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Histoire de Thionville et des villages alentours

Histoire de Thionville et des villages alentours

Numéro ISSN: 2492-2870 Histoire de la ville de Thionville et des villages alentours à partir de documents d'archives

Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 18ème siècle

Avant de clore l'histoire de l'incident du 30 août 1705 à la fête de Volkrange, je voudrais faire une petite apartée au sujet de mon dernier livre "Patrimoine" dont la souscription est désormais close. L'ouvrage va maintenant entrer en fabrication.

Un ouvrage de ce type, très spécialisé et donc avec un tirage restreint et une diffusion identique ne peut être édité qu'avec un minimum de soutien institutionnel.

Ce soutien, je l'ai trouvé auprès de la mairie de Thionville:  Mme Anne Grommerch, députée-maire de Thionville et  M. Jackie Helfgott, adjoint à la culture, patrimoine, tourisme et transport ainsi qu'aux services de la mairie; à la direction de la communication et principalement aux services des archives municipales avec ses principaux animateurs: M. Dominique Laglasse et Frédérique Gaudinet

Je voudrais aussi remercier le journal "Le Républicain Lorrain" en la personne de ses correspondants locaux: Mme Claudette Marion et M. Michel Croué.

 

Fête de Volkrange du 30 août 1705 (fin de l'affaire)

 

Nous avons donc vu que Volkrange  avait  deux seigneurs fonciers :

 

Jean Mathias de Bock et Jean de Pouilly, chacun pour une moitié de la seigneurie. Jean de Pouilly étant aussi seigneur de Beuvange. Ce sont des seigneurs fonciers, la haute justice relève de la prévôté de Thionville puis du bailliage.

 

Jean Mathias de Bock habite une maison à côté du château et Jean de Pouilly habite le château, dont une petite partie avait appartenu à la famille Hue de Saint-Rémy.

 

Jean de Pouilly fera restaurer le château et y habitera avec sa famille, mais en quelque sorte assiégé par les propriétés de Jean Mathias de Bock, comme le montre le plan ci-dessous daté de 1712.

 

 

 

Schéma des maisons et voies d'accès

Schéma des maisons et voies d'accès

Comme on le voit sur ce plan, la disposition du château, des maisons de Jean Mathias de Bock et les chemins d’accès ne pouvait que favoriser les conflits entre les deux familles, mais nous y reviendrons quand nous parlerons du conflit des « barrières » .

 

Plusieurs actes notariés nous renseignent un peu plus sur la vie de la famille de Pouilly :

 

Le 7 décembre 1684

 

« Jean de Pouilly, écuyer, seigneur en partie de Volkrange et de Baranzy et Eléonore de Roly son épouse  déclarent qu’en vertu de la bonne amitié qu’ils se portent et qu’afin de donner au survivant d’entre eux les moyens de survivre honnêtement suivant leur qualité et condition et pour autres bonnes causes et considérations, elles se donnent réciproquement par donation à cause de mort et au survivant, outre la succession mobilière, la somme de 3000 écus soit 9000 livres tournois [1] à prendre sur la partie des biens qu’ils ont acquis pendant leur mariage… En ménageant l’héritage de leur fille et de leur fils, Marie Christine et Isaïe de Pouilly… » Extrait.

 

Le 7 février 1687

 

« Convention de mariage entre Marie Christine de Pouilly, fille de Jean de Pouilly et Eléonore de Roly, avec messire Ferry Joseph de Roly âgé de 30 ans environ, fils du baron Jean de Roly, seigneur de Sartenfagne et Villenfagne [2].  Est présent aussi, Isaïe de Pouilly, le frère de la mariée… » Extrait [3]

 

19 février 1693

 

« Il est stipulé que Françoise de Saintignon, résidente à Mersch devant Virton, étant présente ce jour au château de Volkrange, déclare que de son bon gré et volonté, sans aucune contrainte, qu’ elle décharge par la présente, le sieur François Isaïe de Pouilly, écuyer, seigneur de Volkrange (avec son père Jean) de tous les intérêts civils, réparations et dommages qu’elle pourrait avoir à prétendre contre ledit seigneur de Pouilly au sujet de la compagnie et copulation charnelle qu’il a eu avec elle et dont elle est devenue enceinte et a ensuite accouché d’un garçon nommé Adrien et baptisé en l’église paroissiale de Mersch.

Elle promet de l’élever en religion catholique apostolique et romaine et duquel elle décharge le sieur de Pouilly. Elle décharge aussi le sieur de Pouilly de toutes actions et prétentions auxquelles elle pourrait prétendre et consent qu’il contracte mariage et épouse qui bon lui semblera sans qu’elle veuille, ni puisse s’y opposer.

En contrepartie, Jean de Pouilly, père de François Isaïe de Pouilly, consent dès maintenant et pour toujours audit Adrien, fils de la dame de Saintignon, tous les biens, droits et prétentions qu’il a en la seigneurie de Baranzy, soit rentes, revenus, terres, prés, droits seigneuriaux et ce qui en dépend pour qu’il puisse en jouir avec sa mère comme d’un bien propre à condition toutefois que s’il décédait sans laisser d’enfants légitimes procréés de son corps, lesdits biens retourneront à Jean de Pouilly, sa veuve ou ses héritiers. Si par Dieu, l’enfant Adrien décédait avant sa mère, celle-ci pourra jouir des biens, sa vie durante.

Il a été expressément stipulé que ni ledit Adrien, ni la dame de Saintignon ne pourront vendre, ni engager lesdits biens de Baranzy afin que les biens retournent au décès de la dame et dudit Adrien aux héritiers de la famille de Pouilly.

 

 

 

[1] Ce qui est une somme assez considérable.

[2] En Belgique

[3] François Isaïe de Pouilly se mariera avec Charlotte de Roly bien qu’ayant fait un enfant à Françoise de Saintignon. Il semble que les liens avec la famille de Roly aient été jugés plus « avantageux »

De plus, Jean de Pouilly promet de donner à la dame de Saintignon une fois pour toute et à la décharge du seigneur François Isaïe de Pouilly son fils, la somme de 50 écus blancs à 3 livres l’écu soit 150 livres tournois.

Le présent contrat est passé devant le témoin : François Robert de Nonnancourt, écuyer, seigneur de Pouilly en Meuse. Il a été accordé par le seigneur Jean de Pouilly qu’en cas de nécessité pressante, il pourra engager le bien et en disposer comme son bien propre. » Extrait

 

En 1694

 

On voit François Isaïe de Pouilly se « porter fort  [1] » pour son père Jean de Pouilly, ce qui laisse penser à un changement dans l’ordre familial.

 

Le 18 décembre 1704

 

Le roi de France, Louis XIV le Grand ayant besoin d’argent pour financer ses guerres européennes, décide de vendre les hautes justices dépendantes des bailliages. Les seigneurs fonciers qui sont par définition des seigneurs moyens et bas, achètent à bon prix la haute justice qu’il leur manquait. Ils ont  ainsi toutes les prérogatives du seigneur.

 

« François Isaïe de Pouilly, fils de Jean de Pouilly et d’Eléonore de Roly, achète au roi la haute justice de Volkrange et de Beuvange,  en conformité avec l’édit d’avril 1702, moyennant la somme de 1333 livres 6 sols et 8 deniers » Extrait

 

Par le fait, il devient donc seigneur haut, moyen et bas justicier de Volkrange, Metzange et Beuvange.

 

Le 20 juin 1705

 

« François Isaïe de Pouilly, seigneur haut justicier et foncier de Volkrange et Beuvange, assisté du sieur Fringan [2], son avocat, nous a déclaré que pour satisfaire à l’arrêt du 30 avril 1703 et à notre jugement du 19 juin 1705, il nous présente les personnes de messieurs :

 - Jean Larminat [3], conseiller du roi, receveur des espèces du siège de Thionville pour faire les fonctions de procureur fiscal de la haute justice de Volkrange et Beuvange.

 -  Martin Moine pour être le maire de la haute justice de Volkrange et Beuvange.

 - Abraham Picquart et Jacques Lefranc pour être échevins de la haute justice de Volkrange et Beuvange.

Sur le fait, tous les nommés vont prêter serment d’allégeance au seigneur François Isaïe de Pouilly.. » Extrait

 

Le 3 août 1705

 

Le seigneur haut justicier, moyen et bas de Volkrange et Beuvange, François Isaïe de Pouilly, va poser des barrières [4] (voir le plan ci-dessus) pour empêcher le sieur Jean Mathias Bock, seigneur foncier pour moitié de Volkrange, d’accéder à ses propriétés [5] sauf à passer sur son terrain devant le château,  avec tous les problèmes qui en découleront.

 

[1] Se porter caution.

[2] On retrouve là un protagoniste de l’incident à la fête le 30 août 1705.

[3] Voilà encore un protagoniste de l’incident à la fête patronale.

[4] Clayonnages de bois

[5] Sa maison située derrière le château s’appelait la « Tour de Weyler ». Le bâtiment n’existe plus aujourd’hui.

Aussi le 31 août 1705, soit le lendemain de l‘incident à la fête patronale, le sieur Jean Scharf conseiller du roi au bailliage de Thionville et commissaire nommé en cette affaire va faire témoigner les personnes suivantes afin d’apporter un peu de lumière sur les faits.

 

Témoins 

Jean Henry, manouvrier de Thionville âgé de 89 ans.

« Dit qu’il connaît bien les lieux et que jamais ces chemins n’ont été fermés mais toujours ouverts, il y passait à pied, à cheval et en chariot, car passer par le chemin du château n’est pas facile surtout en chariot à cause des arbres en bord de chemin, cerisiers et pruniers. »

Nicolas Euvrard, manouvrier de Thionville, âgé de 60 ans.

« Dit qu’il y 45 ans il demeurait au château avec son père et n’a jamais connu les chemins fermés. Il fait les mêmes remarques que Jean Henry. »

Jean Josse, manouvrier d’Ebange, âgé de 55 ans.

« Il dit qu’il a lui aussi demeuré au château pendant 18 ans et n’a jamais connu les chemins fermés, il va dans le même sens que les autres témoins. »

Jean Limbourg, manouvrier de Terville, âgé de 60 ans

« Il dit qu’il est natif de Volkrange, qu’il en est parti depuis 33 ans mais il a toujors connu les chemins ouverts et empruntés par tout le village. »

Nicolas Limbourg, huilier de Thionville, âgé de 55 ans

« Il dit que son père était, il y a 42 ans, admoniateur du château et que les chemins ont toujours été ouverts. »

Jacques Pescheur, laboureur de Beuvange, âgé de 75 ans.

« Il fait le même témoignages que les autres témoins. »

 

Jean Mathias de Bock, seigneur foncier de la moitié de la seigneurie de Volkrange, produisit un acte en allemand, traduit par le notaire Lanio, daté du 9 avril 1600 et qui prouvait que le chemin qui longeait les fossés du château était sa propriété, car acheté avec la seigneurie foncière.

 

Cette affaire se termina le 1er juillet 1712 par la condamnation du seigneur François Isaïe de Pouilly au profit de Jean Mathias de Bock afin qu’il puisse à nouveau accéder à ses propriétés ainsi que ses fournisseurs et visiteurs comme par le passé en empruntant les chemins habituels et traditionnels.

 

Conclusion :

 

Dans ce contexte de mésentente entre les deux co-seigneurs, l’un étant devenu en 1704 seigneur haut justicier donc de fait avec un état juridique supérieur à l’autre et le faisant sentir fortement. Alors qu’un procès est initié par Jean Mathias de Bock pour fermeture des chemins d’accès à sa maison par François Isaïe de Pouilly, on comprend mieux que la proclamation de la fête patronale du 30 août 1705, par le maire du seigneur foncier, alors que cette prérogative était réservée au seigneur haut justicier, ait déclenché cette bagarre et cet incident.

30 août 1705 - Fête à Volkrange (fin)

Epilogue

 

Les témoins de l’affaire de la fête paroissiale furent entendus, les personnages en cause dans cette bagarre étant des notables de la ville, impliqués dans la conduite du bailliage, l’affaire fut renvoyée au parlement de Metz, mais n’eut pas de suite fâcheuses pour les différents protagonistes que nous retrouverons tous aux mêmes postes dans les années qui suivirent.

 

Toutefois, l’affaire des « barrages » ajoutée à l’affaire de la « fête patronale » occasionnèrent aux deux protagonistes, Jean Mathias de Bock et François Isaïe  de Pouilly, bien des tracas en particulier à François Isaïe de Pouilly qui en 1713 vendit la seigneurie et le château de Volkrange à François de Saintignon pour 6000 livres tournois, avec quelques sécurités ; comme s’être réservé un logement au château et surtout la possibilité de racheter la seigneurie et le château au même prix, ce qu’apparemment, il fit très rapidement.

Manœuvre pour échapper à la justice ?

François Isaïe de Pouilly, mourut à Volkrange le 5 novembre 1721, âgé de 63 ans, il fut inhumé le 6 novembre 1721, dans l’église paroissiale de Volkrange, devant l’autel de la Sainte-Vierge dans le « tombeau de fer ». Il est alors désigné comme seigneur de Volkkrange, Metzange, Beuvange, Knutange et Veymerange en partie.

Cette petite histoire de pugilat à la fête patronale du village nous aura permis de regarder de plus près ces châtelains volkrangeois si chicaneurs et procéduriers.

L’origine des châtelains de Volkrange est à peu près établie, mais quelques ajustements sont à faire, principalement sur les origines et sur le lien que ce village pourrait avoir avec son homonyme de Belgique, près de Messancy.

 

FIN

 

J'en profite pour vous souhaiter à tous et à toutes de bonnes f^etes de Noël.

 

Haut les coeurs ! 

(Au moyen-âge le mot coeur signifie courage)

 

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