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1458-2019 * Vie et mort du moulin de Thionville (suite 3)

Publié le par Persin Michel

1458-2019 * Vie et mort du moulin de Thionville (suite 3)
1458-2019 * Vie et mort du moulin de Thionville (suite 3)
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1458-2019 * Vie et mort du moulin de Thionville (suite 3)
1458-2019 * Vie et mort du moulin de Thionville (suite 3)
Un grand merci au personnel des archives municipales et à Monsieur Pascal Bertrand

Un grand merci au personnel des archives municipales et à Monsieur Pascal Bertrand

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1458-2019 * Histoire du moulin de Thionville (suite 2)

Publié le par Persin Michel

1458-2019 * Histoire du moulin de Thionville (suite 2)
1458-2019 * Histoire du moulin de Thionville (suite 2)
1458-2019 * Histoire du moulin de Thionville (suite 2)
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1458-2019 * Histoire du moulin de Thionville (suite 2)

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1458-2019 - Histoire du moulin de Thionville (suite 1)

Publié le par Persin Michel

1458-2019 - Histoire du moulin de Thionville (suite 1)
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1458-2019 - Histoire du moulin de Thionville (suite 1)
1458-2019 - Histoire du moulin de Thionville (suite 1)
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MISCELLANEES 2019

Les tout derniers exemplaires sont disponibles aux points de vente suivants:

Leclerc culturel aux Capucins à Thionville, Cultura à Terville,   et à l'office de tourisme à Thionville

 

Le Miscellanées 2019 fait un point complet sur les corporations et les confréries de Thionville sous l'ancien régime avec aussi d'autres sujets.

 

 

 

 

 

 

 

De plus, à  l'office de tourisme vous pourrez encore trouver quelques exemplaires du Miscellanées 2017 et de l'Histoire de l'ancienne chapelle des lépreux.

1458-2019 - Histoire du moulin de Thionville (suite 1)

INFORMATIONS CULTURELLES et PRATIQUES

 

Le 28 Juin 2019 au Beffroi de Thionville (Plus d'infos cliquer sur le lien ci-dessus)

 

 

Changement des horaires d'ouverture des archives municipales

 

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1458-2019 * Vie et mort du moulin de Thionville

Publié le par Persin Michel

1458-2019  *  Vie et mort du moulin de Thionville
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1458-2019  *  Vie et mort du moulin de Thionville
1458-2019  *  Vie et mort du moulin de Thionville
1458-2019  *  Vie et mort du moulin de Thionville

Voilà donc une longue histoire commencée en 1458 qui se termine bien tristement en 2019 sous les coups de boutoir de la modernité. Beaucoup de thionvillois m’ont parlé de ce moulin, un vieux monsieur qui me regardait prendre ces quelques photos a voulu me dire sa peine de voir disparaître ce bâtiment qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance. Il n’a pas pu aller au bout de son amertume, la gorge serrée, l’œil humide. 

 

Je le comprends, comme je comprends qu’il faille parfois avancer, moderniser et sans doute rendre la ville plus attractive. L’architecture de ce bâtiment était austère, c’était une usine à produire de la farine, puis des aliments pour animaux et divers engrais chimiques.

 

Parfois, des architectes audacieux et avisés, arrivent à faire d’un ancien bâtiment somme toute disgracieux, un ensemble architectural de caractère, témoin du passé de la ville et qui peut raconter aux futurs occupants et habitants, une histoire ancienne, mouvementé, dure et parfois héroïque [1], représentative de l’histoire de la cité. Ce moulin qui n’était pas intégré dans la ville mais qui la regardait toute proche, la gardait, lui amenant le pain quotidien et l’eau pour ses remparts fit parti de l’histoire de Thionville durant des siècles. Sauvegardé, restauré, mis en valeur, il aurait peut-être pu apporter à la ville qui se veut plus touristique, une plus-value certaine et attractive.

 

Hélas, souvent, l’état des bâtiments, la configuration urbanistique et le budget ne permettent pas de concilier le patrimoine historique et les finances. On ne peut que le regretter. Toutefois le nouvel ensemble architectural proposé semble concilier la modernité, le confort et le côté pratique, puisse-t-il être de qualité et apporter satisfaction à ses occupants, dans la durée.

 

Alors pour que tout ne soit pas perdu à jamais, il me reste à vous raconter 

l’histoire de ce moulin dans sa ville.

 

Pour résumer les périodes modernes :

 

Construction de la minoterie entre 1906 et 1912 par l’architecte Dornseiff, sur l’emplacement du moulin historique de la ville, le commanditaire était Paul Nouviaire, comme cela figure au fronton de la minoterie. 

 

(Dornseiff était un architecte très connu à Thionville où il a laissé plusieurs villas

comme cette maison au 24, avenue de Gaulle)[2]

 

 

Activité de la minoterie appelée les Grands Moulins de Thionville 

 

En 1954, elle traite 150.000 quintaux de grains, puis la production baisse régulièrement, en 1968 année de sa fermeture, elle ne traitera plus que 52.230 quintaux. Au cours de ses 56 années d’activité les bâtiments qui comportaient aussi des aires de stockages et hangars, subirent de nombreuses modifications.[3]

 

Fermeture et démantèlement des installations de la minoterie en mars/avril 1968.

 

[1]Ce moulin de Thionville a permis de nourrir la population pendant des siècles mais c’est en partie grâce à ce moulin alors fortifié que les soldats français réussirent alors à prendre la ville en 1643. Nous verrons cela dans les prochains articles.

[2]Thionville a un patrimoine immobilier de grande valeur qu’il faut préserver, 

[3]Les archives de la ville conservent plusieurs plans de masses anciens de cette minoterie

Les bâtiments sont reconvertis en bureaux administratifs : le tribunal d’instance et le cadastre, ceux-ci quitteront les lieux en 2014/2015.

 

Rachat des bâtiments par la société immobilière « Delph-immobilier» pour y construire un ensemble moderne d’appartements et une résidence séniors.

 

De décembre 2018 jusqu'à mai 2019, travaux de démolition des bâtiments de la minoterie.

 

Dans les prochains articles, nous reparlerons de cette minoterie [1]et de ses propriétaires, puis nous verrons qu’elle a remplacé au 19èmesiècle, l’ancien moulin de la ville, moulin historique dont la construction remonte au temps de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne.

[1]Le terme de minoterie dérive de « Minot » qui désignait une mesure ancienne pour le blé puis la farine. Quand les moulins furent électrifiés, ils devinrent des établissements industriels.

Le terme de moulin dérive du nom latin de la meule servant à écraser les grains.

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Quelques exemplaires du Miscellanées 2019 sont encore disponibles aux points de ventes habituels:

 

Leclerc culturel aux Capucins à Thionville, Cultura à Terville, Hisler au Géric, Maison de la presse à Thionville  et à l'office de tourisme à Thionville

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Sceau de la ville en 1483 (Archives royales de Belgique)

Sources:  

Archives municipales de Thionville - Photos personnelles 

Cartes postales collection Brach Roland à Yutz

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17 Février 1751 - Mémoire sur la fortification de Thionville (Fin) et autres chroniques

Publié le par Persin Michel

Quelques éléments sur la construction des fours à pain :

 

La construction des fours à pain doit se faire si possible non loin d’une source d’eau ou d’un puits car l’eau sert à la fabrication du pain mais aussi pour parer aux incendies dans le cas où les fours ne sont pas voûtés ce qui est souvent le cas et particulièrement à Thionville.

 

Le massif des fours est généralement un cube en maçonnerie qui doit être construit solidement et élevés de 3 pieds de hauteur. C’est sur ces massifs que sera l’âtre du four et que sera construit la voûte, ils doivent donc avoir un espace suffisant d’environ 16 à 17 pieds au carré.

 

La voûte du four sera formée d’un assemblage de briques unies les unes aux autres par de la terre glaise ou du mortier. On lui donnera ordinairement une hauteur à son point le plus haut de 20 à 22 pouces.

 

Les cheminées sont composées du tuyau, de la hotte et des appuis. Le tuyau devra avoir une ouverture de 1 pied et environ 6 pieds de hauteur.

 

Le travail est le lieu couvert et enclos dans lequel les boulangers pétrissent et travaillent le pain. Cet espace doit être assez spacieux pour un travail aisé, dans les places fortes stables comme Metz, Longwy et Strasbourg le lieu de travail est voûté et donc à l ‘abri du feu.

 

Un fois le pain cuit il faut le mettre dans un magasin qui doit être au moins de la surface du « travail » soit 24 pieds sur 16 et même plus si l’on peut.

 

 

Un four à munitions [1]construit dans ces proportions pourra cuire 300 rations de pain à chaque fournée. Il est d’usage de faire 5 fournées par jour ce qui fait 1500 rations que l’on peut porter à 2400 rations en faisant 8 fournées par jour avec une brigade de boulangers en plus.

 

NB: On observera qu'en 1765 à Thionville, l'on a utilisé un seul four pour toute la garnison qui était alors de 6 bataillons et 4 escadrons, en ne faisant que 6 à 7 fournées par jour. Il est vrai qu'alors les régiments n'étaient pas au complet.

[1]Voir mon article sur le sujet en tapant « munitions » dans la zone recherche  en haut de la page d’accueil à droite

 

22 octobre 1674 - Inspection des écuries de la place d’armes

 

 

Nous chevalier Perrin, lieutenant pour le roi et commandant de la ville et gouvernement de Thionville [1], accompagné des sieurs de Sombreuil, receveur des contributions en la ville, de Bonnafaux, ingénieur du roi en cette place et de La Roche Hullin, aide-major de Thionville, nous nous sommes rendus aux écuries de la place d’armes que sa majesté à fait construire pour voir et reconnaître leur état et les réparations nécessaires pour les rétablir.

 

Nous avons reconnu qu’il était besoin de refaire le plancher de dessous et de faire des planchers au-dessus et aussi des séparations dans les écuries pour chaque compagnie de cavalerie.

 

A cet effet nous aurons besoin de :

 

2850 planches.

500 pieds de rateliers.

100 pieds de mangeoires. 

200 « tendiers » de sapin pour faire le plancher d’en haut et les séparations des écuries.

 

Il faudra aussi 3000 doubles clous de grenier [2]et au final construire 4 aisances sur les remparts pour la commodité des soldats de la garnison et pour cela, il faudra encore 150 planches.

 

Nous avons fait dresser ce constat par les notaires royaux ; Fourot et Heminger et fait signer lesdits Sombreuil, Bonnafaux et Hullin.[3]

 

 

[1]Le chevalier François Nicolas Perrin, chevalier de Malte et abbé commanditaire de Freistroff

[2]Clous de grande longueur

[3]Les noms propres sont donnés sous réserve de leur orthographe encore très variable

 

Le 17 février 1676 – Livraison de fer à la porte du pont

 

 

Par devant nous notaires royaux de Thionville est comparu en personne le seigneur de La Roche Hullin [1], aide-major et capitaine des portes de la ville de Thionville, lequel reconnaît qu’il a vendu à Dominique Girardel de « R…illisible» acceptant la quantité de 10 milliers de fers marchands à raison de 22 écus blancs le millier, rendu sur le bateau à la porte du pont de la ville.

 

Plus 1 millier de fer en grosses verges [2]à raison de 22 écus blancs le millier 

 

Plus 1 millier de fer en menues verges à raison de 20 écus blancs le millier.

 

Soit l’ensemble de 12 milliers pour une somme totale de 262 écus blancs à payer comme suit :

 

100 écus blancs à la délivrance du fer sur la rivière Moselle.

81 rixdallers [3]au jour de la Saint-Jacques

81 rixdallers au jour de la Saint-Jean-Baptiste prochaine

 

Il donnera en plus une caution de 172 écus blancs avant les deux derniers termes qui lui sera rendu au terme du paiement.

 

Thionville au 18ème siècle avec son pont couvert et le trafic fluvial sur la Moselle
 

Rodolphe de La Roche Hullin, capitaine d’une compagnie franche de fusiliers et capitaine des portes de la ville de Thionville, propriétaire des forges de Hayange d’où viendra le nom de la « Rodolphe ». Il était aussi capitaine des portes de la ville chargé d’aller le matin, chercher les clés des portes chez le gouverneur et de lui ramener le soir une fois les portes fermées

[2]Le fer en verges est fait dans les fenderies de toutes les grosseurs, les plus gros servent aux bâtiments ou pour faire des outils, pelles et pinces.

[3]Où l’on voit qu’un écu blanc vaut un rixdaller, on utilisait alors indifféremment les deux noms

 

13 décembre 1675 – Distribution du sel à Sierck

 

 

Par devant nous notaires royaux de Thionville, le sieur Rodolphe Hullin, capitaine d’une compagnie franche de fusiliers pour le service de sa majesté en garnison à Thionville a reconnu et confessé qu’il laisse au sieur Nicolas Collin de Sierck et à demoiselle Jeanne Gillet, sa femme et pour le terme de 21 mois consécutif et qui se suivent, la distribution du sel à Sierck et dans les villages dépendants de cette prévôté.

 

Le sieur Hullin s’engage à fournir audit Collin la quantité de 40 muids [1]de sel par année que ledit Collin sera tenu de recevoir à Thionville et le conduire à ses frais à Sierck.

 

Pour la distribution le sieur Collin promet de payer audit sieur de La Roche Hullin la somme de 116 livres pour chaque muid payable de mois en mois dans la maison du sieur Hullin à Thionville [2].

 

Le tout comme toujours en engageant ses biens propres, immobiliers et immobiliers.

 

 

NB :

Il semble que ledit Collin ferai un bénéfice de 10 livres par muids sur la revente du sel, soit 400 livres par an.

 

Le sel est assujetti à l’impôt : La gabelle qui varie suivant les régions. En Lorraine, pays de salines, l’impôt est moindre, c’est la petite gabelle, par exemple une llvre de sel blanc de Lorraine vaut 5 sous alors qu’en Champagne, pays de grande gabelle, le sel de mer gris,  vaut 14 sous, ce qui engendre une contrebande que réprime les agents (gabelous ou douanier) de la ferme du roi. Le sel se trouvait à Thionville sur un grenier à sel où venaient se servir les « gabellants », comme le sieur Collin.

 

[1]1 muid = 2,4 m3

[2]Le sieur Hullin habitait une maison à côté de la mairie actuelle, alors couvent des clarisses

 

15 janvier 1750 - Une particularité des régiments suisses

 

 

Suivant la lettre que vous m’avez envoyée le 26 décembre 1749, concernant le sujet des officiers du régiment suisse de Bettens prétendant que leurs ministres [1]ont le droit d’entrer dans l’hôpital pour y exhorter les soldats malades et leur donner les secours spirituels. 

 

Je pense comme vous que cela et fort dangereux mais comme les suisses, suivant en cela leurs capitulations [2], doivent avoir le libre exercice de leur religion, je ne vois d’autre solution pour empêcher les inconvénients qui peuvent résulter de ces visites que de mettre les soldats des régiments suisses dans un endroit séparé et je vous prie d’ordonner qu’on eu désormais cette attention aussi dans l’hôpital de Metz.

 

 

PS :Lettre signée du ministre de la guerre de Louis XV, Argenson qui en 1749 réforma les hôpitaux militaires

Très aimé du roi, il fut à la base de nombreuses réformes.

 

[1]Leurs pasteurs

[2]En fait leurs contrats de « travail » ou de « mercenariat ».

 

13 janvier 1673 – Une flottille de planches près du pont de Thionville

 

 

Par devant nous notaires royaux de Thionville est comparue en personne Dominique Girardin demeurant à Raon l’Etape dans les Vosgeset actuellement présent à Thionville, lequel nous a déclaré que le 20 du mois de décembre dernier, le nommé François Willemin, fils de Meyer Willemin aussi de Raon l’Etape avait fait une flotte de planches de sapin sur la Moselle au-dessous du pont de Thionville, cette flotte était attachée avec deux autres flottes et comportaient 1157 planches. Cela sans en avoir averti le valet dudit Girardin, ni le sieur Pidol marchand de Thionville qui les avait en garde.

 

Laquelle flotte, ledit François Willemin avait de haute lutte amené à Thionville, sans avoir aucun passeport ni papier, ni même emporté la somme de 32 écus blancs dudit Girardin.

 

Ledit Pidol a donc demandé acte pour son service contre ledit Willemin, attendu que ladite flotte avait été engagée par le sieur Pidol pour en avoir répondu en engageant une somme de 180 écus blancs pour les trois flottes.

 

On ne sait pas la suite de cette affaire de planches constituées en trains flottants qui descendaient la Moselle depuis les Vosges avec toutes les difficultés que l’on peut imaginer.

 

Nous savons que ce procédé était courant sous l’ancien régime, les personnes [1]qui guidaient ces trains se tenaient debout sur les flottes constituées en essayant de les guider dans les méandres du fleuve. C’était un métier très physique où les accidents étaient fréquents.

 

Une flottille de bois, constituant un train, descendant l’Yonne à Montereau en 1830
 
[1]Ces personnes qu’on appelait en patois vosgiens les « oualous » sont fêtées tous les ans à Raon l’Etape vers le mois de mai. Ils n’avaient pas toujours bonne réputation comme le montre le refrain d’une chanson à leur gloire « Ce sont des saprè gaillards, les sagards sont tous des saprè filous, les oualous. »

 

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Miscellanées 2019 

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Toujours en vente : Leclerc Culture Capucins - Cultura - Office tourisme - Maison de la presse - Hisler (Géric)

 

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17 Février 1751 - Mémoire sur la fortification de Thionville (suite) et devenir de Yutz

Publié le par Persin Michel

Plan d'avant la construction du pont en 1673, on utilisait des bacs pour traverser la Moselle (en bas à droite)

Plan d'avant la construction du pont en 1673, on utilisait des bacs pour traverser la Moselle (en bas à droite)

Nous avons vu précédemment que l’ingénieur De la Chèze avait quantifié les hommes devant être nourris journellement dans la place de Thionville, le type des denrées qui devaient être mises en magasin et cela pour 3 mois de siège ou 6 mois de blocus.

 

Il nous explique ensuite l’importance de ces approvisionnements pour les hommes et en cela se réfère au mémoire de monsieur de Vauban [1]sur le sujet :

 

« On sait qu’un homme de guerre renfermé dans une place assiégée et qui y fait son devoir est obligé d’y essuyer journellement des fatigues et des dangers continuels et qu’il en est bientôt épuisé. Si la disette vient malheureusement se joindre à tant de peines se produit alors infailliblement le dépérissement funeste de la garnison et le peu de résistance des fortifications. Les denrées sont les principales forces de leur tête et leurs bras car l’un et l’autre demandent des aliments, surtout depuis le premier tiers du siège jusqu’à sa fin qui est le temps le plus vif et où l’on se tient toujours pour ainsi dire colleté avec l’ennemi et c’est néanmoins sur le temps le plus critique que tombe ordinairement le manque de subsistance, c’est à dire lorsqu’elle est le plus nécessaire. C’est pourquoi Monsieur de Vauban a formé les approvisionnements de siège de manière à nourrir le soldat relativement au pénible et dangereux service que l’on doit en tirer et c’est en ce point que consiste principalement une bonne et vigoureuse défense. 

 

[1]Sébastien le Prestre dit Vauban (1er mai 1633– 30 mars 1707). Concernant le sujet de son séjour à Thionville qui fait toujours « parler » on peut faire les spéculations suivantes : Il se déplaçait très souvent sur le terrain faisant aux environs de 3000 km par an, soit à cheval soit en chaise de poste, de ses carnets de voyages et agendas on peut déduire qu’il est sans doute passé à Thionville vers 1686/1687 et/ou en 1698.

Mais on peut aussi dire qu’il n’y séjourna pas et que ses travaux sur la ville résultent de mémoires réalisés par les ingénieurs militaires séjournant en ville, qu’il lisait avec grand soin, les annotant et les validant avant de les faire accréditer par le roi. Il fut remplacé en 1703 par le maréchal Tallart, car il était très diminué par une bronchite chronique qui le tenait depuis des années et dont il se plaignait souvent. Il en mourut d’ailleurs à Paris le 30 mars 1707. On l’a dit en disgrâce à cause de son mémoire sur la fiscalité royale « La dîme royale » mais je ne le pense pas, le roi l’ayant toujours bien estimé. Il était entré au service des armes à 17 ans et fut blessé de nombreuses fois, beaucoup d’ingénieurs militaires laissèrent leur vie dans les sièges ou attaques des villes pendant les guerres du 17èmeet 18èmesiècle.

Dans la réalité on ne peut pas toujours parvenir à ce but, soit parce que les denrées manquent au pays ou que l’on ne s’y est pas pris assez tôt. On peut alors remplacer le maigre par du gras, mais il faut cependant tenir pour maxime constante que le pain seul n’est pas un aliment suffisant pour un soldat en siège et cela vaut aussi pour les officiers dont le corps n’est pas plus robuste que celui des soldats surtout dans une place comme Thionville où il n’y a de ressources que dans les magasins du roi.

 

Si l’ennemi en vient au blocus de la ville pour l’affamer ce qui pourrait arriver car le siège de la ville est le plus sérieux qu’on puisse rencontrer sur la frontière, il faut alors réserver un des nouveaux magasins à l’artillerie et ramener l’autre moitié des denrées dans un magasin de la vielle ville de Thionville.

 

Ensuite, l’ingénieur fait état de spécifications techniques concernant les positions possibles de l’ennemi sur les hauteurs du couronné de Yutz et les travaux à mener au niveau du canal et des ponts écluses pour se soustraire le plus possible au inconvénients d’un tel état de fait avec le démontage rapide des magasins au-dessus des ponts, la création au-dessus des caves de parapets et autres mesures techniques dont il dit clairement qu’elles ont été agréées puis exécutées par Monsieur de « Cormentagne  [1]» qui en est l’auteur.

 

Haute-Yutz – Basse-Yutz – Makenom [2]

 

Sur la nécessité de raser ces trois villages

Plan de 1750 environ
 

[1]Louis deCormontaigne né à Strasbourg en 1695 et mort à Metz le 20 octobre 1752, le présent mémoire est daté de 1751. Il ne fut pas exactement le continuateur de Vauban décédé 45 ans auparavant. En 1744, il est nommé directeur des fortifications de Metz, Thionville et Bitche.

[2]Macquenom

Il y a nécessité de raser les trois villages de Haute-Yutz, Basse-Yutz et Makenom situés sous le mousquet des ouvrages de Thionville et qui sont préjudiciables aux fortifications de la ville. Les raser pour les regrouper en un seul et même village.

 

Il y a longtemps qu’ils sont condamnés et on ne saurait tarder davantage à les raser, il nous suffira de dire en peu de mots que :

 

Celui de Haute-Yutz touche pour ainsi dire à la palissade du couronné et qu’il est précisément sur un rideau dont il faut raser la partie adhérente au glacis pour fournir des terres au remblai des ouvrages de l’aile droite du couronné.

 

Celui de Basse-Yutz est sous le mousquet du retranchement de la pointe inférieure de l’isle et celui de Makenom tient à celui de Basse-Yutz.

 

Les trois villages ne sont pas considérables pris séparément mais s’ils sont réunis, ils formeraient un très bon village propre à fournir des denrées de subsistance pour la garnison de Thionville.

 

Il ne se pourrait pas que cette réunion soit contredite par le spirituel ni par le temporel car ces trois villages ont le même curé et le même seigneur.

 

Le choix du nouvel emplacement pour le nouveau village :

 

Si les villages sont nécessaires aux grandes routes, les grandes routes sont nécessaires aux villages.  Il vaut donc mieux que le nouveau village soit placé sur une grande route servant de communication entre nos places fortifiées de la frontière. 

 

Or, il se trouve que la grande route de Thionville à Saarlouis passe sur le ban des trois villages par conséquent le choix du nouvel emplacement semble évident, c’est à dire sur la grande route de Saarlouis.

 

Le nouveau village ne pas être trop loin ni trop près de la place car pendant la guerre, les officiers des troupes de campagne ne peuvent pas placer leurs chevaux dans la ville car il n’y a pas assez d’écuries dans les bâtiments du roi comme chez les particuliers. Ils sont donc obligés de les mettre dans les trois villages, il est par conséquent utile de ne pas trop éloigner le nouveau village pour ne pas enlever aux officiers le recours possible à leurs chevaux dont ils dépendent et d’un autre côté il ne faut pas trop rapprocher le nouveau village de la place pour ne pas offrir à l’ennemi un débouché facile pouvant favoriser une attaque, non le nouveau village doit se situer à environ 900 toises de la palissade du couronné.

 

Il faut de l’eau courante pour les usages domestique et pour abreuver les chevaux et donc le nouveau village ne doit être construit trop haut pour n’avoir pas trop à creuser afin de trouver cette eau mais plutôt dans un point bas mais qui ne doit pas être marécageux ou malsain.

 

La justice et la convenance voudraient que les terrains ou habiteront les habitants du nouveau village soit à égalité avec ceux qu’ils possédaient dans les villages rasés, de même pour les seigneurs.[1]

 

[1]Je n’ose imaginer le nombre de contestations qu’induiraient une telle démarche et le nombre de procès qui en découleraient. Pourtant on le fit pour Haute-Yutz en 1815 déclenchant une haine certaine envers le général Hugo parmi la population.


Les façades des maisons seront alignées de part et d’autre de la chaussée, de la grande route de Thionville à Saarlouis en veillant à laisser au moins 10 toises [1]entre le bord de la chaussée et les maisons et cela pour servir de palier [2]aux allants et venants et au débarras de la voie publique. On mettra sur ces paliers les fumiers afin de les faire pourrir et de vider les maisons qui en sont infectées.

 

Où l’on voit bien les « usoirs » devant les maisons sur cette photo du village de Mouacourt vers 1900

 

 

L’église :

 

L’église ne saurait être mieux placée qu’au milieu du nouveau village, enclose dans des murs avec la maison curiale. Ce clos doit être plus élevé que le reste du village afin de lui acquérir le commandement et de ne pas être plongé dans les habitations.

 

On pourra mettre en sureté dans ce clos, si besoin, un petit détachement et fermer par une barrière l’entrée et la sortie du village. Les valets des officiers à la première alerte mettront dans ce clos les chevaux où ils ne pourront pas être forcés par une partie ordinaire en recherche de butin et non de coups de fusils. On pourra y mettre aussi les bestiaux et les effets mobilier des habitants si besoin.

 

Il sera bon de rapprocher le clos de la chaussée plus que des maisons du village pour lui donner vue sur les allées et venues et de laisser un intervalle de 20 toises de largeur de part et d’autre sur tous les côtés du clos en sorte que rien ne pourra l’offusquer. On pourra y planter un orme pour l’ombrager et masquer les toitures avec cette remarque que la maison curiale ne doit pas avoir de porte sur le mur de clôture sur lequel elle est adossée mais doit être accessible uniquement par la porte qui conduit à l’église et qui ne devra être que la seule porte du clos.

 

On devra créneler le mur de clôture et faire un petit fossé autour dont en retournera les bords en forme de contre escarpe et où l’on pourra mettre les eaux sauvages[3]du village si l’on peut.

 

Les maisons des seigneurs :

 

Les maisons des seigneurs ne pourront être qu’au début ou à la fin du village car leur maison comporte un étage qui peut mettre en péril le clos, les maisons paysannes [4]ne comportant pas d’étage n’ont pas cet inconvénient.

 

La chapelle du canal :

 

Il existe actuellement une petite église ou chapelle de dévotion située vers l’entrée du village de Basse-Yutz sur le bord du canal avec un clocher et une enceinte de murailles qu’il faudra raser ou déplacer vers le nouveau village.

 

[1]Une toise fait environ 1,90 m

[2]Ce que l’on appellera dans les villages lorrains les « usoirs » où l’on trouvait le fumier, la réserve de bois et les charettes ou autres machines agricoles

[3]Les eaux sauvages sont les eaux de pluies, de ruissellement qui viendront se collecter dans ces fossés

[4]Les maisons paysannes de l’époque n’ont qu’un rez-de-chaussée souvent à pans de bois 

Carte synoptique des modifications préconisées par le mémoire de 1751

Carte synoptique des modifications préconisées par le mémoire de 1751


Nous savons que les trois villages ne furent pas rasés comme le prévoyait ce mémoire, mais que celui de Haute-Yutz fut incendié en 1815 par le général Hugo [1], et reconstruit en 1817 à son emplacement actuel.

 

Ce passage de l’histoire de Haute-Yutz est fort bien décrit dans l’ouvrage suivant :

 

YUTZ aux éditions Coprur paru en juillet 1985

 

Vous pouvez aussi consulter sur Yutz (cliquer sur l'adresse ci-dessous)

 

 http://www.archeogeographie.org/dossiers/fouilles/pps/yutz.pps.

 

réalisé par Jean-Marie Blaising

 

[1]Père de Victor Hugo  pour des raisons restées très obscures.

NB :  

 

Les éléments de ce mémoire sont souvent présentés comme étant de Louis de Cormontaigne mais ils sont produits par de La Chèze, ingénieur militaire, en poste à Thionville sous les ordres de Louis de Cormontaigne qui vivait à Metz étant directeur des fortifications de Metz, Thionville et Bitche.

 

Celui-ci recevait les mémoires de ses ingénieurs, les étudiait, venait éventuellement visiter les lieux, voir et discuter avec l’ingénieur, puis les agréait ou pas. Une fois agréés, les projets étaient envoyés à l’état-major du roi qui les validait en fonction des finances ou d’autres considérations stratégiques et/ou politique ayant la vue d’ensemble de la situation du pays.

 

 

La suite du mémoire comporte un long chapitre sur les différentes attaques possibles de la ville en envisageant les stratégies de défense adaptées. Ce chapitre est très technique et doit être associé à un plan [1]où sont répertorié les différents moyens mis en œuvre. 

 

Il nous restera encore à voir la construction des fours à pain avant de clore ces articles sur le mémoire de ce militaire, lieutenant-colonel, ingénieur en chef à Thionville en 1749, encore actif dans la ville en 1751, mort en activité. Il réalisa le relevé des souterrains de la ville pour servir à la guerre souterraine dont il attribut l’étude et la spécialité à Louis de Cormontaigne.

 

Merci à Monsieur Gaudinet Frédéric des archives municipales pour nos échanges d'informations et à Monsieur Jean Marie Blaising pour m'être inspiré d'une des cartes parue dans "Haute-Yutz, le temps d'un village" décembre 2007, disponible sur le net.

 

 

[1]Plan non retrouvé dans les archives

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MISCELLANEES 2019

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La souscription est close depuis le 25 février 2019.

 

le MIscellanées 2019 est donc disponible dans les points de vente suivants :

 

Espace Culturel Leclerc 

Centre commercial des capucins à Thionville-Centre

 

A la Maison de la Presse

Place aux bois à Thionville

 

Cultura 

Zac du Linkling 3 à Terville

 

A l'office de tourisme de Thionville

Pays thionvillois

31, place Anne Grommerch (Ancienne place du marché)

là vous pourrez trouver en vente les ouvrages suivants:

 

Le Miscellanées 2019

 

Le Miscellanées 2017

 

 

L histoire de l'ancienne chapelle des lépreux

 

A la librairie Hisler

Centre commercial GERIC

 

 

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17 Février 1751 - Mémoire sur la fortification de Thionville

Publié le par Persin Michel

Nous allons voir de façon plus précise, le mémoire rédigé par un ingénieur militaire en 1751, concernant les fortifications de Thionville sur la rive droite de la Moselle. J’avais commencé à vous présenter le préambule de ce rapport le 17décembre 2018, pour mémoire ci-dessous :

 

Préambule d’un rapport rédigé par l ‘ingénieur Lachèse [1]sur la fortification de la ville et qui commente ici les raisons de la construction de la couronne sur les hauteurs de Yutz. 

 

« Thionville est située sur la Moselle à 6 lieues [2]de Luxembourg, duché dont elle a fait partie.

A 5 lieues de Metz, dont elle dépend tant pour le commandement que pour la juridiction.

 

Elle n’était autrefois fortifiée que fort simplement, mais depuis l’année 1727, le roi a augmenté ses fortifications dans presque tout son circuit au point que si le côté de la Moselle répondait en force aux autres côtés de la place, elle pourrait être regardée comme une des plus forte du royaume. Cette partie de la Moselle a toujours été regardée comme défectueuse. Les eaux de la rivière devenaient extrêmement basses dans les arrières saisons et jusqu’au point de ne conserver que 3 pieds [3]d’eau dans son plus profond, elle devenait guéable dans presque tout son cours.

 

Le pont qui traverse la rivière n’était couvert que d’un petit ouvrage à corne de peu de résistance, ce qui a déterminé à l’agrandir et à en former une double couronne qui couvre tout le côté de la rivière. Cet ouvrage quelque beau qu’il soit, pêche par un point essentiel ; il a trop peu de capacité pour une bonne défense et ne procure aucun emplacement à Thionville qui en a très besoin et a été construit si bas que les eaux de la Moselle, lorsqu’elles débordent en interdisent l’entrée en passant au-dessus de la partie des parapets du chemin couvert qu’elles détruisent et emportent dans le fossé.

 

A ces défauts, se joint celui d’être soumise à la hauteur d’Yutz où dès le premier travail on pourrait établir des batteries qui en très peu de temps en aurait anéantie toutes les défenses et donne le moyen de s’en rendre maître aisément. Cela fait juger que le côté n’était pas en équilibre avec les autres parties de la fortification de Thionville et que ce serait toujours le chemin qu’un ennemi habile prendrait pour se rendre maître de cette place et a fait former le dessein d’y travailler pour parvenir à la mettre dans cet équilibre de force.

 

On n’a rien trouvé de mieux que l’établissement d’un ouvrage dont le bastion du centre pris de la supériorité sur toute les hauteurs de Yutz et l’auteur de cette prétendue couronne d’Yutz n‘a donné ce projet dans le dessin de ne pas voir l’objet de cette dépense aussi considérable qu’elle est réellement, espérant que le temps lui fournirait le moyen d’exécuter le projet de la jonction à la double couronne de la Moselle après que les deux fronts de la hauteur seraient exécutés. Il est trop habile pour avoir jamais pensé que les deux fronts puissent tenir lieu du nécessaire en cette partie et ne l’a point caché.

 

[1]Voir la biographie résumée en fin d’article. Il signe LaChaise

[2]Une lieue terrestre représente environ 4,44 km

[3]1 pied = 0,326 m

C’est sur ce principe qu’on a donné le nouveau projet et on ne peut disconvenir que la couronne seule serait un mauvais ouvrage de peu de défense dont la communication serait difficile et qui serait vue dans toute son intérieur par l’ouverture de sa gorge, et donnerait à l’ennemi un emplacement plus commode que la nature ne lui donnait ci-devant pour établir les batteries nécessaires pour la ruine entière de cette double couronne.

 

 

La Moselle, les inondations et le futur canal :

 

« Voici les raisons qui occasionnent les inondations et celles de faire un canal de 25 toises de largeur [1]pour éviter les plus fréquentes inondations et empêcher les eaux de monter au point où elles ont été le 21 août 1740.

 

A Thionville, la rivière Moselle coule dans un bassin (lit) de 70 à 80 toises [2]de largeur dont les bords sont élevés au-dessus des eaux ordinaires de 7 à 9 pieds [3]et les plus hautes eaux de 9 à 12 pieds [4]. Cette rivière est extrêmement inconstante dans ses variations, souvent elle sort de son lit ordinaire en 2 ou 3 jours et s’élève à 10 ou 11 pieds, quelquefois jusqu’à 12 ou 13 pieds et parfois plus encore car sa plus grande crue à été de 14 pieds [5]ce qui a été regardé comme un évènement extraordinaire car il n’y a aucune mémoire dans le pays qui se souvienne de l’avoir vue si haute.

 

Au-dessous de Thionville, la rivière est trop resserrée lors des crues et quand elle passe entre les fortifications de la place et le revêtement de la double couronne, les eaux sont forcées de monter jusqu’à ce qu’elles puissent s’écouler par la campagne et la prairie sous les glacis de la double couronne.

 

[1]Soit environ 50 mètres

[2]De 140 à 160 mètres

[3]Entre 2,30 m et 2,9 m

[4]Entre 2,9 m et 3,9 m

[5]Soit 4,56 m


Là, elles rencontrent la chaussée de Saarlouis qui est entre la double couronne et la couronne de Yutz, cette chaussée la retient comme une digue et ne leur donne d’écoulement que par les 7 petites arches des deux ponts, trop étroites pour permettre un bon écoulement des eaux. Donc pour s’écouler, les eaux doivent atteindre la hauteur des deux ponts et passer au-dessus [1]. Pour y parvenir, il faut que toute la campagne soit inondée, les chaussées interdites, ce qui cause au pays un tort considérable.

 

Pour éviter cela, il faudrait ajouter à la rivière un nouveau cours comme un canal capable d’écouler les eaux sans trop les diminuer quand elles sont basses et cela pourrait se faire par un canal de 25 toises de largeur allant de la basse à la haute Moselle.

 

Les avantages de ce canal seraient :

 

  • Eviter les grandes inondations pour le pays autour de la ville.

  • Assurer une communication plus constante sur les chaussées.

  • Eviter de relever les portes et ponts de la ville qui ne seront plus noyés pas même celle de la double couronne exceptée celle de sa demi-lune qu’il faudra relever.

  • Eviter pour toujours le danger ou a été le grand pont de la Moselle d’être emporté.

  • De donner un bon retranchement dans les nouveaux ouvrages.

 

[1]Un des ponts de la chaussée de Saarlouis a été emporté le 18 décembre 1740, l’eau montait alors d’un pied par jour

Les grains, la farine et les denrées : 

 

 

Il y a une nécessité de construire à Thionville des caves et des magasins où l’on pourra disposer en sureté les approvisionnements de bouche nécessaires à la subsistance de la garnison pendant la durée d’un siège.

 

Ce projet qui est agréé et que l’on exécute, rendra un siège extrêmement difficile pour l’ennemi et sera d’une longue durée en le soutenant avec 7000 hommes de garnison y compris toutes les espèces de gens de guerre nécessaires à une bonne défense pendant trois mois.

 

Il faut convenir que la place a été bien négligée de ce côté et qu’il n’y a aucune cave à l’épreuve de la bombe dans toute la ville, lesquelles simples caves s’emplissent entièrement d’eau lors des crues de la Moselle et ne peuvent donc recevoir les boissons et chairs salées.

 

Il n’y a pas un seul magasin capable de recevoir des grains et des farines, sauf le grenier des casernes, mais qui ne peuvent contenir que quelques avoines et les grains et les farines utilisés par jour pour une petite garnison ordinaire de 4 à 5 bataillons au plus et un escadron mais rien de convenable pour les approvisionnements d’un long siège ou d’un blocus accompagné d’un bombardement.

 

Cette place est actuellement si petite et si resserrée qu’une telle conduite de la part de l’assiégeant culbuterait ou incendierait en une journée toutes les habitations et les denrées qui y seraient, soit le sixième du nécessaire et ferait donc rendre la place.

 

Tous les souterrains de la place servent de communication pour accéder aux ouvrages extérieurs, en y marchant un à un et encore en manque-t-il plusieurs auxquels on travaille d’année en année et par conséquent ne sont d’aucun secours à ce jour.[1]

 

Ce que nous avançons dans ce mémoire à été prouvé au commencement de la présente guerre où l’on a eu ordre de jeter quelques provisions dans la place où elles furent dispersées, ça et là, chez des particuliers quoiqu’en petites quantités et il s’en est suivi une conservation impossible par les employés chargés d’y veiller. Il y eut un déchet continuel de la plupart des denrées qu’on ne pouvait plus soigner ni veiller.

 

Que deviendront-elles dans le bombardement ?

 

[1]L’auteur de ce mémoire a fait le relevé des ses souterrains dont une copie existe sans doute aux archives de l’armée (Génie) à Vincennes mais où cependant rien n’est répertorié !

Elles disparaitraient avec les maisons des particuliers dans lesquelles elles auraient été entreposées. Les maisons trop serrées seraient rapidement détruites et incendiées.

 

Si l’on peut remédier à cela, la place deviendra une des plus importantes car le plus grand chemin de l’ennemi peut-être la Moselle bien plus navigable que la Saar, Thionville est donc pour l’ennemi la première porte où il faut frapper avant de remonter plus haut.

 

Afin de répondre aux deux constats précédents concernant :

 

La Moselle, les inondations et le futur canal.

Les grains, la farine et les denrées 

 

Voici le projet de ce qu’il est le plus convenable à faire pour y remédier :

 

Construire deux bâtiments sur l’entrée et la sortie des eaux du canal à travers la nouvelle enceinte de Yutz à Thionville pour recevoir les approvisionnements de bouche nécessairependant un siège de 3 mois ou 6 mois de blocus

Plan de 1746 montrant la coupe d'un des ponts écluses

Plan de 1746 montrant la coupe d'un des ponts écluses

Sur cette carte postale de 1967 on voit  au premier plan l’état du pont amont avant restauration.

 

 

Pour plus d’informations et pour les plans d’époque et autres photos vous pouvez

consulter le N°15 des documents thionvillois [1].

 

Le présent article ne présente que le mémoire de l’ingénieur La Chèze

Les bâtiments projetés étaient composés de caves voûtées à l’épreuve des bombes situées au-dessus des piles du pont écluse. 

 

Au-dessus des caves, on trouvait une chaussée pavée centrale permettant le passage au-dessus du canal et de part et d’autre de cette chaussée des greniers servant d’entrepôts. Le bâtiment actuel, rénové de 1991 à 1995, ne comporte d’un seul grenier au-dessus de la chaussée centrale et de l’emplacement des deux greniers d’origine.

Le pont écluse amont d’entrée des eaux restauré et le pont écluse aval de sortie des eaux avec ses caves mais dont les greniers supérieurs ont été détruits.

 

Quelques remarques sur la construction de ces deux bâtiments :

 

(Il y a plusieurs pages de remarques, je n’y ai mis que les plus générales, les autres sont très techniques)

 

Les piles et les arches des passages d’eau seront établies sur un massif ou radier de maçonnerie, fortifié, haut et bas, par des files de pilots et palplanches. Ledit massif établit dans le tuf mêlé de roc car nous avons déjà reconnus le fond dans les autres ouvrages que l’on a construit cette année.

 

Les magasins seront à l’épreuve de la bombe.

 

Il y aura dans un des bâtiments un magasin pour les poutrelles, les denrées de bouche et dans l’autre bâtiment on mettra le grain et la farine.

 

Il n’y aura aucune cheminée dans les bâtiments pour éviter le feu avec des matières inflammables, eau de vie, huile, vinaigre et graisse.

 

Le regroupement des denrées dans ces magasins pourra se faire facilement par la Moselle et le canal, leur garde sera plus aisée.

 

On trouve ensuite quelques éléments sur les quantités de denrées nécessaires pour les sièges ou les blocus, quantités évaluées d’après la table de monsieur de Vauban établie pour une ville comme Thionville à 9 bastions.

 

Infanterie :                   5400 hommes

Cavalerie :                     540 hommes

Autres guerriers          1160 hommes

Total :                        7100 hommes

Vivres nécessaires pour 6 mois de blocus en farines : 

 

Froment :        5280 septiers [1]

Seigle :            2640 septiers

Total :            7920 septiers

 

NB : 

Les habitants inutiles ou sans ressources seront expulsés de la ville en cas de siège ou de blocus. Les autres devront se munir de vivres pour 6 mois car les décomptes ne concernent que les hommes de guerre.

 

Les estimations en froment et en seigle ont été augmentées environ d’un cinquième pour les officiers des troupes, les valets, l’hôpital, les ingénieurs, les charpentiers, les canonniers, les mineurs, les charrons, les armuriers et autres gens utiles.

 

Ce mémoire nous donne aussi la liste des denrées mises en réserve dans les caves et greniers des bâtiments avec leur quantité. Je ne donnerai ici que les types de denrées et n’entrerai pas dans le calcul des quantités nécessaires en fonction des effectifs.

 

Liste des denrées entreposées et consommées de façon journalière par les soldats :

 

-Pois

-Lentilles

-Riz

-Orge mondé [2]

-Orge en grain pour les tisanes et nourrir les volailles

 

Epices :

 

-Poivre

-Cannelle

-Clous de girofle

-Noix de muscade

 

Ails et oignons à raison de deux têtes par jour et par chambre de 6 hommes.

 

Vins alcool et tabac :

 

-1 chopine par jour d’un vin de qualité [3]

-2 petites mesures d’eau de vie par jour et par home.

-Tabac à fumer correspondant à 4 pipes par jour et par homme.

 

Viandes :

 

-Lard salé

-Bœufs et vaches

-Moutons pour les officiers blessés ou malades

-Veaux et volailles pour les hommes malades ou blessés qu’on élèvera chez les particuliers, dans les fossés de la place et dans les cloîtr

 

[1]Un septier est estimé à 235 livres pesant doit faire 158 rations de pain à 2 livres pesant le pain. La livre pesant à cette époque vaut pratiquement 1 kg, au 18èmesiècle elle sera ramenée à pratiquement 500 g

[2]Orge dont on a enlevé l’enveloppe qui entoure le grain et qui n’est pas consommable

[3]La chopine correspond à ½ litre, parfois on utilise ce terme pour désigner une bouteille

Pour les jours maigres qui sont de deux par semaine :

 

-Fromage

-Morue salée et verte[1]

-Harengs

-Herbes potagères, persil, thym…

 

Fruits :

 

-Fruits frais, pommes et poires

-Pruneaux pour les malades

 

Autres :

 

-Huile de noix ou de navettes

-Huile d’olive de bonne qualité

-Beurre salé

-Vinaigre

 

Il faut aussi entreposer des ustensiles de cuisine :

 

-Pots de terre environ 200

-Barils de distribution environ 1000

-Gamelles de bois environ 4000

-Cruches de terre environ 1000

-Chaudières pour la cuisson environ 8

 

Cela nous laisse à voir l’alimentation quotidienne des soldats de la garnison. 

 

S’en suit dans le mémoire, une importante partie purement stratégique qui prévoit de construire dans la vieille ville de Thionville, un magasin assez important pour rapatrier les denrées de ses deux bâtiments dans la ville au cas où une attaque éventuelle obligerait à détruire en partie les bâtiments construits sur le nouveau canal. Il est précisé que les caves pourraient être conservées mais que les greniers au-dessus pourraient être détruits en seulement quelques jours afin de les soustraire aux canons ennemis et dégager ainsi la vue.

 

Ensuite vient une partie purement militaire qui explique l’importance pour les soldats d’être bien nourris comme le précise monsieur de Vauban dans ses écrits. 

 

Nous verrons cette partie dans l’article à venir.

 

Timbre émission 19.09.2006
 

[1]Morue verte = morue juste salée - Morue salée = Morue séchée et salée

MISCELLANEES 2019

 

Les difficultés d'impression ont été réglés donc l'impression va reprendre

en conséquence la souscription sera close le 25 février 2019

 

 

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1675 – Thionville -Ponts et palissades des fortifications

Publié le par Persin Michel

Les ponts et les palissades étaient des éléments très importants des fortifications de la ville principalement du 16èmeau 18èmesiècle. Ils étaient confectionnés en bois assemblés par des éléments en fer et nécessitaient des connaissances en charpenterie et serrurerie.

 

Paradoxalement, peu d’historiens [1]en parle car ils sont considérés comme accessoires, peu valorisant au regard des éléments de fortifications principaux en maçonnerie que sont les remparts, les redoutes, les escarpes, contrescarpes et casernes. De plus, étant en bois, ils ont aujourd’hui disparu et n’ont pas ou peu laissé de traces.

 

Pourtant ils sont présents dans tous les actes traitant des fortifications de la ville. Les ingénieurs militaires étaient sensibles à leur fabrication et à leur entretien qui se devait d’être régulier, car ils étaient alors des éléments indispensables au bon fonctionnement de la fortification.

 

Les ponts :

 

A Thionville, en dehors du pont principal sur la Moselle [2], il en existait en très grands nombres. Il y avait les ponts des portes de Metz et de Luxembourg qui permettaient d’entrer et de sortir de la ville, ceux-là étaient déjà d’importance mais il y avait aussi un grand nombre de petits ponts qui permettaient la communication entre les différentes parties des fortifications. Ces ponts étaient soit au-dessus de fossés secs ou de fossés en eau, ils étaient faits de bois, les tabliers reposant sur des chevalets. 

 

Souvent, ils n’étaient pas d’un seul tenant, une partie était mobile, pouvant être relevée ou démontée en cas de besoin, certains pouvaient être tournants.

 

Les palissades :

 

Formées de long épieux de bois épointés, elles étaient solidement fichées en terre, en rang serré avec parfois un petit interstice entre chaque pieu permettant la vue. L’ensemble des pieux était alors solidement fixé en haut par des traverses afin de solidariser le tout.

Elles étaient implantées le long du chemin couvert, le long des remparts où elles servaient de protection, empêchant les ennemis de saper le fondement des ouvrages. En fait, elles étaient un peu partout dans la place, protégeant les portes et les ponts, faisant office de barbacanes. Elles empêchaient les assaillants de voir les mouvements des soldats ou des habitants dans la place. Elles pouvaient aussi être implantées dans les escarpes comme des herses rendant difficile leur escalade.

 

Les palissades associées aux fossés étaient un moyen passif de défense qui venait de la nuit des temps. Elles avaient fait la preuve de leur efficacité face à une charge de face, mais l’artillerie et son perfectionnement avait diminué son utilité et plusieurs ingénieurs militaires commençaient à critiquer son emploi.

 

Quoiqu’il en soit, les ponts et les palissades, nécessitaient des savoirs faires propres aux métiers de charpentier et de serrurier comme nous le voyons dans l’acte suivant :

 

[1]Même parmi les spécialistes des fortifications

[2]Construit par le capitaine suisse Salzgueber –(voir mes autres articles sur les fortifications)

 

« Le 9 septembre 1675, devant nous, notaires royaux demeurant à Thionville sont comparus Jean Well, maître charpentier et Guillaume Merlinger, maître serrurier qui  se sont obligés à l’égard de Louis [1], seigneur de l’ Espinay, capitaine au régiment de la marine, ayant la direction des fortifications des villes et places des pays de la Lorraine et frontière du Luxembourg et par-delà envers sa majesté. 

 

Ils s’engagent à entretenir en bon état tous les ponts de la ville tant dedans que dehors la place et qui sont à la charge de sa Majesté et cela pendant 10 années et aux conditions suivantes :

 

Premièrement, le grand pont sur la Moselle avec la redoute au bout du pont.

 

Deuxièmement, les avancées des portes de Metz et de Luxembourg avec les ponts qui sont au bout des deux glacis comme aussi tous les corps de garde qui sont à la charge de sa Majesté.

 

Troisièmement, toutes les palissades autour de la place avec les portes et barrières de sortie du chemin couvert et les traverses qui sont aux angles saillants du glacis, plus les traverses (obstacles mis en travers des différents accès pour empêcher les tirs par ricochets ou de travers) qui sont aux avancées du rempart dans la place c’est à dire de veiller aux palissades et de les tenir toujours bien plantées, alignées et droite.

 

Pour cela le sieur Well recevra annuellement 45 écus blancs à 3 livres l’écu et le sieur Merlinger 20 écus blancs aussi à 3 livres. Ces sommes seront payables de 6 mois en 6 mois sur présentation d’un certificat signé de l’ingénieur militaire de la place.

 

Les sieurs Well et Merlinger seront tenus de fournir le bois et le fer sous réserve des palissades qui sont à la charge du Roi.

 

Le tout passé avec l’engagement de tous leurs biens meubles et immeubles présents et à venir. »

 

Un beau plan au lavis de 1730/40 (Bibliothèque Nationale – Paris)
 

[1]Louis de Saint-Lô, ingénieur ayant travaillé souvent sous les ordres de Vauban

Extrait de l’ouvrage : La fortification permanente par G.H. Dufour paru à Genève en 1822 où l’on commence à remettre en cause l’usage des palissades.

Extrait de l’ouvrage : La fortification permanente par G.H. Dufour paru à Genève en 1822 où l’on commence à remettre en cause l’usage des palissades.

Dessin du 18ème siècle de la structure d’un pont de bois

Dessin du 18ème siècle de la structure d’un pont de bois

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MISCELLANEES 2019

NEWS

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Des difficultés survenues chez l'imprimeur vont repousser la date de parution.

 

Je vais donc également décaler la date de souscription jusqu'à la parution effective 

 

Je vous tiendrai informés de cette date dès que j'en aurais connaissance. 

 

Ci-dessous, quelques photos du Miscellanées 2019

dont j'ai pu obtenir un exemplaire.

 

 

1675 – Thionville -Ponts et palissades des fortifications
1675 – Thionville -Ponts et palissades des fortifications
1675 – Thionville -Ponts et palissades des fortifications
1675 – Thionville -Ponts et palissades des fortifications

Vous pouvez donc toujours souscrire au Miscellanées 2019 en remplissant le bon ci-joint.

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1636 - Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés !

Publié le par Persin Michel

Phrase célèbre de la fable de Jean de la Fontaine [1]« Les animaux malades de la peste » qui nous renvoie à la terrible réalité des ravages de cette maladie contagieuse au cours des siècles en Europe, en France, en Lorraine et particulièrement à Thionville.

 

[1]Jean de la Fontaine 1621-1695

Au cours de mes recherches sur la ville, il m’est arrivé assez souvent, de trouver des textes, des actes, qui sans les détailler, décrivaient la dureté des temps, des guerres et leurs cortèges de misères, mais rarement, d’allusions à la maladie ou alors de façon très générale, principalement dans les testaments où l’on retrouve toujours les phrases suivantes :

 

 

Ces extraits de testaments montrent les phrases qui conditionnent le testament, en premier lieu que la personne est malade et alitée et ensuite qu’elle a encore son raisonnement et nous dirions « sa tête » condition « Sine qua non » pour la validité juridique du testament, mais jamais aucune précision sur la maladie elle-même.

 

Pourtant, nous savons que les maladies infectieuses souvent contagieuses étaient nombreuses et sévissaient souvent par vagues épidémiques dans la ville et les villages alentours. 

 

Une de ces maladies tant redoutées était la peste, souvent confondue dans les écrits du temps, avec le typhus ou les diverses fièvres infectieuses.

 

La lorraine a connu plusieurs épidémies de peste [1]au 16èmeet au 17èmesiècle et l’on estime la mortalité à pratiquement 60% de la population en plusieurs épisodes successifs.

 

Un premier épisode aux environs de 1630/1631 et un deuxième épisode de 1634 à 1636, après 1670 et de façon assez mystérieuse la peste disparut en grande partie du pays et de la France à l’exception de quelques récidives tardives et très circonscrites à une ville ou à quelques villages.[2]

 

La peste (bubonique[3]) est une maladie infectieuse qui débute brutalement par une forte fièvre avec des maux de tête et une atteinte rapide et profonde de l’état général et de la conscience.

 

Parfois, elle présente en plus, une atteinte pulmonaire avec une toux sanguinolente, appelé alors la peste pulmonaire, rapidement mortelle.

 

Quoi qu’il en soit, le malade de la peste, du fait de ce caractère brutal de la maladie et de son grand abattement soudain, n’a guère le temps, ni la possibilité de faire mander le notaire pour lui dicter son testament.


[1]Ou maladies assimilées

[2]J’évoque ce sujet de façon très détaillée dans mon ouvrage « Histoire de l’ancienne chapelle des lépreux » paru en 2017

[3]Les bubons sont en fait les ganglions lymphatiques qui gonflent et que l’on retrouve au niveau du cou, des aisselles et de l’aine. La peste peut déclencher des septicémies amenant à la mort en quelques jours.

On estime que seul 20% des malades guérissaient de façon spontanée en quelques semaines. Les voies du seigneur sont impénétrables.

 

La médecine de l’époque n’avait aucune idée de l’origine de cette maladie et aucun traitement. On accusait l’air vicié [1], les humeurs et autres causes plus mystérieuses ou religieuses. 

 

Le salut était recherché dans la religion et ses saints salvateurs, Saint-Roch et Saint-Sébastien, on érigeait des croix de chemins ou des bildstocks [2]et l’on faisait des processions, le temps passait et l’épidémie de même.

 

Nous savons que Thionville ne fut pas épargnée par la maladie mais je n’avais encore pas trouvé de document y faisant référence. Il y a quelques jours, j’ai trouvé un acte notarié concernant une « donation dite à cause de mort » qui évoque cette maladie, le voici résumé :

 

 Le 28 août 1675.

 

"Devant nous notaires royaux de Thionville et y demeurant, est comparu en personne, la femme Claudon Gutnach, veuve en première noce, de Wolff Vidersporn et en deuxième noce de Nicolas Henrich, qui était maître boulanger à Thionville.

 

Elle nous a dit qu’étant saine d’esprit et de corps, qu’en 1636 pendant la mortalité qui régnait très fort à Thionville, elle fut atteinte de l’air pestiféré, malade et résolu à mourir.

 

Elle fit donc faire un testament en faveur de ses neveux, enfants du frère à son mari, son beau-frère. Dans ce testament elle y a mis une « disposition à cause de mort » pour donner aux enfants de son beau-frère, une somme de 400 francs luxembourgeois à 10 sols la pièce monnaie de Luxembourg, à prendre sur ses meubles après son décès, qu’elle pensait imminent et attendait à toutes heures.

 

Elle y mit la condition de pouvoir révoquer cette disposition quand bon lui semblera au cas où Dieu lui ferait la grâce de la relever de cette pestilence et qu’elle puisse vivre plus longtemps.

 

Il s’est trouvé qu’elle s’est relevée de cette peste mais que les enfants de son beau-frère en sont morts et qu’en conséquence du décès de son mari Nicolas Henrich, son dernier mari, ses meubles furent vendus et dissipés pour la faire subsister.

 

Aujourd’hui dans l’âge, percluse de tous ses membres, elle est sans pouvoir gagner sa vie et ne doit sa subsistance qu’à son cher fils, Nicolas Henri qui l’aide à vivre.

 

C’est pourquoi, elle révoque la disposition à cause de mort, la déclare sans valeur, nulle, et sans objet.

 

Elle déclare aussi que lorsque viendra l’heure de sa mort qui ne tardera pas, elle veut que son fils hérite du reste de ses biens à l’exclusion de tous les autres personnes, familles ou autres."

 


[1]On s’enfermait chez soi ou l’on vous enfermait, on vous bannissait de la ville ou du village.

[2]Généralement ces croix portent des petites boules représentant les bubons autour du fût

Voilà le témoignage d’une survivante soit de la peste, soit d’une maladie assimilée, nous savons qu’environ entre 15 et 20% des malades de la peste bubonique survivaient. 

 

Dans ce cas particulier, l’acte est rédigé en 1675 et fait référence à la maladie contractée en 1636 soit 39 auparavant. Ladite Claudon Gutnach se dit percluse de ses membres, on peut estimer qu’elle a probablement la soixantaine ou plus et qu’elle fut donc atteinte de cette « peste » dans sa jeunesse, entre 20 et 30 ans. 

 

Malheureusement, dans les registres paroissiaux conservés aux archives communales de Thionville, les décès ne sont pas mentionnés pour les années allant de 1636 à 1648. Par contre, on note une forte progression des décès dans les années 1634 et 1635 où nous atteignons plus de 120 décès dans l’année quand pour les années 1649 à 1651, la moyenne des décès est de l’ordre de 15 décès annuels. (En 1635, le registre des décès montre une forte augmentation à partir du mois d’octobre, remplissant alors plusieurs pages.)

 

On peut donc ajouter foi à l’acte notarié concernant Claudon Gutnach sur cette année 1636 où « la mortalité régnait très fort à Thionville », mortalité qui avait commencé à augmenter dans les années 1634/1635. Il même probable que si les registres de décès n’ont plus été tenus entre 1636 et 1649 , cela soit imputable en partie à cette épidémie de peste et à ses suites.

 

Il est certain que tous ces morts ne furent pas inhumés dans les caveaux de l’église paroissiale mais probablement portés au cimetière Sainte-Suzanne à Saint-François où se trouvait la chapelle dite des lépreux.[1]


Source: ADM Notaire Helminger-Fourot 3E7543
 

[1]Voir mon ouvrage « Histoire de l’ancienne chapelle des lépreux » 2017

1636 - Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés !

La souscription du Miscellanées 2019 est toujours en cours, n'hésiter par à le réserver.

 

 

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1675 – Thionville – Dominique Clerff dragon de Thionville (suite) et Mise au point sur « Le Miscellanées 2019 »

Publié le par Persin Michel

Il se trouve que je viens de trouver dans les minutes du notaire thionvillois Baranzy, deux petits actes qui sont une suite au testament de Dominique Clerff, dragon dans la compagnie du sieur de La Roche.

 

Le 7 février 1675 :

 

« Anna Weiss [1], veuve de Jean Jacobgang,s’est remariée avec Antoine Clerff, le père de Dominique Clerff. 

Elle reconnaît devoir à Lambert Driou, également dragon dans la compagnie du sieur de La Roche, une somme de 6 écus blancs [2]qu’il lui a prêtés pendant son court veuvage. Elle promet de le rembourser à la Saint-Martin à venir, maintenant qu’elle est remariée. »

 

Le 27 février 1675 :

 

Un autre acte nous apprend que Dominique Clerff, dragon dans la compagnie du sieur de La Roche, n’est pas mort pendant la campagne de de 1674 puisqu’il reconnaît dans cet acte avoir une dette de 40 écus blancs envers François Clerff [3], maître cordonnier à Thionville, dette qu’il lui remboursera dès que possible et qu’il garantit sur ce qu’il est susceptible de recevoir de la succession de son père ou de sa mère ou de successions collatérales en sachant qu’il a révoqué la donation pour cause de mort faite envers Antoine Clerff, son père. 

 

Voilà cette petite affaire close pour l’instant.

 


[1]Ou encore Anne Blanche !

[2]1 écus blancs ou rixdallers vaut 3 livres tournois donc ici 18 livres tournois

[3]Probablement un oncle

Dragons belges

Dragons belges

2019 - Mise au point sur « Le Miscellanées 2019 »

Depuis que j’ai ouvert la souscription pour le « Miscellanées 2019 » 

j’ai reçu quelques questions d’ordre général concernant cet ouvrage. 

 

Puisque par l’intermédiaire de ce blog, j’ai la possibilité de répondre aux questions ou interrogations de quelques-uns de mes lecteurs, je voudrais vous faire part de mes réflexions sur les questions suivantes :

 

Qu’est-ce qui différencie le Miscellanées des autres articles ou livre sur l’histoire de la région ?

 

Pourquoi l’acheter ?

 

Pourquoi le réserver par souscription ?

 

 

Le Miscellanées c’est l’édition (N) imprimée de tous les articles parus l’année (N-1) sur le blog :

 

www.histoiredethionville.com

 

En général, il se présente sous la forme d’un ouvrage au format A4 avec plus ou moins 130 pages, le tout en couleur abondamment illustré. La présentation est parfois un peu différente des articles du blog et comporte souvent des illustrations plus nombreuses.

 

La couverture est toujours une aquarelle originale faite par un artiste local et cela depuis le numéro 5.

 

 

Qu’est-ce qui différencie le Miscellanées des autres articles 

ou livres sur l’histoire de la région ?

 

 

La première raison se trouve dans la façon de réaliser les articles du blog, je m'explique  : Pour écrire un livre d'histoire (puisque c'est notre sujet), il existe plusieurs façons de procéder, une de ces façons est la suivante :

 

La compilation:

Vous prenez plusieurs ouvrages ou articles [2]parus sur le sujet que vous traitez, vous les lisez, vous en faites la synthèse ou picorez des informations dans l'un et l'autre et vous "compilez [3]" tout cela pour écrire le nouvel ouvrage. 

Cette méthode est largement répandue [4], elle a de graves défauts et particulièrement en histoire pour les raisons suivantes: Beaucoup d'auteurs anciens n'avaient pas à disposition l'ensemble des archives déjà structurées, critiquées et regroupées au même endroit, c'est la raison pour laquelle ils ne mettaient jamais d'indications sur la situation des documents qu'ils utilisaient. 

 

 

[2]Souvent des livres anciens

[3]Rassembler des documents ou des extraits de documents pour former un autre document ou livre

[4]Surtout pour les ouvrages commerciaux ou de vulgarisation.

Ces documents éparses n'avaient pas de «cote [1]» car ils n'étaient pas structurés au sein d'un système d'archives cohérent. Ces auteurs n’avaient donc pas une connaissance exhaustive des documents existants sur un sujet donné [2]. Ils n’avaient pas non plus les facilités de recherches [3]qui sont les nôtres, ni les facilités d'écriture et de publication [4]que nous connaissons aujourd'hui.

 

Le premier véritable archiviste de la Moselle ne fut nommé qu'en 1838 et encore avait-il d'autres fonctions à assumer. Les archives ne commencent véritablement à être structurées qu'à la fin du 19ème siècle. 

 

Souvent, ces auteurs anciens avaient des positions en vue dans la société, c'était des notables qu'on ne contestait pas et qui devaient publier pour conforter leur statut. De ce fait, et particulièrement pour le 19èmesiècle, le romantisme du siècle, les poussait à adopter des facilités et des raccourcis historiques qui aujourd'hui ne sont plus de mise.

 

De plus ces auteurs du 19èmesiècle étaient très marqués politiquement et chacun de leur livre ou de leur publications (articles) comportaient des références, des idées politiques qu’ils se devaient de faire passer, même si elles allaient à l’encontre de la vérité historique, des faits. Ils ont très souvent mis en valeur des personnages illustres en leur attribuant des réalisations faites par leurs subordonnés. [5]

 

Aussi, faut-il être critique en utilisant leurs publications, sans toutefois les négliger, car elles restent encore une source importante pour notre histoire.

 

Quoiqu'il en soit cette méthode de la compilation n'apporte jamais rien de neuf et ne fait que reconduire, reproduire et répéter à l'infini les mêmes informations, parfois, souvent, les mêmes erreurs initiales, erreurs qui finissent par devenir des vérités au fil des répétitions successives (On sait que la répétition est pédagogique). 

 

Si l’on veut produire un travail de qualité qui apporte de nouveaux éléments sur l’histoire de notre région, cette méthode est à proscrire absolument.

 

[1]De références pour les retrouver dans un ensemble d’archivage

[2]Ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui, on découvre toujours des documents qui n’étaient pas répertoriés ou sont mal classés

[3]Internet et autres bases de données

[4]La publication des ouvrages au 19èmesiècle sont pour la plupart fait à compte d’auteur et impliquait de leur part une certaine aisance, réservant ces publications aux notables ou organismes officiels, mairies, départements ou autres philanthropes

[5]Le fait de signer un document comme autorité ne fait pas de vous le réalisateur d’une étude ou d’un projet

Il existe encore d’autres méthodes, voici la mienne :

 

Je cherche dans les archives et dans les ouvrages d’histoires, dans les articles, toutes les informations traitant de près et de loin du sujet que je veux traiter.

 

Je les classe par ordre chronologique et je regarde la logique qui s'établit entre eux et avec d'autres événements locaux, nationaux ou internationaux.

 

Sur cette masse d'informations, j’apporte la critique logique nécessaire afin d'en déduire une véracité probable. Par manque d'informations, certains points ne peuvent être tranchés, je fais alors des hypothèses, les plus crédibles et logiques possibles.

 

En utilisant cette façon de faire, il m’arrive d’être en contradiction avec certains points de l'histoire reconnue. Il est alors quasiment impossible de rectifier, de corriger cette histoire "officielle". J'ai alors tendance à vouloir prouver ma version des faits en apportant les documents, les arguments allant à l'appui de ma thèse. Faisant cela, on rentre très vite dans un livre de spécialiste parfois difficile pour celui qui ne cherche qu'une approche globale du sujet. 

 

Du fait de ma façon de faire, à partir de documents originaux [1], je traite souvent des sujets qui n'ont jamais été abordé ou de façon très succincte. De plus, de cette façon je ne suis pas influencé par des écrits orientés et il m’arrive de trouver des documents peu connus voir inconnus qui apportent souvent un éclairage nouveau. 

 

Cette pratique de l'histoire est à même de vous assurer un récit le plus proche possible des faits tels qu'ils sont advenus, même si l'on sait que l'histoire est une science sociale toujours perfectible.

 

 

Pourquoi l’acheter ?

 

En premier lieu, il faut savoir qu'aujourd'hui entre 15 et 20% des français n'utilisent pas internet !

 

Un blog est un média par essence éphémère, un jour il s'arrêtera, un problème technique peut venir compromettre sa diffusion et sa pérennité, alors toutes les informations qu'il contient seront perdues à jamais. 

 

De plus le « Miscellannées » paraissant tous les ans constituent une suite, une collection éventuelle qui par son faible tirage ne perdra jamais de sa valeur pour les férus d’histoire locale, le temps passant, il sera même recherché.

 

Aujourd’hui le blog www.histoiredethionville est devenu de fait une base de données importante, plus de 240 articles différents que l’on retrouve dans l’ensemble des Miscellanées.

 

Dans chaque article, je conserve et cite intégralement les noms de famille et les métiers lorsqu’ils sont donnés, ce qui pour les généalogistes est très intéressant.

 

Le support papier sous la forme d'un livre sera toujours consultable chez vous ou en bibliothèque et cela indépendamment de la technique.

 

Et pour les amoureux des livres, le Miscellanées est un livre, même modeste !

 

[1]J’utilise beaucoup les actes notariés non sujets à être orientés mais dont l’exploitation est longue en recherches et souvent difficiles à remettre dans le contexte d’un sujet donné

 

 

Pourquoi le réserver à l'avance ?

 

En premier lieu le tirage en est très restreint soit environ 100 exemplaires, il est en général rapidement épuisé.

 

Le prix de souscription ou réservation est proche du prix de revient, puisqu'il n'y a pas d'intermédiaire. Lors de la mise en vente en librairie, le prix reste modique au regard du tirage restreint. 

 

La réservation ou souscription permet d'en assurer à l'avance la réalisation et la diffusion car il n'y a pas derrière l'édition de cet ouvrage de structure commerciale, ni de sponsor, ni d'aide structurelle d'aucune sorte.

 

Cette réservation ou souscription permet donc d'assurer sa viabilité, son existence même.

 

Le seul argument fondamental :

 

Être intéressé ou plus encore par l’histoire de sa ville ou de sa région

 

NB :

Le Miscellanées est un moyen d’assouvir une passion, un amour de sa commune, de sa région mais certainement pas un moyen d’enrichissement de son auteur sans même mettre en balance le nombre d’heures passées aux archives, à la lecture de textes souvent difficiles à déchiffrer ou à comprendre et ensuite le temps passé à écrire les articles, les mettre en forme, les illustrer, les faire éditer et les distribuer.

 

La semaine prochaine nous verrons un acte qui nous évoque la peste à 
Thionville en 1636 et toujours quelques mots sur le "Miscellanées 2019", 
sujet récurrent jusqu'au 5 février (date de fin de la souscription) 

 

Après cette mise en vente du Miscellanées nous reprendrons le dossier sur les fortifications de Thionville, couronné et double couronné, ponts écluses et magasins.

 

A remplir et renvoyer à l'adresse Histoire de Thionville è, rue Ausone 57100 Thionville

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