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Thionville - Confréries et corporations (1ère partie)

Publié le par Persin Michel

Commençons par en donner une définition simple :

 

Confrérie

 

Association pieuse de laïcs oeuvrant généralement dans un but charitable.

 

Corporation

 

Association de marchands ou d'artisans, groupés en vue de réglementer leur profession et de défendre leurs intérêts. Souvent des personnes qui exercent la même profession.

 

Ces associations nécessitent de rassembler un certain nombre de personnes pour exister, plus ce nombre de personnes sera élevé plus l’association sera puissante.

 

En règle générale, la corporation se doublait d’une confrérie. Nous verrons que souvent il y eu un peu confusion des genres, on employait un mot pour un autre. Quoiqu’il en soit leur origine est très ancienne.

 

Pas de corporations dans les villages, donc rarement de confréries [1], car dans un village tous les habitants, peu nombreux, travaillent la terre. Ils ont de fait les mêmes besoins, les mêmes intérêts et forment plutôt une communauté.

 

En ville, les habitants plus nombreux, exercent des professions différentes aux intérêts parfois divergents, la corporation se prête bien à la défense des individus exerçant le même métier, veillant à la concurrence et contrebalançant le pouvoir municipal.

C’est dans les villes que vont naître les corporations et fleurir les confréries.

 

Origine très ancienne puisque nous trouvons traces des premières corporations dans la civilisation grecque qui suivant la loi de Solon donne aux bateliers le droit de se donner des règles si elles ne sont pas contraires aux lois.

 

Plutarque nous parle chez les romains de collèges d’artisans et de la distribution du peuple par métier, parfois les artisans étaient affectés à des rues spécifiques comme cela existe encore en orient. Sous Servius Tullius, ces corporations qu’on appelait alors des confréries étaient des assemblées organisant des fêtes en l’honneur des dieux. Elles n’avaient pas alors les mêmes droits, ni les mêmes devoirs.

 

Mais ces assemblées qui fêtaient les dieux lares provoquaient des désordres et des orgies.  C’est la loi Julia qui vers 64 ou 67 les interdit, elles devinrent souvent clandestines et plus difficiles à maitriser aussi on les remis à l’honneur et sous Auguste elles furent à nouveaux interdites. Seules les confréries purement artisanales purent subsister de façon très réglementée avec le paiement de taxes et de droits divers.

 

Les confréries d’alors évoluèrent vers des corporations de métiers, laissant aux confréries le coté religieux.

 


[1]On trouve des exceptions dans les villages viticoles comme à Guentrange où il existe des confréries religieuses pour honorer leur saint protecteur : Saint-Vincent ou Saint-Urbain (Guentrange)

Les anglo-saxons et allemands, peuples du Nord, avaient institué des guildes, genre de confréries de type militaire ou de fraternité d’armes donnant lieu à des banquets et réjouissances avec également un coté religieux. Comme les confréries, ces guildes évoluèrent également vers des corporations de marchands et d’artisans.

 

Les romains très organisés, avec un sens poussé du droit, permirent aux différents métiers de s’organiser et de se donner des règles précises de fonctionnement et d’insertion dans la vie des cités.

 

L’avènement du christianisme revivifia les confréries, elles furent alors associées aux corporations, honorant le saint patron d’un même métier, mettant en valeur la piété et le secours matériel et moral qu’elles se devaient d’apporter aux confrères, s’occupant des vivants et des morts.

 

Pendant la période Gallo-romaine les corporations et confréries s’enracinèrent plus encore dans les villes.

 

Puis vint des temps plus sombres. Le déferlement discontinu des peuples venus de l’Est, les disruptions dans l’organisation des états liées aux successions et mésententes des rois mérovingiens ont conduit nos historiens, faute de documents exploitables, à penser que les corporations et confréries avaient disparu.

 

Mais, s’il est certain qu’elles furent en sommeil, nous les retrouverons sous les carolingiens et dans les capitulaires de Charlemagne qui mentionnent douze confréries de métiers.

 

Au sortir de la période carolingienne, la monarchie naissance a trouvé les corporations de métiers et leurs confréries encore bien vivantes. Le pouvoir municipal leur avait donné des statuts, la monarchie ne les a pas combattus mais a toujours essayé de les réglementer et d’en tirer profit. 

 

Le 12èmepuis le 13èmesiècle voit, dans les grandes villes, les corporations commençaient à monter en puissance. Elle apporte à l’ouvrier ou au marchand, un statut et une protection. Elle forme l’artisan qui d’apprenti chez un maître, devient compagnon puis maître s’il en a les moyens et la compétence. La corporation comme la commune a ses chefs, ses assemblées, sa maison, son drapeau, ses couleurs et ses habits distinctifs, son livre de compte et elle agit comme une entité civile pouvant passer des contrats et faire des actes divers. Quand la maladie ou la mort frappe, c’est la confrérie de la corporation qui prend le relais et vient en aide au confrère ou à sa veuve.

 

(En haut) Datant du Moyen-âge la maison des corporations de Noyers (89) - (En bas) Une des sculptures représente un bourgeois en armes.

 

Concernant cette sculpture de bourgeois en armes, rappelons-nous que dans la charte de franchise octroyée en 1239 à la ville de Thionville, on y trouve les paragraphes suivants :

 

Quand il sera nécessaire de faire garder ma maison de Thionville, les bourgeois devront y coucher, toutes les fois que le maire les fera mander par un sergent de police, sans autre formalité.

 

Les bourgeois doivent me suivre à la guerre les 8 premiers jours à leur frais et ensuite à mes frais. Le bourgeois qui convoqué 8 jours d’avance, ne m’accompagnerait pas, paiera, pour excuser son absence ou son retard, s’il est à cheval, 10 sous d’amende et s’il est à pied, 5 sous

 

Dans les grosses villes, les bourgeois des corporations avaient la charge du guet et devaient donc assurer par roulement la garde aux remparts et la mise en défense de la ville en cas de danger. Cette attribution ne fut pas du goût de tous  [1]et de nombreuses exceptions furent demandées et acceptées, créant des litiges entre les corporations et leurs membres. Plus tard, après plusieurs révoltes des corporations on commença à se méfier de ces bourgeois en armes qui s’étaient organisés comme une armée, aussi, on mis le guet bourgeois sous la tutelle du guet royal.

 

Toutefois, comme souvent, dans les grosses villes, les corporations deviennent rivales, exclusives et intolérantes aux autres, jalouses d’une plus riche ou condescendante avec les plus pauvres. Elles sont très procédurières et engagent de nombreux procès qui durent et leur coûte. Inévitablement elles vont essayer d’influer sur la politique municipale ou pour Paris, royale. 

 

Les bourgeois étaient dans l’obligation de s’affilier à une corporation de gré ou de force, on ne pouvait pas rester isolé et ce manque de liberté pesait à certains amenant des dissensions.  

 

Au 14èmesiècle, en 1306, les corporations furent interdites mais ré-autorisées l’année suivante. En 1357, à Paris, suite à des révoltes armées, brèves mais violentes de la part des corporations, celles-ci furent à nouveau dissoutes ainsi qu’en 1380/82 à cause des taxes trop importantes, la corporation des marchands, la plus puissante, redevenait séditieuse.

 

Les confréries aussi furent dans le collimateur des autorités, ainsi au concile de Sens, en 1524, on jugea les confréries dévoyées, faisant ripailles et orgies sur le dos des pauvres. On les accusa d’être des foyers d’agitation et on les interdit encore en 1624, mais toujours elles se reconstituaient quelques années plus tard car au final elles avaient, corporations et confréries, une réelle utilité.

 

A Thionville à cette époque ?

 

Il existe une halle ou marché déjà en 1283. 

 

Vers 1475, Thionville c ‘est environ 1300 habitants, mais nous savons que l’artisanat se porte bien sous Philippe le Bon et plus encore sous Philippe le Beau vers 1494.

 

En 1489, la sidérurgie anime 11 forges dans la vallée de la Fensch, Thionville est réputée pour son armurerie tout comme Liège .

 

[1]Il est certain qu’un tailleur d’habit ou un apothicaire ne trouvait pas confortable de passer ses nuits en haut des remparts dans le froid et l’humidité, eux y voyaient plutôt les bouchers !

L’acier de Thionville, de la vallée de la Fensch, est réputé et la ville de Cologne vient y acheter des arquebuses dans les années 1470.

 

La draperie est mentionnée à Thionville en 1469. La foulerie et les toiliers sont mentionnés en 1565, soit dans des procès, soit dans des livres de comptes, mais sans plus de précisions.

 

En 1489, il existe une corporation des tanneurs alliée à celle des cordonniers [1]et les bouchers sont connus à Thionville depuis avant 1443. En 1489, ils sont 5 bouchers dans la ville puis leur effectif passe à 25 en 1555. Puissants, ils referont parler d’eux au 18èmesiècle.

 

Il existe aussi une assemblée de « porteurs de sacs », forts à bras déchargeant les bateaux sur la Moselle à Thionville et à Sierck.

 

Les merciers [2]sont attestés dès 1504 et les boulangers et tonneliers sont mentionnés en 1554/66. Les pelletiers [3]existent depuis au moins 1580 et la grande foire de la Sainte-Croix [4]qui se tenait hors des remparts au bord de la Moselle avait déjà une bonne clientèle. Elle durait alors une journée puis fut étendue à 4 jours.

 

Le gant et la ceinture sur ce blason sont les attributs de Mathieu Delhaye, mercier de son état qui a hérité d’une partie de cette maison en 1679, l’autre partie de la maison restant la propriété de sa belle-mère Madeleine Ham. Cette maison fut le siège de l’Hôtel du Cygne qui donna son nom à la rue alors dite du cygne aujourd’hui au N° 20, rue de Jemmapes.

 

Au Moyen-âge les corporations se développent fortement et prennent de plus en plus d’importance. A l’aube du 17èmeet 18èmesiècle, les corporations, principalement dans les grandes villes du Nord sont devenues des organisations très structurées et très puissantes.  En 1550/55, une vingtaine de marchands Thionvillois viennent commercer pour l’armée jusqu’à Anvers. 

 

Elles sont de plus en plus associées au pouvoir municipal principalement chez les corporations de marchands qui n’aspirent qu’à devenir l’aristocratie de la cité à l’égal des magistrats et des officiers de justice. 


[1]Contrairement à ce qui souvent dit, il n’y a pas de gantiers à Thionville.

[2]Nombreux à Thionville, ils vendaient un peu de tout dont des gants et des ceintures comme l’atteste le blason de l’ancienne porte, rue de Jemmapes. -Voir « l’histoire de l’ancienne chapelle des lépreux » paru en 2017

[3]Fourreurs.

[4]Existante déjà en 1414, elle avait lieu le 14 septembre de chaque année et attirait une foule importante

Quand sous Louis XIV, explosa la vente des offices, les riches marchands et même quelques riches artisans achetèrent, quand ils en avaient la capacité intellectuelle, des charges d’officiers à l’hôtel de ville, au bailliage et même au parlement. Une fois installés, ils purent influer la politique dans le sens de leurs affaires et finirent par s’allier à des familles d’anciens officiers municipaux.

ANVERS La grande place avec ses maisons des corporations ou guildes montrant la richesse de ces marchands

 

Toutefois à Thionville, les choses furent un peu différentes. La ville était petite et la population peu nombreuse ce qui impliquait peu de corporations réduites en membres, donc moins influentes et moins riches.

 

De plus, c’était une place de guerre soumise à des sièges et à des troubles armés récurrents apportant une insécurité latente peu propice aux affaires. La prise de la ville en 1643, va complètement renouveler la hiérarchie communale ainsi que les structures même de l’organisation de la cité ce qui permettra par un effet d’aubaine à certains marchands et artisans enrichis d’accéder à l’hôtel de ville.

 

Avant de voir plus précisément dans un prochain article, les corporations et confréries de Thionville, voyons les conditions de travail des ouvriers au sein des corporations.

 

Les ouvriers travaillent en général de 7h à 8 h par jours en hiver, car le soir vient vite et l’éclairage est inexistant ou trop faible, par contre en été les ouvriers travaillent jusqu’à 14h ou 15h par jour.

 

Par contre, ils ne travaillent jamais les dimanches, ni pour les quelques 30 jours de fêtes religieuses. Les samedis et les jours de foires, ils ne travaillent que jusqu’à vêpres.

 

On peut estimer qu’ils ne travaillaient pas pendant environ 2 mois à 2mois et demi par an, bien entendu non payé. 

 

Les apprentis devenaient compagnons, valets ou ouvriers au bout de plusieurs années, parfois jusqu’ à 7 années suivant la complexité du métier. Certains d’entre eux devenaient maîtres après des années d’apprentissage et de compagnonnage en produisant souvent un chef d’œuvre [1]et en payant un droit d’entrée.

 

Toutefois, on peut dire que souvent les statuts des corporations étaient assez démocratiques, chacun ayant droit au chapitre souvent même les apprentis et par les confréries associées, c’étaient aussi des sociétés d’entre-aide ou tous se sentaient à l’abri

 


[1]Au début des corporations le chef d’œuvre n’existait pas ou n’était pas exigé pour devenir maître.

Les maîtres trop sévères et surtout violents avec leurs apprentis ou ouvriers pouvaient être inquiétés et punis, voire interdit d’apprentissage.

 

Les veuves pouvaient reprendre le métier de leur mari, garder et prendre des apprentis, faire travailler des ouvriers. Quand elles se trouvaient sans ressource, la confrérie la soutenait et à Thionville, les bourgeois [1]avaient créé un hôpital dit « des bourgeois ou des pauvres » dès le 14èmesiècle, hôpital en lien très étroit avec la confrérie du Rosaire dont nous seront amenés à reparler.

 

Pour terminer cet article, un document du 9 août 1646, émanent du Baron de Marolles, maitre de camp, premier gouverneur de Thionville nommé par le Duc d’Enghien.

 

C’est en fait une réclamation au sujet d’un testament où il cite les maîtres et confrères du métier de tailleur (barré et remplacé) par couturier et la confrérie du Saint-Sacrement.

 

Cette confrérie avait un autel dédié au Saint-Sacrement dans l’église paroissiale d’alors. Les confréries avaient alors des autels, qui se trouvaient sur les bas-côtés de l’église, dédiés à leur patron.

A Thionville la plus connue fut celle du Rosaire. 

 

[1]Qui étaient des membres des corporations ou/et des officiers de l’hôtel de ville

 

[1]Qui étaient des membres des corporations ou/et des officiers de l’hôtel de ville

Nous verrons dans un prochain article, plus concrètement, les corporations et confréries de Thionville et ce qu’elles sont devenues par la suite.

Bonne lecture à tous

 

 

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Sources :

Commerce et marchand de Thionvillois au 15èmeet 16èmesiècle.  JM Yante 

Histoire des corporations de métiers des origines à 1791. Etienne Martin Saint-Léon 1897

Archives communales de Thionville Notes de l'abbé Braubach

Archives départementales de la Moselle Notaire Helminger

 

 

 

 

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Intéressante sortie à faire en famille

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