ajoutent les uns aux autres et en la matière, la ville n’a pratiquement aucun pouvoir de décision, ni les financements nécessaires.

 

Elle veut absolument un nouveau plan plus conforme à ses attentes, l’intendant et le maréchal de Belle-Isle, la soutiennent et lui ont demandé de contacter le sieur Jean Gauthier, ingénieur du roi de Pologne, duc de Lorraine, pour avoir un nouveau plan, celui-ci très pris ne répond pas à la ville mais à priori, il s’est rapproché du maréchal de Belle-Isle.

 

Le 17 novembre, on va déménager l’orgue de l’ancienne église au couvent des capucins puisque c’est là que se font provisoirement les services religieux, de même les cloches vont être descendues de la tour et entreposées, pour la démolition du clocher, l’intendant pense qu’il faille le démolir à moitié pour éviter qu’il ne s’écroule tout seul quand l’église sera démolie.

 

Enfin le 13 mars 1756, la ville reçoit un courrier du maréchal de Belle-Isle qui annonce avoir vu les plans du sieur Gauthier et que la ville va les voir prochainement. Mais voilà, aucun accord ne sera encore trouvé car le clocher au-dessus du chœur oblige à acheter le jardin du sieur Soucelier et éloigne les cloches de la ville, certains pensent que le clocher devrait être au-dessus du portail d’entrée ce qui revient moins cher et rapproche les cloches de la ville, d’autres encore veulent un clocher terrasse mais la ville préfère un clocher pointu en ardoises. Bref, rien n’avance et le sieur Gauthier est fort pris par ses affaires à Nancy et n’a guère de temps à modifier ses plans dans le sens de la ville, appel est donc lancé au maréchal de Belle-Isle.

 

Le 15 août 1756, le maréchal écrit depuis Compiègne, à la ville de Thionville, qu’il a vu le sieur Gauthier avec le sieur Trouville [1] et le sieur Le Brun [2], professeur de mathématiques à Metz, pour faire avancer le projet. A Thionville, les travaux avancent sans plan dûment validé et sur la base du plan du sieur Nollet, les fondations sont faites, les caveaux sont terminés et les murs du contour sont avancés à 5 ou 6 pieds de hauteur, sauf le mur de devant, le plan du sieur Gauthier remanié n’est toujours pas disponible.

 

Le 13 avril 1757, les choses semblent avoir progressées, car le sieur le Brun qui ne devait faire qu’une estimation du nouveau plan de l’architecte Gauthier, a repris le plan et propose remplacer le clocher en charpente et ardoises initial par deux tours en maçonnerie au-dessus du portail et par la même d’abaisser la hauteur de l’église de 6 pieds, modifications qui abaissent le coût de l’église.

 

Le 26 mars 1757, monsieur de Bernage de Vaux écrit au sieur Wolkringer, maire de Thionville qu’il a vu les plans et devis repris de l’architecte Gauthier par le sieur le Brun de Metz et que cela lui semble maintenant prêt à être exécuter, il veut donc les voir rapidement à Metz, le maire et le syndic, monsieur Petit. L’entrevue a lieu le lendemain avec le sieur le Brun qui a donné toutes les explications utiles, puis ils ont vu l’intendant et parlé des difficultés qu’ils ont avec les entrepreneurs, Meaux et Geisler.

 


[1] Trouville Jean Roch, conseiller du roi, contrôleur général des domaines du roi à Metz et avocat au parlement. Secrétaire en chef de l’intendance, puis commissaire des guerres, seigneur de Ban-saint-Pierre, Clouange et autres lieux, décédé en 1758 à 59 ans, il avait épousé Madeleine Wolkringer, fille du maire perpétuel et lieutenant de police de Thionville.

[2] Louis Gardeur-Lebrun appelé simplement le Brun : Voir la notice en fin d’article.

 

Plan "le Brun" avec les escaliers montant aux deux tours et emplacement des chapelles.

Plan "le Brun" avec les escaliers montant aux deux tours et emplacement des chapelles.

Le 13 avril 1757, l’assemblée des officiers de l’hôtel de ville se réunit avec les députés du bailliage, les notables, monsieur le baron de Hain, monsieur Patiot alors trésorier, monsieur Potot receveur des finances, le sieur Creite ancien lieutenant général du bailliage, le sieur Gand contrôleur des finances, messieurs Barthel et Soucelier avocats au parlement, monsieur Breistroff, conseiller lieutenant général de police et monsieur Pierre Deschamps maître particulier de la maîtrise des eaux et forêts.

 

Après avoir vu les plans, le devis et tous les problèmes annexes et entendu l’ensemble des avis, la chambre de Thionville a adopté le plan revu par le sieur le Brun qui avec ses deux tours terrasses maçonnées leur paraît d’un aspect agréable. Toutefois, à l’égard de l’augmentation des prix demandée par les entrepreneurs, la chambre la récuse vu qu’ils ont profité des démolitions, celle du clocher de l’ancienne église, de la sacristie, des cinq chapelles dont quatre voûtées construites en pierre de taille et des murs et des voûtes des caves des maisons démolies. Aussi, la ville demande à monsieur l’intendant de débouter les entrepreneurs de cette demande d’augmentation.

 

Le 11 décembre 1757,  monsieur de Bernage [1] consent à ce que la ville qui lors de la publication de renouvellement du fermage des octrois, n’avait reçu aucune offre puisse ne les adjuger que pour un an et ainsi pouvoir avoir de meilleurs prix les années suivantes quand les circonstances de la guerre [2] et le défaut de garnison en ville seront passés.

 

Enfin la construction de l’église reprend et se poursuit pendant l’année 1758 et 1959 la coupole sera peinte le 30 mai 1759, par Charles Collignon, peintre de Thionville qui sera payé pour se faire 1200 livres. Enfin, le 3 novembre 1759, un courrier part vers le maréchal de Belle-Isle lui signalant que l’église de Thionville est achevée et que l’abbé de Saint-Maximin de Trêves voudrait venir dire la première messe, le maréchal en fait part à l’évêque de Metz en lui demandant son avis  mais en  l’incitant à accepter ce qui pourrait pousser l’abbé à peut être plus de générosité  sur  sa participation financière.

 

Toutefois, un courrier du 29  décembre 1759, arrive à la cure de Thionville en provenance de l’abbé de Saint-Maximin de Trêves. Il explique que malheureusement, il ne pourra se déplacer à Thionville pour l’inauguration car il est trop occupé à ses affaires et loin de son monastère. Il invite donc l’évêque de Metz à nommer qui il veut pour participer à cette consécration mais que peut-être au printemps, il pourra venir à Thionville pour une cérémonie.

 

Le 3 décembre 1759, l’évêque de Metz demande à l’archiprêtre et curé de Florange de faire une visite de la nouvelle église et de lui faire un rapport sur son état, pour voir si tout est en ordre. Ce rapport sera fait le 3 janvier 1760 et conclura à un bon état de la nouvelle église mais contestera l’emplacement des fonds baptismaux et diverses petites choses, mais dans l’ensemble l’église peut être consacrée ce qui sera fait courant 1760.

 

Le maréchal de Belle-Isle décèdera peu de temps après l’inauguration de l’église soit le 22 janvier 1761 à Versailles.

 


[1] D’une grande famille de conseillers d’état, maître des prévôts de Paris. Bernage de Vaux fut intendant, c’est lui qui fit venir Louis Gardeur-Lebrun à la sous-direction des travaux et communications à Metz.

[2] Guerre de 7 ans (1756 à 1763) qui fut pratiquement une des premières guerres mondiales tant les nations et les pays impliqués furent nombreux et qui vida en partie Thionville de ses troupes et des ses revenus.

 

Voilà notre nouvelle église Saint-Maximin construite et consacrée, mais voyez vous les ennuis ne sont pas terminés pour la ville car le 25 février 1762, les entrepreneurs ayant construit l’église vont écrire à l’abbé pour lui dire que leur dépense a été bien plus forte que prévue, celui-ci leur propose 100 louis de plus, qu’ils refusent, se réservant d’aller en justice, après avoir refait de nouveaux toisés des ouvrages.

 

Le sieur Nollet réclame le 8 novembre 1762, 226 livres qui lui seront payées, pour des mesures faites par lui pendant les travaux.

 

Le 12 novembre 1762, la ville apprend la mort de l’abbé de Saint-Maximin, ce qui ne va rien arranger. Les entrepreneurs, au vu des nouveaux toisés, vont porter l’affaire en justice et le 5 janvier 1767, la ville de Thionville sera condamnée, par un arrêt du conseil d’Etat à payer plus de 55000 livres de supplément, ce qui l’obligera à refaire un emprunt et à taxer plus fortement, les plus imposables de ses habitants, dans lesquels on trouve principalement des marchands, un cabaretier, un tanneur, le directeur de la poste aux lettres, un apothicaire et un chirurgien, une rentière et un député.

 

De nombreux plans successifs furent établis avec des variantes et des devis estimatifs, soit un travail important qui sera finalisé par le sieur le Brun, professeur de mathématiques à Metz, qui aura l’idée des deux tours clochers en terrasse,  variante qui amènera une économie certaine ce qui avec la lassitude de toutes les parties, amènera à la réalisation concrète de l’église.

 

Ici, se termine le récit un peu long et technique de la construction de la nouvelle église Saint-Maximin qui nous montre un investissement important de la ville, de ses habitants et de ses officiers municipaux tant au niveau de leur implication personnelle, principalement à ne pas lâcher sur la qualité architecturale qu’il voulait pour la nouvelle église de leur ville et cela malgré les difficultés financières, et alors qu’ils ont, en fait, si peu de pouvoir de décision. Pouvoirs qui sont eux, aux mains de l’intendant et du maréchal de Belle-Isle, dont il faut ici se souvenir, de son implication et de son suivi bienveillant à l’égard de la ville.

 

 

Louis le Brun :

 

Exactement, Louis Gardeur-Lebrun né le 18 septembre 1714 à Metz, son père Sébastien était charpentier puis entrepreneur. Louis le Brun s’engagea très jeune dans le régiment Dauphin Dragons puis fut nommé ingénieur géographe.

Ensuite, il ouvrit à Metz une école de mathématiques où étudièrent aussi deux de ses frères. En 1752, il est nommé ingénieur de la ville de Metz puis, il enseignera les mathématiques à l’école royale d’artillerie. Monsieur de Bernage de Vaux, intendant, le fera nommer en 1756 à la sous-direction des travaux et des communications où il fut l’adjoint de Jean Gauthier, architecte du roi de Pologne. Après le décès du maréchal de Belle-Isle, il dirigera le service des travaux et communications.

Il arrêta ses cours de professeur de mathématiques en 1781 et décéda le 19 février 1786 à Metz où il fut inhumé.

 

NB : Cette courte notice montre bien que Louis Gardeur – Lebrun, dit le Brun, avait des relations étroites avec monsieur de Bernage de Vaux, le maréchal de Belle-Isle et Jean Gauthier, architecte du roi de Pologne, tous impliqués fortement dans la construction de la nouvelle église Saint-Maximin de Thionville.

 

1903 - L'église lors de la démolition des remparts

1903 - L'église lors de la démolition des remparts

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècl

Comme vu dans l’article précédent http://www.histoiredethionville.com/2016/03/1737-1760-thionville-construction-de-l-eglise-saint-maximim-1ere-partie.html, en 1739, la ville n’arrive pas à décider ou à imposer à l’abbé de l’abbaye de Saint-Maximin de Trêves l’agrandissement ou la construction d’une église plus grande à Thionville et ce malgré la menace d’interdiction de l’église paroissiale. Nous allons donc voir comment au final la nouvelle église fut construite et non sans mal !

 

Le 12 mai 1741, une délibération du conseil de fabrique [1]  statue sur une somme de 1000 livres tournois donnée par demoiselle Lamotte et une autre somme de 800 livres tournois donnée par le sieur de Bock alors procureur du roi au bailliage de Thionville.

 

Le conseil de fabrique pense que ces deux sommes doivent être employées à agrandir le chœur de l’église en l’avançant dans le rempart d’une longueur de 15 pieds si toutefois on obtient la permission de le faire, en suivant le plan dressé par le sieur Morant sur les ordres du Comte de Belle-Isle, maréchal de France [2]. Pour ce faire, avec l’accord du procureur du roi au bailliage, une requête sera présentée au maréchal D’Asfeld [3] dès son arrivée à Thionville afin d’obtenir la permission de « pousser le chœur » dans le rempart et qu’alors le sieur Morant [4] devra établir un devis pour réaliser les travaux de ce nouveau chœur qui sera voûté. Une fois le devis établit on procédera à l’adjudication des travaux.

 


[1] Thiersant (curé) – Braillon – Collas – Mathis Louis – Larminat - Robert

[2] Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle, né le 22 septembre 1684 à Villefranche-de-Rouergue et décédé le 22 janvier 1761 à Versailles. Fut dans grand secours dans la construction de l’église.

[3] Claude François Bidal d’Asfeld né à Paris le 2 juillet 1665 et décédé à Paris le 7 mars 1743, fut un spécialiste de la guerre de siège, émule de Vauban. Il vint effectivement à Thionville le 30 mai 1741.

[4] Jean François Morant avait en charge les fortifications

 

Comte de Belle-Isle, maréchal de France

Comte de Belle-Isle, maréchal de France

Nous voyons bien qu’alors  la ville n’envisage toujours qu’un agrandissement de l’église.

 

Refus du maréchal de toucher aux remparts, de fait en 1744, la ville n’a toujours pas réussi dans ses démarches. Elle se propose le 6 septembre de la même année de présenter au roi qui doit venir à Metz, une supplique pour qu’il ordonne l’agrandissement de l’église aux frais de l’abbaye de Saint-Maximin. La ville va donc mandater le maire, monsieur Wolkringer et le procureur et syndic, monsieur Soucelier, pour se rendre à Metz.

 

Entre temps, l’église paroissiale de Thionville a été interdite, d’où le transfert en date du 4 décembre 1744, de l’office divin de la paroisse en l’église des pères capucins de la ville et la permission au curé de la ville d’y célébrer l’office paroissial et d’y faire toutes les fonctions pastorales accoutumées jusqu'à que les pères capucins en décident autrement.

 

 

Maréchal d’Asfeld

Maréchal d’Asfeld

Par lettre du 25 août 1752, il semblerait que le maréchal voudrait prendre des engagements avec la ville pour l’acquisition des maisons autour de l’église et sur les moyens de payer ces maisons.

 

L'abbé de Saint-Maximim accepte de financer la construction d'une nouvelle église en ville.

Le 29 août 1752, monseigneur le maréchal de Belle-Isle et monsieur l’intendant de Metz on réussi à faire « plier » l’abbé de Saint-Maximin de Trêves à s’engager à faire la dépense d’une nouvelle église à Thionville. La ville va donc envoyer à Metz le maire Wolkringer et le syndic Mathias Brousse pour voir le maréchal et l’intendant afin de recevoir leurs ordres.

 

L’abbé étant dans de bonnes dispositions, il s’engage à construire une nouvelle église à Thionville à ses frais, aux conditions que la ville donne l’emplacement et qu’il obtienne la vente de son quart de réserve de bois.

 

Le 4 septembre 1752, la ville s’engage à fournir le terrain et pour ce faire d’acheter les maisons joignant l’église, de pourvoir aux dépenses pour l’intérieur de la future église et pour construire la sacristie. Toutefois la ville ne peut employer les deniers de la ville qui n’y suffirait pas et demande donc à l’intendant de se pourvoir devant le conseil du roi et d’y demander aussi la permission de vendre le quart de réserve des bois communaux mis en réserve en 1725 et contenant 156 arpents. Sa majesté sera suppliée d’ordonner que sur le prix qui en proviendra, il ne sera fait aucune retenue, ni augmentation des taxes au profit que qui que ce soit, afin de ne pas en diminuer le prix.

 

Le 24 mars 1753, un courrier est envoyé à un avocat au conseil du roi à Paris qui explique en substance que l’abbé de Saint-Maximin de Trêves s’est engagé envers le maréchal de Belle-Isle pour construire à ses frais une nouvelle église à Thionville, mais pour se faire il a besoin d’un arrêt lui permettant la mainlevée sur un quart de réserve de 144 arpents et 25 perches [1], dans le bois appelé « Bocholtz » sur le ban de Dalheim. La ville de Thionville ayant le même besoin, l’arrêt devrait comporter les deux permissions.

 

Le 4 décembre 1753,  l’abbé de Saint-Maximin ayant spécifié que la construction de la nouvelle église dépassera les 100000 livres tournois, le roi ordonne que par le sieur Coulon de la Grange-aux-Bois, grand maître des eaux et forêts, sera procédé à la vente et adjudication au plus offrant du bois de l’abbaye, le prix sera remis au receveur général des domaines et bois de la généralité de Metz et sera employé à la construction de l’église de Thionville, toutefois 1/10ème sera retenu pour être employé au soulagement des pauvres communautés des filles religieuses.

 

L’intendant de Metz, monsieur de Creil a nommé des experts pour estimer le prix des maisons à racheter pour libérer  l’espace nécessaire à la construction de la nouvelle église soit 21500 livres tournois, de plus la ville devra rebâtir la sacristie et le cimetière et faire toutes les décorations intérieures pour 25000 livres tournois soit un montant total de 46500 livres tournois. Hors la ville est incapable de trouver cette somme dans ses recettes ordinaires. De plus la ville n’a pas obtenu pour l’instant l’autorisation de vendre son quart de réserve de bois, elle compte donc demander au conseil du roi qu’il accorde à la ville :

 

Pendant six années, le doublement de l’ancien octroi de la ferme du vin, que la ville avait obtenu par arrêt du 4 juin 1715.

 

 

 

[1] L’arpent est une unité de mesure, ici on sous-entend « arpent carré » car on parle de surface de bois soit environ 25 ares, la perche carrée était d’environ 51 m2. 

Qu’il permette la levée de 6 sols sur chaque chariot de bois et 20 sols sur chaque benne de charbon qui entreront en ville comme dans l’arrêt du 4 juin 1710.

 

Que les officiers de l’hôtel de ville soient autorisés à emprunter 25000 livres        tournois pour acquérir les maisons.

 

Le 12 octobre 1754, la chambre de l’hôtel de ville assemblée avec le sieur Fringan, lieutenant général et procureur du roi pour le bailliage de Thionville, les notables et le curé Thiersant, invité pour l’occasion, ont convenu ce qui suit :

 

« Monsieur l’abbé de Saint-Maximin [1] de Trêves a bien voulu, sur l’invitation de monseigneur de Belle-Isle, par un acte de pure libéralité et sans aucune obligation de sa part, se soumettre à reconstruire à neuf l’église paroissiale de Thionville suivant les plans et devis qui ont été présentés par la ville et déposés hier au greffe de la maîtrise particulière des eaux et forêts de cette ville, sur l’emplacement indiqué derrière l’ancienne église, le rempart de la ville d’une part, la maison curiale et celle du sieur de Latouche d’autre part. cette église nouvelle doit rester et demeurer pour toujours et à tous égards sans aucune difficultés à la charge de la ville et ce tant en vertu des anciennes transactions arrêtés au parlement de Metz et déclarations du roi, cela en conformité avec l’édit de 1695 et la jurisprudence du parlement. En conséquence nous déclarons que cette reconstruction n’étant qu’un effet de la piété et générosité de l’abbé, elle ne doit lui causer aucun préjudice ni à ses successeurs. A ces conditions le procureur fondé de pouvoir de l’abbé a déclaré consentir à l’adjudication de la reconstruction de l’église en omettant ce qui reste à charge de la ville  afin que le bâtiment se fasse autant qu’il sera possible en même temps et par les même ouvriers pour la solidité des ouvrages. »

 

Le Révérend Père Dom Joseph Kubor, procureur de l’abbé,  a déclaré accepter le contenu et a signé avec le maire Wolkringer.

Fringan (cité au début)

Colchem,

Thiersant curé,

Collas, procureur du roi au bailliage

 J.B. Colman,

 Renouard - marchand,

 Jean Bar – marchand

 et deux autres signatures (non lisibles)

 

 

Ici, la ville décharge l’abbaye de Saint-Maximin de Trêves pour les problèmes pouvant survenir après la construction de l’église, pour son entretien et les travaux à venir. C’était une condition expresse de l’abbaye pour accepter de payer la construction de l’église et la suite des événements prouvera la clairvoyance et la prudence de l’abbaye.

 

Une note du 2 décembre 1754, nous dit que le conseil du roi n’a encore rien statué sur le quart de bois de réserve et sur le doublement des octrois.

 

Toutefois, maintenant l’abbé demande un plan de la nouvelle église et un devis estimatif en sachant que le maréchal de Belle-Isle voulait que ce soit la ville qui fournisse ce plan et ce devis à l’abbaye.

 


[1] Willibrord

Nous verrons que ce problème de plan va devenir très compliqué à résoudre tant les acteurs sont multiples et les intérêts divergents.

 

La ville qui se sent pressée par l’abbé va être « obligée » [1] de s’adresser au sieur Nollet, architecte et arpenteur de la ville qui va faire deux plan, un de l’église pour l’abbé et un autre pour les ouvrages incombant à la ville. Il demande comme gage 220 livres tournois alors que les architectes de Metz qui ne sont pas prêt à travailler rapidement en demande 400. En conséquence, l’abbé va accepter ce plan du sieur Nollet.

 

Le 3 décembre 1754, bonne nouvelle, le conseil accepte ce qui suit :

 A partir du 1er janvier 1755, la ville pourra et pour 6 années doubler l’ancien   octroi de la ferme du vin sur tous les cabarets et autres qui vendent du vin au détail.

 Elle pourra doubler le droit sur les bières, cidre, eaux de vie et vinaigre qui se  débitent en ville.

 Elle pourra emprunter à constitution de rente ou autrement, au nom de la communauté et au denier le plus avantageux [2], la somme de 25000 livres  tournois pour acheter les maisons.

 

Aussi dès le 13 janvier 1755, le sieur François Petit s’est rendu à Metz pour faire un emprunt de 25000 livres tournois par devant maître Soubis, avocat. Le notaire prendra la somme de 243 livres et 16 sols.

 

Le 16 janvier 1755, par devant les notaires royaux Louis et Probst de Thionville est passé l’acte suivant :

« Dame Marie Madeleine le Brun, veuve de feu messire Jean François de la Roche Girault, vivant écuyer et seigneur de Bétange, ancien capitaine d’infanterie et messire Jacques François de la Roche Girault, écuyer, seigneur de Bétange, commissaire d’artillerie, résident et habitant à Bétange avec demoiselle Suzanne de la Roche Girault, jouissant de ses droits et demeurant à Thionville, en leurs noms et en celui de messire Louis Joseph de Tilly, seigneur, capitaine au régiment de Piedmont Infanterie et son épouse dame Marguerite Antoinette de la Roche Girault, ils déclarent avoir vendu en toute propriété à messieurs les maire, échevins, syndic et habitants de Thionville et moyennant la somme de 10500 livres tournois une maison acquise le 14 octobre 1733 par la dame Marie Madeleine le brun et son époux avec ses aisances et dépendances située proche de l’église devant le cimetière et attenante à celle du sieur Limbourg, procureur du roi de la maîtrise des eaux et forêts au couchant et au levant sur le rempart. La maison prend ses entrées face au cimetière et aboutit sur l’arrière sur le jardin de monsieur de Latouche, avocat du roi au bailliage de Thionville. La somme compté devant monsieur Soucelier Joseph Grégoire, avocat et receveur de la ville. »

 


[1] Le curé Thiersant a essayé de son coté de faire faire un plan mais ceux qui ont été contacté n’y ont pas réussi, et en fait le plan « Nollet » semble rapidement déplaire.

[2] C’est en fait comme le taux d’intérêt

 

Ladite dame le Brun a obtenu un délai jusqu’au 1er avril 1755 pour sortir de la maison, elle demande aussi une prime de 300 livres tournois sur la vente, la ville lui accordera 6 louis soit 144 livres tournois.

 

Le 2 mars 1755, monsieur Vitry de la Salle, ingénieur en chef de place de Thionville nous fait espérer un autre plan pour la nouvelle église provenant de l’ingénieur Régemorte [1] à qui il en a parlé lors de son dernier séjour à Paris.

 

Parallèlement entre le 10 et le 12 mai 1755 la ville va mettre en adjudication la démolition de la maison de Laroche et celle du sieur Limbourg. Mme de la Roche Girault ayant obtenu de ne sortir de sa maison que le 1er avril, les adjudicataires possibles ne peuvent voir par eux même la valeur des matériaux à récupérer, il faudra donc attendre le 12 mai pour que l’adjudication se fasse au son du tambour par toute la ville :

 

Adjudicataires :

 

Maison de la Roche

Nicolas Pépin maître maçon

Jacques François maître maçon

Simon Vernet

Pierre Coudard maître maçon

Louis Steff maître serrurier

 

Maison Limbourg

Simon Vernet

Le prieur des augustins

Pierre Courard

Ambroise Stéphany

 

Le 17 mai 1755, la démolition de la maison de la Roche est adjugée à Nicolas Pépin maître maçon pour la somme de 800 livres tournois, celle de monsieur Limbourg est adjugée à Ambroise Stéphany pour 900 livres tournois, mais celui-ci déclare avoir misé pour Jean Cosse qui accepte l’adjudication.[2]

 

De nombreux matériaux comme les portes et fenêtres et les ferrures doivent être récupérés pour la maison curiale. 

 

Le 19 mai 1755, le nouveau plan de monsieur de Régemorte est prêt et il est demandé à l’architecte Louis de Metz d’en faire le devis, car le plan est du meilleur goût. De suite, le coût du projet apparaît trop élevé et impossible à tenir pour la ville, aussi le 30 mai la ville va remercier officiellement monsieur de Régemorte en le félicitant pour son beau projet mais qui semble trop dispendieux.

 

Le plan du sieur Nollet accepté par l’abbé de Saint-Maximin, ne plaît guère en ville et l’on fait sentir à l’intendant un ensemble de défauts frappants. Cette affaire de plan va entraîner un retard considérable pour débuter les travaux de construction mais aussi de démolition de l’ancienne église.

 


[1] Noël de Régemorte décédé en 1790 était le fils de Jean Baptiste de Régemorte et le frère d’Antoine et Louis de Régemorte tous ingénieurs des ponts et chaussées.

[2]  Les témoins seront Simon Vervin et Nicolas Blanmangin

 

Ainsi au mois d’avril 1755, le maire Wolkringer avec le sieur Petit, procureur syndic étaient allé voir l’abbé à Trêves pour discuter des travaux à mener et lui présenter un nouveau plan fait par l’architecte Louis [1]de Metz, mais l’abbé voulait rester sur le premier plan de monsieur Nollet et ne pas mettre plus d’argent que prévu dans cette affaire.

 

Le 9 mai 1755, la ville écrit au maréchal de Belle-Isle qu’elle est prête à commencer les travaux mais que l’abbé a pris son parti du plan Nollet et ne veut pas dépenser plus que le devis de ce plan. La ville engage le maréchal à faciliter l’exécution du plan qui lui semblera le plus convenable sans négliger celui de monsieur de Régemorte.

Le maréchal répond le 15 mai qu’il fera tout ce qu’il pourra lors de son retour vers la frontière pour voir l’abbé et le prêter à augmenter si possible sa quote part.

 

 

Coup de tonnerre le 15 mai 1755, car l’abbé vient de passer un marché avec les sieurs Meaux, Cuny, Geisler entrepreneurs de bâtiments à Metz pour la partie qui le concerne, la nef, les collatéraux, le chœur et le portail,  en suivant le devis et plan Nollet.

Il fournira les ardoises du toit à charge aux entrepreneurs de les transporter.

Les entrepreneurs s’engage à faire l’ouvrage pour 60000 livres tournois dont il toucheront cette année 10000 livres et le reste au fur et à mesure de l’avancement des travaux qui doivent durer 4 ans.

 

Dès le 16 mai, il écrira à la ville de Thionville, la lettre qui suit :

 

« Je viens de passer contrat avec les sieurs Meaux et Geisler, entreprenuers de bâtiments à Metz pour la construction de votre église paroissiale selon l’ancien plan pour la somme de 60000 livres tournois et les ardoises à fournir.

Il ne tiendra qu’a vous de voir si vous voulez les changements qui sont dans votre dernier plan et les décorations, changement de la tour et autres, pourvu que cela ne nuise pas à la solidité et le tout à vos frais sans que je sois obligé à la moindre chose.

J’espère que vous serez contant des efforts que j’ai fait pour vous procurer une église ample et convenable, les entrepreneurs vont commencer les travaux cette année. »

 

Le 19 mai 1755, la ville répond :

 

« Nous sommes véritablement très reconnaissants de ce que vous voulez faire pour nous procurer une nouvelle église. Nous souhaitant seulement que le portail du plan de monsieur Nollet fit plus d’honneur à la générosité dont la ville vous est redevable.

Nous ne sommes pas en état de faire exécuter le portail du plan de l’architecte Louis que le maréchal à accepté rejetant celui de monsieur Nollet. Nous vous demandons donc par votre bonté de donner préférence au plan de monsieur Louis que vous avez reconnu plus décent. »

 

Le 22 mai 1755, réponse laconique de l’abbé :

 

« Je suis fâché de ne pouvoir plus faire que je n’ai fait pour la décoration de votre ville. Je ne suis que l’administrateur des revenus de mon abbaye, ainsi jugé si je puis faire davantage. Ne comptez donc sur rien de plus. »

 


[1] Jean Baptiste Louis architecte du chapitre de la cathédrale de Metz, il a alors plus de 70 ans et son fils Michel est entrepreneur de bâtiments

 

Le 19 mai 1755, la ville avait mis le maréchal de Belle-Isle au courant de l’affaire du contrat passé par l’abbé aux entrepreneurs de Metz et de sa peine car le plan Nollet comme tout le monde le reconnaît, même l’abbé, comporte un portail à peine propre à une église de village !

 

Le 24 mai le maréchal de Belle-Isle, alors à Dampierre, répond qu’il fera son possible quand il retournera vers la frontière et sera à même de parler à l’abbé, mais il laisse aussi poindre son agacement devant cette affaire et engage la ville à trouver un moyen de parvenir à ses fins.

 

Le 28 mai 1755, la ville renvoi un courrier au maréchal lui indiquant qu’elle a fait dresser un autre plan par monsieur Loriot, architecte du roi [1] avec son devis estimatif. Bien entendu ce plan est supérieur aux autres mais le coût n’est pas en adéquation avec les finances de la ville, celui de monsieur Louis est plus abordable mais l’abbé bloque l’affaire. D’autres part, les entrepreneurs de Metz nous pressent beaucoup de leur délivrer le terrain pour commencer les fondations, mais nous leurs refusons jusqu’à réception de vos ordres car il faut savoir sur quel plan l’on se base pour faire ces fondations. Pour notre par le devis de monsieur Louis se monte à 65000 livres tournois qu’il faut ajouter aux 26000 livres tournois d’acquisition des maisons et terrains ce qui dépasse de beaucoup les 60000 livres mise en jeu par l’abbé.

 

Le 1er juin 1755, le maréchal répond depuis Belleville, qu’il a bien reçu le plan de monsieur Loriot qui est bien supérieur aux autres mais qu’il ne faut pas s’y attacher car trop coûteux. Il dit qu’il va écrire à l’abbé pour lui expliquer qu’on ne bâtit des églises que tous les cinq à six cent ans et que vous et vos enfants vous reprocheriez d’avoir fait un édifice aussi irrégulier pour épargner une somme aussi médiocre. Effectivement le plan du sieur Nollet qui l’a rédigé pressé par le temps, n’est proprement qu’un croquis avec des défauts insoutenables, occasionnés par la précipitation et principalement trois défauts qui rendent l’édifice ridicule et indécent :

  • Le sanctuaire serait trop étroit et non proportionné au corps de l’église.
  • La voûte des bas côtés serait trop élevée et ce vice rendrait la nef trop obscure.
  • Le portail est si simple qu’à peine serait-il supportable pour une église de campagne.

Il dit aussi son regret de tous ses atermoiements et retards et qu’il faut essayer de ne pas manquer la bonne saison de lancer enfin les travaux et d’ouvrir les fondations.

Il trouverait très désagréable qu’après tous les soins et les mouvements qu’il s’est donné depuis deux années sur cette affaire, la ville n’en vienne à rebuter l’abbé et le lasser du fait que rien n’avance, il engage donc la ville à faire tout ce qui est nécessaire pour faire avancer l’opération, car du fait de son éloignement actuel il ne peut suivre tous les détails pied à pied.

 

Vous verrez dans le prochain article que de nombreux courriers seront encore échangés, d’autres plans seront faits et que le maréchal de Belle-Isle continuera à se mettre au service de cette cause pour finalement arriver à faire construire cette belle église Saint-Maximin.

 

A suivre…

 

 

[1] Monsieur Loriot est professeur à l’académie d’architecture à Paris. Le plan devait être gratuit mais au final il y eut rétribution par la ville (5 louis) sur demande d’un ministre du roi.

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 4ème siècl

Avant de continuer l’histoire de la construction de l’église Saint-Maximin de Thionville et à la demande de plusieurs personnes, je voudrais rapidement évoquer sa légende.

 

Note: Dans les articles précédent, Saint-Maximin a été orthographié Saint-Maximim, c'est une orthographe incorrecte mais souvent employée dans les écrits du 16 et 17ème siècle.

 

Saint-Maximin :

Nous sommes là au début du IVème siècle, dans le Poitou où va naître Saint-Maximin, exactement à Silly, dans le département de la Vienne. Il deviendra évêque de Trêves vers 341 ou 342, Trêves est alors qualifiée de deuxième Rome.

 

Il est alors un adversaire résolu de l’arianisme [1] et un ami d’Athanase d’Alexandrie [2] qu’il hébergera à Trêves dans les années 343. Participant  au concile de Sardique [3], il n’aura de cesse d’essayer de convaincre  les empereurs romains de soutenir l’église catholique contre les tenants de l’arianisme.

 


[1] L’arianisme est promu par le théologien Arius et réfute l’égalité dans la trinité, voyant une infériorité du fils par rapport au père. (En très raccourci)

[2] Principal opposant à l’arianisme ayant siégé au concile de Sardique avec Sant-Maximin.

[3] Sofia en Bulgarie

 

Enluminure représentant Athanase d'Alexandrie lors du concile de Sardique

Enluminure représentant Athanase d'Alexandrie lors du concile de Sardique

On le voit en arrière plan sur cette enluminure, habillé en évêque à coté d’un ours portant son sac de voyage, iconographie empruntée à la légende de Corbinien de Freising [1]

Il participera bien entendu à l’évangélisation de la Lorraine donc de notre région.

Il décédera à Poitiers alors qu’il était en visite chez ses parents à Silly, son corps sera inhumé dans cette ville où suivant la légende des disciples venant de Trêves, l’enlevèrent pour le rapatrier à Trêves. Poursuivis par les gens de Silly, c’est un coup de foudre tombant  devant les poursuivants qui les décidèrent à arrêter la poursuite.

Saint-Maximin fut alors inhumé à Trêves dans une abbaye (ci-dessous) qui portera alors son nom.

 

[1] Ville allemande du Tyrol

Eglise Saint_Maximin de Trêves

Eglise Saint_Maximin de Trêves

Saint-Maximin est évoqué contre le parjure et les événements climatiques destructeurs.

 

N’oublions pas que nous sommes alors dans les premiers temps de la chrétienté dont la doctrine n’est pas encore réellement fixée.

 

Autre question:

Emprise des fortifications de Thionville:

Elles s'étendaient jusq'au premier ring, c'est à dire l'avenue Merlin, l'avenue Vauban et l'avenue de Guise.

 

 

 

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