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De 1673 à 1676 -Thionville-Hayange - Contrats divers

Publié le par Persin Michel

1675 – Hayange forge la Rodolphe - CDD de fondeur 

 

Le seigneur Rodolphe de la Roche Hullin [1], capitaine d’une compagnie de fusiliers francs à Thionville et maître de forge à Hayange d’une part et Nicolas Grisar maître fondeur résident à Longwy d’autre part.

 

 

(Photo : Vestiges du haut-fourneau de Dorlon de 1692 à Villancy près de Longuyon)

 

Lequel Nicolas Grisar a promis et s’oblige par les présentes envers le sieur de la Roche Hullin en qualité de maître fondeur pour une durée de six années qui se suivent à commencer au 1ernovembre 1675, à fondre toutes sortes de fer et à les aplatir comme les marchands le demanderont et que le sieur de la Roche Hullin en aura besoin.

 

Moyennant quoi, le sieur de la Roche Hullin paiera audit Grisar pour chaque mois la somme de 15 patagons, il devra aussi le loger, le chauffer et l’exempter des contributions, subventions et autres impositions qui pourront être mises sur la forge de Hayange.

 

Il devra aussi lui fournir autant d’ouvriers qu’il aura besoin pour fondre lesdits fer, lesquels seront payés par ledit la Roche Hullin qui devra aussi lui fournir le fer, le bois, le charbon et toutes les choses utiles sur les lieux sans que ledit Grisar ne soit obligé à autre chose que travailler. 

 

Ledit de la Roche Hullin promet en plus de payer au frère dudit Grisar pour chaque mois 6 écus blancs, pour travailler à la fenderie. De plus il a été accordé entre les parties qu’au cas où le sieur de la Roche Hullin n’aurait plus à fondre pendant quelques temps, il permettrait audit Grisar d’aller fondre chez les autres maîtres de forges pendant que le sieur de la Roche Hullin amassera du fer à fondre. Pendant le temps où ledit Grisar travaillera chez d’autres maîtres de forge et du jour qu’il partira de la forge d’Hayange avec ses gens jusqu’au jour où il reviendra à la forge de Hayange, ils ne seront pas payés par le sieur de la Roche Hullin.

Quand il travaillera à la forge de Hayange avec son frère aux taillands [2]et autres travaux de fenderie, ils seront payés comme des travailleurs ordinaires.

 

 

En foi de quoi tous s’obligent sur leurs biens personnels.

 

 

[1]De la famille de la Roche Girault qui fut seigneur de Bettange . Rodolphe de la Roche Hullin fut par la suite aide major et capitaine des portes de Thionville. Il avait construit une maison mitoyenne des soeurs clarisses de Thionville (actuel Hôtel de ville). C’est lui qui a fondé les forges de Hayange sur la Fensch en 1660.Il est mort en 1685 laissant 3 filles. C’est leurs descendants qui faillis vendirent en 1704, les forges à Martin de Wendel, fils de Christian de Wendel, lieutenant de chevaux légers de Charles IV de Lorraine.

[2]Les taillands étaient des roues tranchantes mues par la Fensch, servant à couper et fendre les fers plats. 

1676 – Thionville – Contrat d’apprentissage de cordonnier-tanneur

 

 

Le long de la rivière Fensch existait plusieurs moulins et usines qui tiraient parti de sa force motrice. Nous venons de voir les forges d’Hayange, il en existait aussi plus en amont de la rivière, vers Fontoy, entre-autre celle de « Gustal ». Son maître fondeur s’appelait Jean Pierre, il était employé également par le sieur de la Roche Hullin.

 

Ce Jean Pierre avait un fils qu’il prénomma Jean Pierre comme lui. Les forges de l’époque n’étaient guère rentables et les faillites se succédaient, le métier de fondeur était difficile.

Aussi Jean Pierre, le père, voulu pour son fils Jean Pierre, un métier plus facile ayant peut-être plus d’avenir car moins sujet aux aléas économiques. Il résolu donc de mettre son fils en apprentissage à Thionville chez un maître cordonnier-tanneur, Noël Citreu. [1]  

 

                                                                     

(Ci-dessus un cordonnier parisien au 18èmesiècle)

 

Le contrat stipulait que l’apprentissage durerait trois années, le maître s’engageant à loger, nourrir et blanchir l’apprenti et de le traiter humainement. Les habits et le linge de corps restant à la charge des parents. Lesdits parents paieront 20 écus blancs à savoir la moitié dans 8 ou 15 jours suivant la signature dudit contrat et le reste dans 18 mois.

 

Les parents s’engagent aussi à payer le droit au métier, quant à l’apprenti, il s’engage à bien apprendre et de son mieux le métier, de faire savoir au maître tout ce qu’il doit savoir sur son ouvrage et de ne pas s’absenter, ni servir ailleurs durant les trois années de son apprentissage. En cas de fugue ou de fuite [2], il sera recherché et quoi qu’il en soit, il devra obéir à son maître dans tous les choses qu’il lui commandera.

 

Le maître et les parents s’engagent sur leurs biens mobiliers et immobiliers réciproques et à bien respecter le présent contrat.

 

 

[1]A Thionville les cordonniers exerçaient aussi le métier de tanneur au sein de la même corporation de métier. Noël Citreu s’orthographiait aussi « Citron » et l’intéressé signe « Sittry »

[2]Il n’était pas rare à l’époque que les apprentis souvent très jeunes, (16 ans voir moins) devant les rigueurs du métier et l’inhumanité des maîtres se sauvent pour quelques jours ou pour toujours partant sur les chemins ou avec une armée de passage.

1673 – Thionville – Contrat d’apprentissage de chirurgien

 

Le sieur Antoine Avignon, maître chirurgien à Thionville, promet de prendre, recevoir et garder en son logis pour deux années qui se suivent à compter du 1erseptembre 1673, le nommé Guillaume Jadin, fils légitime du sieur Nicolas Jadin, vivant, maître chirurgien en cette ville et de la dame Broquard sa mère, présenté au service par Edmond Weyrich son beau-père. 

 

(Ci-dessus: extrait d’un tableau de Théobald Chartran, peint vers 1888, montrant

le chirurgien Ambroise Paré [1]au siège de Metz en 1552)

 

Ledit Avignon promet de lui montrer pendant deux années l’art de la chirurgie sans rien lui cacher de cette science et de le rendre capable au bout des deux années d’exercer cet art.

 

Pour cet apprentissage, ledit Weyrich a donné au sieur d’Avignon la somme de 30 rixdallers [2]payable en trois fois, soit 190 écus blancs dès à présent puis 10 écus blancs à la Saint-Jean prochaine et encore 10 écus blancs à la fin des 2 années d’apprentissage.

 

Si l’apprenti Guillaume Jadin, quitte sans raison légitime son maître, tout ce qui aura été donné restera acquis au sieur d’Avignon.

 

Guillaume Jadin se soumet à son maître d’apprentissage et au sieur Weyrich son beau-père et fera tout ce qu’il lui sera possible de faire pour bien apprendre. Son maître, Antoine Avignon promet en outre de bien le traiter en bon père de famille, sans rudesse ni aucune voie rigoureuse.

 

Au bout des deux années, son maître promet de lui donner congé par écrit signé de lui-même et de deux autres anciens maîtres du corps de métier.[3]

 

Chaque partie s’engage sur leurs biens mobiliers et immobiliers.

 

 

[1]Ambroise Paré (1510-1590) fut un anatomiste et chirurgien « militaire » célèbre qui mis au point la ligature des artères en lieu et place de la cautérisation par la brûlure qui tuait beaucoup de blessés.

Maintenant, il est certain que les chirurgiens thionvillois de l’époque n’eurent jamais un bien grand niveau d’expertise, certains sont restés célèbres à Thionville principalement pour leur mauvaise réputation.

[2]Où l’on voit que 30 rixdallers correspondent à 30 écus blancs soit 90 livres tournois de France

[3]Deux années pour apprendre le métier de chirurgien, trois années pour devenir cordonnier-tanneur, avec en plus une lettre écrite de fin d’apprentissage valant passeport dans la profession.

1667 – Thionville – Contrat d’apprentissage de boucher

 

 

Le 23 août 1667, Bastien Louvain de Thionville et Claude d’Arc, maître boucher de la même ville s’engagent en ce qui suit :

 

Le sieur Claude d’Arc, maître boucher de Thionville, s’engage à recevoir le fils de Bastien Louvain prénommé Pierre, âgé de 16 ans environ, comme apprenti boucher pendant trois années. Il promet de bien lui montrer fidèlement et sans rien lui cacher le métier de boucher et cela pendant trois années qui se suivent.

 

A la fin des trois années, il promet de lui donner ses lettres d’apprentissage et un habit valant 6 écus blancs.

 

En contrepartie son père Bastien Louvain donnera audit Claude d’Arc une maldre de moitange [1]chaque année, soit au bout de l’apprentissage, 6 maldres.[2]

 

Si le jeune apprenti, Pierre Louvain quitte avant la fin de son apprentissage, toutes les maldres données seront acquises par le sieur Claude d’Arc, alors le jeune Pierre Louvain pourra s’engager avec d’autres maîtres de la ville.

 

Pierre Louvain promet de bien fidèlement apprendre le métier de son maître et de lui obéir en tout.

 

Le présent contrat est fait en présence des témoins Jean Guénard et Jean Jayer et sur l’engagement de leurs biens réciproques.

 

 

[1]La maldre de moitange pèse à Thionville 297 livres de grains mélangés 

[2]Il était assez rare que l’apprentissage soit payé en nature de grains car cela nécessitait d’avoir un grenier pour le stocker. Toutefois, dans le cas des bouchers, nous avons vu que certains d’entre eux avaient des bêtes mises en élevage chez des fermiers pour les faire engraisser (Cran de chastel). Dans notre cas, l’apprentissage est payé en nature de grains, du moitange, soit un mélange de grains hors froment qui servait alors à nourrir les animaux pendant généralement deux ou trois années.  C’est à dire que ce boucher, Claude d’Arc, assurait par l’enseignement du métier à un apprenti, la nourriture de ses bêtes et leur engraissement avant l’abattage.

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