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27 Juillet 1789 - Heurts à Thionville

Publié le par Persin Michel

Mise à sac de l'hôtel de ville de Strasbourg
Mise à sac de l'hôtel de ville de Strasbourg

Mes recherches sur l'histoire de la chapelle Saint-François continuent.

Toutefois au cours de ces recherches, j'ai trouvé aux archives de la ville *, la relation de troubles ayant eut lieu dans la ville, suite à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 et à la mise à sac de l'hôtel de ville de Strasbourg le 20 juillet.

Premiers signes tangibles de la révolution qui essaime dans notre région.

* Fonds Braubach BB14

Heurts à Thionville:

Les magistrats de la ville ont appris avec surprise et douleur que le mercredi 22 juillet 1789, vers les 4h de relevée (1) quelques soldats de la garnison ont entré en ville de la viande achetée à des bouchers forains (non établis en ville) au-delà du pont.

Ils n'ont pas voulu payer les droits sur cette viande aux employés des fermes (2) chargés de cette perception aux portes de la ville. Ce refus fut accompagné de paroles et de gestes durs qui excitèrent la curiosité de personnes du "bas peuple" qui se joignirent aux militaires en sorte que le tumulte augmentant, les employés des fermes prirent la fuite.

Les baraques qui leur servaient à percevoir les droits sur les marchandises (octroi) furent démolies dans la journée qui suivie sans que les magistrats aient pu arrêter ces désordres.

Les jours suivants, fort de leur succès, les soldats et le "bas peuple" auraient conduit sur la place du marché plusieurs voitures de sacs de sel venant de Metz et destinées pour le pays de Luxembourg. Ils ont obligé les voituriers à les leur vendre !

Le samedi 25 juillet dans la matinée, quelques personnes de la campagne, sous prétexte que la femme d'un boulanger leur avait dit des propos grossiers ont dévasté sa boutique, emporté ses pains, répandu ses farines à terre et pour finir ont cassé les fenêtres de sa maison !

Aussi pour arrêter de plus grands maux et l'effet de menaces effrayantes, les officiers municipaux se sont hâtés le jour même, sous l'agrément de Monsieur de Bouillé (3), commandant de la Province, de mettre en armes la bourgeoisie, dont une compagnie le soir même, a monté la garde pour rétablir le calme.

Le 26 juillet à 2 heure de relevée, dans une assemblée tenue par toutes les corporations dans la grande salle du bailliage, les officiers municipaux s'y trouvant, on leur aurait demandé la cessation immédiate de l'octroi sur l'entée des "pieds fourchus"(4), ils ont cru devoir céder à la circonstance… Dans la même assemblée on leur a demandé aussi la suppression de la chambre syndicale des marchands dans laquelle les forains exposaient leurs marchandises en vente, ce qui a été accordée par les marchands et la ville …

L'on a ensuite exigé que soit relâché 3 contrebandiers ce que l'entrepreneur de tabac à accordé sans difficulté… Devant tant de demandes aussi vite accordées, certains ont été jusqu'à demander la suppression de tous les droits du roi et de la ville, ce qui leurs a été refusée.

Ce procès verbal à été dressé pour justifier dans tous les temps la conduite des officiers municipaux de la ville.

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Voilà les prémices de la révolution à Thionville qui par ailleurs se passa plutôt tranquillement au moins jusqu'en 1792.

On remarquera l'habileté des officiers de l'hôtel de ville dont le compte-rendu peut-être interprété dans le sens que prendra l'histoire, ayant été fermes mais aussi suffisamment souples dans le traitement de ces heurts et de ces événements dont personne à ce moment là pouvait prévoir la suite.

Depuis 1768, le maire est François Petit (lieutenant de ma maîtrise des eaux et forets) . Les assemblées municipales comportent 5 membres pour les affaires courantes, les assemblées générales rassemblent 90 personnes. Les membres de l'hôtel de ville sont des bourgeois, majoritairement avocats, notaires ou titulaire d'un office. il y a aussi quelques marchands, pratiquement aucun artisan ni militaire. ils sont plutôt modérés et pragmatiques.

L'armée très présente à Thionville avec des effectifs importants est commandée par le marquis de Crenolle et en second le vicomte de Puységur.

Les officiers de l'hôtel de ville prêteront le 4 août 1790 le serment "A la nation et au roi" sans embarras particulier.

Les élections de 1790, verront Charles Nicolas Hentz devenir maire et Jacques Rolly sera procureur représentant de l'état en charge de l'ordre public. Toutefois une grande instabilité se verra à la municipalité pendant plusieurs années. Il faut convenir de la difficulté de concilier à la fois les nobles dirigeant l'armée, les bourgeois modérés et le "peuple" plus acquis aux idées nouvelles qui émergent.

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​(1) Les heures de relevée correspondent aux heures de l'après-midi, ainsi 4 heures de relevée veut dire 16h.

(2) Les employées des fermes sont les douaniers ou les employés de l'octroi qui taxait les marchandises entrant des les villes.

(3) François Claude Amour de Chariel, marquis de Bouillé né en 1739 en Auvergne, mort en 1800 à Londres. Il fut un fidèle de Louis XVI allant jusqu'à organiser sa fuite le 20 juin 1791. En 1789, il est commandant des Trois Evêchés. Il fit respecter la loi à Metz et à Nancy où il réprimera la mutinerie de 1790, prononçant 33 condamnation à mort et 41 mises aux galères.

Il est cité dans la cinquième strophe de la Marseillaise:

Français en guerriers magnanimes

Portez ou retenez vos coups

Épargnez ces tristes victimes

A regrets s'armant contre nous (bis)

Mais ces despotes sanguinaires

Mais ces complices de Bouillé

Tous ces tigres qui, sans pitié

Déchirent le sein de leur mère

27 Juillet 1789 - Heurts à Thionville

(4) Les pieds fourchus sont les animaux ayant plusieurs doigts ongulés aux pattes comme les boeufs, porcs, chèvres et boucs….

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