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Histoire de Thionville et des villages alentours

Histoire de Thionville et des villages alentours

Numéro ISSN: 2492-2870 Histoire de la ville de Thionville et des villages alentours à partir de documents d'archives

Articles avec #thionville 17eme siecle catégorie

Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

François Claude Hue de Saint-Rémy, lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville, décède en son domicile le 15 mai 1679, il est inhumé le 16 mai à 19h en la chapelle Notre Dame des révérends pères Augustins de Thionville.

 

Le lendemain de l’inhumation, le 17 mai 1679, les gens du bailliage vont à la maison du défunt pour ouvrir la cassette (voir article précédent) et prendre connaissance du testament.

 

Le dernier jour du mois de mai 1679, vers les 3 heures de l’après midi,  Jean Nicolas  Bock, conseiller du roi et lieutenant particulier au bailliage, procède sur requête de la veuve Marie-Thérèse de La Cour, à l’inventaire et estimation des biens du défunt, comme stipulé dans le testament.

 

L’inventaire se fait en présence de deux marchands de la ville chargés de l’estimation des biens, il s’agit de Pierre Scharff et Nicolas de la Mothe.

 

L’opération débute le 31 mai 1679, par une chambre haute donnant sur la rue,  en présence des protagonistes ci-dessus, auxquels il faut ajouter, le sergent ordinaire du bailliage, Bastien Sias.

 

Cette chambre est celle de la veuve, Marie-Thérèse de La Cour, l’on y trouve les biens suivants :

  • - 10 chaises et 2 fauteuils avec des housses de ratine [1] rouge garnies de franges de soie estimés à une demie pistole la pièce, soit 6 pistoles ou 66 livres tournois.[2]
  • - 1 garniture de lit de 7 pièces et 1 tapis de la même couleur et avec les mêmes franges que les chaises, estimés à 20 écus blanc à 3 livres l’écu soit 60 livres.
  • - 2 matelas de laine dont un couvert de toile de Cologne et l’autre de toile ordinaire et sur lequel se couchait la dame, estimés à 2 pistoles d’or soit 22 livres.
  • - 1 lit de coin estimé à 22 livres.
  • - 1 paillasse estimée à 3 livres.
  •  - Une courte pointe piquée en coton estimée à 2 pistoles soit 22 livres.
  • - 1 traversin et 2 oreillers estimés à 9 livres.
  • - 1 châlit en bois de chêne estimé 6 livres.
  •  - 4 pommes de lit et des cloches de soie estimées à 12 livres.
  •  - 2 chenets de potin [3] estimés à 44 livres
  • - 1 petit rafraichisseur de rosette estimé à 3 livres
  • - 1 grille de fer à faire brûler le feu estimée 3 livres.
  • - 2 tablettes différentes de bois de noyer, bien façonnées et tournées estimées 12 livres.
  • - 1 cadre de bois avec Saint-François estimé 11 livres.
  • - 1 cadre en bois avec le Bon Dieu et la Vierge estimé 5 livres et 10 sols.
  • - 1 petit cadre en bois avec Sainte-Madeleine estimé 3 livres
 

[1] Ratine, tissu de laine dont les fils sont frisés.

[2]  Les livres sont toujours des livres tournois sans qu’il soit besoin de le préciser.

[3] Potin, alliage de cuivre et d’étain parfois de plomb .

  • - 1 cadre avec un paysage estimé 6 livres.
  • - 1 « Salutor mundi » [1] dans un cadre estimé 3 livres
  • - 1 petite table de noyer estimée à 6 livres.
  • - 1 miroir pliant estimé à 5 livres.
  • -  1 cassette de cuivre dorée estimée à 4 livres.
  • - 2 guéridons estimés 4 livres 10 sols.
  • - 1 cassette avec 24 serviettes assez fines et 3 nappes le tout estimé à 36 livres.
  • - 1 paire d’éperons en cuivre estimés 30 sols.
  • -  1 cabinet de noyer estimé 6 livres dans lequel nous avons trouvé des cuillères, fourchettes, écuelles,  salières, mouchettes [2], pot à eau le tout en argent au poinçon de Metz et un grand gobelet en argent d’Allemagne, tout cela estimé à 140 écus blancs soit 420 livres.
  • - 1 petite et vieille cassette encore scellée dans laquelle il n’y a que des papiers concernant le bailliage, estimée à 3 livres.
  • - 1 vieille chaise et & tabouret estimés à 13 sols.
  • - 1 tapisserie murale de Bergame [3] assez usée estimée à 18 livres.
  • - 2 rideaux de toile devant les fenêtres estimés à 6 livres.
  • - Un bague qui n’est pas en diamant estimée 12 livres.

Ce qui pour cette première chambre haute donne une estimation de 832 livres tournois sans y compter les sols.

 

Le 2 juin 1679, inventaire du poêle en bas de la maison où est décédé François Claude Hue de Saint-Rémy..

  • - 8 chaises et 1 fauteuil garnis de tapisserie assez vieille estimés à 6 escalins soit 25 livres et 5 sols.
  • - 1 table et 1 vieux tapis vert estimés 4 livres 15 sols.
  • - 2 cadres avec un paysage estimé 30 livres.
  • - 1 vieux tableau de l’adoration des rois mages estimé 3 livres.
  • - 1 tableau avec Saint-Luc sans cadre estimé 1 livre.
  • - 2 tableaux à l’huile estimés 4 livres.
  •  -1 lustre simple en bois argenté estimé 3 livres.
  • - 1 portrait de monsieur le doyen de Saint-Sauveur de Metz, non estimé.
  • -

Voilà l’estimation, pour le « poêle » en bas de la maison, qui est de 70 livres.

 

Ensuite nous avons été dans la cuisine en bas à coté du « poêle » où nous avons trouvé ce qui suit :

  • -  1 rafraichisseur estimé 3 livres.
  • - 5 chaudrons d’airain [4], grands et petits avec un chandelier, 2 poêllons, 2 cuillères et 1 fourchette à pot, 1 passoire,  le tout en airain estimés 18 livres.

[1]  « Salvator Mundi » C’est un représentation du Christ bénissant de sa main droite voir illustration par Léonard de Vinci

[2]  Petits ciseaux en argent que l’on  posaient sur un petit plateau

[3] Ces tapisseries généralement grises ou rouges avaient assez peu de valeur et servaient à décorer les murs.

[4] C’est un alliage de cuivre généralement c’est du laiton ou du bronze

"Salvator Mundi" tableau de Léonard de Vinci

"Salvator Mundi" tableau de Léonard de Vinci

  • - 2 pots de fer, 1 petit chaudron, 1 crémaillère, 3 chenets fort petits,  1 poêle, 1 pelle à feu, 1 lèche frite, 1 grille et 3 broches avec divers plats, le tout estimé à 5 écus blanc et 3 escalins soit 16 livres 2sols.
  • - 1 coquemar estimé à 9 livres.
  • - 2 tourtières d’airain avec couvercles estimées  7 livres 10 sols.
  • - 1 grande armoire de cuisine bien vieille estimée 9 livres

Voilà la cuisine estimée à 53 livres tournois.

 

Derrière la cuisine, nous avons trouvé une petite dépendance contenant :

 

- 1 garniture de lit, blanche, avec des franges, le tout assez vieux, estimée 15 livres.

  • - 1 coffre contenant 6 paires de linceuls forts grands en fine toile de chanvre estimées à 40 livres.
  • - 1 coffre de bois avec du linge estimé 7 livres.
  • - 1 lit de plume avec une paillasse pour coucher le domestique estimé 7 livres 10 sols.
  • - 1 vieux coffre de sapin estimé 6 escalins soit 2 livres 5 sols.

 

Voilà pour la dépendance estimée à 71 livres tournois.

 

Le 3 juin 1679, nous sommes descendus à la cave où nous avons trouvé ce qui suit :

  • - 5 tonneaux de vin, dont 1 de 5 hottes, 1 de 6 hottes, 2 de 7 hottes et 1 de 8 hottes, la hotte vaut 1é escalins soit 148 livres 10 sols.
  • - 1 lit avec ses garnitures, traversin, oreillers et aussi 12 chaises et 2 fauteuils en bois de rose avec encore un tapis, le tout estimé à 600 livres.

La cave est donc estimée à 748 livres.

 

Ensuite nous sommes montés à l’étage estimer une deuxième chambre :

  • - 1 grande armoire de sapin, 1 table, 1 tapisserie de Bergame, le tout pour 7 pistoles soit 77 livres..
  • - 1 plat, 1 bassin, des assiettes et aiguières en étain estimés 36 livres 8 sols.
  • -  9 grands plats, 6 plats moyens, 6 assiettes creuses et 3 plates, une aiguière, 2 pots de chambre, le pot en étain à la fleur de lys, le tout  estimé 96 livres 18 sols.
  • - 3 chainettes estimées 15 livres.
  • - 1 rafraichisseur d’airain estimé 4 livres 10 sols.
  • - 1 passoire de cuivre estimée 1 livre 10 sols.
  • - 2 tasses en potin estimées 4 livres 10 sols.
  • - 1 lot de pots de cuivre et marmites estimés 6 livres.
  • - 1 grand plat et bassin d’airain, bien battu et façonné estimés à 22 livres.
  • - 1 grande armoire de sapin qui contenait les pots ci-dessus estimés 6 livres 15 sols.

L’estimation pour cette chambre est de 267 livres tournois.

Au même étage nous avons estimé une troisième chambre donnant sur l’arrière :

  • - 1 bahut avec 9 paires de draps de chanvre estimés à 121 livres 10 sols.
  • - 1 ensemble de draps et serviettes et nappes estimé à 90 livres.
  • -  1 bahut estimé à 7 livres 10 sols.
  • - 12 chemises du défunt qui vont servir aux enfants, non estimées.
  • - 8 petits tableaux estimés 3 livres.
  • - 1 paire de pistolets gainés à l’antique assez beaux avec une petite épée à la poignée d’argent, non estimés.
  • - 1 banc en forme de couchette estimé 6 livres.
  • - 1 autre bahut estimé 3 livres.
  • - 1 petite table pliante en sapin estimée 12 sols.
  • -  1 bois de lit en chêne estimé 7 livres.
  • - 1 grande poêle d’airain, 4 bassins d’airain pour faire les confitures,  estimé 24 livres.

Cette troisième chambre est donc estimée à 273 livres tournois.

 

Puis nous sommes allés estimer le grenier :

  • - 5 couvertures, blanches et vertes estimées 18 livres.
  • - 1 couverture piquée estimée 4 livres 10 sols.
  • - 1 lit de Conti avec le traversin estimé 33 livres.
  • - 2 oreillers en toile rayée estimés 4 livres 10 sols.
  • - De vieux sacs estimés 25 sols.
  • - 1 petit matelas estimé 4 livres 10 sols.
  • - 4 ou 5 bichets de farine et 2 bichets de froment, non estimés.
  • -  Une trentaine de livres de pratiques juridiques et autres comme par exemple :
    • Les arrêts notables du parlement de Toulouse
    • La coutume générale de l’évêché de Metz
    • La vie des hommes illustres grecs et romains
    • Le traité des droits honorifiques des seigneurs d’église
    • Les discours politiques.
  •     Ces livres n’ont pas été estimés.
  •  

Ce qui pour le grenier donne une estimation de 63 livres

 

Les biens contenus dans la maison du défunt sont estimés à 2377 livres.

 

Ensuite,  la dame Marie-Thérèse de La Cour, veuve du défunt, nous a fait l’état des dettes, tant actives (se rajoutant à la succession)  que passives (se soustrayant de la succession)

 

Dette actives :

  • - 4000 francs messins [1] dus par monsieur le doyen de Saint-sauveur de Metz par contrat de constitution du 30 juin 1673 chez le notaire Helminger.
  • - 130 livres dues par le même doyen prêtées sans promesse.
  • - 650 livres qu’il lui restent de la vente de la métairie de Choissel
 

[1] Equivalant à 2000 livres tournois

  • - 1600 francs barrois [1] dus par le sieur Moutot de Toul, elle n’a aucun papier mais espère trouver auprès du chanoine de Toul quelques preuves.
  • - 130 écus blancs soit 390 livres pour du vin vendu par Pierre Parisot et Marie Schlegler sa femme  sans promesse signée.
  • - 4 maldres de blé dues par le sieur Wilhius dont le sieur Limpach a répondu.
  • - 18 escalins dus par le sieur Girard de Yutz.
  • - 7 livres dues par Jean Leuchen de Sentzich.
  • - 18 écus blancs soit 54 livres dues par le sieur Ottring.
  • De plus la dame déclare que les enfants ont des prétentions provenant de la succession de leur grand père de Normandie. Prétentions qu’elle tâchera d’appuyer pour le profit des enfants, elle se dit prête à faire le voyage.

 

L’ensemble des dettes actives venant augmenter la succession se monte à environ 4000  livres tournois qu’il faut donc ajouter aux 2377 livres de la succession soit 6377 livres tournois.

 

Dettes passives :

  • - 4 écus blancs soit 12 livres prêtés par le sieur Edinger, échevin de la ville, à son mari.
  • - 3 écus blancs soit 9 livres dues au sieur Limpach, avocat.
  • - 6 écus blancs soit 18 livres dues à Jean Louvrier, maréchal ferrant
  • - 6 écus blancs soit 18 livres dues à Meyer Schwabe, juif.
  • - 5 écus blancs soit 15 livres dues chez un boulanger.
  • - 25 écus blancs soit 75 livres dues pour le loyer de la maison.
  • - La dame précise que les obsèques seront payées sur la succession et que les habits du défunt ont été donné à des pauvres « honteux » sauf un juste au corps de velours, fort usé, estimé à une demie pistole.
  • - La robe  du palais [2], la dame ne veut pas s’en séparer, mais l’estime à 1 pistole.

 

L’ensemble des dettes passives, qui viennent en déduction de la succession, se monte à environ 130 livres tournois, ce qui laisse une succession nette de 6247 livres tournois.

 

La dame précise encore que la charge de lieutenant civil et criminel de la ville de Thionville  a une grande valeur [3] qu’elle jugera utile de vendre à son avantage et qui viendra augmenter la succession.  Cette charge est estimée à environ 6000 livres ce qui laisse donc une succession  totale d’environ : 12247 livres tournois.

 

Voilà qui clos l’inventaire et l’estimation des biens de François Claude Hue de Saint-Rémy,.

 

Fait à Thionville le 3 juin 1679, en présence des personnes citées ci-dessus.

 

[1] Equivalent à 1066 livres tournois

[2] C’est la robe liée à la charge de lieutenant civil et criminel, comme celle d’un avocat

[3] Nous verrons plus loin à quel prix elle vendra cette charge

Pour rappel : (Voir les articles précédents)

 

L’estimation des biens du riche marchand de Thionville :  2000 livres tournois.

L’estimation des biens du tisserand d’Elange : 130 livres tournois.

L’estimation du notable de noble extraction :  12247  livres tournois .

 

Mais voyez vous, l’ Histoire n’étant que l’expression de la vraie vie, j’ai retrouvé un autre acte intéressant, venant clore  momentanément cette histoire.

 

Le 14 août 1679, Marie-Thérèse de La Cour, veuve de François Claude Hue de Saint-Rémy, décédé le 15 mai 1679, soit après trois mois de veuvage, va signer une convention de mariage avec Jean Baptiste Aubry, avocat au parlement de Paris, fils de Poncelet Aubry.

 

Bien entendu, ils se marieront  dans la religion catholique, ils mettront en commun leurs meubles et immeubles.

 

Le marié apportera avec ses parents la somme de 11000 livres tournois, 2000 en argent, 6000 en héritages et le reste à crédit.

 

La mariée apportera 4950 livres tournois venant de la succession  dues par des particuliers et la charge de lieutenant civil et criminel de Thionville qu’exercera alors le nouvel époux [1], mais qu’il pourra aussi revendre.

 

NB : En 1701, la charge de lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville était entre les mains de François George de Clemecy, seigneur d’Inglange.

Etienne Hue de Saint-Rémy né en 1671, fils de François Claude Hue de Saint-Rémy , fut reçu avocat au parlement de Metz le 5 mai 1692 puis devint Lieutenant général au bailliage de Thionville le 10 septembre 1702, charge qu’il exerçait encore en 1728

 

Après cette trilogie parfois un peu indigeste, mais intéressante, je vais prendre moi aussi quelques vacances et nous nous retrouverons en octobre 2017 pour de nouvelles trouvailles sur l’histoire de notre ville et de nos villages.

 

[1] On peut estimer la charge à 6100 livres tournois.

Voir les commentaires

Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

Dans les articles précédents, nous avons vu les biens d’’un riche marchand thionvillois en 1709, puis ceux d’un tisserand d’Elange en 1763, nous allons pour clore cette trilogie voir les biens de Claude François Hue de Saint-Rémy lieutenant général civil et criminel du bailliage de Thionville.

 

Claude François Hue de Saint-Rémy est un des fils d’Hannibal Hue de Saint-Rémy [1] et de Barbe Chomnel. Il avait un frère Charles François Hue de Saint-Rémy, écuyer, seigneur de Gras. 

 

Contrairement à ce qu’affirme la biographie du parlement de Metz d’Emmanuel Michel, qui parle de deux frères, Charles François et François Claude et de deux autres personnages, Chrestien et un autre Claude François « Sans doute de la famille, mais dont nous ignorons le degré de parenté » , il n’y a qu’un seul Claude François  qui est bien le fils d’Hannibal Hue de Saint-Rémy et de Barbe Chomnel devenu à la suite de son père, lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville.[2]

 

François Claude Hue de Saint-Rémy, fils d’Hannibal, se maria à Metz le 22 janvier 1670 avec Marie-Thérèse de La Cour. Il avait 30 ans et son épouse 25 ans. Il reprit donc la charge de son père comme lieutenant civil et criminel de Thionville.

 

Le 4 octobre 1677, Marie-Thérèse de La Cour, épouse de François Claude Hue de Saint-Rémy, déclare que son mari étant pressé de rembourser des dettes qu’il avait faites avant leur mariage a exigé d’elle une procuration pour emprunter 100 pistolles afin d’acquitter ses dettes. Pour ce faire il a engagé 1600 livres tournois que lui devaient les jésuites de Metz et encore deux autres sommes de 500 francs barrois qui lui étaient dues par des particuliers de Toul.  Elle précise qu’elle a fait cela par pure complaisance envers son mari et qu’il l’avait assuré de l’indemniser sur ses biens propres.

Or, sa belle-mère, Barbe Chomnel [3] , a eu connaissance de cette transaction et a proposé de prêter la somme de 100 pistoles, mais en l’intégrant dans les biens acquis après le mariage, ce qui avait engendré une mésentente durable entre  eux, expliquant ainsi le fait que dans le testament et dans la suite des évènements il n’est plus fait mention des parents de François Claude Hue de Saint-Rémy.

 

Un autre document du 30 décembre 1678, confirme que l’entente  et la concorde n’était plus de mise au sein de la famille, puisque dans ce document, il est précisé que les sieurs Charles François Hue de Saint-Rémy, écuyer, seigneur de Gras et de Volkrange et François Claude Hue de Saint-Rémy, écuyer, lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville ont décidé, afin de sortir de leurs difficultés et différents, de nommé le sieur Phellipes (Philippe), maréchal de camp des armées du roi et lieutenant de son gouvernement à Thionville, afin d’arbitrer et juger les différents entre eux et avec toutes les personnes qu’il jugera à propos de traiter. Ils promettent de trouver agréable, ferme et stable tout ce qui sera jugé par lui ou ceux qu’il aura nommé.

 

[1]  Hannibal Hue de Saint-Rémy était écuyer, seigneur de Gras ayant fait son droit, il fut reçu comme avocat au parlement de Metz où il eut de nombreuses affaires à traiter. Enfin après cette brillante carrière au parlement, il fut reçu, le 4 juin 1662, (acheta la charge) comme lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville qui venait d’être institué. Il décédera à Thionville le 6 septembre 1669..

[2] Mes articles sont écrits à partir de documents originaux qui ne laissent aucun doute sur ce sujet.

[3] A cette date son mari est décédé, elle décèdera à Metz (Saint-Sulpice) le 8 juin 1671

Pour ce faire le sieur Philippe, recevra une somme de 300 livres afin d’arbitrer pour eux tous les différents pouvant survenir

.

Les signatures des deux frères sont assez parlantes et marquent bien les différents qui existent au sein de la famille.

 

Charles François signe Hue de Gras marquant ainsi sont statut de seigneur au sens « féodal »  du terme.

 

François Claude signe Hue de Saint-Rémy, de par la charge qu’il a reprise de son père, il représente l’état royal et sa volonté de marginaliser en douceur les seigneurs hauts justiciers ou fonciers au profit des intendants. 

 

Le 7 avril 1679, François Claude Hue de Saint-Rémy et son épouse Marie-Thérèse de La Cour vont vendre au sieur Collignon, bourgeois de Metz et à son épouse Catherine Georges, un bien qu’ils ont encore au pays messin, précisément au village de Chassel [1]. En l’espèce, une métairie avec ses terres arables et non arables, le jardin et le potager, une chènevière [2] et 18 nouées de vignes avec en plus la moitié de la maison qu’il partage avec le sieur de Wauvamont le tout pour une somme non précisée.

 

Trois jours plus tard, soit le 10 avril,  tombé « violemment malade », il fait son testament qu’il enferme dans une cassette bordée d’or et qu’il met en sureté dans un bahut de son domicile de Thionville.  

 

[1] Villages de Chazelles adjoint en 1809 à celui de Scy pour donner la ville actuelle de Scy Chazelles

[2] Terrain ensemencé par du chènevis qui est la graine du chanvre.

Extrait du testament

Extrait du testament

Ce testament rédigé comme tous les testaments de l’époque, affirme que la mort est certaine mais que son heure est incertaine, donc par précaution de son âme et de ses biens, il rédige ses dernières volontés qui sont résumées ci-dessous :

 

Pour son âme, il se confie au seigneur Jésus Christ et à sa mère la bienheureuse vierge Marie ainsi qu’à ses bons anges gardiens que sont Saint-François et Saint-Claude.

Il demande que soit dites 25 messes basses par les révérends père Augustins et 10 en la chapelle du Rosaire et encore autant à Manom.

 

Pour son corps, il désire être inhumé dans l’église des pères Augustins de la ville.

 

Après son inhumation il veut que Jean Nicolas Bock, conseiller du roi et lieutenant particulier du bailliage de Thionville fasse faire un inventaire et une estimation de ses biens afin d’éviter à son épouse les formalités ordinaires.

 

Il veut aussi que l’on paie ses dettes et que le reste de ses biens demeurent à son épouse jusqu’à ce que ses enfants, tant celui qui est à Metz que celui qui est en nourrice à Thionville soient en étant d’être pourvu de leur part et sans que son épouse ne soit obligée de vendre des biens. A charge pour elle de nourrir ses enfants et de les entretenir dans la crainte de Dieu, elle restera leur mère et tutrice et en cette qualité, il lui donne tout pouvoir et autorité pour vendre sa  charge de lieutenant civil et criminel quant elle trouvera à propos de le faire de manière avantageuse pour elle et ses enfants.

Il précise  encore les ponts suivants :

 

 « Si mes enfants meurent avant mon épouse, leur mère sera la seule héritière à l’exclusion de toutes autres personnes. 

 

Si mes enfants survivent et se trouvent en état d’être pourvu de leur part de mes biens, elle les leur donnera conformément à l’inventaire qui en aura été fait.

 

Pour l’exécution de mon testament je fais entière confiance à mon épouse, à sa probité en vertu de l’amitié qu’elle m’a toujours témoignée. 

 

Fait à Thionville le 10 avril 1679, en mon poële où je suis tombé malade et où je suis alité. »

 

Signé : Hue de Saint-Rémy

 

Le 15 mai 1679, soit un mois et demi après être tombé malade, François Claude Hue de Saint-Rémy décède, muni des sacrements de l’église, en son domicile de Thionville, âgé de 39 ans ou environ.

Acte de décès de François Claude Hue de Saint-Rémy

Acte de décès de François Claude Hue de Saint-Rémy

Le même jour, le procureur du roi ayant connaissance du testament fait mettre les scellés sur le bahut qui contenait la cassette renfermant ledit testament.

 

 Le lendemain 16 mai 1679, François Claude Hue de Saint-Rémy est inhumé à 7h du soir dans la chapelle de notre Dame des pères Augustins..

 

Le lendemain de l’inhumation, le 17 mai 1679, les gens du bailliage vont à la maison du défunt pour ouvrir la cassette et prendre connaissance du testament.

 

Enfin le dernier jour du mois de mai 1679, vers les 3 heures de l’après midi,  Jean Nicolas  Bock, conseiller du roi et lieutenant particulier au bailliage, procède sur requête de la veuve Marie-Thérèse de La Cour, à l’inventaire et estimation des biens du défunt, comme stipulé dans le testament.

 

L’inventaire se fait en présence de deux marchands de la ville chargés de l’estimation des biens, il s’agit de Pierre Scharff et Nicolas de la Mothe.

 

Dans le prochain article nous verrons cet inventaire et estimation, dont l’énumération est trop longue pour être incluse ici.

 

Toutefois avant de clore cet article, j’aimerais vous relater ici un événement qui est intervenu le 15 novembre 1671. François Claude Hue de Saint-Rémy est alors jeune marié et encore novice dans sa charge de lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville.

 

«  Donc le 15 novembre 1671, après seulement 4 jours de maladie, décède à Thionville le bourgeois François Hanes. L’avocat du roi au bailliage, François Soucelier, se met dans l’idée que le bourgeois en question est mort empoisonné, aussi en l’absence à Thionville du procureur du roi, il donne requête à François Claude Hue de Saint-Rémy, lieutenant civil et criminel du bailliage, afin que le cadavre de François Hanes soit ouvert et comme il pense que l’empoisonneuse ne peut être que son épouse, Agnès Wintringer aidée de sa servante, il demande qu’elles soient arrêtées et faites prisonnières. François Claude Hue de Saint-Rémy fait exécuter la requête, la veuve et la servante sont arrêtées et l’enquête commence.

 

Seulement, on ne trouve aucun prétexte à l’empoisonnement, ni aucune preuve formelle. On ouvre le cadavre et les chirurgiens font un rapport à trois des plus grands médecins de Metz qui déclarent qu’il n’y a aucune preuve d’empoissonnement et donc que l’épouse et la servante n’ont pas commis ce crime.

 

Fort bien, seulement au lieu de libérer la veuve, le juge et l’avocat de connivence, font une demande de dommages et intérêts et le juge rend la sentence suivante :

Il ordonne que la veuve Hanes soit convoquée à la chambre du conseil pour y être fortement réprimandée  de n’avoir pas apporté assez de soins pour soulager son mari mort en 4 jours seulement. Il l’a condamne à 9 livres tournois d’amende et à donner 3 livres aux pères capucins pour qu’ils prient Dieu pour le repos de l’âme du défunt. Elle est condamnée au dépends envers le procureur du roi. Enfin on lui enjoint en cas de seconde noce d’apporter plus de soins à la conservation de son nouveau mari. Pour être complet, on interdit à quiconque de lui reprocher le décès de son ex-mari sous peine d’amende.

Mais voilà, la veuve fait appel de la sentence et les procureurs généraux concluent que s’il y a quelques absurdités dans la sentence, elles ne sont pas du fait de la plaignante mais du fait du juge qui l’a rendue. La cour va donc conclure que le procès a été mal requis, mal procédé, mal jugé, elle a donc cassé et annulé toutes les procédures et sentences, elle a déclaré l’emprisonnement de la veuve comme étant injurieux et déclaré que l’écrou sera rayé et qu’en conséquence l’avocat du roi nommera dans les trois jours le dénonciateur à l’origine de l’affaire et le condamne dès à présent à tous les dépends, dommages et intérêts. De plus François Claude Hue de Saint-Rémy, lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville sera assigné à comparaître en la cour  pour répondre aux conclusions que le procureur général entend prendre à son égard et dans cette attente, il le suspend de sa charge au bailliage. »

 

Signé par le premier président Ravot, le samedi 13 août 1672

 

Toutefois, François Claude Hue de Saint-Rémy, jeune lieutenant civil et criminel à Thionville n’a été dans cette affaire qu’un exécutant aux ordres, aussi après les remontrances on lui rendit sa liberté d’exercice.

 

Dans l’épisode suivant, nous verrons l’inventaire détaillé des biens de François Hue de Saint-Rémy et de son épouse Marie-Thérèse de La Cour, dont la maison est à Thionville.

Nous verrons l’estimations faite de ses biens par les deux prud’hommes, mais nous verrons aussi ce qu’il advint quelques mois plus tard de son épouse et de la charge de lieutenant civil et criminel au bailliage de Thionville.

 

A suivre…

Voir les commentaires

Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle
1658 - Prévôté de Thionville: Maléfices et sortilèges à Cattenom -  Sergents royaux

Comme je l’avais annoncé dans mes vœux pour 2017, cette année, je vais publier plus d’articles sur les quartiers de la ville et sur les villages environnants.

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Nous allons donc voir ci-après, un acte daté du 21 octobre 1658 [1], concernant principalement le village de Cattenom. L’acte commence par nommer l’autorité qui le fait rédiger : (C’est un acte de la prévôté)

« Le comte de Médavy et de Grancey, maréchal de France, général des armées du roi, conseiller en tous ses conseils, gouverneur de Thionville et pays en dépendant, prévôt et juge royal desdits lieux.[2]

Il a été démontré par le procureur du roi qu’il se commet de grands abus dans quelques villages de cette prévôté et gouvernement et spécialement en celui de « Cathenom » par les poursuites et vexations que l’on suscite à divers particuliers sous le prétexte de prétendus crimes de sortilèges. Il se trouve des personnes, en particulier le nommé Mathieu Welter qui n’ayant pas la qualité pour punir les crimes publiques, ni aucun intérêt particulier, se rendent accusateurs et parties et se font informer sur des faits de sortilèges vagues et en général sans les désigner et les spécifier comme ils devraient l’être pour ceux qui en leur personne, leurs enfants et domestiques ou même en leurs bestiaux ont souffert de préjudices ou dommages par maléfices ou sortilèges. L’ordre et la justice voudraient que les faits sur lesquels on statut soient particulièrement circonstanciés, or il arrive souvent que sur de telles informations de maléfices ou de sortilèges, les accusés soient faits prisonniers, tourmentés par tortures et autres voies odieuses, leurs biens saisis et dissipés. Quand enfin ils sont relâchés, ils n’ont aucune réparation de leur honneur ou de restitution de leurs biens, de sorte que sans être trouvés coupables, ils encourent leur ruine totale.


Je requiers donc que défenses soient faites aux officiers et gens de justice des seigneuries, hauts justiciers, de prendre avis pour juger des procès dont la connaissance leur appartient, chez d’autres juges ou avocat (Souvent des villes et villages toujours luxembourgeois) que ceux qui demeurent dans les terres de l’obéissance du roi. 

 

[1] Pour rappel nous sommes 15 années après la prise de Thionville par les français, et une année avant le traité des Pyrénées du 7 novembre 1659 qui a entérine l’appartenance de la ville à la France.

[2] Il avait participé aux deux sièges de la ville 1639 et 1643. Il remplaça le gouverneur précédent, monsieur de Marolles. Il sera gouverneur de Thionville durant 25 ans et décédera à Thionville le 20 novembre 1680 âgé de 78 ans. Il avait acheté cette charge 100.000 livres tournois et en pris possession le 23 mai 1656.

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Pour remédier à de pareils désordres je fais très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes qui n’ont pas la qualité de procureur d’office ou autre qualité semblable de poursuivre la vindicte publique, de prendre parties contre qui que se soit sous prétexte de sortilèges s’ils n’ont pas d’intérêts particuliers dans les faits dont ils se plaignent.

Idem pour les officiers et juges des seigneuries hauts justiciers, défense est faite d’informer aucun faits s’ils ne sont pas précisément circonstanciés, en lieu, en temps, avec le nom et le surnom de ceux que l’on prétend avoir pris.

Passant outre ces défenses, l’on encoure pour la première fois une amende de 100 livres tournois avec tous les dépends et intérêts. Pour la seconde fois la punition sera exemplaire.

J’ordonne que la présente ordonnance sera envoyée dans chacune des justices de la prévôté, lue et publiée en présence des gens de justice et enregistrée pour être appliquée.

A Thionville le 21 octobre 1658.

 

Au bas cet acte figure une note de la main du sergent royal, précisant que le 4 novembre 1658, il avait fait connaître l’ordonnance à Luttange, Marange, Talange, Koenigsmacker Cattenom et Hayange ayant fait assembler les seigneurs de ces lieux et tous les officiers et justices à la réserve de Fontoy et la « Scholterye de Walmestroff » à ce qu’ils n’en n’ignorent rien. Fait en l’année 1658 et 1659. Le sergent royal signe : H. Louis

(Toutes seigneuries excentrées de Thionville appartenant au roi et proches d’autres pouvoirs)

 

Cet acte dénonce donc des pratiques assez courantes à l’époque, mais au final de toutes les époques, même si les manières ont changé, qui consistaient à accuser une personne de maléfices et sortilèges, crimes bien difficiles à établir et à prouver. La personne se voyait internée, parfois torturée, mais toujours dépouillée de ses biens qu’elle ne retrouvait jamais. Elle devenait alors paria dans sa commune ou partait tenter sa chance ailleurs, dans tous les cas, sa vie basculait dans la misère. Ces pratiques étaient encore largement en usage dans les seigneuries hautaines autour de Thionville dont la justice dépendait du seigneur local et de ses gens de justice. Autant les affaires criminelles ne dépendaient plus de ses seigneurs particuliers mais de la prévôté puis du bailliage et enfin du parlement de Metz, autant toutes les affaires civiles étaient encore aux mains de ses seigneurs locaux et quand ils avaient de mauvaises intentions, ils pouvaient faire beaucoup de mal.

En ce sens cette ordonnance prend acte de ses abus et tente d’y remédier mais elle est aussi une façon, pour la prévôté, de reprendre la main sur ses seigneuries hautaines et de minimiser leur pouvoirs qui d’ailleurs ne tarderont pas à devenir symboliques et honorifiques, au profit de l’intendant et de son subdélégué.

C’est un sergent royal (H. Louis) qui est chargé de porter cette ordonnance à la connaissance des seigneuries citées. Il le fera entre le 21 octobre et le 4 novembre où il certifie que toutes les seigneuries ont été averties. Nous verrons plus avant quelques informations sur les sergents royaux.

 

Précisions sur le sieur de Grancey : (Tiré de l’Histoire de Thionvillle de G.F. Teissier)

Il avait assisté aux deux sièges de Thionville puis acheté pour 100.000 livres la charge de gouverneur du roi à Thionville et tous les domaines du roi dans les environs. Cette charge devait lui rapporter tous les ans 700.000 livres tournois. Bien entendu, avec cet argent, il devait payer la garnison de la ville et entretenir les fortifications. Nous savons qu’il payait à minima.

Sa réputation à Thionville n’était guère brillante. Au siège désastreux de 1639, il était avec Feuquières puis la bataille perdue, il se fixa à Metz. Les rapports militaires de cette bataille disent :

« …Qu’après s’être vu abandonné de tout le monde sur le champ de bataille,. Il tua même quelques fuyards de sa main pour obliger les autres à tenir tête et ne se retira qu’après avoir fait tout ce que de braves gens peuvent faire pour rallier des troupes… »

Toutefois, le sieur de Grancey, fut embastillé quelques mois et le journal de Beauchez[1] connu des historiens dit qu’il aurait été un des premiers à prendre la fuite en criant : « Sauve qui peut ! ».

Il fut toutefois rappelé au siège de 1643 où il commanda un corps de cavalerie agissant sur la rive droite de la Moselle pour empêcher que la ville ne reçoive du secours. Mais là encore, il ne put empêcher qu’un secours de deux mille hommes entre dans la ville et le duc d’Enghien l’écarta, il n’assista pas à la reddition, malade et honteux, ce qui ne l’empêcha nullement d’en acheter la charge de gouverneur en 1655.

Pendant sa gouvernance à Thionville, il eut comme commandant de place Claude Gyrault de la Roche qui décèdera en 1671, le 18 novembre.(Fut seigneur de Bétange)

Louis XIV vint à Thionville à l’automne 1657 et délivra à la ville un certificat de confirmation des privilèges dont jouissait la ville sous les Ducs de Luxembourg. Dans ce même document, Louis XIV réduisait le pouvoir du gouverneur de la ville en attribuant au bailliage de Metz, les appels des sentences échevinales de Thionville et celles des hautes justices, toutes attributions qu’avaient alors le sieur de Grancey, celui-ci fit appel mais en vain de cette décision. Enfin en 1661, un bailliage fut créé à Thionville qui fut entièrement dans les mains de seigneurs étrangers à Thionville, certains s’y fixèrent définitivement et y firent souche.

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Les sergents royaux:

Vous trouverez ci-dessous un exemple de billet pour un sergent royal de Thionville concernant une autre affaire :

 

[1] Journal d’un bourgeois de Metz, Jean Beauchez.

Billet d'ordre pour un sergent royal

Billet d'ordre pour un sergent royal

1658 - Prévôté de Thionville: Maléfices et sortilèges à Cattenom -  Sergents royaux

« Il est ordonné au premier sergent de la prévôté royale de Thionville, d’assigner Maugat Nicolas, maire au village de Talange, à comparaître demain 10 heurs du matin au greffe royal dudit Thionville pour répondre à la demande du sieur Louis Degerchat, cornet au régiment de Hombourg à peine en cas de défaut d’être promptement contraint par exécution de ses biens. Fait à Thionville le 25 septembre 1659.

Le sergent note de sa main sur le même billet :

L’an 1659, le 26 septembre. Sur la suite donnée copie à Mangin Nicolas, maire de « Tallange » en parlant à sa personne en son domicile, assignée à comparaître ce jourd’hui, 10 heure du matin au greffe royal de Thionville à ce qu’il n’en ignore par moi, sergent royal soussigné fait à Talange, l’an et jour… J. Martin

Ce billet illustre bien les problèmes liés à ces actes du 17 et 18ème siècle concernant les noms propres non encore fixés.

On peut voir aussi la rapidité d’exécution de cette convocation, du jour au lendemain.

 

La charge de sergent royal s’achetait, comme on le voit dans l’exemple ci-dessous :

 

"Le 18 juin 1749, Dominique Colette, sergent royal au bailliage de Thionville vend à Bernard Simonet qui est praticien [1] au bailliage, l’office de sergent royal du défunt Nicolas Haudry dont il s’est rendu adjudicataire le 14 juin.

La vente se fait pour la somme de 225 livres tournois, payée le jour même au vendeur en espèces sonnantes, sans y inclure les frais liés à la vente,

Dominique Colette, le vendeur s’engage à fournir à l’acheteur Bernard Simonet toutes les nécessaires : provisions, quittances, marques, désignations et accréditations.

L’acheteur s’engage lui même à faire diligence pour obtenir les lettres utiles à son installation dans son office audit bailliage de Thionville."

 

[1] Le métier de praticien est un terme général qui désigne souvent une personne ayant quelques connaissances juridiques exerçant comme clerc mais n’ayant pas de charge officielle.

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Dans ce cas particulier, le sergent royal Dominique Colette s’est rendu adjudicataire le 14 juin 1749, de l’office du sergent royal Nicolas Haudry décédé, et l’a revendu le 18 juin au praticien Bernard Simonet

Extrait d'un acte de vente pour un office de sergent royal à Thionville ADM Notaire Robert 3E7772/7805

Extrait d'un acte de vente pour un office de sergent royal à Thionville ADM Notaire Robert 3E7772/7805

On notera, dans un acte du 3 mai 1783 qui liste les notables de la ville de Thionville qu’il est précisé que ne doivent pas être considéré comme notables : Les artisans et manouvriers et aussi les ministres trop inférieurs de la justice que sont les huissiers et les sergents !

 

Sources: Prévôté de Thionville ADM B4558 (1645 à 1658) et ADM Notaire Robert 3E7772/7805

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Je profite de cet article pour vous signaler qu’il reste encore à la vente 6 Miscellanées 2016 avant que le tirage ne soit épuisé. 

 

Vous accéderez à l'article sur le "Miscellanées 2016" par défilement ou en cliquant sur l'adresse (<-- en bleu) tout en bas de la page

 

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle
Gravures de soldats suisses (gardes et infanterie)

Gravures de soldats suisses (gardes et infanterie)

Mais, sans doute devrais-je dire, le capitaine « Saltzgaibre », en tout cas tous les documents le concernant sont signés de sa main avec cette orthographe, alors que dans le corps des actes rédigés par le notaire Helminger, l’orthographe employée est « Saltzgueber ou Saltzgeber ».

Hors du contexte des travaux de fortifications de Thionville, on trouve aussi les orthographes suivantes : Salzgeber, Saltzgaher, Sauzgaibre, Salsgeibre, Sahgeébre.

J’ai déjà évoqué plusieurs fois les difficultés orthographiques des documents du 17ème et 18ème siècle, où les noms n’ont pas une orthographe arrêtée, variant d’un document à un autre ou même au sein d’un même document, avec souvent une signature de la part du sujet encore différente. Dans notre cas, la graphie du nom est encore plus aléatoire car le personnage est étranger, suisse en l’occurrence, et qu’il a lui même francisé l’orthographe de son nom lors de son installation en France, sous Louis XV.

« Saltzgaibre » apparaît ainsi plus français à l’écrit, mais reste phonétiquement assez proche du nom d’origine.

Sa signature en 1669

Sa signature en 1669

Sa signature en 1674

Sa signature en 1674

Rodolphe de Saltzgaibre est capitaine de deux compagnies suisses et major de brigade au service de sa majesté à Thionville. Il fait partie des régiments suisses enrolés au service de la France suivant en cela une tradition remontant au 15ème siècle.

La première alliance entre la France et la Suisse remonte à 1453, les troupes suisses ayant acquis sur les différents champs de bataille, une réputation de gens de guerre solides et durs aux combats

En 1480, Louis XI engage un corps auxilliaire suisse et lui accorde des priligèges.

En 1497, Charles VIII crée la compagnie des cent-suisses de la garde qui sera la première compagnie suisse permanente affectée à la garde du roi.

Puis vint la fameuse année 1515 que chaque écolier a retenue comme la victoire de Marignan, où les cantons suisses furent battus par la France ce qui amena en 1516, la paix perpétuelle conclue à Fribourg, paix perpétuelle qui devindra l’alliance perpétuelle en 1521. C’est dans le cadre de cette alliance que des contrats ou accords militaires appelés des « Capitulations » furent passés entre la France et les cantons suisses. Ces « capitulations » accordaient aux régiments suisses les privilèges suivants :

Commandement suisse et soldats de cette nationalité.

  • Exemption fiscale et franchises sur les marchandises dans les villes d’octroi.
  • Droit d’exercer la religion de leur choix
  • Justice particulière relevant de leurs coutumes
  • Paie régulière

La plupart de ces gens de guerres parlaient allemand ou des patois propres à leur région

Le fait d’être payé de façon régulière amena la fin du mercenariat individuel et la suppression du droit de pillage. On disait alors « Pas d’argent, pas de Suisses »[1]

On créa ensuite des régiments d’infanterie suisse qui furent employés sur de nombreux champs de bataille comme auxilliaire de l’armée française et où ils prouvèrent leur courage et leur détermination. 

Ils ne devaient pas être employés à l’étranger mais la France ne respecta pas toujours les accords passés. Ils firent les guerres d’Espagne et de Flandres.

Ils furent aussi très sollicités pour des travaux d’utilités public comme l’assèchement de marais et la construction de ponts et de fortifications comme à Thionville.

Puis les dérives continuèrent avec leur emploi pour le maintient de l’ordre et les gardes privées.

Effectivement, ces régiments suisses avec leur commandement et leurs coutumes propres ne se sentaient pas impliqués dans les affaires politiques de la France, on ne craignait donc pas leur impliquation ou leur parti pris dans les ffaires intérieures.

Ce n’était pas des mercenaires au sens propre, car ils opéraient dans un cadre strict et connu, soldats d’élites, ils étaient considérés comme des alliés. Ils avaient envers les populations une neutralité plutôt appréciée par le peuple [2] et souvent les villes demandaient à avoir des compagnies suisses en garnison chez elles.

 

[1] Ce ne fut pas toujours le cas ainsi de 1705 à 1710, certains régiments ne furent pas payés et ne subsistèrent que sur les biens personnels de leurs capitaines

[2] Nous excepterons ici les évènements des Tuileries où sur les 950 gardes suisses, 600 furent tués, 60 fait prisonniers furent massacrés par la suite et leur colonel guillotiné. Une centaine en réchappèrent. Un monument leur est dédié à Lucerne en Suisse. L’histoire n’a jamais établi leur responsabilité dans ses évènements.

Grenadier suisse avec son bonnet d'ourson à plaque et sa pipe en porcelaine

Grenadier suisse avec son bonnet d'ourson à plaque et sa pipe en porcelaine

Toutefois, servir la France avait perdu de son intérêt depuis les édits de Choiseul [1] autorisant leur emploi à d’autres travaux que celui des armes. Puis la révolution mis fin à leur emploi comme auxilliaires de l’armée française. Ils étaient encore environ 14000 à la veille de la révolution, certains participèrent encore au combats des armées révolutionnaires, mais la plupart partirent vers d’autres pays, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, d’autres rentrèrent au pays. La restauration les rappela au service armé de la France et la retraite de Russie en 1812 en vit périrent au moins 9000. Ce n’est qu’en 1831, que les troupes étrangères furent remplacées ou incorporées dans notre fameuse légion étrangère.

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Revenons maintenant à la famille « Saltzgueber » devenu la famille « Saltzgaibre » originaire des cantons « des Grisons »[2] et du « Valais ».

Canton des Grisons : (branche de Jenas)

C’était une famille de la ligue des X juridictions venant probablement du Vorarlberg. Dont Valentin Walter fut podestat de Traona [3](1555-1557) puis nous trouvons Rodolphe de Saltzgueber qui entra au service de la France dans le régiment de Salis qu’il quittera comme colonel en 1705 à Metz.

Canton du Valais : (Branche de Seewis)

Les familles Saltzgueber de ce canton s’allièrent aux Saltzgueber des Grisons, ils devinrent baron. (Renseignements tirés du dictionnaire historique et biographique de la Suisse –Société générale suisse d’histoire – Neufchatel – 1930)

 

Arrivée à Thionville en 1669 des deux compagnies suisses de Rodolphe de Saltzgueber

Le 22 novembre 1669, a lieu sur la place d’armes de Thionville, une montre et revue pour laquelle un rôle est établi. Je m’explique, sous l’ancien régime, un capitaine au service du roi de France était le commandant d’une compagnie, soit 100 hommes. C’était une charge ou un office qu’on achetait pour avoir son brevet de capitaine. Régulièrement, on faisait une montre ou revue des hommes de la compagnie pour voir s’ils étaient bien présents, s’ils existaient réellement et s’ils avaient l’équipement nécessaire et suffisant aux gens de guerre. On mettait tout cela par écrit, c’était le rôle, avec le nom de chaque soldat et le capitaine recevait une certaine somme.

C’est ce qui eut lieu à Thionville, ce 22 novembre 1669, en présence du maire, le sieur François, de Benoît de Chabré, trésorier provincial de l’extraordinaire des guerres et cavalerie et d’un autre trésorier, mais celui-ci général pour l’extraordinaire des guerres et cavalerie, tous deux aussi conseillers du roi. Ils sont délégués pour Metz, Toul, Verdun, la Lorraine, la Champagne, l’Alsace et l’Allemagne. Ensuite on trouve le capitaine Saltzgueber avec dix lieutenants et enseignes puis les hommes des deux compagnies suisses dont tous les noms sont listés. La somme reçu par le capitaine sera de 2900 livres tournois.

 

[1] Le duc de Choiseul essaya de 1762 à 1770 de briser les privilèges des régiments suisses en essayant de les organiser sur le modèle des régiments français. Il était colonel général des suisses et ministre de la guerre.

[2] Le canton des Grisons est un des plus grand du pays, il se compose de 3 ligues ou républiques fédératives dont une est celle des X juridictions ou droitures.

[3] Podestat : c’est à dire le « maire » avec des pouvoirs judiciaires, de la commune de Traona en Lombardie.

Extrait du rôle où figure le nom des soldats de la compagnie de Saltzgaibre (ADM J6709)

Extrait du rôle où figure le nom des soldats de la compagnie de Saltzgaibre (ADM J6709)

Ayant construit le premier pont couvert de Thionville, on trouve une référence à son sujet dans « l’Histoire de Thionville » de Teissier qui dit ceci : [1]

«… Cette famille d’origine suisse s’est fixée en France sous Louis XV, francisant son nom en Salzgaibre le 8 avril 1673, il signe Ruedolphus Saltzgaiber, capitatius.

Charles de Saltzgaibre, capitaine au régiment de Royal-Bavière et chevalier de Saint-Louis, habitait Metz et était seigneur en partie de Nouilly »

Après la construction du pont, il participa et supervisa tous les travaux de fortifications de la ville de Thionville dans les conditions décrites dans les articles précédents.

Nous voyons que son nom n’est plus cité dans les actes à partir de septembre 1677.

 

Quid de ce capitaine ?

 

Des recherches effectuées aux archives cantonales des Grisons en Suisse, nous donnent les éléments suivants :

« Rodolphe Saltzgerber, du pays des Grisons, capitaine au régiment de Salis en février 1692, en fut nommé Lieutenant-colonel. Il se distingua beaucoup en 1692 au combat de Steinkerk. Monsieur de Polier son colonel y ayant été tué, monsieur de Saltzgerber fit manœuvrer si bien le régiment en sa place, qu’on ne s’aperçut par de la perte qu’il avait faite. Il eut le brevet de colonel le 25 juin 1702 et quitta le service en avril 1705 à cause de son grand âge. Il obtint une pension de 600 livres. Son fils Christian Saltzgerber obtint le commandement de sa compagnie, elle fut réformée en février 1716. »

 

[1] Page 143

Ces recherches en Suisse nous indiquent aussi que le régiment de Salis était un régiment d’infanterie suisse au service du royaume de France qui prit le nom de ses colonels successifs : Polier ou Porlier, Reynold, Castellas, Bettens, Monnin, Reding, Pfyffer, Sonnenberg puis en 1792 le 65ème régiment d’infanterie de ligne et enfin licencié en août 1792.

Le régiment de Salis prend part au siège de Valenciennes en 1677, puis à la bataille de Cambrai et à tous les sièges et batailles de la guerre des Pays-bas puis de la Ligue d’Augsbourg où le colonel Salis fut tué à la bataille de Fleurus en 1690.

Salis fut remplacé par le colonel Porlier ou Polier, après le siège de Namur, il fut tué à la bataille de Steinkerque le 3 août1692 et remplacé au commandement de façon adroite [1] par Rodolphe Saltzgaibre son second qui en retira un certain prestige et son brevet de colonel.

Celui-ci, atteint par la limite d’âge prit sa retraite en 1705 et se retira à Metz où il avait été de nombreuses années entrepreneurs des fortifications de la ville ainsi que de celles de Thionville.

Rodolphe de Saltzgaibre eut au moins un fils, Christian alias Christophe qui fut capitaine au régiment de Castellas (nom du régiment de Salis à dater du 25 juin 1702 à la mort du colonel Reynold).

Christian Saltzgaibre avait épousé à Metz, paroisse Saint-Eucaire, Isabelle-Claire Blanc ou Blanque. Il est décédé le 25 mai 1759, rue Chapé, dans la même paroisse. Son épouse décéda le 12 juillet 1772 à 72 ans. Ils furent inhumés au pied de l’escalier du choeur dans l’église Saint-Eucaire de Metz.

 

[1] L’ennemi et le régiment ne se rendirent pas compte que le colonel avait été tué.

Acte de décès de Christian alias Christophe Saltzgaibre (fils de Rodolphe Saltzgaibre)

Acte de décès de Christian alias Christophe Saltzgaibre (fils de Rodolphe Saltzgaibre)

Ils eurent au moins huit enfants, dont Charles Dominique Gabriel Salztgaibre, né le 23 mars 1718, en la paroisse de Saint-Maximin à Metz. Il fut capitaine au régiment Royal Bavière et seigneur en partie de Nouilly. Ils demeuraient rue Mabile à Metz en la paroisse de Saint-Eucaire.

Il épousa Marguerite de Pagny, décédée en couche à 27 ans, puis Gabrielle de Brye, décédée en 1785 à 63 ans. Lui même décéda le 25 mai 1774 en la paroisse Saint-Victor à Metz. Ils furent inhumés dans le caveau familial dans l’église Saint-Eucaire.

Suivirent sept autres enfants : Marguerite décédée à 2 mois, puis Marguerite Anne julienne, Charlotte, Catherine Elisabeth, Jean François Xavier (décédé jeune) , Marguerite Nicole et Christophe qui fut curé de Serrouville.

La famille Saltzgaibre s’éteignit ainsi faute de descendant mâle en position de pouvoir procréer.

 

Pour conclure, voilà une belle page d’histoire pour le bâtisseur que fut Rodolphe de Saltzgaibre qui méritait bien de sortir de son anonymat pour reprendre sa place dans l’histoire Thionvilloise.

Soldats suisses au repos

Soldats suisses au repos

Références des archives de l’armée à Vincennes contactées au sujet

du capitaine Saltzgaibre

 

L’époque concernée est trop lointaine et aucun dossier d’officier n’existe pour cette époque.

 

Toutefois existe une table des signataires de la série GR 1A du ministère de la guerre avec 3 références sur Rodolphe Saltzgaibre, commissaire à Thionville en août/septembre 1672 cote GR 1A 294 – Octobre 1672 cote GR 1A 295  - Janvier/juin 1673 cote GR 1A 350

Les archives du Génie relatives à Thionville : cote GR 1 VH 1789-1803

pour les années allant de 1671 à 1913

(Il serait sans doute très intéressant d'aller voir ces documents à Vincennes)

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

En ce début d’année, nous allons clore cette série d’articles sur les travaux faits aux fortifications de Thionville entre 1634 et 1700. Ces travaux ont été commandés au capitaine Rodolphe Saltzgueber qui les a mis en œuvre. Ce capitaine de deux compagnies suisses était surtout connu pour avoir construit le premier pont (couvert) de Thionville. Cette série d’articles aura révélé son implication dans l’ensemble des travaux de fortification de la ville dès son annexion [1] à la France.

 

[1] Cette fois-ci définitive jusqu’à la guerre de 1870 puis de 1940

Carte de 1745 où la  rive droite est encore sous fortifiée et sans le canal de dérivation (Archives Nationales- Paris)

Carte de 1745 où la rive droite est encore sous fortifiée et sans le canal de dérivation (Archives Nationales- Paris)

L’acte du 10 juillet 1676, résumé ci-après, mentionne de nouveaux intervenants, dont je vais citer les titres, pour la construction d’une redoute carrée ou trapèzoïdale.

Le sieur Charles Nicolas de Soucy, écuyer et seigneur de Chambaux, conseiller du roi et commissaire ordinaire et provincial des guerres et parties pour sa majesté, conduisant la police des troupes et gens de guerre tenant garnison dans les Trois Evêchés, Thionville et Sierck et stipulant que monseigneur de Morangis, conseiller du roi en tous ses conseils, intendant de la généralité de Metz, a passé marché avec Rodolphe de Saltzgueber, capitaine de deux compagnies suisses et major de brigade au service de sa majesté pour qu’il construise en état de perfection une redoute en maçonnerie de forme carrée ou de trapèze suivant les dimensions qui lui ont été données par Monseigneur de la Haye [1], lieutenant général des armées du roi et commandant de Thionville qui juge cette redoute utile et nécessaire.

 

[1] Jacob Banzuzl de la Haye, maréchal de camp, blessé à mort le 27 juin 1677. Cité pour sa défense de la ville de St-Thommé ou Mélia en Inde en 1674.

Le marché a été passé en présence du sieur de Saint-Lô, ingénieur général des fortifications de Lorraine et frontières.

Le marché stipule que la toise sera payée 27 livres au sieur Saltzgueber mais qu’on devra lui fournir, les pierres de taille directement en place, qu’on paiera les voitures et chariots, 3 escalins [1] chaque voiture ayant des dimensions ordinaires et que l’on fournira les ouvriers, la chaux et le sable en fonction des mesures (toisé) qui en sera fait.

 

Le 10 août 1676, le sieur Saltzgueber s’oblige envers sa majesté, au travers du sieur Louis de Bonafoux [2], capitaine au régiment d’Anjou et ingénieur à la conduite des travaux du roi à Thionville, de construire ce qui suit :

Premièrement :

La charpente pour former une galerie en manière de chemin couvert dans la redoute de maçonnerie qui a été faite dans le petit ouvrage à la tête de la digue sur la rivière de la porte de Metz [3] avec les dimensions nécessaires pour pouvoir tirer derrière le parapet.

Il fera aussi deux portes à ladite redoute en madriers de chêne de deux pouces et demi d’épaisseur.

 

Il fera la charpente utile pour construire le pont sur le fossé de la demie lune à la tête du grand pont sur la Moselle avec deux barrières aux deux bouts du pont et une bascule [4]au milieu. Il fournira donc toutes les ferrures, les chaînes, bandes, verrous et clous pour les barrières et planchers de sapin de la redoute.

Il fournira les soubassements de pierre de taille pour y mettre les piliers avec des consoles aussi de pierre de taille pour soutenir les bois.

Pour cela, il recevra 500 livres tournois payables à proportion de l’avancement des ouvrages.

Le 10 février 1677, nous avons un acte qui nous donne plus de précision sur le sieur Saltzgueber :

Est présent, Rodolphe Saltzgueber, capitaine au régiment Suisse de Salis et de deux autres compagnies franches de la même nation (Suisse) et major de brigade d’infanterie de sa majesté en garnison en cette ville de Thionville ainsi que le sieur Pierre Jean Jacquet dit la « Verdure » [5] et le sieur Dominique Gilant, tous ont promis et se sont engagés, l’un pour l’autre et solidairement envers sa majesté ,au travers de monseigneur Thomas de Choisy, brigadier d’infanterie des places de Lorraine et marches, de construire quatre redoutes de maçonnerie en la forme et manière qu’on leur a indiqué et de faire le transport de toutes les terres nécessaires pour former les terre-pleins et parapets, d’en faire l’engazonnement comme aussi celui des parapets du corps de la place.

 

[1] L’escalin est une monnaie d’argent des Pays-Bas valant 40 liards ou 10 sous

[2] Signe très lisiblement : Bonnafau

[3] Le canal de la Fensch à Beauregard

[4] C’est à dire une partie mobile du genre pont-levis.

[5] Un grand nombre de soldats de cette époque avaient des surnoms.

Ils devront aussi faire le gazon des chemins couverts, des demi-lunes et de la contre-escarpe, d’en relever les parapets, de faire quatre petites digues aux endroits désignés pour les inondations, les digues seront retenues par devant en construisant un mur. Il sera fait aussi un mur de clôture autour du magasin neuf et du moulin de la porte de Metz et de planter toutes les palissades autour de la contre escarpe suivant l’alignement des parapets comme le tout est prescrit dans les devis.

Pour tous ces travaux les entrepreneurs devront fournir tous les matériaux nécessaires :

À savoir, les peines d’ouvriers, le sable, la chaux, les moellons, les pierres de taille, le bois, le gazon, les chariots, les outils et ainsi ils seront payés 30 livres tournois de la toise cube pour toutes les sortes de maçonnerie, grosses ou petites, y compris les pierres de taille et ils auront 7 sols et 6 deniers de la toise cube de terre et 45 sols de la toise carrée de gazon, plus 18 deniers pour les palissades.

Ils recevront encore 2700 livres pour les réparations à faire au pont comme le stipule le mémoire signé par le sieur de Choisy et cela à la réception des travaux au pont.

L’acte qui suit, daté du 11 février 1677, soit le lendemain de l’acte précédent, va nous éclairer sur l’articulation de ces différents marchés et contrats.

 

Jean Pollin, sergent de la compagnie franche du sieur Saltzgueber, Antoine Schmit et Henry Graber, soldats de ladite compagnie et tous les trois maître maçon, se sont engagés envers le sieur Saltzgueber, le sieur Pierre Jean Jacquet et Dominique Gilant, entrepreneurs des fortifications des villes de Metz et de Thionville, pour faire toutes les maçonneries et pierres de taille que lesdits Salztgueber, Jacquet et Gilant ont entrepris pour le roi en cette ville de Thionville, le tout conformément aux plans, profils et devis signés par le sieur de Choisy et les entrepreneurs.

 

Pour ces travaux, ils seront payés 4 livres et 10 sols pour chaque toise cube, les matériaux étant fournis par les entrepreneurs. Ils devront rendre compte à la fin des travaux.

 

On voit bien là que les sieurs Saltzgueber, Jacquet et Gilant sont les entrepreneurs des fortifications des villes de Metz et de Thionville, qu’ils passent des marchés avec les directeurs des fortifications ou ingénieurs du roi pour la Lorraine. Une fois les marchés signés pour une certaine somme, eux même repassent un contrat avec leurs propres soldats pour effectuer physiquement les travaux et bien entendu pour une somme bien moindre car nous sommes ici dans un rapport de 30 livres à 4 livres la toise cube.

 

Ces relations peuvent nous sembler étranges [1] au sein d’un même régiment ou compagnie. Effectivement, des contrats [2], se passent moyennant finance, entre membres de la même armée, de la même compagnie et entre personnes qui ont un lien de subordination fort car militaire. Salztgueber est capitaine, Jacquet est lieutenant, Pollin est sergent, Schmit et Graber sont simples soldats.

 

 

 

[1] Dans nos régiments de pionniers ou de génie, ce genre de fonctionnement semblerait complétement anachronique.

[2] Devant notaire

Le 27 février 1677, Nicolas Larmit, Nicolas le Nut, Etienne Baudouin et Jacques la Cour, tous bourgeois de Metz s’engage solidairement envers les sieurs Saltzgueber, Pierre Jean Jacquet et Dominique Gilant, entrepreneurs des fortifications des villes de Metz et Thionville, d’effectuer tout le transport des terres qu’il faudra amener à Thionville pour former, les parapets, banquettes, batteries des bastions à raison de 32 sols la toise cube de terre. Ils s’engagent aussi à faire tout le gazonnement du dehors et dedans de la place à raison de 40 sols la toise quarrée de gazon.

 

Les entrepreneurs fourniront les voitures, le gazon, les outils, le bois des palissades.

Le 1er septembre 1677, le sieur Balthazar Leyendecker [1], maître recouvreur de la ville de Thionville, s’engage envers Pierre Jean Jacquet, entrepreneur des travaux de sa majesté en cette ville de faire couvrir de tuiles plates, le magasin à poudre à la gorge du bastion porte de Metz, lesquelles tuiles seront posées avec du bon mortier et des crampons entaillés dans la pierre de taille. Il devra aussi couvrir la grange au moulin à chevaux [2] de tuiles creuses de la même façon.

 

Pour cela il sera payé 20 écus blancs payable à proportion du travail qui se fera sans discontinuer. Le sieur Jacquet dit la « verdure » fournira les matériaux utiles.

 

Le 24 juin 1680, Edmond Weyrich, maire de la Basse Yutz et Jean Nicolas Weyrich, batelier à Thionville ont promis, solidairement, envers Pierre de la « verdure » entrepreneur des travaux du roi à Thionville, de voiturer incessamment avec deux bateaux, un fourni par Jean Nicolas Weyrich et l’autre par le sieur de la « verdure », toutes les pierres que ledit la « verdure » fera arracher à la carrière d’Illange sur la Moselle et que les gens du sieur la « verdure » chargeront et déchargeront des bateaux, le tout moyennant 3 livres et 10 sols par bateau.

 

Le sieur de la « verdure » n’est autre que le lieutenant Pierre Jean Jacquet dit la « verdure ».

 

NB : On remarquera que le sieur de Saltzgueber n’est pas cité dans cet acte, pourtant sa compagnie suisse est toujours en garnison à Thionville, comme le montre un autre acte sans rapport avec les fortifications, qui désigne un certain Pierre Jacob, tambour dans le régiment de Saltzgueber un autre acte de 1678 cite lui, un certain Pierre Jacque également tambour dans le même régiment suisse.

 

Enfin, le dernier acte de cette série est daté du 22 décembre 1708. Les protagonistes ont changé, nous avons là le sieur Jean Well, maître charpentier de Thionville et son épouse Marguerite Simonis lesquels promettent, solidairement, au sieur Joseph de la Vollée, entrepreneur des fortifications du roi en cette ville, de faire les travaux définis et d’en assurer l’entretien suivant un contrat qu’il leur a été lu et cela pendant dix années. Moyennant quoi, ils percevront tous les ans, payable de six mois en six mois la somme de 900 livres tournois et devront pour sureté, mettre tous leurs biens meubles et immeubles en gage.

 

[1] Ce recouvreur (couvreur) bourgeois de Thionville a refait le toit de l’église de Hayange en novembre 1662. Ces descendants, entrepreneurs connus à Thionville, porteront le nom de Leydecker

[2] Le moulin à chevaux se trouvait en la rue Brûlée dans le magasin du roi, il était mû par des chevaux et servait à faire de la farine quand le moulin de la ville chômait ou était arrêté.

Ce dernier acte décline une autre façon de travailler, par la signature d’un contrat d’entretien annuel valable dix ans. C’était en quelque sorte un « fermage ou bail ».

 

Le capitaine Rodolphe Saltzgueber et les deux autres entrepreneurs, Pierre Jean Jacquet et Dominique Gilant, ne sont plus concernés par les derniers actes. Le régiment de Salztgueber semble avoir quitté Thionville.

 

Rodolphe Saltzgueber, militaire et bâtisseur a construit le premier pont de Thionville et assuré pendant de nombreuses années la construction et l’entretien des fortifications de la ville de Thionville.

 

Récapitulatif de sa présence à Thionville :

 

En 1668, les actes ne le mentionnent pas.

 

En 1669, une revue militaire des deux compagnies suisses est faite sur la place d’armes de Thionville, elle marque son arrivée à Thionville.

 

1673, construction par ses soins du premier pont de Thionville, pont couvert en bois sur soubassements de pierre de taille, à l’image des ponts couverts de la Suisse.

 

De 1673 à 1676, il va participer et superviser tous les travaux de fortifications de la ville.

 

Au début de l’année 1677, il sera secondé par son lieutenant Pierre Jean Jacquet dit la « verdure » et par Dominique Gilant. Ils porteront le titre d’entrepreneurs des fortifications du roi pour Metz et Thionville.

 

Enfin, en septembre 1677, il a passé la main à ses seconds et n’apparaît plus dans les actes concernant les fortifications de la ville.

 

Bien entendu, de 1717 à 1789, les fortifications de la ville vont continuer de se perfectionner et de s’étendre, principalement sur la rive droite de la Moselle, vers Yutz et son double couronné. On y verra alors à l’œuvre, les ingénieurs Duportal, Tardif, Cormontaigne et Filley. L’ensemble de ces ingénieurs, comme Saltzgueber et ses compagnies suisses ont œuvré à partir de plans en partie élaborés ou au moins validés par Vauban.

 

Rappel:  Les articles sur les fortifications et le capitaine Saltzgueber sont tirés d'un ensemble d'actes notariés : ADM 3E7534-3E7535 (Helminger)

 

Dans le prochain article nous verrons plus en détail qui était Rodolphe de Saltzgueber et quelle fut sa vie après avoir quitté Thionville.

 

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

Après les deux intermèdes concernant Saint-Nicolas et les 60 ans de l’église Notre Dame de l’Assomption, revenons aux travaux sur les fortifications de Thionville réalisés par et sous la supervision de Rodolphe Salzgueber.

Les fortifications 3ème partie: (pour relire la troisième partie de l'article)

http://www.histoiredethionville.com/2016/11/1664-a-1700-thionville-les-fortifications-3eme-partie.html

                                                                        **************

Le 15 juin 1674, Rodolphe Salzgueber, capitaine de deux compagnies suisses et major d’une brigade au service de sa majesté, s’engage envers messire Louis de Saint-Lô, écuyer et seigneur de Lespinay, capitaine au régiment de la marine ayant la direction des fortifications des villes et places des pays de Lorraine et frontières de Luxembourg

à réaliser à dires d’expert et gens de connaissances, deux corps de garde pour les officiers, un à la porte de Metz sous la voûte et l’autre à la porte de Luxembourg, joignant l’entrée de la voûte à main droite, lequel sera couvert d’ardoises.

Il devra faire les murailles (murs) de bonne maçonnerie, d’y faire des fenêtres garnies de vitres et de fil d’archet au-devant. Les jambages seront de pierre de taille, des cheminées et aussi des lits de camp, tables et bancs seront nécessaires pour la commodité de l’officier.

Il rebouchera les petites brèches qui sont au-dessus des portes, pour cela il recevra 350 livres.

Il devra aussi recouvrir les corps de gardes à l’avancée de la porte de Metz, c’est à dire d’y remanier toutes les tuiles et en remettre des neuves pour remplacer celles cassées ou manquantes afin qu’il ne pleuve plus dans les corps de garde et pour cela il recevra 3 livres.

Il devra encore faire les réparations aux ponts des portes de Metz et de Luxembourg, consistant en la pose de madriers à remettre sur le dessus des ponts, il lui faudra fournir le bois et la main d’œuvre et recevra alors 103 livres et 15 sols.

Dans la rue brûlée, il devra rétablir les grands moulins à cheval dans les magasins du Roi, vis à vis de la maison du sieur Klein. Il devra fournir la main d’œuvre et toute la ferrure nécessaire et aussi le bois et rendre les moulins propres à faire de la farine, alors il touchera 278 livres et 10 sols.

Le sieur de Salzgueber, devra démolir toutes les maisons [1] qui sont comprises dans l’alignement de la rue qui doit conduire de la porte du pont à la place et fera transporter une partie des matériaux proche de la porte de Luxembourg en des lieux où ils ne gêneront pas. Pour ces démolitions, il recevra 318 livres.

Le 19 juin 1674, Rodolphe Salzgueber, capitaine de deux compagnies suisses et major d’une brigade au service de sa majesté, s’engage envers messire Louis de Saint-Lô, écuyer et seigneur de Lespinay, capitaine au régiment de la marine ayant la direction des fortifications des villes et places des pays de Lorraine et frontières de Luxembourg à faire les réparations nécessaires aux chemins couverts de Thionville et de la manière suivante :

 

[1] D’après les plans, cela n’a semble-t-il concerné, qu’une seule maison située devant l’entrée du pont.

Après avoir bien aplani, dressé, épointé les palissades, il sera fait une rigole profonde de 3 pieds ou 3 pieds et demi dans laquelle seront plantées les palissades, attachées et bien chevillées avec de bons linteaux comme prévu sur le profil qui lui a été remis afin que les palissades soient si bien dressées et alignées que les pointes ne fassent qu’une même ligne. La rigole sera remplie de terre, lesquelles seront si bien battues entre et contre les palissades qu’elles seront rendues inébranlables. Salzgueber sera payé 7 livres et 10 sols pour chaque cent de palissades qu’il aura planté, il s’est en outre engagé à faire des barrières de sortie vis à vis des fossés des bastions, des demie lunes suivant l’alignement des palissades, aux barrières ils remettra les vieilles serrures en état et les attachera en sorte qu’elles ferment bien et il sera payé 6 livres pour chaque barrière.

Il devra aussi faire le gazonnage au-dessus du parapet de maçonnerie qui se fera comme suit : Le gazon sera coupé tout d’une main, en bonne terre et bien enraciné. Il aura 14 à 15 pouces de long, 4 pouces d’épaisseur et 6 pouces de largeur. Il sera posé en boutir de liaison avec les terres qui seront mises entre ledit gazon et les palissades, lesquelles terres seront choisies les meilleures, les plus grasses, bien battues.

Les gazons seront bien joints et posés l’un contre l’autre en sorte que les lits de l’un couvrent bien les joints de l’autre et de deux en deux. Il sera posé sur un lit de petites fascines de bois de saule coupé en saison afin qu’elles puissent reprendre et elles auront leurs cimes tournées du coté du parement c’est à dire le gros bout du coté des palissades.

Les fascines seront fournies sur les lieux à la charge de sa majesté. Salzgueber sera payé à raison de 40 sols par toise carrée de gazonnage posé.

Il devra transporter toutes les terres superflues et inutiles dans le chemin couvert pour en former les glacis suivant les plans et alignements qu’il aura reçu. Il sera payé pour ce travail 40 sols pour chaque toise cube de terre charriée.

Le 29 août 1674, Rodolphe Salzgueber, capitaine de deux compagnies suisses et major d’une brigade au service de sa majesté, s’engage envers messire Louis de Saint-Lô, écuyer et seigneur de Lespinay, capitaine au régiment de la marine ayant la direction des fortifications des villes et places des pays de Lorraine et frontières de Luxembourg afin de réaliser un rempart à l’extrémité du pont, afin de gagner le terrain qui est beaucoup plus bas que les piles du pont et qu’on puisse s’en servir pendant que l’on construit l’ouvrage à la tête dudit pont.

Chaque chevalet ne différera en rien de ceux qui ont été faits contre la porte de la ville si ce n’est pour leur hauteur, ils seront posés sur le bon fond et arrêtés avec des pillots, en sorte que les débordements des eaux ne puissent les endommager. Le dessus du pont sera conforme à la charpenterie faite sur les piliers de maçonnerie.

L’on observera que la rampe devra être douce afin que les chariots puissent monter et descendre avec beaucoup de facilités.

L’entrepreneur sera payé à raison de 15 livres la toise courante en mesurant du milieu de la dernière pile jusqu’à l’endroit où finira le rempart.

Le fer nécessaire sera fourni et posé par ledit Salgueber.

Le 15 mai 1675, Rodolphe Salzgueber, capitaine de deux compagnies suisses et major d’une brigade au service de sa majesté, s’engage envers messire Louis de Saint-Lô, écuyer et seigneur de Lespinay, capitaine au régiment de la marine ayant la direction des fortifications des villes et places des pays de Lorraine et frontières de Luxembourg à faire toute la charpenterie nécessaire aux ouvrages de la ville, pour les toitures, couverture des orgues, guérites, planchers, lits de camp, lambris et les portes et ventillons, les toitures seront en ardoise, le bois sera du sapin. Il fera aussi deux guérites en bois de chêne, une sur le devant de la porte de Metz et l’autre sur le coté qui regarde la place. Il sera payé pour cela 700 livres tournois.

Il devra faire les réparations au tambour qui joint le flanc gauche du bastion de Metz, y démolir tout ce qui n’est pas solide et le rétablir bien solide et pour cela il aura 28 livres la toise cube.

Il devra faire trois aisances de pierre de taille dans le grand fossé aux endroits convenus et recevra alors 220 livres pour chacune.

Il fera aussi la maçonnerie à une petite écluse qui sera sur le glacis du chemin couvert, vis à vis de l’angle flanqué de la branche droite de l’ouvrage vers Terville et recevra alors 200 livres la toise cube. La terre nécessaire pour faire la digue de l’écluse lui sera payée 40 sols la toise cube et il recevra le même prix pour les terres utiles pour former la digue qui joindra la gorge de l’ouvrage le long de la Moselle avec le chemin couvert et cela pour retenir l’eau dans le marais, les terres superflues seront mises sur le glacis et bien battues.

Ensuite, il fera tout le pavé depuis la porte du pont jusqu’à la place d’arme et il fera aussi une chaussée au bout du grand pont. Il devra terminer ces travaux pour la fin octobre de ce mois (soit 5 mois) et sera alors payé d’après le toisé.

Un avenant à ce contrat daté du même jour, stipule qu’il devra aussi faire six barrières, avec leur cadenas, aux accès aux remparts, il fera aussi un petit corps de garde en planches dans le bas du «Ferdinand »[1] et devra démolir une croix de pierre qui est sur la place, le tout pour 44 livres et 10 sols.

Sierck :

 

Le même jour, 15 mai 1675, un autre contrat lui demande de réparer toutes les brèches qui sont aux murs du château de Sierck avec une bonne maçonnerie de chaux et de sable en utilisant les meilleurs moellons du pays. Il devra en outre fournir sept barrières avec cadenas pour la petite place proche les « Récollets ». Pour ces travaux, il recevra 20 livres la toise cube de maçonnerie et 22 livres et 10 sols pour les barrières.

Il lui faudra aussi faire une banquette de pierre sèches derrière la grande « Brèche » et mettre sur la redoute un plancher, puis de faire un petit pont au-dessus du fossé avec une palissade à droite et à gauche et enfin une guérite de madriers sur le flanc de la grande face, il recevra alors 34 livres et 15 sols.

 

[1] Ouvrage bastionné se trouvant à coté du grand pont.

Plan de Sierck en 1747

Plan de Sierck en 1747

Le 17 janvier 1676, le sieur Saltzgueber [1] sera chargé de transporter toutes les terres pour faire le chemin couvert à la tête de la muraille qui retient les encadrements de la porte de Metz et autour du moulin et cela suivant les plans fournis. Les terres seront prises en défonçant le terrain pour atteindre le niveau demandé qui est au-delà du glacis c’est à dire de manière que le glacis soit vu du corps de la place, il devra laisser en place des témoins de profil afin de pouvoir en faire le toisé [2]. Le tout sera payé à raison de 40 sols la toise cube.

Il devra aussi engazonner les parapets et les banquettes puis les palisser.

Il devra construire en pierre de taille, trois lieux d’aisance aux endroits marqués et les faire comme celles entre le bastion de Metz et d’Enghein et recevra alors 222 livres pour chaque aisance construite.[3]

Ensuite, il fera un corps de garde en maçonnerie à la porte du pont conformément aux plans et recevra la somme de 1100 livres tournois. (Le prix est élevé car le descriptif des travaux est très long et explicite afin d’obtenir un bâtiment de bonne qualité)

 

[1] Maintenant le nom s’orthographie avec un « t »

[2] Faire le toisé, c’est prendre les mesures des travaux réalisés afin d’établir le prix.

[3] Se reporter aux plans dans les articles 2ème et 3ème parties

Il fera ensuite quatre casernes [1] avec chacune quatre chambres en bas et un couloir au milieu et encore quatre chambres à l’étage avec au-dessus un grenier. Il y aura des cheminées et des portes fermant à clés. Chaque caserne lui sera payé 3300 livres tournois.

Il devra encore faire le magasin à poudre situé vis à vis de la gorge du bastion de Metz suivant les plans joints avec des fondations très solides pour 30 livres la toise cube. Il fera un plancher de madriers de chêne, une porte bien ferrée avec serrures et verrous pour cela il aura 110 livres. Le tout devra être livré pour la fin novembre 1676.

Les voitures pour charrier la terre, les moellons, la chaux et le sable seront payés par les intendants.

Le 21 janvier 1676, le lieutenant Pierre Jean Jacquet de la compagnie de Saltzgueber va passer commande à Dominique « Geyralding » de Raon-l’Etape dans les Vosges, pour un lot très important de bois, dont 3000 planches, livrable à Thionville. Pour cette opération, un bourgeois de la ville, Dominique Scwadol, se portera caution en versant 40 écus blancs à 3 livres tournois l’écu.

Dans le même document, le même lieutenant, Pierre Jean Jacquet passera commande, auprès de Etienne Marmoy et Nicolas Marmoy, frères, demeurant à la tuilerie de Lagrange, pour 60000 tuiles et 30000 briques livrables en juillet pour le prix de 8 livres et 10 sols le mille. Le témoin de l’affaire sera un bourgeois de Thionville, Balthazar Leyendecker.

 

Nous sommes rendus en 1676 et depuis 1634, soit 42 ans, les fortifications de la ville ont constamment été améliorées et entretenues. Le sieur Saltzgueber avec ses gardes suisses et les artisans de la région, sous les ordres du directeur des fortifications, à l’aide des plans et profils fournis par les ingénieurs du Roi dont Vauban, a été la cheville ouvrière de ces travaux. Nous verrons dans une prochaine et dernière partie, début 2017, les travaux qu’il a encore réalisé sur la place de Thionville avec une petite notice sur ce personnage peu connu faute de document le concernant.

 

Je vous souhaite à toutes et tous de

bonnes fêtes de fin d’année.

 

NB :

Vous pouvez me joindre par le menu contact du blog

ou à l’adresse suivante :     histoiredethionville@gmail.com

 

[1] Ce qui correspond à 24 chambres mais sans connaître le nombre d’hommes par chambre.

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

** En premier lieu, je voudrais signaler et corriger une erreur sur le plan de la ville figurant dans l’article précédent. Lors de la mise en page, l’étiquette indiquant le bastion « le Ferdinand » a bougé. Pour le nom des bastions, il faut se référer au plan joint à la fin de cet article.

Comme nous l’avons déjà dit et redit, le premier pont de Thionville, point de bois couvert, monté sur des piles de maçonnerie a été édifié en 1673, sous la direction de Rodolphe Salzgueber [1], capitaine de deux compagnies suisses et major de brigade au service du roi en poste à Thionville. Ce capitaine est fort peu connu, on sait qu’il  a supervisé de près la construction du pont, ce que l’on sait beaucoup moins, voir pas du tout, c’est qu’il a  supervisé d’importants travaux concernant les fortifications de la ville. Ces travaux étaient exécutés suivant des profils et des plans fournis par ses supérieurs.[2]

L’acte que nous allons voir est daté du 25 janvier 1674. Il est assez long et décrit par le menu les travaux à réaliser à différents endroits de la ville, je laisserai quelques paragraphes techniques pour les spécialistes, mais je me permettrai aussi de synthétiser l’ensemble qui sinon deviendrait vite abscons.

L’acte est passé entre messire Louis de Saint-Lô [3], écuyer, seigneur de l’Espinay, ayant la direction des fortifications des places de Lorraine et du Luxembourg, capitaine au régiment de la marine et le sieur Rodolphe Salzgueber [4] qui s’oblige donc par cet acte de faire exécuter les travaux suivants :

1- Construction d’un parapet tant à la porte de Metz qu’à celle de Luxembourg et cela depuis l’endroit où leurs ponts commencent et finissent et cela jusqu’à 20 toises au-delà du parapet du chemin couvert.

Les parapets seront composés de bonnes pierres qui aient beaucoup de qualité et qui seront toujours posées en boutisse [5] et non point en parement.

Les parapets auront chacun une largeur de 15 pieds et sera fait en dos d’âne, c’est à dire plus élevé d’un pied sur le milieu que sur sa bordure et il sera si bien pressé et battu qu’il ne pourra s’enfoncer.

Pour ces parapets, Salzgueber sera payé à raison de 13 livres et 10 sols la toise quarrée.[6]

 

[1] Comme toujours à ces époques l’orthographe du nom est assez imprécise : Salzgueber, Salzgaiber, Saltzgeber, parfois Saltzgaiber ! Ne retenons aujourd’hui seulement  la phonétique.

[2] Malheureusement ses plans et profils n’étaient pas joints aux actes.

[3] Monsieur Louis de Saint Lô peut-être considéré comme un ingénieur travaillant souvent sous les ordres de Vauban avec lequel il n’était pas toujours d’accord comme dans l’affaire des fortifications de Marsal.

[4] Orthographe utilisé dans cet acte.

[5] Ne laissant voir au-dehors du mur que le bout étroit de la pierre, pose traversière.

[6] Valant à peu prés 3,8 m2

2- Il devra rétablir le fond de la muraille qui sert de face gauche à la demi-lune le long de la rivière Moselle du côté de la porte de Metz et cela en la manière suivante :

« Faire exécuter un pillotage [1] sur le devant égal à celui des pilles du pont et après avoir ôté toute la terre jusqu’au bon fond, il fondera avec de la chaux vive ainsi que l’on a fait audit pont jusqu’à fleur d’eau où il sera fait une retraite de 2 pieds sur le devant en prenant soin de poser la première assise de pierre de taille 1 pied plus bas que la plus basse eau et cette retraite sera couverte par une pierre de taille, le parement de pierre de taille sera élevé d’assise égale à la hauteur de la muraille qui le joint et le reste sera fait avec de gros moellons de Ranguevaux qui ne gèle point. Le corps de la maçonnerie sera  composé de gros moellons posés dans un bain de mortier tierce de chaux et les deux tiers de sable bien dégraissé et de la meilleure qualité qui se trouve dans le pays. Si après avoir approfondit d’environ 6 pieds ou plus au-dessous de l’eau, l’on ne trouve pas le bon fond, il sera posé une grille sur 2 pillotis ainsi qu’il est marqué sur le profil ci-joint, la faisant pencher d’1 pied sur le derrière. Les pillotis, madriers et bois nécessaires seront fournis audit Salzgueber, mais il sera obligé de battre les pillotis jusqu’à 40 à 50 coups de moutons [2] pesant 1000 livres [3] et plus…. »

Ensuite, il est précisé que ledit Salzgueber devra mettre en œuvre les bois et qu’il devra se régler sur le profil joint, il sera en outre obligé de garantir la muraille pendant 3 années à compter du jour de sa réalisation, moyennant quoi, il sera payé à raison de 40 livres chaque toise cube [4] de maçonnerie et il lui sera possible de se servir des vieux matériaux de la muraille qu’il démolira et à l’égard des terres qui proviendront de l’excavation des fondations, elles seront portées et battues et fascinées derrière le bâtiment et du reste l’on formera le parapet et la banquette qui sera gazonnée pour cela Salzgueber sera payé à raison de 55 sols pour chaque toise cube de terre.

3 - Il promet en plus de faire percer la muraille vis à vis du pont sur la rivière avec une voûte qui traversera l’épaisseur du rempart en la manière suivante :

« A l’égard de la poterne, il aura pour modèle celle de la porte de Metz, tant à l’égard des des ponts « …… » pour les portes et feuillures, pour leur orgues [5] que pour leur ceinture, à l’exception que pour observer la symétrie , il fera à gauche une fausse porte comme celle de droite et que l’on ne sera pas obligé d’y sculpter les armes du roi mais bien apposer des collages pour le faire quand on le voudra, pour le reste, il suivra les plans et profils ci-joint, il devra bien entendu construire sur un fond solide et le corps de la maçonnerie sera composé de moellons ainsi qu’il est dit, le tout sera bien lié aux anciennes (maçonneries). Après avoir élevé le fondement jusqu’à la hauteur du rez-de chaussée, il fera une retraite de 6 pouces [6] sur le devant sur laquelle il posera 2 assises de pierre de taille d’un pied chacune et le reste du parement sera de gros moellons de Ranguevaux posés en liaison et assise égale jusqu’à la naissance de la voûte qui commencera sur une petite plaine de pierre de taille et ne « régnera » qu’autant qu’il sera nécessaire pour mettre leur orgue à couvert, c’est à dire que le reste du côté de la ville ne sera pas voûté présentement à moins qu’on ne le juge à propos et en cela ledit Salzgueber sera tenu de le faire, sinon,

 

[1] Mettre en place des pilotis enfoncés dans le sol. Venise est construite avec cette technique.

[2] C’est un gros « marteau » mécanique servant à enfoncer les pilotis.

[3] Mouton d’un poids d’environ 500 kg

[4] Soit environ 7,40 m3 la toise cube et la toise carrée environ 3,80 m2

[5] Les orgues sont des herses de bois dont les barreaux descendants sont indépendants

[6] Soit environ 2,7 cm.

 il disposera les choses pour pouvoir le faire. Il suivra les plans et profil et sera payé à raison de 28 livres chaque toise cube de maçonnerie et 12 sols par pied carré de parement de pierre de taille. »

4 – Comme il faudra couper le rempart de la longueur suffisante pour avoir celle des fondements, la terre enlevée sera transportée tant dans les lieux ou le terre plein n’est pas bien uni que dans un vide prochain entre le château et les jardins des religieuses, observant qu’il faudra en laisser sur le bord, suffisamment pour remplir l’espace derrière le « bâtiment » après qu’il sera fait et bien battu et fasciné [1] et pour cela ledit Salzgueber sera payé tant pour le déblai que pour le remblai à raison de 55 sols la toise cube.

5 – Le sieur de Salzgueber sera tenu aussi de faire construire des guérites de pierre de taille de Ranguevaux sur tous les angles flanqués des bastions, observant que la liaison avec la muraille devra être assez bonne pour soutenir sans risque tout le poids des guérites, s’il le faut elles seront jointes ensembles avec des clés [2]et des crampons aux endroits qui seront jugés nécessaire en cela il suivra les plans, profils et façades ci-joint et accepté. Pour ce travail le sieur Salzgueber sera payé 400 livres.

6 – Le sieur Salzgueber devra faire à la tête du pont une redoute [3]de maçonnerie avec un paravent tant en dehors qu’en dedans, fait de moellons de Ranguevaux et suivra pour l’épaisseur et l’élévation les plans et profils, observant qu’il devra faire des créneaux de 3 pieds en 3 pieds pour y pouvoir tirer, comme aussi de former leurs angles avec de la pierre de taille et sera payé à raison de 33 livres par toise cube de maçonnerie et pour ce prix il devra faire les lits de camp avec  les portes et les bancs.

7 – Enfin, le sieur Salzgueber fera autour de la redoute un fossé de la largeur indiquée dans le profil avec un petit pont pour traverser le fossé. Il fera planter une palissade dans le milieu. Les terres qui proviendront du fossé seront portées et rangées ainsi qu’il est marqué sur le profil, pour cela le sieur Salzgueber sera payé 30 sols la toise cube de terre et les palissades, et bois lui seront fournis sur les lieux mais il devra les aplanir [4] et les espointer et les planter. Pour les voitures nécessaires pour le transport des matériaux pour tous les ouvrages, elles seront consignées [5]par le pays qu’il devra payé à l’ordinaire comme pour les marchés précédents.

Enfin concernant le paiement des travaux, il sera fait à l’avancement des travaux, mais il recevra pour avance une somme de 3000 livres.

Passé à Thionville le 25 janvier 1674.

 

[1] Fasciné veut dire que l’on mélangeait des petites branches souples à la terre afin de la retenir en place et de la rendre moins friable

[2] la clé d’arc était en fait une pierre en forme de  trapèze fermant une voûte et assurant sa solidité

[3] Une redoute est une constructionn sans angles rentrants, située à l’extérieur de la place ou ville  fortifiée

[4] Les rendre plates sur deux côtés et les tailler en pointe

[5] Réquisitionnées dans les villages alentours et Salzgueber devra payer les paysans pour le service

Exemple d’agrafe ou de crampon métallique chargé de  solidifier une liaison entre deux pierres.

Exemple d’agrafe ou de crampon métallique chargé de solidifier une liaison entre deux pierres.

Les signatures de Saint Lô et de Salzgueber

Les signatures de Saint Lô et de Salzgueber

Notes :

Dans les signatures, on remarquera qu’à la fin du texte, il y a écrit : « Salzgueber signe avec nous… » pourtant la signature de la main de l’intéressé, se termine par « ..gaibre ». Il semble que sa famille venant de Suisse, se soit fixée en France sous Louis XV, en profitant pour françiser l’orthographe du nom. Nous verrons à la fin de cette série d’articles, les quelques informations que nous avons pu trouver sur le sieur Salzgueber.

Ces actes sont écrits d’un seul « jet » sans aucune virgule, les points sont à deviner quand il y a une majuscule et de nombreux mots sont encore différents des nôtres comme :

Espointer pour épointer

Eslevé pour élevé 

Moislong pour moellon  

Tierce pour tiers

Desgraisser pour dégraisser  

Quy et Quoy pour Qui et Quoi  

Chasque pour chaque

Lespoisseur pour l’épaisseur 

Cymétrie pour Symétrie 

Droict pour droit 

Déblay pour déblai 

et bien d’autres,  en prenant en compte que dans le même acte, ces mêmes mots peuvent être écrits différemment.

Une autre difficulté vient les termes techniques propres à la « Poliorcétique » ou l’art des fortifications.

Pierre de Ranguevaux :

Nous voyons aussi qu’une grosse partie des pierres employées aux fortifications venaient de Ranguevaux où existaient des carrières depuis le 12ème siècle, ainsi que de nombreux tailleurs de pierre qui ont œuvré sur les fortifications de Thionville et de Metz comme à la cathédrale de Metz.

Cette pierre est une chaux carbonatée qui ne gèle pas et possède une très grande solidité. On trouvait aussi à Ranguevaux, de l’argile fine et pure, propre à la fabrication de poterie. De nombreuses églises de nos villages et nos anciennes routes ont été réalisées pour le gros œuvre ou les dallages, en pierre venant de ce village bucolique proche de Hayange et Fameck.

Ci-dessous, vous trouverez un plan de Thionville daté de 1650, sur lequel est reporté le nom des différents bastion et les zones où eurent lieu ces travaux.

Plan daté de 1650 (Le fond de plan vient des archives municipales de Thionville)

Plan daté de 1650 (Le fond de plan vient des archives municipales de Thionville)

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

Dans la continuité de la série d’articles consacrés aux fortifications de la ville de Thionville nous allons voir aujourd’hui un document daté du 19 août 1668.

 

Pour préciser un peu les choses, à cette époque, la ville est devenue officiellement française depuis 1659, elle n’a encore que deux portes, celle de Metz et celle de Luxembourg, le pont sur la Moselle n’existe pas encore [1] même si a cet endroit existe une petite poterne permettant un accès à la Moselle.

 

Le document est en fait une adjudication de travaux à faire aux fortifications, il est intéressant à plusieurs titres : Il donne une liste de travaux à exécuter, au moins disant, avec l’endroit où ils doivent être faits et les noms des adjudicataires qui sont de Thionville ou de Metz.

 

« L’an 1668, le 19 août nous Jean Paul de Choisy, chevalier, seigneur de Baumont, conseiller du Roi en ses conseils et  d’honneur en son parlement de Metz, intendant de la justice, police et finances en la généralité de Metz, Luxembourg et frontières de Champagne, nous nous sommes transportés à Thionville pour la suite des publications et affiches qui ont été faites à Metz des réparations à faire à ladite place de Thionville et pour procéder à l’adjudication desdits travaux, suivant et conformément à ce qui est porté par le devis qui a été dressé par le sieur Brioys [2], ingénieur du Roi le 19 juillet dernier »

 

[1] Il sera construit en 1673 par le capitaine d’origine suisse « Saltzgueber »

[2] Il fut un mathématicien et ingénieur spécialisé dans les fortifications. Il a écrit un ouvrage sur le sujet qu’il a dédié à Jean Paul de Choisy. Il devait superviser la démolition des fortifications de Sierck.

Coupe standard d'une fortification

Coupe standard d'une fortification

Premièrement :

Le pont à faire sur le ruisseau qui donne dans le fossé (probablement sur la Fensch, à la porte de Metz), lequel pont doit être de 72 pieds de long et où il y aura 9 chevalets d’un pied carré, ledit pont aura 16 pieds de large et les gardes fous auront 3 pieds et demi.

De plus 40 toises de chaussée à raccommoder avec des pièces de bois et du sable aux deux extrémités du pont et de même largeur que le pont.

Mise à prix :

François Courtois, charpentier de Metz pour 500 livres, rabaissé par,

Jean Wehl, charpentier de Thionville à 450 livres,

Jean Adam à 400 livres, charpentier de Metz,

Thil Wegener, bourgeois de Thionville à 380 livres,

Daniel Watry de Metz 360 livres,

Jean Adam de Metz à 350 livres à qui les travaux ont été adjugés, le tiers par avance, l’autre tiers au milieu du travail et le dernier tiers à la fin du travail.

 

 

En second lieu :

Les travaux à faire au poste de garde de la demi-lune de la porte de Metz ou il faut un plancher et ventillons [1] neufs et refaire les dégâts et raccommoder le pont de l’avancée de la demi-lune ou il faut trois chevalets avec les « bauchamps » (support) nécessaires.

Mis à prix

Pierre Meslin, charpentier de Metz à 160 livres rabaissé par :

Jean Wehl charpentier de Thionville à 150 livres.

Pierre Meslin à 140 livres,

Thil Wagener à 135 livres,

Pierre Meslin le jeune de Metz à 130 livres

Thil Wagener à 1250 livres,

Pierre « Duranin » de Metz à 120 livres,

Daniel Watry à 110 livres,

Thiel Wegener à 105 livres,

Daniel Watry de Metz à 100 livres à qui les travaux ont été adjugés.

 

En troisième lieu :

La chaussée depuis la porte de Metz jusqu’à la croix des capucins pour 84 toises de longueur, 2 toises et demie de largeur et bien entendu, il faudra mettre 2 pieds de terre à l’endroit le plus creux et bordé ledit pavé de pieux de bois qui auront 1 pied et un quart.(les capucins sont installés à Thionville depuis 1624 aux environs de la porte de Metz)

Mis à prix :

Daniel Watry à 4 livres la toise au carré, rabaissé par :

François Courtoy à 3 livres et 15 sols,

Gaspar Gérard à 3 livres 13 sols,

Daniel Watry à 3 livres et 10 sols,

Gaspar Gérard à 3 livres et 8 sols à qui ont été adjugés les travaux.

 

En quatrième lieu :

Réparations à faire avec toutes les ferrures nécessaires, au pont de l’ouvrage à corne à la porte de Luxembourg.

Mise à prix :

Par le sieur Hullin pour 148 livres rabaissé par :

François Courtoy à 134 livres,

Le sieur Hullin à 132 livres à qui les travaux ont été adjugés.

 

En cinquième lieu :

Deux corps de garde maçonnés qui sont à faire, l’un à l’avancée de la porte de Metz et l’autre à l’avancée de la porte de Luxembourg. Ils devront avoir 26 pieds de longueur sur 10 pieds de largeur et 8 pieds de hauteur hors de terre, planchés et avec une séparation pour coucher l’officier où il y aura une cheminée commune au corps de garde. Les murailles du corps de garde auront 1 pieds et demi en bas et 1 pied en haut, le tout couvert de tuiles, avec une vitre dans chambre de l’officier, des portes et ventillons, le tout rendu clés en main.

Mise à prix pour les deux corps de garde :

Le sieur Hullin pour 750 livres rabaissé par :

Daniel Watry à 650 livres,

Le sieur Hullin à 600 livres,

Isay Porin pour 590 livres,

Le sieur Hullin pour 580 livre,

Daniel Watry pour 570 livres et ainsi de suite pour se conclure par  530 livres pour le sieur Hullin à qui ont été adjugés les travaux.

 

[1] Chicanes aux fenêtres pour filtrer l’air y entrant

En sixième lieu :

Toutes les barrières et palissades et aussi toutes les portes et ferrures nécessaires à savoir les barrières de 6 pieds de haut avec les poteaux de 10 pieds ou 9 pieds au carré, les palissades de 10 pieds de haut avec des poteaux de 10 pieds carré avec des cadres mortaisés et les palissades chevillées :

Mise à prix :

Le sieur Hullin pour 16 livres la toise et les barrières à 8 livres y compris les portes et ferrures rabaissé par :

Pierre Meslin  pour 14 et 7 livres,

Daniel Watrin pour 12 et 6 livres,

Le sieur Hullin pour 11 et 5 et demie livres,

Jean Wehl pour 9 et 4 et demie livres,

Au final, Thiel Wagener pour les palissades à 5 livres et 15 sols et les barrières à 55 sols à qui ont été adjugés les travaux, il faudra aussi qu’il fasse deux guérites en chêne pour 11 livres chacune.

 

En septième lieu :

Des travaux à l’avancée de la porte de Luxembourg adjugé à François Courtoy pour 200 livres.

 

Les ouvrages de maçonnerie à faire au flan de l’ouvrage appelé le Ferdinand (bastion porte de Metz) sont adjugés au sieur Watrin pour 19 livres et 10 sols la toise.

 

La terre apportée derrière les murailles, payée à la toise, est adjugée à 50 sols la toise au sieur Hullin en mettant par lui une douzaine d’arbres de chêne à la tête de la muraille qui y feront le coin de la rivière du coté de la porte de Metz, les trous seront remplis 

Plan de la ville montrant les zones de travaux

Plan de la ville montrant les zones de travaux

Pour conclure cet article, on relèvera que des travaux ont été faits au-devant des deux portes de la ville, Metz et Luxembourg, afin de renforcer la défense de ces portes en y installant dans postes de gardes et des guérites, en y ragréant des remparts abîmés au niveau du bastion appelé le « Ferdinand » et en y implantant des barrières et des palissades qui sont de qualité car assemblées par mortaises et chevilles.

 

On y voit aussi que les adjudications sont faites par des artisans de Metz, peu de fois par des artisans thionvillois et que les artisans de Metz remportent le plus souvent les adjudications car ils peuvent descendre leur prix de façon plus importante du fait de la taille de leur entreprise.

 

On peut constater également que les travaux exécutés par des entrepreneurs locaux sont sous la supervision d’un ingénieur militaire spécialiste des fortifications.

 

Enfin et à titre indicatif pour se donner une idée du volume des travaux :

Un pied mesure 0,325 cm et une toise environ 2 m (environ)

 

Dans le prochain article, nous verrons un acte plus important et plus technique, daté du 25 janvier 1674, soit juste après la construction du premier pont « couvert » en bois de Thionville, par le sieur Rodolphe Saltzgerber ou Saltzgaiber, capitaine de deux compagnies suisses et major de brigade au service du roi. (voir l' articles sur le sujet en cliquant sur le lien ci-dessous)

http://www.histoiredethionville.com/15-juin-1674-travaux-aux-fortifications-de-thionville

ou la série d'articles sur les ponts de Thionville

 

Bonne lecture et à bientôt.

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle

BONJOUR A TOUS

 

Après un mois de vacances où j’ai refait le voyage en Italie qu’avait fait Montaigne en 1580 [1], me voilà de retour dans ma bonne ville de Thionville. J’avais annoncé la parution prochaine de « l’Histoire de la chapelle des lépreux » au quartier Saint-François, mais l’idée m’est venue d’y adjoindre « l’Histoire de la Chapelle du lépreux » du mont Saint-Michel à Beuvange, ce surcroît de travail va donc retarder la parution de l’ouvrage dont je ne manquerai pas de vous avertir.

 

J’avais aussi annoncé la parution sur le blog d’une série d’articles sur les fortifications de Thionville et leur remaniement à une époque de transition qui a suivi la prise de la ville en 1643 et son rattachement à la France, c’est donc aujourd’hui le premier article sur le sujet.

 

Ces articles dérivent d’une série de documents notariaux trouvés aux archives départementales de la Moselle sous la cote 3E7534-3E7535 (Helminger). Certains s’étonneront que des documents notariaux évoquent les fortifications de la ville, toutefois, il faut savoir que très souvent les travaux demandés par le roi et ses ingénieurs étaient réalisés par des artisans et entrepreneurs locaux sous le contrôle de militaires en garnison dans la ville que l’on pourrait assimiler aux régiments du génie actuels. Ces travaux faisaient donc l’objet d’actes notariés les décrivant, en fixant le prix et les termes de paiement, comme tous les autres actes commerciaux.

 

On verra que les documents décrivent les travaux à  réaliser de façon très précise et de ce fait, ils sont souvent un peu « arides » aussi j’en ferai le plus souvent possible le résumé en essayant d’y mettre quand même des éléments se rattachant à la technique qui peuvent intéresser les spécialistes du genre.

 

En toutes choses, commencer par le début est un gage de bonne compréhension, aussi :

 

[1] Montaigne – Journal de Voyage –L’Italie via l’Allemagne te la Suisse  - Editions Arléa 2006

« A tout seigneur, tout honneur »

 

Notre seigneur n’est autre que Charlemagne qui fit quelques séjours [1] dans notre ville, habitant alors une villa probablement construite par son père Pépin qui y séjourna fréquemment. L’on situe généralement cette villa aux alentours de la cour du château, de la tour aux puces et de la mairie.

 

On sait que les rois francs contrairement aux romains aimaient à construire leur villa dans des endroits marécageux, proche d’une rivière et de bois. Avouons ensemble que l’emplacement de la cour du château se prête fort bien à  leurs goûts.

 

[1] En 772, 775, 783, 805 et 806 pour ne plus y venir mais certains de ses fils y vinrent encore.Voir à ce sujet L’histoire de Thionville de Guillaume Teissier  paru en 1928

Toutefois, aucun vestige n’est venu corroborer cette hypothèse, il faut dire que très peu de recherches archéologiques ont été conduites dans cette cour du château. De plus il faut prendre en compte qu’avant Charlemagne, la plupart des constructions était en bois et en terre, Charlemagne essaya d’introduire à nouveau la pierre dans la construction en particulier à Aix-la-Chapelle mais ses fils et les rois qui suivirent revinrent aux construction mélangeant la pierre en soubassement et le bois pour les superstructures ce qui donna à notre région et avant la guerre de Trente ans  un aspect identique à l’Alsace et à la Champagne [1] où ce genre d’architecture existe toujours.[2]

 

Qu’étaient ces villas qu’on appelait aussi palais ?

 

Elles s’apparentaient le plus souvent à de grosses fermes possédant deux cours de forme rectangulaire, la première cour plus basse [3] que l’autre, abritait les bâtiments dit utilitaires , écurie, granges, remises et logement du « petits » personnel, cette cour donnait via un portique sur une seconde cour qui comportait l’habitation du roi, du comte avec le logement de son personnel proche, les salles de réception et cuisines, le tout contenu dans une enceinte fortifiée de remparts en bois et terre, souvent entourée par un fossé pouvant être mis en eau.

 

Voilà une description qui cadre avec ce que furent par la suite l’architecture des châteaux forts et autres villes fortifiées. De plus, elle coïncide bien avec la structure de la ville de Thionville telle qu’elle nous apparaît sur un des anciens plans de la ville de 1565, celui de Jacques de Deventer. 

(Reprit ci-dessous par l’érudit  historien thionvillois, Gabriel Stiller  1921-2006)

 

[1] Voir les dessins de l’abbé Jean Bretels réalisés au 16ème siècle.

[2] Voir l’essai sur les châteaux royaux, villas royales ou palais du fisc des rois mérovingiens et carolingiens paru en 1878 à Amiens – Auteur : Martin Marville

[3] Qui deviendra la basse-cour des châteaux et des fermes ;

Ci-dessus l’aire rectangulaire dite du château estimée comme l’emplacement de la villa carolingienne.  Par extension cette aire rectangulaire s’agrandit pour accueillir la ville, ceinturer par ses remparts comme l’était l’aire du château. L’aire du château comme plus tard la ville est appuyée sur la Moselle et tout autour s’étendent des marécages avec la forêts sur les crêtes de Guentrange et Veymerange toutes proches.

Ci-dessus l’aire rectangulaire dite du château estimée comme l’emplacement de la villa carolingienne. Par extension cette aire rectangulaire s’agrandit pour accueillir la ville, ceinturer par ses remparts comme l’était l’aire du château. L’aire du château comme plus tard la ville est appuyée sur la Moselle et tout autour s’étendent des marécages avec la forêts sur les crêtes de Guentrange et Veymerange toutes proches.

Voilà ce que fut sans doute la villa carolingienne, un ensemble de bâtiments, adossés à la rivière, construits en bois et en terre [1]avec des levés et des fossés mis en eaux grâce à la Moselle, entourés de marécages hostiles et de bois giboyeux.

 

J’entends certains me dire que les palais ou villas carolingiennes n’étaient pas fortifiés, car aucune découverte archéologique ne le prouverait !

 

Cette assertion n’est pas crédible, quand on ne trouve pas s’est souvent qu’on ne cherche pas ou qu’on cherche au mauvais endroit. D’abord toute la littérature ancienne avec ses multiples allusions à des fortifications à des endroits où l’on gardait des prisonniers souvent illustres, le prouvent. De nombreuses découvertes archéologiques récentes attestent l’existence de fortifications autour des palais carolingiens comme à Perderborn [2]. Et puis, comment imaginer un seul instant qu’à ces époques somme toute assez sombres, les villas ou palais où résidaient les plus importants personnages du pays ne fussent pas fortifiés !

 

Après la mort de Charlemagne en 814 et celle de ses fils, puis de ses petits fils, soit vers le 10ème siècle, Thionville n’étant plus une résidence royale n’est plus mentionnée dans les chroniques ou dans les actes, la ville s’étiole et la villa royale se ruine par manque d’entretien, par manque de finance, n’étant plus habitée que par un intendant, un soldat sans doute, dont l’histoire n’a pas retenu le nom.

 

En 939, l’empereur Othon Ier, fit détruire la chapelle construite par le Louis-le-Débonnaire, dernier vestige de la gloire désormais passée de la ville.

 

Le plan de 1565 fait par Jacques de Deventer, nous montre les fortifications de la ville juste après sa prise éphémère par les français en 1558. Regardons la description faite de la place de Thionville à cette occasion.

 

« On pense alors que les fortifications n’ont guère évolué depuis le 13ème  siècle, qu’elles consistent en de grosses tours rondes reliées entre elles par des murs épais, eux même entourés d’un large fossé emplit d’eau.

Dans les mémoires des affaires de France sous la fin du règne d’Henri II, il est précisé que la ville est ceinturée d’un haut mur avec de distance en distance de renflements semi-circulaires, qu’elle a deux portes, est entourée d’un fossé rempli d’eau, au devant duquel le terrain est marécageux. »

 

Plusieurs militaires disent en substance que les murailles ne sont guère un obstacle, mais que les marécages et le fossé empli d’eau sont bien plus embêtant pour leurs troupes.

 

Toutes ces descriptions cadrent bien avec le plan « Deventer » et avec une ville dont les fortifications n’ont guère évoluées depuis plusieurs siècles, sauf à parer aux  réparations les plus urgentes.

 

Lors de mon voyage, cet été en Italie, j’ai pu voir de nombreuses petites villes restées dans leur « Jus » médiéval, souvent perchées, elles subissent aujourd’hui l’assaut des touristes. Je voudrais vous montrer ci-après la photo d’une de ces petites villes fortifiées, il s’agit de Montériggioni en Toscane.

 

[1] Peut-être avec des soubassements ou quelques structures en pierre ;

[2] Fouilles conduites de 1964 à 1977. Voir Nouvelles données sur le palais de Charlemagne et de ses successeurs dans les Actes du VIIe congrès international d’archéologie médiévale en septembre 1999.

Toscane - Monteriggioni

Toscane - Monteriggioni

Avec un minimum d’imagination, des tours semi-circulaires, une situation dans une vallée avec une rivière coulant le long des remparts et voilà à quoi pouvaient ressembler les fortifications de Thionville à l’aube du 16ème siècle.

 

Lors de la prise de la ville par les français en 1558 [1], c’est la partie de la muraille vers la tour au puces qui fut la plus endommagée, mais rapidement après la capitulation le 22 juin 1558, les dommages furent réparés [2], puis quand le 3 avril 1559, la ville fut rendue à l’Espagne par le traité de Cateau-Cambrésis, on nomma Jean de Wiltz (1570-1628) comme gouverneur de la ville, c’est lui qui commença la reprise des fortifications avec le but de les rendre plus aptes à résister aux mines et à l’artillerie.

 

Nous allons voir maintenant le premier document faisant parti du lot des documents traitant des fortifications de la ville.

 

Ce document assez court est daté du 16 février 1634,  il émane du roi d’Espagne, il est signé Della Faille [3] et de Pierre Jean Van Heurck. Il est répertorié au registre des chartres de Luxembourg.

Ordre pour dans les bois

 communaux proche de Thionville

prendre les arbres servant

à la fortification de la ville de Thionville.

 

[1] Siège conduit par le duc de Guise et le maréchal de Vieilleville, le siège débuta le 17 avril, la ville fut cernée le 25 mai et capitula le 22 juin. Tous les défenseurs de la ville furent à minima blessés et les français avouèrent 400 tués. (Voir le récit du siège par Barthélemy Aneau écrit rapidement après le siège et publié à Metz en 1957 par Marius Mutelet)

 

[2] Par des civils de la ville et des villages alentours, réquisitionnés dans le cadre des corvées.

[3] Famille encore alliée à la famille royale de Luxembourg

 

Sa majesté ordonne que dans les bois communaux proche de Thionville et dans les lieux où il y aura moins de dommages et inconvénients l’on prenne les arbres servants à la fortification de la ville de Thionville et qu’au cas d’opposition de ceux de la commune, l’on envoie leurs raisons au marquis d’Aytona pour y prendre l’égard et ordonner ce que de raison, mais comme les ouvrages en question ne peuvent souffrir aucun délai que cependant l’on ne laisse d’abattre lesdits arbres et de les employer audits ouvrages en tenant bonnes et pertinentes notes pour y avoir recours et regard quand besoin sera.

Fait à Bruxelles le 16ème février 1634 cacheté par le cachet de sa majesté.

 

Déclaration des ouvrages que son altesse a voulu qu’on fasse aux fortifications

de la ville de Thionville.

 

Premièrement, doivent se faire deux rauelins devant les deux portes des entrées

 

Plus un blovard nouveau dessus la Moselle et une contrescarpe

 

Faire un parapet alentour de la muraille de 8 pieds [1]  de large et 6,5 pied de haut.

Soit 2,60 m de large pour 2,11 m de hauteur

 

Réparer les parapets des bolvards et qu’ils soient l’épreuve de l’artillerie à savoir 20 pieds de large et 6,5 pieds de haut et assurer les casemates avec une muraille de l’épaisseur d’une brique. (Soit 6,5 m de large sur 2,11 m de hauteur)

 

Nettoyer et approfondir le fossé

 

Et aux œuvres susdites on ira travailler en cette sorte :

 

En premier lieu, réparer les bolvards et assurer les casemates

 

Ensuite faire le parapet alentour de la muraille

 

Ensuite nettoyer et approfondir le fossé

 

Ensuite faire la contrescarpe avec les deux rauelins devant les portes

 

Enfin faire le bolvard au-dessus de la Moselle.

 

[1] Le pied mesurait avant 1668 : 326,59 mm puis après cette date : 324,83 mm, soit une valeur moyenne de 325 mm.

Les rauelins sont les petits bâtiments triangulaires qui se trouvaient en dehors de l’enceinte fortifiée et qui permettaient la défense des remparts ou courtine. Des soldats pouvaient y être embusqués et avoir ainsi des angles de tirs dans toutes les directions. Souvent, ils se trouvaient au milieu des fossés remplis d’eau et accessibles par des ponts de bois.

Les rauelins sont les petits bâtiments triangulaires qui se trouvaient en dehors de l’enceinte fortifiée et qui permettaient la défense des remparts ou courtine. Des soldats pouvaient y être embusqués et avoir ainsi des angles de tirs dans toutes les directions. Souvent, ils se trouvaient au milieu des fossés remplis d’eau et accessibles par des ponts de bois.

Bolvard :

Ce mot vient de l’allemand « Bollwerk » qui signifie « fortification ». C’était le chemin se trouvant en haut des remparts où l’on pouvait faire circuler des chevaux avec leur charrettes (à Thionville on disait que trois charrettes pouvaient s’y croiser) et bien entendu y placer des canons et autres mousqueteries.

De ce mot dérive « Boulevard », quand ces fortifications n’eurent plus d’utilité pour les militaires, on y planta des arbres et les habitants vinrent s’y promener (sur les boulevards) profitant souvent d’une belle vue sur la ville ou la rivière, des « Sky lines » avant l’heure.

 

Les "rauelin" sont les petites structures triangulaires en bas à gauche et à droite reliées à la ville par des ponts de boiset le "bolvard" est la partie bordée d'arbres au-dessus du rempart tout autour de la ville

Les "rauelin" sont les petites structures triangulaires en bas à gauche et à droite reliées à la ville par des ponts de boiset le "bolvard" est la partie bordée d'arbres au-dessus du rempart tout autour de la ville

Le marquis d’Aytona cité dans le texte était Francesco de Moncada y Moncada, né à Valence en Espagne le 29 décembre 1586 et décédé en 1635 à Goch en Allemagne. Il fut tout à la fois militaire,  diplomate et même sur le tard un grand historien espagnol. Il a œuvré pour le Saint Empire germanique et fut gouverneur des Pays Bas espagnols en 1632, c’est à ce titre qu’il est cité dans cet acte.

Le marquis d’Aytona cité dans le texte était Francesco de Moncada y Moncada, né à Valence en Espagne le 29 décembre 1586 et décédé en 1635 à Goch en Allemagne. Il fut tout à la fois militaire, diplomate et même sur le tard un grand historien espagnol. Il a œuvré pour le Saint Empire germanique et fut gouverneur des Pays Bas espagnols en 1632, c’est à ce titre qu’il est cité dans cet acte.

Nous voyons donc que les fortifications de la ville évoluent vers un système plus élaboré afin de les adapter à l’artillerie et aux nouveaux systèmes de défense des villes qui se répandent un peu partout en Europe suivant les théorie des ingénieurs militaires dont le plus connu en France fut Vauban, bien qu’il eut mieux maîtriser le siège des villes et leur prise que leur défense où d’autres furent souvent plus « pointus ». A ce propos, il est utile de préciser que Vauban n’est sans doute jamais venu à Thionville, mais que certaines modifications des fortifications lui ont été présentées par ses ingénieurs auxquelles il a apporté « sa patte ».

 

Nous reparlerons de Vauban dans les articles à venir.

 

Une précision encore, à l’origine le large fossé entourant la ville était alimenté par des écluses situées sur la Moselle, vers la porte de Metz, toutefois lors des crues de la rivière cela entraînait des dégâts importants aux fortifications et quand en été la Moselle était trop basse, on ne pouvait remplir le fossé. On décida donc d’aller chercher l’eau d’une petite rivière, la Fensch, qui coulait à Terville. Un canal de dérivation fut construit qui alimentait les moulins de Terville, Beauregard et celui de la ville puis l’eau était au besoin dirigée dans le fossé ou rejetée dans la Moselle. La Fensch est une petite rivière au débit rapide et assez constant, qu’on peut maitriser plus facilement que la Moselle et par un système d’écluses et de réservoirs on pouvait assez facilement régler son cours et alimenter ainsi de façon plus sûre et régulière les fossés autour de la ville.

 

Si vous êtes un promeneur, un marcheur, un spectateur de « Rives en fêtes » vous avez donc longé les remparts le long de la Moselle. Vous avez vu leur construction de briques insérer dans des parements de pierre de taille où figure la signature des tailleurs, des poseurs, signes qui permettaient de les payer à la tâche. Il faut savoir que l’ensemble des remparts entourant la ville était fait de briques rouges avec des parements de pierre de taille.

 

Peut-être vous êtes vous demander d’où venait toutes ces briques rouges ?

 

Il y avait une « briquerie » vers le lycée technique qui en a gardé le nom, une autre vers le quartier de Lagrange et encore une vers Illange, elles produisaient aussi des tuiles par milliers comme nous le verrons.

 

Les prochains actes ont été passés à partir de 1668, soit peu de temps après la prise de la ville par les français en 1643 [1] et son rattachement à la France par le traité des Pyrénées le 7 novembre 1659, nous verrons alors les travaux réalisés par les français afin de garantir leur nouvelle prise de toutes tentatives de retour à l’ordre ancien.

 

Bonne lecture et au mois prochain

 

[1] Le siège débuta le 16 juin 1643, les armées sont aux ordres du Duc d’Enghien. La ville capitule le 8 août  après une défense plus qu’honorable.

 Des origines à 1634 - Thionville - Les fortifications (1ère partie)
Marques de tailleurs de pierre

Marques de tailleurs de pierre

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Publié le par Persin Michel
Publié dans : #Thionville 17ème siècle
Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre  « la maison à soldats »  Scène datant du 19ème siècle

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre « la maison à soldats » Scène datant du 19ème siècle

Si je regarde très loin dans le rétroviseur, soit 347 ans en arrière, je vois une certaine Madeleine Schaff, veuve d’un nommé « Roclos », alors soldat de la garnison de Thionville.

 

Cette Madeleine Scharff, fait l’objet d’une lettre du lieutenant général civil et criminel au bailliage du siège royal de Thionville, pour le procureur du roi de la ville, afin de lui signifier que ladite Madeleine Schaff a été constituée prisonnière aux prisons royales du bailliage [1] sur demande dudit procureur du roi en la ville de Thionville à cause de la prostitution de son corps et autres faits par lui constatés.

 

Suite à cet emprisonnement, ladite Schaff a été condamnée au bannissement de trois ans hors la ville et à une amende de cinquante livres tournois comprenant les frais de justice. Pour payer cette amende, la pauvre n’a aucun moyen, et comme elle a déjà passé plus d’un mois en prison, elle demande à vendre un bien afin de pouvoir payer l’amende et quitter ladite prison.

 

Dans cette lettre, le lieutenant général civil et criminel au bailliage de la ville signifie au procureur, qu’il autorise ladite Schaff à vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales et lui faire grâce d’avoir tenu la prison aussi longtemps.

 

[1] Les prisons royales ne sont que quelques cellules, se trouvant en général dans les locaux du bailliage (Beffroi)

La suite nous est donnée par un acte du 6 juin 1669, dressé par les notaires royaux de la ville de Thionville, devant témoins et en présence de Madeleine Scharff, veuve du soldat « Roclos » de la garnison de la ville, acte s’ensuivant de la requête faite par elle-même à monsieur le lieutenant général civil et criminel de la ville, lui demandant l’autorisation de vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales de ce siège de Thionville.

 

Sur consentement du procureur du roi en date du 3 juin de cette année 1669, elle reconnaît avoir vendu pour toujours et irrévocablement, à l’honnête Nicolas Crespin, tailleur d’habits et bourgeois de Thionville et à Madeleine Chopsein, sa femme, un verger situé au village de Volkrange, derrière l’église à coté d’un bien d’église et du chemin communal. Eve Agathe Wirfel, sa mère, et son mari Noël Liger ont l’usufruit leur vie durante [1] sur ce terrain.

 

Sa mère, Eve Agathe Wirfel, renonce à cet usufruit et vie durante sur ledit verger, qui peut ainsi être vendu pour 12 écus blancs [2] que les acheteurs ont payé comptant et qui seront employés pour l’élargissement de prison de ladite Schaff.

 

Les témoins sont Pierre Joan et Jean Beran, tous les deux sergents royaux du bailliage de Thionville.

 

Ces actes nous montrent d’une part, qu’au 17ème et 18ème siècle, la prostitution est un délit réprimé par la loi en vue de son éradication. Les peines sont l’emprisonnement et le bannissement assorties d’une amende. Le bannissement peut être limité dans le temps, ici trois années, et limité dans l’espace, on était banni de la ville ou de la province. Dans certaines régions, la loi est plus dure et peut amener au bagne.

La prostituée est dans un premier temps mise en prison, puis jugée et quand elle a payé l’amende infligée par les magistrats, elle sort de prison pour partir en exil pendant le temps du bannissement. Toutefois, vers le milieu du 18ème siècle, la justice s’adoucit et les mesures prises sont assez peu appliquées.

 

Dans notre cas nous voyons que Madeleine Schaff était mariée avec un soldat de la garnison de Thionville, elle avait peu de biens, sa mère s’était remariée avec un bourgeois de la ville et quand son soldat de mari est décédé, elle s’est probablement trouvée rapidement sans ressource. Thionville est une ville de garnison où les hommes sont nombreux, seuls et souvent désoeuvrés, une jeune veuve peut très rapidement basculer dans la prostitution pour assurer sa subsistance. Mais la ville est petite et tout se voit, se sait, quelques soupçons venant aux oreilles du procureur et la machine judiciaire se met en route ne laissant que peu de chance d’échapper aux châtiments.  Elle semble être restée plus d’un mois emprisonnée, ne pouvant payer l’amende. Elle n’a qu’un verger à Volkrange qui lui reviendra à la mort de sa mère qui en a l’usufruit sa vie durante, et c’est sa mère qui en renonçant à cet usufruit permettra la vente du bien, le paiement de l’amende et la sortie de prison. Après Madeleine Schaff quittera la ville pour trois années, mais libre.

 


[1] Il semble ici que sa mère Eve Wirfel se soit remariée avec Noël Liger, mais qu’elle était mariée précédemment avec un certain Schaff, duquel elle a eu cette fille Madeleine. L’usufruit sa vie durante sur le verger lui venait de ce précédent mariage échouant donc à sa fille Madeleine.

[2] Un écu blanc vaut en général 3 livres tournois et demie soit pour 12 écus, 42 livres tournois

 

Notaire: Helminger ADM 3E7525

 

Sites intéressants pour l'histoire locale:

http://www.thionville.fr/rubrique/20-Histoire_de_Thionville

http://www.florangepatrimoineculture.fr/spip.php?rubrique21

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