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Exposition "La Fayette, nous voilà !"

Publié le par Persin Michel

A la tour aux Puces du 13 octobre au 24 novembre 2018

A la tour aux Puces du 13 octobre au 24 novembre 2018

Nous avions la "Madelon", ils eurent "Over there"

Une belle exposition pour rendre hommage aux jeunes américains qui ont débarqué en nombre à Saint-Nazaire pour prêter main forte aux troupes alliées qui combattaient les allemands depuis 1914.

 

Arrivés en 1917, ils subirent le baptême du feu à Bathelémont-les-Bauzemont (54) et y versèrent le premier sang. Les trois premiers morts furent : 

 

Le caporal J.B. Gesham et les soldats T.F. Enright et M.D. Hay.

 

L’arrivée des américains permit la reprise de la guerre de mouvement et l'offensive générale sur l'ensemble du front permettant de remporter la victoire en novembre 1918.

 

Librairie du congrès :  Juin 1917, jeunes américains prenant le train pour New-York afin de s'embarquer pour la France

Librairie du congrès : Juin 1917, jeunes américains prenant le train pour New-York afin de s'embarquer pour la France

Vous pourrez acquérir (pour une somme modique, à la tour aux Puces ou aux archives municipales), le petit livret fort intéressant, clair et bien illustré, rédigé spécialement à cette occasion, par l'archiviste de la ville de Thionville, Frédéric Gaudinet.

Le livret en question - Format A4 - 67 pages

Le livret en question - Format A4 - 67 pages

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Bonjour Parution du dernier article de la série sur les corporations et confréries de Thionville sous...

Publié le par Michel Persin

Bonjour

Parution du dernier article de la série sur les corporations et confréries de Thionville sous l'ancien régime. Bonne lecture

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Bonjour Parution du dernier article de la série sur les corporations et confréries de Thionville sous...

Publié le par Michel Persin

Bonjour

Parution du dernier article de la série sur les corporations et confréries de Thionville sous l'ancien régime. Bonne lecture

Bonjour

Parution du dernier article de la série sur les corporations et confréries de Thionville sous...

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Thionville – Confréries et corporations (Confrérie du rosaire) Fin de la série d’articles sur ce sujet

Publié le par Persin Michel

Cette confrérie du rosaire créée en mars 1666 concurrença fortement la confrérie historique de la ville qu’était la confrérie du Saint-Sacrement. Elle fut édifiée avec toutes les autorisations utiles et les protections les plus adéquates, elle connut un vrai succès. Succès assuré également par le fait qu’elle put exercer dans la chapelle Sainte-Elisabeth, ancienne chapelle de l’hospice des pauvres, située dans les bâtiments du beffroi à quelques pas de l’église paroissiale.

 

Comme vu dans l’article précédent, la pratique religieuse exigée des confrères est relativement simple ce qui permet à chacun de se sentir capable d’être un bon confrère. Des indulgences et pardons sont octroyés aux pratiquants assidus et l’organisation ainsi que la tenue de la confrérie est exemplaire. La confrérie a un règlement intérieur comportant 14 articles que chaque confrère doit connaître et qu’un maître se doit de faire appliquer.

 

Le maître est nommé le premier dimanche d’avril lors de l’assemblée générale, il est secondé par un régent qui lui est élu parmi les confrères et qui l’année suivante deviendra maître à son tour. Lors de l’élection du régent, on veille particulièrement à ce que le candidat ne puisse par un moyen quelconque favoriser son élection.

 

Le principe était donc fort simple :

 

Le premier maître nommé fut le créateur de la confrérie, on élisait un régent parmi les confrères qui l’année suivante devenait le maître et ainsi de suite pendant pratiquement un siècle. (1666-1763)

 

Le maître ne pouvait l’être qu’une seule année puis redevenait simple confrère.

 

Les cinq premiers maîtres ont été : 

 

  • Charles de Fey de la Garenne, major de la place de Thionville à l’initiative de la création de la confrérie.

  • François Carlier (Gaulier) qui fut aussi à l’initiative de la confrérie.

  • Annibal Hue de Saint-Rémy, lieutenant civil et criminel de Thionville

  • Jean de Fauget, seigneur de Vazeilles, lieutenant des gardes

  • François Soucelier, conseiller du roi et avocat au bailliage de la ville

Ensuite nous trouvons, un clerc juré, un avocat, un notaire et en 1686 un chirurgien qui était aussi directeur de l ‘hôpital des pauvres, puis des marchands avec parfois des avocats ou des officiers municipaux ou bailliagers, toutefois clairement à partir de 1700, la plupart des maîtres seront issus des corporations, marchands et artisans.

 

Les cinq derniers maîtres furent :​​​

  • Nicolas Blaise marchand (1759-1760)

  • Pierre François Lacoveille, marchand (170-1761)

  • Jean Bastien, tourneur (1761-1762)

  • Jean Pierre Soustre, chaudronnier (1762-1763)

  • Nicolas Tinus, tailleur (1763-1764)

Un autre personnage important de la confrérie était le chapelain. Chargé de recevoir les confrères, de tenir le registre de la confrérie, des dons et d’organiser toute la partie religieuse. Il se doit aussi de dire une messe tous les dimanches dans la chapelle.

Le premier chapelain fut Nicolas Thiriat, prêtre à l ‘église paroissiale Saint-Maximin. Il exerça de 1666 à son décès en 1683 et fut parfois en délicatesse avec la paroisse qui n’avait pas toujours vu d’un bon œil la création de cette confrérie faisant du tort à la paroisse elle-même et à sa confrérie associée, celle du Saint-Sacrement. 

 

A son décès le poste de chapelain ne fut pas pourvu pendant quatre années, la fonction fut assurée par des prêtres des environs et puis le 16 mars 1687, on fit élire par 16 confrères[1]un religieux de l’abbaye de Justemont, Jean Maurice Martinot, comme chapelain de la confrérie et à partir de cette date, le chapelain fut toujours élu par les confrères et rétribué 100 livres tournois par an pour ses services.[2]

 

Le chapelain était en poste de son élection à sa mort ou à sa mutation dans une autre paroisse. Il faisait aussi office de chantre et de sacristain et devait veiller au bon ordre de la chapelle, des ornements et des cérémonies.

 

Au final, la confrérie du rosaire fut plutôt démocratique ; le maître et le chapelain étaient élus par les confrères. Le maître pour une seule année, laissant la possibilité au plus grand nombre d’exercer cette charge honorifique. Maintenant, nous étions quand même au 18èmesiècle et les femmes ne furent jamais admises à se présenter à l’élection de maître mais elles purent être admises comme consoeurs et même à élire entre elles une maîtresse chargée de faire connaître au maître de la confrérie leurs remarques et désirs.

 

Pour s’inscrire à la confrérie, il suffisait d’aller voir le maître accompagné du chapelain et de se faire inscrire sur le registre de la confrérie en ayant toutefois confessé et communié juste avant.

 

Ëtre confrère ne comportait que fort peu de contrainte sauf pour la mort de l’un d’entre eux où il fallait alors réciter les prières adéquates et assister au convoi funèbre, deux par deux, un cierge à la main. On devait aussi assister aux messes dites par la famille et par la confrérie. Les inhumations avaient lieu au petit cimetière paroissial tout proche, dans la crypte de l’église ou au cimetière Sainte-Suzanne au quartier Saint-François.

On se devait aussi d’assister aux messes anniversaires en souvenir des défunts.

 

Seul huit inhumations sont signalées dans la chapelle du rosaire [3].

 

On y célèbre avec faste, le premier dimanche d’octobre, la victoire de Lépante [4]le 7 octobre 1571, victoire que les frères du rosaire avaient demandée avec ferveur à Dieu. Bien entendu on y célèbre aussi les autres fêtes religieuses : Pâques, Pentecôte et Toussaint.

 

Par-dessus tout, la confrérie a vocation à honorer, aimer et faire aimer, Marie, mère de Dieu, lien d’amour entre Jésus-Christ, son fils, et les pauvres pécheurs que sont les confrères.

 


[1]Les 16 confrères les plus « dignes » de participer à cette élection ! Que recouvrait le terme de « digne » ?

[2]La plupart des 13 chapelains qui se sont succédaient au service de la confrérie furent des prêtres de la paroisse élus par les confrères

[3]Lors de travaux dans le beffroi en 1951, on trouva un squelette sans doute inhumé là dans une partie de la chapelle du rosaire

[4]Bataille victorieuse contre les troupes turques

Chaque visite canonique faite à la paroisse de Thionville par l’évêque de Metz note l’existence de cette confrérie et de sa chapelle. Il est toujours mentionné que la chapelle est belle, bien entretenue et dotée de tous les ornements nécessaires au culte sacré. Il est souvent signalé que les registres sont bien tenus, à jour et que les rentes, dons et revenus sont suffisants. 

 

Effectivement dès sa création la confrérie reçoit de nombreux dons : (Exemples)

 

En 1668

 

 

En 1705

 

Dans ce document la chapelle est dite de Sainte-Elisabeth sous la tour de guet de la ville

 

Finances :

 

Entretenir la chapelle et faire vivre la confrérie coûtait beaucoup d’argent, mais la confrérie n’eut guère de soucis d’argent. A chaque fois qu’un habitant de la ville venait s’inscrire à la confrérie, il donnait une certaine somme en rapport avec sa fortune personnelle, cette pratique n’était pas obligatoire mais toujours respectée. De plus tous les ans chaque confrère se devait de payer sa part pour le fonctionnement de la confrérie, s’il ne payait pas dans les 30 jours, il était rayé des registres de la confrérie et n’en faisait plus partie. Pour ceux que le maître et le régent estimaient trop pauvres, on ne leur demandait aucune quote-part.

 

Les autres rentrées d’argent provenaient des quêtes lors des cérémonies, des dons soit en nature, soit en argent, de la location des bancs dans la chapelle et des rentes faites pour célébrer des messes en souvenir des défunts. Enfin, il y avait les fondations et dons de terres et maisons faites par les plus riches habitants de la ville [1].

 

Moralité :

 

Cette confrérie semble avoir été d’une très bonne tenue, il faut dire que chaque confrère qui y était reçu se devait d’avoir une bonne moralité. Les postulants soupçonnés d’aimer la dive bouteille ou les cabarets n’était pas reçus. Les danses publiques étaient interdites comme les mœurs légères et si un des confrères admis venait à prendre un mauvais chemin, il était exclu. Les petites dissensions pouvant survenir au sein de la confrérie étaient réglées en commun avec le maître, le régent et quelques confrères si besoin. L’amitié devait régner au sein de la communauté. Les maîtres furent toujours des habitants ayant une certaine assise sociale, toujours d’âge mûr à la moralité exemplaire.[2]

Les militaires très nombreux à Thionville représentent environ 30 % des confrères et les officiers municipaux, les hommes de lois et de santé furent très nombreux également à adhérer à la confrérie [3].

 

Cette participation importante des notables assurait pour les autorités royales et religieuse une sorte de garantie morale contre les griefs vrais ou faux que les autorités avaient contre les corporations et les confréries. Effectivement, ces communautés d’habitants faisaient généralement tous les ans un repas rassemblant tous leurs membres et bien entendu, il arrivait que ces repas finissent en ripailles, franches débauches et hostilités envers certaines autorités occasionnant des troubles publics. Pour cette raison les corporations et les confréries furent surveillées étroitement et noyautées afin de prévenir tout débordements. Régulièrement, elles étaient suspendues, voir interdites puis ré-autorisées souvent avec d’autres statuts ou dirigeants.

 

Qui plus est, ces communautés acquéraient en matière de gestion financière et en matière juridique de réelles compétences. Les plus importantes de ces communautés affichaient une certaine richesse et pesaient souvent d’un poids important dans la vie de la cité

 

Aussi le pouvoir central n’eut-il de cesse de mettre un terme à ces assemblés de citoyens, corporations et confréries. Ce qu’il réussit à faire au travers des parlements régionaux en 1763. 

 

[1]Plus on donnait en fonction de ses moyens plus les indulgences et pardons étaient importants. Les fondations pour dire des messes duraient souvent plusieurs années provenant des loyers de terres ou de maisons et étaient payées tous les ans à la même date.

[2]Au moins extérieurement, pas de journaliste s people à l’époque !

[3]Environ un tiers des effectifs

La chapelle de Sainte-Elisabeth :

 

Elle était donc devenue en 1666, la chapelle de la confrérie du Rosaire, mais elle était bien antérieure à la confrérie. Effectivement, Thionville avait un hôpital, plus justement un hospice, dès avant 1332[1], souvent pour ne pas dire toujours, ces hospices avaient dans leurs murs une chapelle, autant pour les soignants [2]qui étaient alors des religieux que pour le salut des malades. L’hospice de Thionville au regard de sa population devait être fort petit et comme souvent dans les hospices ou hôpitaux, la chapelle se trouvait dans la même pièce que l’hospice, au bout de la salle commune, séparée parfois par un rideau. Donc, cette chapelle fut logiquement dédiée à Sainte-Elisabeth en souvenir d’Elisabeth de Hongrie (1207-1231) mariée à Louis IV de Bavière. Après le décès de son époux en 1227,  devenue franciscaine elle fit construire un hôpital pour les pauvres.

 

L’hospice se trouvait approximativement où se tient aujourd’hui le beffroi. Nous savons qu’un chapelain y exerçait en 1337 et puis vers 1564, pour des raisons inconnues, l’hospice fut transféré dans la maison des bains publics de la ville où on ne recevait plus les pauvres, la maison étant trop exigüe, on leur portait la nourriture et le bois de chauffage chez eux. En 1718, on construisit à l’emplacement de cet ancien hospice un nouveau bâtiment plus important où l’on accueilli à nouveau les indigents.  

 

Ce nouvel hospice perdura dans cette rue appelée aujourd’hui « de l’ancien hôpital » jusqu’à la révolution avant d’être transféré dans l’ancien couvent des clarisses, aujourd’hui hôtel de ville.

 

La chapelle Sainte-Elisabeth resta au beffroi à son emplacement d’origine. Suite à la création en 1666 de la confrérie du Rosaire, la chapelle qui avait toujours porté le nom de Sainte-Elisabeth, prit pour les habitants le nom de la confrérie, on l’appelait donc la chapelle du Rosaire. Après 1718, on érigea dans le nouvel hospice une chapelle à qui on redonna le nom de Sainte-Elisabeth.

 


[1]Car à cette date Nicolas Desart et son épouse Agnès lui firent une donation d’une rente hypothécaire sur des maisons de Thionville à cet hospice

[2]Ces hospices n’étaient pas des hôpitaux, pas de médecin, pas de soins médicaux proprement dit, la science médicale de l’époque en eut été bien incapable. Non, c’était à proprement des hospices où l’on prenait soin des pauvres, leur assurant un lit, de la nourriture, un peu de chaleur et de la compassion (Parfois)

Où se trouvait exactement cette chapelle ? 

Dans les documents de l’époque, on l’a dit dans le beffroi, sous la tour de guet, à côté de la tour, enfin rien de très précis [1]. Il faudra attendre 1753 et un plan du beffroi dressé par l’armée pour connaître exactement son emplacement, c’est à dire juste à l’arrière de la tour comme indiqué ci-dessous.

 

 

[1]Il existe aux archives un croquis réalisé par Charles Abel de la situation de la chapelle, ce croquis est faux

On voit sur ce plan, une coupe de l’ancien bâtiment du beffroi, avec sa tour où trois petites maisonnettes (F) étaient appuyées servant de boutiques [1]. A côté, il y avait une porte, pour accéder à la chapelle du Rosaire (B). 

 

Ellipse:      Sur la façade principale qui donnait dans la rue actuelle de l’ancien hôtel de ville (anciennement rue de la prison), on trouvait une porte pour accéder au RDC de la tour, puis une petite porte avec un escalier pour accéder aux prisons du 1eret 2èmeétage, puis une petite porte basse pour accéder aux cachots du sous-sol, ensuite une porte pour accéder à la chapelle du Rosaire et enfin au bout du bâtiment un escalier avec une porte (E) plus importante donnant accès à l’hôtel de ville et au bailliage.

 

On remarque aussi que le chœur de la chapelle où se trouve trois autels est séparé de la nef par un dispositif léger permettant de séparer la nef et le chœur à certaine occasion. Cette disposition est caractéristique des chapelles d’hôpitaux ou d’hospice. Les malades occupant la nef qui était alors la salle commune, les autels du chœur étant alors soustrait à la vue des malades sauf pendant les offices que les malades pouvaient alors suivre de leur lit pour les plus handicapés.

 

Il est probable que cette disposition datait de l’origine de la chapelle Sainte-Elisabeth au sein de ce qui fut l’hospice des pauvres.

 

[1]Ces petites maisons furent détruites en 1820 à cause des risques d’incendie causés par leur cheminée donnant directement sur le 1erétage du beffroi. Leur disparition permettra à la ville d’installer au sous-sol du beffroi le poids de la ville qui auparavant était sur la place du marché

Au-dessus de la chapelle, il y avait un clocher qui venait d’être refait à l’occasion de la création de la confrérie du Rosaire, on en profita pour fondre la petite cloche qui s’y trouvait afin d’en faire une plus grosse qui fut baptisée du nom de Marie-Catherine, le 16 septembre 1666 par le chapelain Nicolas Thiriat en présence de 6 parrains et de 6 marraines. Le 30 mars 1708, la cloche qui s’était fendue fut remplacée et baptisée Suzanne Agnès en présence de 2 parrains et 2 marraines seulement. 

 

 

Voilà donc détaillé le fonctionnement de la plus importante confrérie de Thionville sous l’ancien régime, mais toute chose a une fin et pour les confréries thionvilloises, cette fin viendra d’un arrêt du parlement de Metz en date du 10 mai 1763. Sous couvert de réaliser un état des différentes confréries du diocèse et de vérifier leurs autorisations, règlements, lettres patentes, comptes et autres statuts, on interdisait de fait toutes les confréries. 

 

Le maître de la confrérie du Rosaire associé aux anciens maîtres eurent beau faire appel de cette décision en rappelant que Louis XIV avait maintenu la ville et ses habitants dans tous leurs droits et coutumes, que la confrérie ne s’était jamais fourvoyée dans des beuveries et débordements d’aucunes sortes, rien n’y fera et le chapelain en poste alors, Michel Colesse fut obligé de remettre tous les papiers de la confrérie au curé de la paroisse.

 

Ce fut la fin des confréries thionvilloises. Les ornements et meubles de la chapelle furent transférés à la paroisse où l’on donna encore quelques cérémonies à son intention.

La chapelle resta en l’état quelques années puis vient l’affaire des bouchers en 1772 que je vous ai rapportée dans l’article sur la corporation des bouchers. A cette occasion on avait utilisé la chapelle alors sans affectation comme boucherie, en occultant le chœur [1], ce que la disposition de la chapelle permettait assez facilement ; Cette affaire terminée, on ne remit pas la chapelle dans son état premier, mais la ville s’en servit de débarras pour son matériel d’incendie. 

 

Enfin, le coup de grâce vient le 22 mai 1786 quand la ville mit la chapelle à bail par adjudication pour 9 années. Elle se réservait le chœur et la sacristie pour son matériel d’incendie et construisit alors un mur [2]pour séparer définitivement la nef du chœur. L’adjudication fut remportée par le sieur François Abel [3], marchand en la ville pour un loyer de 120 livres annuel qui se servit de la nef comme entrepôt.

 

Le 5 mai 1817, nous trouvons une adjudication des locaux dit du Rosaire appartenant à l’hospice de la ville et géré par la municipalité. Cette adjudication est faite pour 9 années et nous voyons alors que la chapelle initiale qui avait été divisée en 2 pièces [4]en 1786, est maintenant divisée en 4 pièces devenant 4 lots distincts adjugés séparément.

 

Lot N°1 :

Une pièce ayant son entrée dans la rue de l’ancien hôtel de ville (ex rue des prisons en 1753). Cette pièce est alors occupée par un certain Didion, marchand à Thionville qui va perdre l’adjudication au profit du sieur Poinsignon [5]pour 100 francs de loyer annuel.

 

Lot N°2 :

Une pièce qui donne sur la grande place du marché où elle a son entrée et actuellement loué à Michel Abel le fils de François Abel qui avait loué cette pièce en 1786. L’adjudication fut remportée par Jean Baptiste Herga, brasseur à La Grange pour un loyer de 300 F annuel.

 

Lots N°3 et 4 :

Deux pièces tenant à la maison de la veuve Bonaventure qui en a obtenu l’adjudication.

 

Voilà qui marque la fin définitive de cette belle chapelle du Rosaire. Le beffroi subira encore de multiples modifications qui rendront illisible aujourd’hui l’état primitif du bâtiment.

 

Pour résumer :

Fin des confréries de Thionville en 1763, suppression de la chapelle du Rosaire dès 1772 par la construction d’une cloison de séparation de la nef et du chœur et utilisation du choeur et de la sacristie comme remise par la ville [6].

 

 

En février 1776, Turgot supprime les corporations pour quelques mois seulement mais c’était là de sombres prémices puisqu’en mars 1791, elles furent réellement abolie par la création de la patente et qu’en juin de la même année furent abolie les corporations ouvrières. 

 

[1]Par une cloison de planches

[2]Un mur qu’elle paya, de 11 pouces d’épaisseur crépi des deux côtés et fait par le maçon Georges Corrigeux

[3]Son petit-fils deviendra un homme politique et un érudit de Thionville, habitant à Guentrange, il laissa de nombreuses notes sur l’histoire de la ville et de la lorraine en général. 

[4]La nef pour le magasin de François Abel et le chœur et la sacristie réservée par la ville.

[5]Le sieur Poinsignon s’est déclaré de suite comme ayant enchérit pour la commune.

[6]Certains auteurs datent la disparition de la chapelle du Rosaire de 1834, c’est une erreur, cette date correspond à des modifications sur les étages du beffroi et la construction d’un logement pour le garde

La révolution dans la continuité de la monarchie essaya toujours de marginaliser les corps intermédiaires ce qui provoqua un retard considérable de la France dans la mise en place d’une démocratie plus sociale et d’une culture de la négociation.[1]

 

Il faudra attendre la fin du 19èmesiècle pour voir l’abolition du délit de coalition en 1864 puis la reconnaissance des syndicats en tant que personnes morales en 1884. Le syndicalisme put ainsi se développer.

 

Aujourd’hui, les syndicats, les associations diverses et variées représentent sous une autre forme les corporations et les confréries passées. Elles constituent souvent des groupes de pression et pèsent parfois lourdement sur les décisions politiques de l’état ou des municipalités. Mais, aujourd’hui comme hier, même si elles sont aussi courtisées, elles sont, n’en doutant pas, au moins pour certaines, sous surveillance.

 

Par cet ensemble d’articles sur les corporations et les confréries à Thionville sous l’ancien régime, j’ai voulu faire revivre un peu la vie des thionvillois dans ces communautés, confréries et corporations, non seulement leur vie mais aussi l’organisation de la commune et l’impact de ces communautés sur la structure même de la ville.

 

[1]La révolution ne fit qu’établir un parallèle entre les ouvriers et les patrons en leur interdisant aussi tout système de regroupement ou d’entente.

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http://www.histoiredethionville.com

Publié le par Michel Persin

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Thionville – Confréries et corporations (Confréries)

Publié le par Persin Michel

Le moment est venu de faire le point sur les confréries de Thionville sous l’ancien régime. 

 

Comme toujours à Thionville, par manque de sources, il est difficile de passer le « plafond de verre » de la guerre de Trente ans. Donc peu d’informations nous sont parvenues sur les confréries actives à Thionville avant le 16ème siècle, mais nous avons quelques documents qui témoignent de leur existence sans guère plus de précisions.

 

Ainsi en 1476, deux échevins de Thionville attestent d’une vente fait au maître de la nouvelle confrérie d’une rente de 8 escallins messins sur une maison de la ville.

 

En 1483, deux échevins de Thionville attestent qu’un tailleur de pierre du nom de Mathis dit « Clopstein der steymetz », tailleur de pierre, a vendu à Pierson, maître de la nouvelle confrérie, une rente de 12 escallins messins sur une maison située au château de la ville.

 

Encore ne savons-nous pas si le terme de confrérie employé ici, n’indique pas une corporation, la distinction n’allait pas de soi.

 

Ce que nous savons par contre c’est que les confréries étaient toujours d’essence religieuse même affiliée à une corporation de métier. Plusieurs documents font état d’une confrérie dite du Saint-Sacrement qui était systématiquement associée et gérée par la paroisse Saint-Maximin.

 

 

Confrérie du Saint-Sacrement :

 

 

Elle fut créée le 23 janvier 1602 par Johan Menchin von Arle, greffier du conseil des nobles du duché de Luxembourg, échevin de Thionville et son épouse Elisabeth Arnoldt qui vont donner par testament une somme de 1000 « tallers  [1]» pour la placer à constitution, afin que des 2000 florins, les rentes qui en résulteront servent à habiller cinq pauvres le jour de la Sainte-Elisabeth et alors, ils prieront pour leur donateur et leur famille dans la chapelle de l’ossuaire (Saint-Michel), et de plus permettront à deux pauvres enfants de faire des études chez les jésuites de Luxembourg ou à apprendre un métier.

 

Le curé de Thionville est alors Adam Putz qui fera de cette confrérie une des plus importante de la ville en suscitant les donations et en la rattachant à la paroisse.

 

Le 20 septembre 1602, à peine créée, la confrérie verra déjà les dons afflués comme celui de 1170 florins de Luxembourg figurant au testament de Nicolas Wolff, échevin et synodal de Thionville et son épouse Anne Uttringerin.

 

 

[1]Ou Thaler, monnaie de compte sous Charles Quint appelé encore « Rixdaler » 1 Thaler = 2 florins.  Cette monnaie resta en circulation pendant 400 ans dans les pays germaniques. On la dit ancêtre du Dollar américain.

A l’origine, cette confrérie était liée au métier de tailleur de pierre comme l’indique un acte du 17 mars 1668 qui nous indique que Bernard Liff, jardinier et son épouse Elisabeth Trattert, doivent à Nicolas Louis et Nicolas Gangs, ancien et jeune maîtres du corps de métiers des tailleurs de la confrérie du Saint-Sacrement de Thionville, une somme de 50 tallers monnaie de Luxembourg sur 2 chambres de soldats situées à Thionville proche du four banal. 

 

Ces chambres sont propriétés du corps de métier des tailleurs depuis plus de vingt ans et l’origine de la dette vient d’un prêt fait le 6 août 1633 par le corps de métiers.

 

Donc cette confrérie était affiliée à la corporation des tailleurs de pierre, faut-il mettre cela en relation avec la vente faite par un tailleur de pierre d’une rente à la nouvelle confrérie en 1483 à un certain Pierson (Pierre) maître de la nouvelle confrérie ?

 

Et cette nouvelle confrérie était-elle déjà celle du Saint-Sacrement ?

 

Rien ne permet de le dire, mais il est certain que de nombreuses confréries qui étaient tombées en désuétude ou interdites à certains moments furent recrées par la suite et remises au goût du jour !

 

Quoi qu’il en soit, cette confrérie du Saint-Sacrement fut une des plus importante de Thionville et ne fut supplantée plus tard que par la confrérie du Rosaire. Elle n’avait pas de chapelle mais était réunie à la fabrique de la paroisse et le service se faisait dans l’église paroissiale.

 

La confrérie de Saint Joseph, Saint François et Saint Cyprien :

(Dite aussi des trépassés)

 

 

Créée en 1615, peut être dans la chapelle Saint-François, elle périclita pour des raisons inconnues. Refondée en 1648, elle disparue une nouvelle fois après 1694 où on la voit payer 26 livres tournois et 20 sols à la confrérie du Rosaire pour se servir des ornements de leur chapelle pour ses propres fêtes [1]. C’est François Delhaye [2], brasseur et Jean Bheme marchand de Thionville, qui refondèrent la confrérie dans l’église paroissiale en 1727. Liée à la bonne mort et aux mourants, elle avait pour buts de payer les enterrements pour les pauvres, le pain béni, les cierges pour les cérémonies et le paiement des porteurs pour amener les corps au cimetière Sainte-Suzanne, au dehors des remparts. Les inhumations des pauvres de la paroisse se faisaient alors au cimetière Sainte-Suzanne qui jouxtait la chapelle des lépreux ou de Saint-François. Nous savons que le premier maître après sa refondation de 1727 fut François Delhaye et l’année suivante ce fut Jean Bheme puis Guillaume Merlinger. Nous savons aussi que la statue de bois de Saint-Joseph appartenant à la confrérie avait été payée par Anne Ham [3]et Jean Well.


[1]Cet état de fait semble lié à des problèmes avec leur lieu de culte, peut-être la chapelle Saint-François a-t-elle été endommagée par le siège de 1643 dont les opérations militaires se sont principalement faites  de ce côté de la ville

[2]Voir mon ouvrage « Histoire de l’ancienne chapelle des lépreux » - 2017 encore disponible au syndicat d’initiative de la ville ou chez moi.

[3]Anne Ham était de la famille de l’épouse de François Delhaye.

En 1727, à sa refondation la confrérie avait 44 confrères, puis 123 membres en 1740, ensuite sa fréquentation baissa inexorablement, malgré une tentative de relance en accordant des indulgences aux donateurs et membres. La confrérie n’était pas viable financièrement, elle n’avait qu’un seul contrat de rente, trop peu de membres et des frais importants pour les inhumations des pauvres nombreux à Thionville. De plus elle n’eut jamais les autorisations de l’évêché. La construction de la nouvelle église de la ville inaugurée en 1760, associé à un regain des inhumations dans les caveaux sous l’église marquèrent la fin définitive de cette confrérie.

 

 

La confrérie de Saint-André et Saint-Nicolas :

 

Crée en 1615, par le corps de métiers des jardiniers, elle n’eut que peu de succès.

Un acte la concernant daté du 15 décembre 1707, nous donne un effectif de 4 membres seulement : Louis Fromentin, Pierre Marchand, Pierre Lefevre et Dimanche Surlot.

 

Toutes ces petites confréries créées par des métiers manuels aux membres peu instruits et sous représentés, n’eurent bien souvent pas de lettres patentes de création, pas d’aval de la paroisse, ni de la ville et donc aucun avenir !

 

 

La confrérie de Saint-Roch, Saint-Sébastien et Saint-Antoine :

Créée en 1630, toutefois sans statut, sans règlement et sans lettres patentes ni autorisation. Elle possédait un autel (chapelle collatérale) dans l’église paroissiale. A l’origine elle était liée aux épidémies de peste ou autres fièvres qui sévissaient sporadiquement dans la région. Elle a pu aussi être liée à une compagnie bourgeoise d’archers en l’honneur de Saint-Sébastien. (Ci-dessous)

 

 

Ces membres étaient nombreux, bourgeois de Thionville, ils se firent remarquer de mauvaise manière et la confrérie fut interdite le 27 août 1733 par le parlement de Metz, pour les raisons suivantes :

« Elle avait dégénéré en compagnie bourgeoise, s’assemblant sous les ordres du maître échevin qui prenait alors le titre de colonel des suppliants et en tirait un profit.

Lors de ses assemblées bruyantes avec port d’armes sur les foires, elle faisait tirer à blanc moyennant finance, le tout sans lettres patentes du souverain. 

Les membres se rendaient entre eux les recettes et dépenses de la confrérie, sans participation du curé, ni des synodaux. » 

 

Aussi le parlement de Metz sur réquisition du procureur du roi, fit défense aux bourgeois et habitants de Thionville de s’attrouper sous prétexte de ladite confrérie, comme aussi d’y prendre les armes en aucun temps sauf s’ils y ont été expressément commandé par le gouverneur, le lieutenant du roi ou autre officier autorisé. Défense leur ai faite aussi de recevoir des deniers sur les foires ou d’aucune personne sous peine d’être poursuivis suivant la rigueur des ordonnances. Il ordonne à la police de la ville de veiller à ces interdictions.

Le problème qui se posa fut que cette confrérie avait en compte des rentes et des donations faites par des personnes pieuses pour dire des messes pour leurs défunts. L’évêque incita donc la confrérie désormais interdite à donner ses contrats et rentes à la fabrique de la ville à charge pour elle de faire les services prévus. 

Ce qui fut fait et approuvé par la chambre épiscopale de Metz. 

 

Toutefois cette confrérie étant très ancienne et relativement importante, on rédigea des statuts et règlements et on officialisa sa réédification, ce qui fut fait le 21 novembre 1733 soit quelques mois après son interdiction.

 

Malgré tout, cette affaire avait terni durablement la confrérie qui n’eut plus d’autel dédié dans l’église paroissiale [1]mais dut se contenter d’un autel uniquement dédié à Saint-Sébastien, associé avec celui de la Sainte-Croix. De Saint-Roch et Saint-Antoine, on ne parla plus et la confrérie disparue ainsi discrètement, ayant donné ses biens à la fabrique elle ne parvint plus à se reconstituer une clientèle suffisante. 

 

 

La confrérie de Saint-Hubert :

 

Très en vogue dans les Ardennes

 

Elle fut créée en 1665 à l’initiative du curé et régent de Thionville, Mathias Hollinger avec l’aide d’officier de l’hôtel de ville. Elle n’avait pas de lettres patentes, ni d’autorisation de l’évêché et seulement deux contrats de rente. Elle eut en 1669, une autorisation de l’évêque de Metz de se maintenir mais sans lettres patentes Elle recevait donc des membres indûment et élisait un maître sans y être autorisée. 

Aussi en 1735, Philippe Henrion, marchand à Thionville, alors maître de la confrérie, effectua des démarches pour obtenir les autorisations nécessaires. A cet effet, un inventaire des biens de la confrérie fut effectué et elle n’était guère riche :

 

  • Une statue de Saint-Hubert en bois

  • 1 cornet en argent

  • 1 drap de Damas vert

  • 2 aulnes garnies de franges d’or

  • 1 bannière

  • 1 plat de quête en étain

  • 1 clochette de ¾ de livre

 

Peu de membres, peu d’argent, absence d’autorisation officielle, pas de règlement ni de statut tout était réuni pour que la vie de cette confrérie soit difficile.

 

 

La confrérie Saint-Urbain :

 

 

Créée d’ancienneté par les vignerons de Guentrange, on en retrouve la trace dans des documents du 8 août et 9 décembre 1694 (AMT BB3 41V 44R)

Elle a fait récemment [2]l’objet d’une étude complète par Paul Médoc, président actuel de la confrérie.

 

[1]Certaines confréries, pas toutes, avaient un autel collatéral dans l’église paroissiale qui leur était dédié. Ainsi la visite canonique du 11 septembre 1721 précise qu’il y avait dans l’église (ancienne église Saint-Maximin) 5 autels ou chapelles collatéraux :  Sainte Croix – Sainte-Trinité – Saint Jean Baptiste – Sainte-Vierge – Saint-Sébastien. La dédicace de ces autels pouvait variée un peu au cours des années, ainsi la visite canonique du 2 mars 1751 ne cite plus que 4 autels collatéraux : Saint-Jean – Sainte-Croix – Sainte- Vierge et Sainte-Elisabeth. Dans la nouvelle église Saint-Maximin (celle d’aujourd’hui) la visite du 25 septembre 1763 cite les autels suivants : Sainte-Vierge – Sainte-Anne – Sainte Croix et Saint-Jean

[2]Décembre 2017 – Revue « Azur et Or » encore disponible à la vente ou aux archives municipales

Vous y retrouverez tous les renseignements sur cette très ancienne confrérie typique d’une confrérie dite de corporation, c’est à dire affiliée à un corps de métier, en l’occurrence les vignerons de Guentrange.

 

De toutes ces confréries créées avant le rattachement de Thionville à la France, seule la plus ancienne, la confrérie du Saint-Sacrement qu’on avait réuni à la fabrique de la paroisse et qui bénéficiait de toutes les autorisations, règlement et statut, connut une grande popularité, attirant des dons, rentes et membres.

 

Pour les nouvelles autorités françaises qui dirigeaient la ville depuis 1643 c’était une confrérie issue de « l’ancien monde » celui de la prévôté luxembourgeoise où se retrouvait la plupart des bourgeois de la ville avec la paroisse Saint-Maximin, elle aussi, encore sous l’autorité du diocèse de Trêves. Toutefois, la confrérie était bien gérée par la fabrique avec un livre de compte à jour et les différentes visites canoniques qui eurent lieu au 18èmesiècle nous montre une confrérie du Saint-Sacrement bien vivante et solidement associée à la paroisse.

 

La plupart des corporations de métiers de la ville y était associées car peu de corporations avait assez de membres, étaient assez riches et organisées pour créer et faire vivre une confrérie spécifique à leur métier comme cela avait sans doute été le cas au moyen-âge où les contraintes administratives étaient moins lourdes et la foi plus enracinée.

 

Le cas de la confrérie de Saint-Thiebault est particulier, ce n’était pas une confrérie mais une corporation qui regroupait plusieurs métiers, les maçons, les charpentiers, les couvreurs, les potiers de terre.

 

 

La confrérie du Rosaire :

 

 

Les nouvelles autorités françaises décidèrent donc de créer une confrérie strictement religieuse à laquelle toutes les corporations de la ville et tous les bourgeois et militaires pourraient adhérer. La population avait changé, les notables également, les postes clés à l’hôtel de ville et à la paroisse avaient changé de mains.

 

Même si à Thionville le protestantisme n’était pas une menace pour la religion catholique, les moeurs dans cette ville de garnison semblaient bien relâchés, les filles de la campagne venaient y chercher une occasion de sortir de leur condition et ne trouvaient souvent que la prostitution. 

 

En un mot, le moment avait semblé propice pour édifier cette nouvelle confrérie. A cette époque, les confréries dites du rosaire, dédiée à la vierge, étaient à la mode, il s’en créait beaucoup. Elles n’étaient pas liées à une corporation de métier, elles n’étaient que religieuse et vouées à la vierge Marie toujours très populaire. De plus elles consistaient à prier le chapelet (le rosaire) en groupe ou seul dans un lieu dédié, un autel ou une chapelle, ou même seul chez soi, donc facile à pratiquer et puis elles avaient l’attrait de la nouveauté.

Donc le 21 mars 1666, le sieur Dufay de la Garenne [1], major de la place avec Jean François Freidrich [2], échevin de la ville, conseiller au bailliage de Thionville et receveur des finances, associé à François Caulier, garde des magasins et receveur des domaines de Thionville 

 

[1]Charles Dufay de la Garenne major de la place, mort à Thionville le 4 avril 1684 à 80 ans.

[2]Ou Jean Nicolas Freidrich, voir mon article sur les corporations 3èmepartie qui donne des précisions ;

 

firent requête avec d’autres bourgeois de la ville au Révérend Père provincial des Jacobins (dominicains) [1]pour lui signaler qu’ils avaient obtenu du vicaire général de l’évêché la permission d’établir à Thionville une confrérie du Rosaire

 

Qui plus est, qu’ils avaient obtenu de l’hospice de Thionville, donc de la ville, la

permission d’installer la nouvelle confrérie dans la chapelle de l’ancien hospice de la ville (Beffroi), chapelle alors dédié à Sainte-Elisabeth.

 

L’autorisation officielle leur fut donnée le 2 avril 1666 par Claude de Breuillart de Coursan, vicaire général de l’évêché. La confrérie à l’initiative des notables de la ville, avec son règlement, ses statuts, son autorisation de l’évêché et sa chapelle dédiée pouvait prendre un départ prometteur, il le fut !

Pourtant, elle n’eut guère l’assentiment du clergé Thionvillois qui mettra en avant plusieurs griefs à son encontre :

 

  • La chapelle est petite, elle ne peut contenir que 60 à 80 personnes et les jours de fête la foule qui veut assister à la messe se répand sur la place du marché et dans les rues adjacentes occasionnant des perturbations dans la ville.

  • Les curés et vicaires de la paroisse sont distraits de leur devoir envers l’église paroissiale, de plus les paroissiens donnent plus à la confrérie qu’à la paroisse.

 

Aussi le clergé de la ville va demander le rattachement de la confrérie à la fabrique comme pour celle du Saint-Sacrement afin d’en avoir les commandes et les bénéfices. 

 

Mais l’évêque les déboutera en juin 1698, la fabrique ne gardera que la confrérie su Saint-Sacrement qui est en relative désaffection au profit de celle du Rosaire.

 

Cette confrérie et sa chapelle sont décrites dans chaque visite canonique de l’évêque de Metz comme richement pourvue et bien administrée.

 

 

Les obligations pour les membres de la confrérie étaient de réciter au moins une fois par semaine, un chapelet ou rosaire, les chapelets autorisés étaient ceux comportant 5, 10 ou 15 dizaines, en méditant sur les 15 mystères de la rédemption.

 

(Ci-dessous un chapelet à 5 dizaines, en nacre dans son étui, daté du milieu du 19èmesiècle provenant de la paroisse de Veymerange)

 

 


[1]L’autorisation d’édification des confréries du Rosaire était sous l’égide des dominicains qui en étaient à l’origine et en avaient été de fervents zélateurs.

Il était préconisé que la récitation se fasse au maximum en commun et en public et principalement aux fêtes de la Vierge avec procession le 1erdimanche de chaque mois

La procession se devait d’être plus solennelle le 1erdimanche d’octobre et à la fête de la Vierge Marie. 

 

Voilà notre confrérie du Rosaire bien née, instituée dans la chapelle Sainte-Elisabeth de l’ancien hospice des pauvres de la ville dans le bâtiment du beffroi.

 

Ce fut la dernière confrérie créée à Thionville. Elle ne disparaîtra, comme les autres, qu’avec l’arrêt du parlement de Metz du 10 mai 1763, interdisant de fait les confréries religieuses sous l’ancien régime. Toutefois quelques temps plus tard, la confrérie du Rosaire sera encore tolérée dans l’église paroissiale quelques années avant la révolution. 

 

Nous verrons dans le prochain article plus précisément la vie de cette ultime confrérie, sa disparition et le devenir de sa chapelle dans le beffroi de la ville.

 

 

 

Sources :

Notaires Thionvillois : Helminger et Fourot et Lanio ADM 3E7538 3E7539 3E7600-7606

Décembre 2017 – Revue « Azur et Or » encore disponible à la vente ou aux archives municipales

Notes de l’abbé Braubach aux archives municipales de Thionville

Thèse de Marie Claude Dubois « la confrérie du Rosaire » 1997- Besançon- Université de Franche-Comté

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Thionville – Confréries et corporations (6ème partie les bouchers)

Publié le par Persin Michel

Avant d’évoquer la corporation des bouchers, revenant un peu sur les signes représentatifs de ces corporations de métier. Nous avons déjà vu quelques éléments se trouvant au musée de  la Tour aux Puces de Thionville où l’on voit ces représentations de métiers. Nous avons aussi vu au sujet des tanneurs que ceux-ci avaient un blason créé par l’administration royale sous les ordres de Charles René d’Hozier, généalogiste du roi et juge des armoiries qui s’était vu confier par Louis XIV en 1696 la tâche de doter chacun, chaque couvent, chaque corporation d’un blason officiel moyennant un droit de 20 livres à payer pour en avoir le certificat et pouvoir éventuellement l’utiliser.

 

Les corporations de Thionville se virent donc imposer un blason confectionné par l’administration royale. A priori, ces corporations ne l’utilisèrent pas ou peu, je n’ai vu aucun acte en faisant état. Jean Claude Loutsch, dans son grand armorial du pays de Luxembourg (1974) les répertoria de façon non figurative [1].

 


[1]Publication de la section historique de l’institut du Grand-Duché de Luxembourg. AMT Tome 81 186P81

Je leur ai donc donné une forme plus explicite que vous trouverez ci-dessous :

Tanneurs-Cordonniers
Tailleur d'habits
Tisserands

 

St Thiebault (Maçons-Charpentiers-Couvreurs)
Merciers-Ciriers-Huiliers

 

Boulangers-Pâtissiers
Bouchers

 

Comme pour les autres professions, le dénombrement de la population thionvilloise de 1611, nous donne les noms des bouchers de la ville : (Toujours sous réserve de l’orthographe)

 

Nicolas Göbel – Peter Flie – Jean Ham (le vieux) et Jean Ham (le jeune) – Jean Neumetzler Nicolas Ham – Hans Klopstein – Schanen Claus – Johannnes Wolff – Johannes Wolckinger  Jean Göbel – Peter Wintringer – Peter Ham – Paulus Keichinger – Wolff Wintringer  Frantz Kertzen – Salentein Uttinger – Simon Troye – Adam Wintringer  Schanen Peter  Edmond Jenisson – Georges Reispurger – Hans Klopstein – Christian Melchior – Michel Ham – Nicolas Neumetzler.

 

Au nombre de 26, on remarquera de suite que plusieurs membres d’une même famille exerçaient ce métier, familles qu’on retrouvera listées en 1686 comme les Ham, les Klopstein ou les Kertzen.

 

Souvent assez riches les bouchers qui avaient des relations plus fréquentes avec les tanneurs et les fermiers des villages alentours, fonctionnaient sur le schéma classique des autres corporations : Ils avaient une maison de corps de métier, ils achetaient du bétail qu’ils mettaient à engraisser chez un fermier des alentours, parfois c’est eux-mêmes qui faisaient engraisser du bétail reçu de particulier.

 

« Ainsi le 29 avril 1672, un certain Charles Piquard dit « La montagne » cavalier dans les cravates royales en garnison à Thionville va laisser à François Mangeot, maître boucher, 19 bêtes blanches tant brebis que moutons pour les engraisser pendant trois années à la fin desquelles il devra lui rendre 19 écus blancs même si certaines bêtes sont mortes soit de fait de guerre ou de maladie. »

 

Comme les boulangers, ils étaient soumis à des contrôles réguliers de la part de l’hôtel de ville, les boulangers sur le poids et la cuisson des pains avec des amendes si un écart était relevé, les bouchers l’étaient sur la quantité et la qualité des viandes proposées. Leur corporation avait fixé des règles à ne pas négliger sous peine de sanctions. (Voir à ce sujet mon article paru le 27 janvier 2013 dans le Miscellanées 2013/2014 où sur le blog www.histoiredethionville.com.

Taper « Confrérie des bouchers » dans la zone : Recherche)

 

Cependant les bouchers devaient également s’acquitter de droits municipaux d’octroi sur chaque bête qui rentrait en ville : (Ci-dessous : Extrait du règlement de l’octroi de Thionville en 1813)

Extrait du règlement de l'octroi de Thionville 1813

Extrait du règlement de l'octroi de Thionville 1813

La mention de « Tuerie publique » fait référence à l’abattoir municipal qui n’existait pas au 17èmeet 18èmesiècle où les bouchers pratiquaient l’abattage chez eux.

 

Ces droits d’octroi toujours sujets de litige avec les marchands de la ville furent à l’origine d’un procès entre la ville et le corps des bouchers en 1770/1772. Ce fut une affaire aux multiples rebondissements. Je vous résume l’affaire ci-dessous :

 

« Les bouchers se devaient de payer l’octroi sur le bétail entrant en ville, toutefois un litige se fit jour sur les « pieds fourchus  [1]», les droits ne furent plus payés et la ville porta l’affaire devant la cour souveraine de Nancy qui débouta les bouchers et donna raison à la ville. Les bouchers demandèrent à la ville un échelonnement du paiement des arriérages dus à la ville, mais entre-temps, celle-ci demanda des saisies sur leurs biens à l’encontre de quelques bouchers, ce à quoi les bouchers s’opposèrent. 

 

La ville décida alors de porter l’affaire devant le parlement de Metz afin de contrer l’opposition aux saisies et de demander le paiement des arriérages. Cela déclencha la fureur du corps des bouchers qui déclarèrent ne plus vouloir payer ces arriérages et vouloir abandonner leur métier dans les trois mois si un compromis n’était pas trouvé.

 

La ville réagit vivement à ce chantage et prit une décision surprenante et originale par la lettre qui suit, envoyée à l’évêque de Metz :

 

Le 6 juillet 1772.  

Les officiers de l’hôtel de ville mis en demeure par le corps des bouchers de Thionville que ceux-ci abandonneraient leur métier le 1erjuillet 1772, suite à un procès que la ville a gagné contre eux. 

La ville décide avec l’agrément de l’intendant, d’appeler à leur place les bouchers forains, toutefois la chaleur de la saison ne permet pas d’exposer les viandes au grand air.

La ville a posé les yeux sur une chapelle voûtée qui lui appartient et qui servait jadis à la confrérie du Rosaire. Le service de cette confrérie ne s’y fait plus depuis l’arrêt du parlement de Metz du 10 mai 1763 sur le sujet des confréries et congrégations. 

Les ornements de la chapelle, les calices et confessionnaux ont été retirés et portés à l’église paroissiale toute proche où le service de la confrérie se fait encore en attendant l’arrêt définitif de la cour qui ne peut être que défavorable car la confrérie n’a pas de lettres patentes. 

La ville vous demande humblement d’user de cette chapelle pour y déposer les viandes des bouchers forains, car la ville n’a pas d’autres solutions.

 

Le 10 juillet 1772

L’évêque Louis Joseph de Montmorancy-Laval accepte l’utilisation de l’ancienne chapelle sous réserve d’accord du directeur de l’hôpital des pauvres [2]et à la condition que les trois autels qui sont dans ladite chapelle soient démontés ou masqués.

 

Le jour même, 10 juillet 1772, les bouchers de Thionville arrêtent d’exercer leur métier, mais la ville à fait placarder des affiches dans les villages alentours demandant aux bouchers forains [3]de venir faire le service de la boucherie en ville. 

 

[1]Animaux aux sabots fendus c’est à dire les ruminants, bœuf, moutons et autres

[2]Autorisation purement formelle, car le directeur est nommé par la ville 

[3]Ce nom dérive de « foire » ceux qui vendent sur les marchés ou foires. Par extension ceux qui ne sont pas bourgeois de la ville et ni résident pas

La ville va faire monter une cloison devant les autels afin de les soustraire à la vue, faire changer la serrure de l’ancienne chapelle et surtout, elle va faire commencer à tuer du bétail dès le 11 juillet 1772.

 

Puis la ville va nommer le sieur Dumère [1], secrétaire du commissaire des guerres à Thionville,  pour veiller aux intérêts de la ville, faire les recettes et dépenses journalières de l’affaire, assister à l’achat du bétail, maintenir l’ordre à la boucherie et surveiller le maître boucher Pierre Klopstein, ses aides et domestiques ainsi que Jean Reiter et sa femme employés par la ville pour servir à la boucherie.

 

Pour les bourgeois et la garnison, la viande s’achète donc dans l’ancienne chapelle du Rosaire et cela semble avoir bien fonctionné car dès le 3 août 1772, les bouchers de la ville cédèrent et reprirent leur métier.

 

 

[1]Il sera receveur des deniers publics de la ville et pour un temps avec son épouse Elisabeth Watelet, seigneur de Veymerange 

Pendant cette crise, la ville acheta :

 

5 bœufs et demi qui furent pris chez les bouchers de la ville et 10 autres achetés, 11 vaches, 61 veaux et 118 moutons.

 

Le sieur Dumère fut chargé de solder financièrement cette affaire en sachant que la ville avait dû payer la visite de l’ancienne chapelle pour en faire l’inventaire, les quelques travaux pour la serrure et les cloisons devant les autels, elle a encore payé les employés et la nourriture du boucher Klopstein et de ses aides, en contrepartie, elle a vendu les peaux des animaux aux tanneurs [1]et les bouchers de la ville ont repris la viande restante.

 

Quoi qu’il en soit la ville dégagera de cette opération un surplus de 287 livres tournois qui furent versé dans la caisse communale.

 

Dans cette crise de 1772, la ville a réagi vivement et sans transiger, estimant avoir déjà fait des concessions et fort de son bon droit avec l’accord de l ‘intendant et de la cour souveraine de Nancy et du Parlement de Metz. 

 

Une fois que les bouchers eurent repris leur travail, elle fit pourtant des concessions et accepta des remises et rééchelonnements des arriérages. Il semble même que les saisies envisagées furent abandonnées.

 

 

 

[1]Une peau de boeuf ou de vache était rachetée par les tanneurs à 11 livres, la ville en vendit ainsi 7 pour 77 livres. Elle vendit aussi le suif aux ciriers.

Deux habitants de la ville qui n’étaient pas bouchers à l’origine mais participèrent à l’organisation de cette boucherie transitoire furent aidés par la ville après la crise à s’installer comme bouchers à part entière et à intégrer le corps de métier.[1]

 

Nous avons vu que la boucherie temporaire fut installée dans l’ancienne chapelle du Rosaire alors désaffectée qui fut la chapelle de la puissante confrérie du Rosaire. Rare confrérie à avoir une chapelle dédiée et seule confrérie d’essence strictement religieuse non inféodée à une corporation de métier.

 

Nous verrons cela dans le prochain article sur les confréries thionvilloises.

 

 

Sources :

Notaires Thionvillois : Helminger et Fourot et Lanio ADM 3E7538 3E7539 3E7600-7606

1686 – La confrérie des bouchers de Thionville – Miscellanées 2013/2014

Notes de l’abbé Braubach aux archives municipales de Thionville

Jean Claude Loutsch - Publication de la section historique de l’institut du Grand-Duché de Luxembourg. AMT Tome 81 186P81

 

[1]Il est possible que leurs relations avec les autres bouchers ne fussent pas des plus amicales, idem pour Pierre Klopstein qui fut le boucher officiel de la ville pendant la crise.

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Thionville – Confréries et corporations (5ème partie)

Publié le par Persin Michel

Dans l’article précédent, j’ai évoqué l’encadrement d’une fenêtre actuellement au musée de la ville, datée de 1590, comportant deux motifs évoquant un corps métier. Pour moi le corps de métier représenté est celui des tisserands puisque les motifs sculptés sont une brosse à carder et un peson ou poids de métier à tisser. 

 

On voit sur cette gravure ancienne, deux métiers à tisser de drapiers où l’on voit clairement les pesons ou poids destinés à maintenir tendu, respectivement, les fils de trames et la partie du drap déjà tissé.  

 

Je viens de retrouver aux archives départementales de la Moselle un acte résumé ci-dessous : (ADM 3E7539 Fourot)

 

« Le 22 janvier 1669, les maîtres du corps des drapiers de Thionville, Nicolas Heizeler dit l’ancien et Friedrich Haus dit le jeune, se sont réunis pour décider de mettre à bail pour 6 années à l’honnête Abraham Aubertin, maître drapier lui aussi, la maison appartenant au corps de métier des drapiers qui se situe à Thionville, non loin de la grande église paroissiale… »

 

Cette maison du corps de métier des drapiers se trouvait donc non loin de l’église paroissiale d’alors qui était située sur la place devant l’actuelle église Saint-Maximin.

 

Nous savons que cet encadrement de fenêtre qui se trouve au musée de la ville aurait été trouvé au N°7 de la rue de la tour soit très proche de l’ancienne église paroissiale, donc de l’église Saint-Maximin actuelle. (Voir sur le plan ci-cdessus de 1754)

 

Il y a donc de fortes probabilités que cette fenêtre ait été celle de la maison du corps de métier des drapiers [1]de Thionville ce qui explique les deux motifs sculptés sur cette fenêtre, quant à la date de 1590 qu’on y voit, elle correspond bien au style des arcatures qui y figurent. Il faut savoir que le corps du métier de drapier à Thionville est identifié dans la ville depuis 1469.[2]

 

[1]Les métiers de tisserand et de drapier étaient très liés professionnellement.

[2]Grâce aux livres de comptes de la ville.

Le premier dénombrement de la population de Thionville date de 1611, il nous donne le nom des 18 drapiers exerçant en ville : (Sous réserve de l’orthographe)

 

Peter Keiser – Jean Muller – Jacob Kirsch – Georges Kontz – Jacob Brandenburger – Gaspard Oswald – Hans Niclaus – Jean Flam – Gaspard Hellinger – Jean Kremer – Jeronimus Landtmeyer -Peter Schadenbourg – Nicolas Mentena – Jean Trute – Peter Hettinger – Jean Gascher – Hans Georg – Hans Steil

 

Nous pouvons encore tirer de cet acte, la confirmation de ce que j’avançais dans mes articles précédents : Pour l’ensemble des corps de métiers de Thionville, la possession d’une maison de métier était la règle commune, tout comme la possibilité de louer ces maisons à des membres du corps de métier et même à des particuliers afin d’en tirer parti.

 

Venons-en maintenant aux boulangers, fort nombreux à Thionville [1], ils étaient comme les autres métiers organisés en corporation. On conçoit aisément qu’ils avaient une place prépondérante dans la ville, le pain étant par essence le premier aliment des habitants.

 

Depuis toujours la fabrication du pain était une occupation essentiellement domestique et ménagère. Quand arriva la féodalité et les grands domaines religieux, abbayes et couvents, le besoin se fit sentir de produire des pains en plus grand nombre pour subvenir aux nombreuses personnes qui vivaient dans ces domaines, moines et civils, officiers et serviteurs des seigneurs. On construisit donc des fours collectifs à même de répondre aux besoins. Les abbayes et certains couvents eurent leur propre four et les seigneurs firent construire des fours communs à tous les habitants dont le fonctionnement fut calqué sur celui des moulins dits banaux. L’utilisation de ces moyens de production fut assujettie à une taxe ou redevance, dite de banalité.  

 

Toutefois, ces bâtiments spécifiques, moulins et fours qui avaient nécessité de gros efforts financiers pour leur construction réclamaient aussi un entretien régulier par des artisans spécialisés. De plus, à chaque guerre, siège ou conflit local, ils étaient les premiers bâtiments à être endommagés, voire détruits, ce qui impliquait leur reconstruction ou réparation de la part du seigneur. Celui-ci, souvent désargenté, peinait à exécuter les travaux, aussi de nombreux fours et moulins restèrent à l’abandon pendant des années. Pendant ces périodes, les habitants cuisaient le pain chez eux, ce qui était formellement interdit. Devant ces difficultés les seigneurs essayèrent de se débarrasser de cette charge en la transmettant à la communauté, ville ou village.

 

Ce fut le cas à Thionville où nous savons qu’un four banal existait déjà en 1239, le propriétaire étant alors le comte de Luxembourg qui possédait également les moulins de la ville. Ceux-ci furent donnés, moyennant finance à la ville en 1438 et 1462, respectivement par Guillaume de Saxe [2]et Philipe II de Bourgogne [3]alors duc de Luxembourg. Le four banal fut donné [4]à la ville en 1577 par Philippe II d’Espagne [5].

 

Dès la fin du 16èmesiècle, les moulins et le four de Thionville furent communaux et affermés à des particuliers moyennant redevance ou canon annuel, les réparations et l’entretien étant à leur charge.

 

[1]17 au dénombrement de 1611 et encore 15 en 1818

[2]Qui était le gendre d’Elisabeth de Goerlitz

[3]Dit « Le Bon » (1441 – 1467)

[4]Donné contre du bon argent sonnant et trébuchant ! 

[5]Fils de Charles Quint (1555- 1598)

A cette époque, le métier de boulanger n’existait pas encore, il y avait un meunier qui produisait la farine et un préposé au four banal ou communal chargé de cuire le pain qu’avait façonné chez eux les particuliers. Toutefois dans les abbayes, certains couvents importants, dans les armées, dans les grosses villes ou bourgades partout où la production était importante, existait un préposé à la préparation de la pâte et au façonnage des pains. (Ci-dessous - Blason des boulangers de Paris)

 

Le métier de boulanger était né [1]et prospéra de façon importante en relation très étroite avec celui de meunier de telle sorte que rapidement leurs familles s’allièrent. Il est courant à Thionville de trouver des familles de meuniers alliées à des familles de boulangers et cela sur plusieurs générations.

 

Rapidement ces familles qui maîtrisaient une partie de la chaine de production : Farine, préparation, façonnage des pâtes et cuisson, voulurent maîtriser l’ensemble du processus en y intégrant la production des grains, froment et seigle. 

 

Ainsi les boulangers les plus riches de Thionville achetèrent des métairies à grain dans les villages alentours, marièrent leurs filles aux meuniers de la ville et purent contrôler le l’ensemble de cette chaîne alimentaire.

 

Le corps de métier des boulangers englobait également les pâtissiers de la ville. 

 

A cette époque leur patron était Saint-Michel [2], Saint-Honoré viendra plus tardivement.

 

Déjà au dénombrement de 1611 nous trouvons à Thionville 17 boulangers :

 

Jean Undrich – Enders Ventsch – Michel Oettringen – Niclaus Asselborn – Michel Reuher Martin Oetringer – Niclaus Steffen – Gaspar Guttnacht – Antoine l’Angelois – Gabriel Wardel  Daniel Becker – Nicolas Stroesgen – Jean Prost – Philips Becker – Matthéis Weber - Peter Straby – jean Deutsch

 

Une transaction passée le 4 novembre 1682 entre ce corps des boulangers et Jean Gillot

directeur de l’hôpital de Thionville nous apprend que celui-ci a vendu tous les grains se trouvant dans les magasins et les greniers du roi, au corps des boulangers de la ville. Il ne gardera par devers lui que pour sa nécessité. Ces grains sont vendus pour faire de la  farine puis des pains qui seront distribués sur les étals de la ville. Sur les greniers et dans les magasins du sieur Gillot, il y a 300 maldres[3]de grains qui seront vendus 31 escalins le maldre payable au fur et à mesure de la distribution. 

 

Cet acte liste l’ensemble des 22 membres du corps de métier de boulanger :

 

Antoine Bahr – Nicolas Henry – Sibile Gulden – La veuve de Robert Mathieu – Pierre Beuren Georges Maurice – Oswald Lige – Nicolas Mathieu – Jean Schouder – Antoine André – Sinon Rosar – Michel Wolkringer – Jacques Henry – Marie veuve de Veirich – Nicolas Propst – Gille Plomb – Claude Henry – Pierre Algringer – Denis Julien – Bernard Claud – Edmond Veirich La veuve André.

 

[1]Les pains réalisés étant ronds sous forme de boules, on les appelait «boulenc » en picard, ce qui donna par la suite boulanger.

[2]Ou éventuellement Saint-Gabriel ou Saint-Raphaël mais à Thionville c’était Saint-Michel où existait une chapelle dédiée à ce saint, la chapelle de l’ossuaire.

[3]Le maldre de Thionville contient 8 bichets de blé soit 2 hectolitres 20 litres 50

Au fil des documents nous trouvons les noms suivants :

 

En mai 1681 Pierre Beuren

En 1681, Georges Maurice et sa femme Marguerite Gérard vend à Sébastien Henry une maison rue brûlée devant le magasin où sont les moulins à bras pour 250 écus blancs.

En novembre 1681 Jérosme André et Antoine André marié à Marie Beuren où nous voyons déjà une alliance entre la famille André, meunier et boulanger et la famille Beuren.

En juillet 1684 Nicolas Mathieu

En avril 1692 Jean Vanderpoel – Scharff et Maréchal qui feront le pain de munition.

En septembre 1707 Félix Will boulanger et pâtissier

En avril 1728 André Blondin marié en seconde noce à Anne Françoise Herman dont le père André Herman était boulanger. André Blondin fut inhumé dans la chapelle Saint-François ou des lépreux à Thionville[1]

En janvier 1738 Nicolas Decker

En avril 1754 Pierre Mouzeler marié à Anne Confes ou Conseil

 

Voilà un aperçu de quelques noms de boulangers trouvé au fil des archives mais je voudrais retenir ici un seul nom, celui de Pierre Beuren [2], maître boulanger de Thionville en 1680 car il est représentatif [3]des boulangers de Thionville.

 

Il est probablement né vers 1629, soit avant que Thionville ne devienne française, au début de la guerre de Trente ans. Vers 1650, il va épouser Jeanne Pierre fille de George Pierre maître tonnelier à Thionville.

 

Dans les années 1660, il aura de ce mariage une fille, Marie, qui épousera le 25 novembre 1681, Antoine André, meunier du moulin de « Daspich » [4], lui-même fils de Jérôme André, meunier au même moulin, et Jeanne Louis. Marie André décèdera le 3 décembre 1702 à « Daspich » âgée de 42 ans.

 

Il aura encore une autre fille puis le 30 mars 1677 un garçon qu’il prénommera Pierre et qui deviendra maître boulanger comme son père. Le 30 avril 1697 il épousera Marie Anne Petelot, dont le père était Cuny Petelot, distillateur. Les témoins du mariage seront Denis Petelot, cabaretier à Thionville et sa sœur Marie épouse d’Antoine André. Il serait décédé le 8 janvier 1713 à Thionville.

 

Pierre Beuren, père, semble avoir eu de nombreux enfants dont beaucoup sont morts en bas âge. Il se remariera à 60 ans, le 4 octobre 1689 avec une femme de 30 ans, Marie Künen que lui avait présenté Jean François de Gévigny, bailli d’épée de Thionville.

 

Il est décédé à la fin du mois de septembre 1693 à Thionville, sa fille Marie et son époux Antoine André associé à une autre de ses filles, Hélène, mariée à Jean Antoine Clein, major d’un régiment de dragons, demandèrent l’inventaire de ses biens.[5]

 

[1]. Voir l’histoire de l’ancienne chapelle des lépreux parue en 2017 par Michel Persin

[2]Ce nom dérive probablement de Bauer soit paysan en allemand.

[3]On peut le considérer dans le peloton de tête des plus importants boulangers de Thionville au 17èmesiècle

[4]On fait aujourd’hui Terville, car à cette époque ce moulin qu’on appellera le moulin Scholler ou moulin rouge était considéré comme étant à Daspich mais un décret de Napoléon 1ertranchera son appartenance à Terville.

[5]Le document est lu et expliqué en français mais aussi en langue germanique

En premier, nous savons qu’il a de bonnes relations avec ses collègues ainsi qu’avec l’ensemble des habitants.[1]

 

Il tient boutique dans une maison située à Thionville, rue des pères capucins, proche de la maison du lieutenant Cette maison se compose d’une cave, d’une boutique et d’une cuisine sur l’arrière, au-dessus de la boutique, il y a deux chambres hautes et au-dessus encore, les greniers. La maison mesure 3 mètres environ de façade sur la rue, c’est à dire la longueur de la boutique, elle fait 8 mètres de profondeur. Elle doit au roi, 2 chapons par an, payables à la recette du domaine.[2]

 

Il a acquis cette maison le 8 février 1669, de Jean Pierre Beuren, prêtre de Luttange et de Madeleine Ries veuve de Nicolas Beuren, adjudant au Luxembourg pour la somme de 280 écus blancs soit 840 livres tournois, plus 10 écus blancs pour les héritiers de Jean Pierre Beuren.[3]

 

Le 6 décembre 1692, soit peu de temps avant son décès, il va louer pour 4 années et 28 livres 10 sols annuelles, les deux chambres hautes de sa maison ainsi que la cave à George Florentin, jardinier de Thionville et à son épouse Tonelle Rozard.

 (Ci-dessous la marque du boulanger Rosard).

 

 

 

On apprend dans cet acte que ledit Florentin habite à ce moment une autre maison de Pierre Beuren qui se trouve rue de l’hôpital.

 

Au cours de sa vie, il a aussi formé des apprentis dont son fils Pierre et passé un grand nombre d’actes notariés divers, rebâtissant une grange en 1677 avec le sieur Brocquard échevin d’église. Vendant une rente sur les biens d’Adam Demuth à Jean Nicolas Bock, conseiller du roi, lieutenant particulier au bailliage et tant d’autres transactions diverses. Son inventaire après décès contient plus d’une cinquantaine d’actes notariés divers lui appartenant ou à sa famille dont certains documents sur parchemin datés du 16èmesiècle 1560, 1570, 1590… Où l’on apprend qu’il possédait de nombreuses terres à Elange et Terville dont une métairie de famille [4]appelée « Beurenhoff ».

 

A Elange, il possédait des terres à grains qui furent ensuite acquises par un autre boulanger, Antoine Blondin de Thionville dont le beau-père était boulanger également.

 

S’il ne savait pas écrire, il avait sa marque qu’il apposait sur tous ses actes, un bretzel ou craquelin que l’on retrouve sur une croix ou clavaire qu’il a fait réaliser en 1692 et qui se trouve aujourd’hui à Terville, dans le parc Chatillon.

 

 

[1]Car dans ses papiers lors de l’inventaire après décès, on retrouve très peu de procès, qui pourtant étaient fréquents à l’époque. Ainsi il était particulièrement proche des boulangers Veirich 

[2]Description faite à l’occasion d’un pied terrier de la ville demandé par un arrêt du conseil d’état du 24 avril 1689 et par l’intendant Chamol. La confection du pied terrier est supervisé par le lieutenant général et commissaire Clémery

[3]Pierre Beuren, le boulanger et Jean Pierre Beuren, le prêtre sont très certainement de la même famille, mais sans doute déjà éloignée.

[4]La famille Jean Pierre Beuren le prêtre de Luttange, mais qui fut au paravent curé d‘Inglange

Cette croix monumentale de type calvaire fut édifiée en 1682 par le sculpteur François Lapierre de Rombas. Elle se trouvait le long du ruisseau de Veymerange et fut jetée à terre par les prussiens en 1870. 

 

Restaurée par le sculpteur Erlange de Terville en 1880, elle fut rétablie au même endroit puis mise plus en sureté dans la cour du presbytère de Terville en 1900. (Photo ci-dessous)

 

 

 

Plus tard, elle sera placée dans le parc Chatillon, entourée d’une grille où l’on peut encore la voir. (Ci-dessous)

 

 

J’ai fait une description détaillée et retracé l’histoire de cette croix dans le livre « Terville, histoires retrouvées » paru en 2013 disponible à la médiathèque de Terville ou à la mairie.

Dans l’histoire de cette croix, je ne voyais pas d’explication à la présence de la statue de Sainte-Agathe sur le fût de la croix. Il semble bien que cette statue face référence à un certain Jean Agathe qui figure sur un acte de 1590 relatif à des rentes foncières à Elange que j’ai retrouvé dans l’inventaire après décès de 1693.

 

On retrouve bien chez Pierre Beuren, riche boulanger de Thionville, le fait de s’allier avec une famille de meuniers, ici la famille André et de posséder également une ou des sources d’approvisionnement en grains par la possession d’une ou plusieurs métairies, ici à Elange.

 

Ensuite l’argent était investi dans des maisons [1]terres agricoles, jardins, vergers [2]et des maisons soit en ville, soit dans les villages alentours. L’intégration sociale dans la ville se faisait au travers du commerce et des affaires diverses et par l’appartenance à une confrérie, ici Saint-Michel puis la confrérie du Rosaire [3], non spécifique aux boulangers mais regroupant tous les notables, marchands et artisans de Thionville.

 

[1]Ainsi Pierre Beuren possède à Thionville, outre les maisons déjà citées, rue des pères capucins et rue de l’hôpital, qui est la maison où il est mort et qui possède une grange et des écuries où l’on trouve une vache rouge et grise et 4 cochons lui appartenant. Cette maison n‘est pas louée, car il y habitait récemment mais l’écurie est louée au sieur Colman pour 19 livres. Pierre Beuren possède encore deux autres maisons : Une dans la grande rue, louée à Pierre Maurice, boulanger, pour 66 livres et une autre maison, les casernes d’un côté et Jean Grozellier, maître tisserand, de l’autre, louée à Georges pour 27 livres

[2]10 nouées de vignes à Guentrange, un jardin porte de Metz, une métairie à Beuvange-sous-Saint-Michel et une métairie à Terville les deux rapportant plusieurs maldres de froment, seigle et avoine mais aussi des pois

[3]En 1700 et 1706, Pierre Mouzeller, boulanger et Anne Conset ou Conseil font une donation importante à la confrérie du Rosaire dont le maître est le sieur Colles.

On voit également que certains boulangers prêtent de l’argent à des notables et dans le cadre de mes recherches sur le couvent des clarisses, j’ai pu noter que les clarisses de Luxembourg dont émane le couvent de Thionville, avait comme « bienfaiteurs » le corps des boulangers de Luxembourg.

 

En étudiant ces boulangers, on s’aperçoit qu’ils se fournissaient en farine aux moulins de Thionville, y compris celui de Beauregard et de Terville. Quand ces moulins ne fonctionnaient pas ou n’avaient pas assez de rendement, l’armée possédait des moulins à chevaux dans un magasin en la rue brûlée et de nombreux moulins à bras qu’il lui est arrivée de prêter aux boulangers pour moudre eux-mêmes leur farine.

 

Ainsi le 9 décembre 1768, l’hiver est rude et les glaces ont pris toutes les eaux depuis 15 jours aussi le procureur du roi fait distribuer de la farine aux boulangers venant des moulins à bras de l’armée.

 

Lors des manœuvres en ville ou autour de la ville, certains boulangers étaient réquisitionnés pour produire, moyennant finance, le pain de munition. Voir mon article sur le sujet dans le Miscellanées 2013/2014. (Aux archives municipales de la ville)

 

Il arrive aussi quelques litiges, ainsi le 29 octobre 1708, le corps des boulangers-pâtissier de Thionville va faire un procès à Jean Thiebault, cordonnier qui avait fait et cuit des pains pour deux soldats de la garnison qui lui avait donné de la farine. On remarque qu’il y a peu de litiges entre boulangers et qu’au final la corporation joue à plein son rôle d’intégration et de régulation.

 

Je vais terminer ici cet exposé sur les drapiers et boulangers de Thionville sous l’ancien régime, il nous restera à voir le corps des bouchers et la confrérie du Rosaire.

 

Bonne lecture à tous et à bientôt

 

Sources :

Notaires Thionvillois : Helminger et Fourot ADM 3E7538 3E7539

Terville, Histoires retrouvées – 2013 – Michel Persin

Réception d’un boulanger en 1707 à Thionville Miscellanées 2013/2014 aux archives municipales de Thionville ou dans ce blog. Taper "1707 boulanger"  dans la case recherche 

Le pain de munition à rechercher dans ce blog. Taper "Munition" dans la case recherche

 

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Publié le par Michel Persin

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Thionville – Confréries et corporations (4ème partie)

Publié le par Persin Michel

A Thionville, comme dans toutes les villes, existait donc un nombre important de corporations de métiers souvent associés à des confréries religieuses.

 

Les principales étant celles des bouchers, des boulangers et des tanneurs/cordonniers, mais il en existait bien d’autres comme celles des merciers et celles tout aussi importante regroupant les métiers liés au bâtiment.

 

La corporation des merciers était très puissante car comme on le disait à l’époque :

« Merciers, marchands de tout, faiseurs de rien ». Effectivement, les merciers ne fabriquaient rien, ils achetaient diverses marchandises qu’ils revendaient et à Thionville ces boutiques étaient très nombreuses, on y trouvait de tout comme on le voit dans les inventaires après décès.[1]On trouve sur le linteau d’une maison située au 20 rue de Jemmapes un blason de métier ayant appartenu à Mathieu Delhaye, mercier de son état.[2]

 

Il existe aussi un acte du 7 juillet 1697 qui nous montre que le corps des merciers avait obtenu le droit de vendre les vinaigres et de distiller le Brandwin [3]et cela en vertu des nouveaux droits établis sur la distribution des eaux de vie et vinaigres qui avaient été affermés à des fermiers à qui les merciers devaient donc payer une taxe importante.

Si importante, qu‘ils avaient dû faire un emprunt de 4500 livres tournois afin de payer ces nouveaux droits. Voici un extrait de l’acte :

 

« Devant les notaires royaux de Thionville furent présent en personne Claude Lestamy, maître du corps des marchands merciers de Thionville avec les confrères Nicolas Viry, Jean Vlery, Nicolas Frantz, Jean Degoix, Pierre Lescuyer, François Poiret dit « Bocage » Claude Herbelo, Jean Nicolas Lang, Nicolas Tailleux, Abraham Lamberty, Conrad Schwabe, Jacques Concet (Conseil), Adam Grenier, Adam Poiret, Sébastien Husson, Nicolas Augustin, Jean Weel, Jean Michel Wée, Paul Bonnaventure, Germain Berjon, Jean Augustin, Cuny Petelot, tous marchand et composant le corps des merciers de Thionville. Ceux-ci ont donné pouvoir , autorité et puissance par ces présentes lettres aux sieurs Jean Guillaume Muller, Jean Collin, Denis Jeanjean et Pierre Dubois qui sont marchands à Thionville de faire pour eux tous et pour tout le corps des merciers vendeurs et distillateurs de Brandwin et de vinaigre, un emprunt d’une somme de 4500 livres tournois pour faire le remboursement de la somme avancée par les fermiers des droits nouveaux établis sur la distribution des eaux de vie et vinaigre le tout conformément à l’arrêt du conseil ordinaire de l’intendant… »

 

Le 9 août 1697 un autre acte nous confirme que par devant les notaires royaux de Thionville « Les sieurs Martin Bonjean, Claude Renouard et Dominique Scharff [4]ont reçu le pouvoir du plein corps des marchands merciers de Thionville par les mains des sieurs Muller, Collin, Denis Jeanjean et Pierre Dubois pour la somme de 4400 livres tournois conformément à l’arrêt du 9 juillet dernier rendu au profit des marchands merciers de Thionville et en plus 100 livres tournois pour dépens soit 4500 livres tournois, somme qu’il leur a été réellement délivrée. Ils consentent donc que l’arrêt soit exécuté selon sa forme et qu’ils puissent jouir de l’adjudication qu’il leur a été faite par messieurs de l’hôtel de ville du droit à eux accordé sur les brandwins et vinaigres et cela pour 9 années.

 


[1]Voir celui du marchand Jean Degoix en 1709 (Miscellanées 2017 page 57 ou sur le blog :«www.histoiredethionville .com»

[2]Voir le premier article sur les corporations.

[3]Alcool provenant de la distillation du vin

[4]Tous échevins de l’hôtel de ville

Ils promettent de remettre en main des marchands merciers les papiers qu’ils pourront avoir concernant lesdits droits et cela incessamment. Fait à Thionville le 9 août 1697. »

 

Comme on peut le voir, il y a plus de vingt merciers à Thionville en cette fin de 17ème siècle et si tous ne sont pas riches, certains d’entre eux se hissent dans le haut du panier des notables thionvillois.

 

Un autre corps de métier revêt une certaine importance, je veux parler ici de tous les métiers liés au bâtiment : maçon, couvreurs, charpentiers, menuisiers et plus étonnant les potiers de terre. Comme cette corporation regroupe plusieurs métiers différents, elle a pris le nom de sa confrérie religieuse soit Saint-Thiebault dont le maître en 1682 était Jean Leyendecker (Leydecker) 

 

Un acte de vente de leur maison en date du 22 mars 1693, nous donne quelques précisions sur ce regroupement de métiers au sein de la confrérie, en voici un résumé :

 

« Devant les notaires royaux de Thionville sont comparus Michel Kaikel et Nicolas Velter, vieux et jeune maîtres de la confrérie Saint-Thiebaut érigée à Thionville dans laquelle sont regroupés les métiers de maçons, charpentiers, menuisiers, couvreurs et potiers de terre avec les confrères qui suivent :

Christian Beuren, Gaspard Boenner, Bernard Léger (le jeune), Jean Brauer, Jean de la Croix (sculpteur), André Malinger, Nicolas Reuther (maçon), Jean Vehl, Jean Chomade, Dernid Cire, Jean Beck, Pierre dit Pierre Charpentier, Antoine Bertin, Philippe Levesque, Mathis Claus, Etienne Michel, Jean Garnier, Jean Collin, Jean Puissot dit « La Haye », Jean Antoine, Etienne Bossa, François Poiret, Michel Robin (menuisier), Louy jean Bouzin et Adam Leindester (couvreurs) et finalement Nicolas Euvrard Vocker potier de terre, lesquels nous ont dit consentir à la vente de leur maison de confrérie située dans la rue de l’Hôpital avec d’un côté Jean Tourlet et de l’autre Michel Vehe et les héritiers de Nicolas Reuther.

 

La vente est faite entre les mains de monsieur de Clémery, écuyer, conseiller du roi, lieutenant général au bailliage de Thionville avec pouvoir en date du 24 février 1693 accordé par le sieur Richard, procureur du roi audit siège de Thionville, tout cela apposé au bas du procès-verbal fait le 28 février dernier en son hôtel et qui restera joint à l’acte de vente pour y avoir recours si besoin.

 

Les acheteurs sont Jean Grozellier, maître tisserand de Thionville et son épouse Marguerite Cré, ils habitent déjà cette maison depuis 1682 et ont déjà payer une partie du prix de vente qui se monte à 900 livres tournois, la maison est franche de droits. »

 

Un autre acte du lundi 18 janvier 1694, nous explique que la confrérie Sant-Thiebault à bien reçu le paiement de la vente et donne au sieur Grozellier les papiers suivants :

 

Un acte d’achat sur parchemin de ladite maison par la confrérie datée du 22 septembre 1498 (ou 1428).

 

Un acte en papier en date du 26 février 1637 qui mentionne l’ouverture de deux fenêtres prenant jour sur une autre maison par derrière et signé du notaire Osweiller.

 

Nous savons par un acte du 7 août 1662 que c’est Jean Herga, huillier à Thionville qui avait vendu à Nicolas Reuther, maçon, une partie de la maison mitoyenne à la maison de la confrérie Saint-Thiebault.

Signatures et marques des confrères de Saint-Thiebault au bas de l’acte

Signatures et marques des confrères de Saint-Thiebault au bas de l’acte

On voit là l’ancienneté des corporations et des confréries à Thionville [1]et le regroupement par métiers associés, au sein des confréries ainsi que le rattachement de certains métiers trop peu nombreux pour constituer par eux même une corporation.[2]

 

On voit aussi que ces corporations avaient des maisons de métiers dans la ville. Elles les louaient à des particuliers, ne gardant souvent la disposition que d’une pièce à l’usage de leurs assemblés. Ces maisons de métiers devenaient des maisons de rapport qu’elles pouvaient vendre à l’occasion en fonction de leurs besoins financiers. 

 

Un autre acte du 22 mai 1663 nous dit que Pierre Gascher, cordonnier, avait vendu avec son frère à Nicolas Louis dit « Latouche » et Marie Laux sa femme une chambre avec grenier à côté de la maison des maîtres drapiers.[3]

 

Ces maisons de corporation arboraient parfois un signe distinctif, un blason comportant des « meubles » représentatifs du métier comme le blason de la maison située au N° 20 rue de Jemmapes où nous voyons encore les armoiries des merciers. (voir le premier article de cette série)

 

Toutefois Thionville ayant été si souvent remaniée avant le 18èmesiècle, peu de ses blasons subsistent. Il en existe bien sur une des maisons de la « Place aux bois » au-dessus du boucher- charcutier - traiteur « Nosal ». 

 

[1]A la fin du 17èmesiècle la ville comptait entre 12 et 16 corporations et donc plusieurs confréries

[2]Potiers de terre, perruquiers, apothicaires, médecins et chirurgiens…

[3]Au moyen-âge cette corporation des drapiers avait été très puissante à Thionville et possédait un moulin à foulon à Beauregard qui sera reconverti par Pierre Dubois en moulin à farine sur ordre du gouverneur de Thionville au 17èmesiècle

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Cependant cette série de motifs sont relativement récents [1]et ne font que s’inspirer des blasons de métiers anciens.

 

D’autres encore, du siècle dernier, ne sont là que pour décorer une porte suivant la sensibilité particulière du propriétaire comme au N°14 de l’avenue Albert 1er.

 

[1]19èmesiècle

Il reste toutefois un autre blason au-dessus d’une porte sous [1]les arcades de la place du marché (Anne Grommerch). Ce blason est très ancien, probablement du 16èmesiècle peut-être même un peu avant. Tous les ouvrages ou articles parus sur Thionville qui font état de ce blason l’attribuent à une ancienne famille luxembourgeoise portant le même blason avec trois lévriers courants. Plusieurs familles sont sur les rangs. Je ne donnerai ici que celle que j’ai moi-même identifiée comme possible et qui serait la famille Marschalk dont un des membres, Nicolas, fut échevin de Thionville de 1401 à 1419, il était marié à Catherine de Bettingen. 

Son père Thierry fut en 1374, un homme du duc de Luxembourg. La famille fit un don aux Augustins de Thionville en 1498 et portait les armes ci-dessous.

 

On pourrait se contenter de cette explication mais voilà a y bien regarder, je ne m’en contenterai pas !

 

Ce blason se trouve sur la place du marché (Anne Grommerch) qui au moyen-âge était bordée par les échoppes des marchands. Les nobles portant blason n’habitaient pas là, mais dans la cour du château ou autour de l’église paroissiale (paroisse) 

 

[1]Ou Marschal

Au 15ème, 16èmesiècle, l’héraldique est très codifiée et les animaux représentés répondaient à des critères esthétiques précis ainsi les lévriers sont toujours représentés avec un museau allongé, les oreilles en arrière puisqu’ils sont censés courir et ils sont toujours colletés, c’est à dire qu’ils ont un collier, comme sur le blason de la famille Marschalk qui répond bien aux critères ci-dessus.

 

On peut voir ci-dessous un autre blason sculpté représentant des lévriers avec cette même codification stéréotypée.

 

Un simple regard sur le blason des arcades de la place du marché (Anne Grommerch) permet de voir que ce blason ne reprend absolument pas les codes héraldiques représentant des lévriers et pour que vous en soyez sûr voici un gros plan de la tête des animaux de ce blason.

Gros plan de la tête d'un animal du blason

Gros plan de la tête d'un animal du blason

Très franchement cet animal n’est pas un lévrier, mais fait penser immédiatement à un lièvre ou autre animal de ferme, oreilles en avant, museau court et arrondi, œil arrondi typique et pas de collier.

 

Ajouté à cette première remarque, le fait que des anneaux de corde entourent le museau des animaux (celui du milieu et celui du bas) me conduit à penser que ce blason est celui d’une corporation ou d’un marchand lié au commerce de gibier, boucher ou épicier.

Sur l’animal en bas du blason :

On distingue plus nettement l’anneau de corde entourant le museau et un bout de cette corde remontant vers le haut des pattes.

 

Cela correspondrait bien à l’emplacement du blason et à sa représentation. Je le classerai dans la catégorie des blasons de métiers, ancêtres des enseignes pendantes [1]qui suivront puis de nos publicités actuelles.


Le musée de Thionville possède dans ses collections quelques éléments du 15èmesiècle représentatifs des corporations thionvilloises :

 

[1]Faites en fer forgé dont certaines très esthétiques existent toujours.

Vous trouverez ci-dessous une sélection des blasons de corporations qui sont visibles dans le musée de Thionville. Ils proviennent pour l’essentiel de pièces trouvées à l’occasion du démantèlement des fortifications de la ville en 1903, dans les ruines de la chapelle des Augustins de Thionville qui a été détruite pendant le siège de 1558.

 

Une clé de voûte de l’ancienne chapelle des augustins qui porte les attributs de la corporation des tisserands. (Peigne et navette)

 

 

Toujours provenant de la chapelle des Augustins, la pierre tombale du boucher Jean Lebler décédé à Thionville en 1498, comportant les attributs classiques des bouchers: couteau et couperet

 

 

Un morceau d’un linteau de porte portant les signes distinctifs des bateliers et pêcheurs de la ville.

 

Un haut de fenêtre daté de 1590, comportant au milieu d’arcatures gothiques, des attributs corporatifs tels qu’un peigne à carder et probablement des poids de métier à tisser éventuellement une balance mais qui serait sans rapport avec le peigne à carder. (Trouvée en 1924 au 7, rue de la Tour, toujours dans l’opération de démantèlement des remparts)

 

Les dénombrements de Thionville nous donnent quelques chiffres sur les différents métiers représentés à Thionville :[1]

 

41 merciers – 34 cordonniers – 29 maréchaux ferrants – 26 bouchers – 25 boulangers – 24 drapiers – 23 tisserands – 17 laboureurs – 15 couturiers – 9 tonneliers et 6 pelletiers (fourreurs)

 

On peut y rajouter les vignerons de la confrérie Saint-Urbain de Guentrange [2], les porteurs de sacs et un ensemble de petits métiers isolés.

 

Dans le prochain article, j’évoquerai les bouchers et les boulangers, ensuite nous verrons les confréries religieuses liées à ces corporations et pour clore cette série, la confrérie du rosaire, seule confrérie thionvilloise exclusivement religieuse non liée à une corporation.

 

 

 

Sources :

Actes notariés aux ADM – Helminger 3E7520 à 3E7538 Bonjean 3E7806 à 7850 et Robin 3e7549 à 3e7584

Archives communales de Thionville – Notes de l’abbé Braubach 

Les photos prises au Musée de la Tour aux Puces, cour du château à Thionville, sont publiées avec l’aimable autorisation de Monsieur Jackie Helfgott, adjoint délégué à la culture au patrimoine et au tourisme.

 

Les photos sont prises par mes soins

 

[1]Chiffres du 17èmeet 18èmesiècle donnés par Gabriel Stiller et repris par Jean-Marie Yante en 2008 mais qui sont à prendre avec prudence certains métiers étant regroupés ou confondus.

[2]Etudiée par Paul Médoc dans sa revue N°1 de décembre 2017 « Azur et Or »

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