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Publié le par Michel Persin

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1668 - Thionville - Marie Agnès de Gérardin part en Bohême ? (Epilogue)

Publié le par Persin Michel

(Voir l’article sur ce sujet publié le 12 janvier dernier)

 

J’ai pu accéder à certains documents des archives nationales du Luxembourg pour faire un point assez précis sur les familles Gondersdorff et Girardin, toutefois, ce qui suit n’est pas une généalogie des familles Géraldin et Gondersdorff.  Ces généalogies restent à écrire et présentent des difficultés par manque cruel de sources.

 

La famille Girardin (Géraldin)

 

C’est l’orthographe que l’on retrouve le plus fréquemment mais en fait le nom de cette famille doit s’orthographier « Géraldin » comme l’indique le document suivant qui est sensé prouver la noblesse de cette famille.[1]

 

[1] On remarquera le terme de « Mylords » employé pour désigner les membres de cette famille.

Preuve de noblesse des milords

 

Voici un résumé du document en question :

 

« Nous soussignés, tous originaires du royaume d’Irlande dans lequel nous avons possédé des charges et exercé des emplois considérables sous le règne de Charles 1er et Jacques II. Nous sommes à présent officiers de la cour et gardes du corps de sa majesté, officiers tant de cavalerie que d’infanterie servant ladite majesté en France.

 

Nous certifions avoir une parfaite connaissance de la généalogie de cette illustre famille des fils de Gérald communément appelés en ces pays « Géraldin » baron de Brownsford et comte de Desmond.

 

Généalogie vérifiée par le sieur Ulster, roi d’armes du royaume d’Irlande, le 16 juin 1641, généalogie que nous avons reconnue juste et véritable dans tous ses points et que les familles de cette généalogie sont reconnues par nous très anciennes et illustres par leur noblesse et les charges qu’elles ont possédé depuis plusieurs siècles dans le royaume d’Irlande.   Certificat cacheté de nos armes, fait à Thionville le 9 mai 1695.

Signatures et cachets des "Géraldins"

Signatures et cachets des "Géraldins"

Cette nombreuse famille de Géraldin, originaire d’Irlande, dite aussi « Fitzgérald »[1] fut représentée au Luxembourg principalement par Edouard de Géraldin qui s’allia par mariage à la famille de Gondersdorff. Il était le fils d’Edmond de Géraldin et d’Hélène Butler comtesse d’Ormond.

 

Il exerça au Luxembourg les fonctions de conseiller du grand conseil et des guerres de sa majesté catholique, il fut général major des armées et colonel d’un régiment haut-allemand à pied.[2] Il épousa Marie Madeleine de Gondersdorff et deviendra de ce fait seigneur d’Erpeldange. Il est décédé à Erpeldange le 13 juillet 1650 où il fut inhumé dans l’église. Un de ses descendants [3] fera relever les inscriptions [4] figurant sur son tombeau, le 14 avril 1713, à des fins d’héritage.

 

Après la guerre de Trente ans, la famille déplaça son centre d’intérêt vers l’Allemagne.

 

La famille de Gondersdorff

 

Très active au Luxembourg et vers Arlon, elle eut aussi de nombreuses possessions à Thionville et dans sa région.

 

Quelques éléments prouvant l’ancienneté de la famille dans notre région :

 

Le 11 mai 1370, Wenceslas de Bohême, duc de Luxembourg, de Brabant et de Limbourg, marquis du Saint-Empirer, son vicaire général en de ça des monts, fait savoir que Lambert de Gondersdorff, écuyer, est devenu vassal, lui et ses héritiers, des ducs de Luxembourg et qu’il paiera donc une rente de 25 florins petits en or à la fête de Saint-Etienne par l’entremise du receveur de Bastogne, la rente est rachetable par 150 florins en or…

 

[1] Voir la dernière signature à côté du cachet

[2] Les colonels de régiment Haut –allemand avait la pleine autorité sur leurs hommes avec le droit de vie ou de mort, ce que n’avait pas les colonels de régiments allemands.

[3] Gérad baron du Prel qui avait épousé sa petite fille Marie de Failly. Il fut seigneur de Veymerange

[4] Ni figure que son nom, sa date de décès et ses titres.

En 1448 et 1546, la famille de Lellich est alliée à celle de Gondersdorff, de Koerich et d’Autel.  A Bettenbourg existait la pierre tombale d’Hildegarde de Lellich, épouse de Philippe de Heinsberg de Kirsbaum décédée le 5 octobre 1622. Bernard de Lellich, son frère, époux d’Anne de Metternich mourut en 1647… (Les familles citées sont liées aux évènements relatés ici)

 

Le 10 février 1492 à Saint-Mihiel (Meuse), René, duc de Bar et de Lorraine, reçoit d’un Gondersdorff, foi et hommage pour ce qu’il possède en fief au duché de Bar.

 

En 1515, vente d’une rente de 20 florins par Jean d’Autel et Elisabeth de Gondersdorff.

 

En 1539, Bernard de Gondersdorff et Elisabeth de Lellich sa femme cèdent à Bernard leur fils le château de Nodlange.

 

Le 17 février 1580 à Nancy, Charles, duc de Lorraine et de Bar, sur une requête de François de Gondersdorff, seigneur de Dudelange, relative aux fiefs des villages de Rodange et de Lamadeleine, prévôté de Longwy.

 

Les archives de Thionville conservaient un titre en parchemin passé à Thionville le 16 mars 1593 donné par Georges de Lellich, Bernard de Gondersdorff et Renacle Huart pour autoriser la taxe sur les pains pas assez cuits ou pas assez lourds avec les tarifs des amendes encourues. (Archives municipales de Thionville)

 

Beaucoup d’autres actes démontrent l’ancienneté et l’implication de la famille de Gondersdorff dans les duchés de Lorraine, Bar et Luxembourg avant la guerre de Trente ans. La famille est aussi impliquée à Thionville et dans les villages alentours, puisqu’elle était partie prenante dans les seigneuries à Distroff, Bétange, Volkrange et possédaient des biens très importants à Thionville et dans sa banlieue proche comme à Guentrange.

 

L’importance de cette famille établie, revenons à notre article du 12 janvier dernier au sujet de Marie Agnés de Géraldin née de Gondersdorff sollicitant son père Guillaume Bernard de Gondersdorff pour partir rejoindre sa fille en Bohême.

 

Guillaume Bernard de Gondersdorff semble s’être marié une première fois avec Cunégonde Schloeder de Lachen, puis avec Odile Schall von Bell originaire du Palatinat.

 

De ces mariages, il eut trois filles qui suivent : (Dans l’ordre des mariages)

 

  • Marie Claire Isabelle de Gondersdorff mariée le 9 février 1634 avec Pierre de Bettancourt, lieutenant-colonel dans le régiment espagnol du colonel Don Juan de Monroy.[1]  Pour ce mariage, la dot fut de 1000 dallers qui devait être rendue, si le couple restait sans enfant. Il semble que Marie Claire Isabelle se soit remariée avec François de Walfleury,

 

  • Marie Agnès de Gondersdorff mariée le 26 mai 1637 avec Robert baron de Géraldin. Ils eurent au moins une fille, Marie Claire [2], partie s’installer en Bohême et que sa mère Marie Agnès, alors veuve de Robert Géraldin, se proposait d’aller rejoindre en 1668 pour y vivre le reste de sa vie.  (Article du blog du 12 janvier dernier)
 

[1] Qui en décembre 1653 était à Bergues.

[2] Prénoms de sa mère et de sa tante cela semble correspondre aux usages du temps.

  • Marie Madeleine de Gondersdorff mariée le 16 janvier 1639 avec Edouard baron de Géraldin, exerçant de hautes fonctions au sein du conseil Luxembourgeois et dans l’armée. Décédé le 13 juillet 1650 soit 11 ans seulement après leur mariage, mais le couple a eu une descendance connue qui s’est perpétuée au sein des familles de Failly et du Prel. Là aussi il semble que Marie Madeleine se soit remariée avec Albert Ernest de Halley, seigneur de Libermé [1], avec qui elle n’eut pas d’enfant et qu’ensuite elle soit entrée au couvent de Marienthal pour y finir ses jours.

 

Les deux sœurs Marie Agnès et Marie Madeleine avaient donc épousé des membres de la famille de Géraldin, frère ou cousin, dont un, Robert a eu une vie qui ne nous est pas connue, mais sur laquelle, le récit que je vous livrerai en fin d’article pourrait apporter quelques lumières !

 

En l’occurrence, c’est Marie Agnès veuve de Robert baron de Géraldin, née de Gondersdorff qui sollicita le 4 août 1668, son père Guillaume Bernard de Gondersdorff pour obtenir l’autorisation et les moyens de partir en Bohême retrouver sa fille Marie Claire et son gendre pour y vivre le reste de sa vie.

 

En toute logique on ne devrait plus trouver d’actes concernant Marie Agnès après cette date de 1668/1669, puisqu’ayant quitté la région pour la Bohême.

 

Or, à partir de 1676, 1677 nous trouvons un grand nombre d’actes concernant une certaine Marie Agnès veuve de Damien Henry Zandt de Merl, née de Gondersdorff.

Cette personne signe principalement des actes de vente concernant des biens qu’elle a hérités de son père Guillaume Bernard de Gondersdorff.

 

Biens hérités en commun avec les membres des familles de Failly et du Prel, elles-même effectivement héritières de Marie Madeleine de Gondersdorff, veuve d’Edouard baron de Géraldin qui avait reçu en partage la totalité des biens de la seigneurie d’Erpeldange.

 

On ne peut donc guère douter que cette Marie Agnès veuve du seigneur de Zandt soit bien la même que celle ayant eu le projet de quitter la région en 1668. Au final, il est bien possible qu’elle se soit remariée une deuxième fois, comme ses deux sœurs. Il faut dire que leur premier mari était tous des militaires, métier à risque dans cette période de guerres incessantes. On retrouve d’ailleurs, dans plusieurs documents, la référence aux guerres du temps qui ont gêné ou empêché certains projets.

 

Les signatures de Robert Géraldin et de Maria Agnès de Géraldin née Gondersdorff
 

[1] Il avait été marié en première noce avec Marie de Humyn le 1er mai 1641 à Bruxelles paroisse de Sainte Gudule. Il est décédé le 9 novembre 1674.

Place aux questions :

 

Qui est cet Adrien Henry Zandt de Merl ?

 

La famille Zandt de Merl était bien connue au Luxembourg car elle a détenu la seigneurie de Bertrange, d’Esch et même de Bourscheid.

 

J’ai retrouvé un acte concernant Adrien Henry Zandt de Merl daté de 1659 où il explique qu’il est un des fils de Jean Théodore Zandt de Merl qui était voué héréditaire de Ham et seigneur de Bertrange mais le plus curieux est ce qui suit :

 

« Moi Damien Henry Zandt de Merl, voué héréditaire de Ham et seigneur de Bertrange [1]

Confesse qu’étant poursuivi avec la dernière extrémité par le procureur général de sa majesté comme aussi par le « Margvogt » [2] de Diekich pour raison d’un malheur fortuit qui m’est arrivé depuis 3 ans (soit vers 1656) en matière d’homicide, j’ai dû faire appel plusieurs fois à la mansuétude du grand conseil et pour payer les frais de justice j’ai vendu à Wolf Henry de Metternich, seigneur en partie de Bouscheid, Bruch, Steinach et autres lieux, ma cour de Warchen avec tous les sujets, droits, rentes et autres revenus. Cette cour je la détenais de mon père qui l’avait reçue le 12 juin 1626, elle dépendait de la justice d’Erpeldange… »[3]

 

Les affaires judiciaires de Damien Henry Zandt de Merl, ne s’arrangèrent sans doute pas immédiatement car le château de Bertrange fut vendu en 1688.

 

Quand s’est-elle remariée avec Adrien Henry Zandt de Merl ?

 

On retrouve la trace d’Adrien Henry Zandt de Merl en 1662 à Ettelbruck, mais on ne sait pas quand il s’est marié avec Marie Agnès de Gondersdorff, veuve de Robert de Géraldin mais probablement après 1668, puisqu’à cette date, dans sa demande à son père pour partir en Bohème, elle se présente encore comme la veuve de Robert de Géraldin.

 

Au final, on ne sait pas si Marie Agnès est réellement partie en Bohême, car la guerre de Trente ans dévaste alors l’Europe, peut-être a-t-elle pris le parti plus sage de se remarier avec un seigneur local dans la difficulté.

 

Qu’en est-il alors de Robert de Geraldin ?

 

Sur lui, on ne sait rien, il ne figure dans aucune généalogie et je n’ai pas retrouvé d’acte le concernant sauf l’histoire surprenante qui suit :

 

[1] Héritage de son père

[2] Prévôt

[3] On notera que la seigneurie d’Erpeldange était détenu par Guillaume Bernard de Gondersdorff, le père de Marie Agnès.

 

Portrait réalisé par Anthony van Dick en 1629

Nous sommes en pleine guerre de Trente ans, un des plus prestigieux chefs de guerre de Ferdinand II [1] s’appelle Albert Venceslas Eusèbe de Wallenstein, il est né le 24 septembre 1583 à Hernanitz sur l’Elbe et sera assassiné le 24 février 1634 à Eger en Hongrie. Issue de la noblesse bohémienne, il avait créé pour l’empereur Ferdinand II, une armée puissante, forte de 50000 hommes et connut quelques victoires durant cette guerre tristement célèbre dans nos régions. Sa puissance et sa réussite lui créèrent de puissantes inimitiés principalement venant d’autres chefs de guerre comme Piccolomini aussi fort connu à Thionville [2]. Il fut accusé de vouloir trahir l’empereur, il fut démis de ses fonctions et mis hors la loi le 24 janvier 1634, alors qu’il était retiré en Bohême.

On décida donc de le faire arrêter mais les militaires en charge de cette mission, l’assassinèrent le 24 février 1634.

 

Wallenstein était duc de Friedland et de Mecklensbourg,

chef des armées de l'empereur Ferdinand II

 

J’ai fait une synthèse des différents récits de cet assassinat que voici :

 

« Le soir de ce jour -là, quatre fidèles de Wallenstein dinaient ensemble dans la forteresse de la ville d’Eger en Bohême. Il y avait là Illow et Treka, deux collaborateurs très proches, Kinsky, le chef des bohèmes immigrés et le capitaine Niemann, chancelier du général.

Ils avaient été invités par trois autres officiers : Gordon, commandant militaire de la ville, Leslie qui commandait un régiment à Eger et Butler, chef d’un régiment de Wallenstein mais qui était lié à la cause de l’empereur. [3]

 

Wallestein, lui-même, se trouvait avec quelques serviteurs dans une maison confortable près de la place du marché de la ville, fatigué et un peu malade, il n’avait pas quitté sa chambre de la journée.

 

Brusquement, 14 hallebardiers Irlandais envahirent la salle à manger de la forteresse, ils étaient commandés par les capitaines Robert Géraldin [4] et Deveroux, après un bref combat, les quatre fidèles de Wallestein, furent tués ainsi que trois serviteurs.

Puis vers les 22 hures, six dragons irlandais du régiment de Butler commandés par le capitaine Deveroux pénétrèrent dans la chambre de Wallestein où celui-ci fut tué d’un coup de pertuisane [5] et son corps transporté au château. Ce soir-là on compta huit morts dont trois serviteurs, plus tard un neuvième personnage fut condamné à mort pour conspiration contre l’empereur et exécuté en juillet 1635 [6]»

 

[1] Archiduc d’Autriche, roi de Bohême et de Hongrie, empereur il fut un des principaux protagonistes de la guerre de Trente ans qui occupa pratiquement tout son régne ;

[2] Principalement à cause de son rôle au siège de 1639.

[3] Tous les trois écossais et Irlandais

[4] Voir Scots in Habsburg service 1618-1648  page 169

[5] Genre de Hallebarde

[6] Hans Ulrich von Schaffgotsch

Scène de l'assassinat

 

Butler dû bien plaider son cas, l'empereur a finalement décidé de lui attribuer le domaine de Wallenstein à Hirschberg (Doksy) avec le château et le parc de Neuperstein (Novy Berstejn). Le 8 mars 1634, une somme de 2 000 reichsthalers est allée à Robert Géraldin, l'homme qui avait commandé les six dragons au château d'Eger. Les autres protagonistes reçurent aussi le prix de cet assassinat.

 

Nous savons que la mère d’Edouard de Géraldin, probable frère de Robert, qui s’était marié à Marie Madeleine de Gondersdorff s’appelait Hélène Butler comtesse d’Ormond.

 

Il est donc fort probable que ce Robert Géraldin était le futur mari de Marie Agnès de Gondersdorff et qu’il se sont mariés en 1637.

 

Voilà quand même quelques rebondissements intéressants à partir d’une simple lettre où une jeune fille, Marie Agnès, demande à son père les moyens et l’autorisation morale de partir vers la Bohême pour y retrouver sa fille,

 

Toutefois, sur le fait qu’elle soit réellement partie ou pas, je n’ai aucun document qui me permet de trancher, si toutefois, un tel document existe et me permet de répondre à cette question, je reviendrai sur ce sujet pour le compléter.

 

 

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture et à bientôt

 

 

PS : Remerciements particuliers à Mme Nadine Zeien des archives nationales du Luxembourg pour son aide concernant le fonds du Prel: cote A-LXII Fasc. XVI et à Monsieur Jean Marie Zimmerman pour ses informations..

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