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Thionville - Confréries et corporations (1ère partie)

Publié le par Persin Michel

Commençons par en donner une définition simple :

 

Confrérie

 

Association pieuse de laïcs oeuvrant généralement dans un but charitable.

 

Corporation

 

Association de marchands ou d'artisans, groupés en vue de réglementer leur profession et de défendre leurs intérêts. Souvent des personnes qui exercent la même profession.

 

Ces associations nécessitent de rassembler un certain nombre de personnes pour exister, plus ce nombre de personnes sera élevé plus l’association sera puissante.

 

En règle générale, la corporation se doublait d’une confrérie. Nous verrons que souvent il y eu un peu confusion des genres, on employait un mot pour un autre. Quoiqu’il en soit leur origine est très ancienne.

 

Pas de corporations dans les villages, donc rarement de confréries [1], car dans un village tous les habitants, peu nombreux, travaillent la terre. Ils ont de fait les mêmes besoins, les mêmes intérêts et forment plutôt une communauté.

 

En ville, les habitants plus nombreux, exercent des professions différentes aux intérêts parfois divergents, la corporation se prête bien à la défense des individus exerçant le même métier, veillant à la concurrence et contrebalançant le pouvoir municipal.

C’est dans les villes que vont naître les corporations et fleurir les confréries.

 

Origine très ancienne puisque nous trouvons traces des premières corporations dans la civilisation grecque qui suivant la loi de Solon donne aux bateliers le droit de se donner des règles si elles ne sont pas contraires aux lois.

 

Plutarque nous parle chez les romains de collèges d’artisans et de la distribution du peuple par métier, parfois les artisans étaient affectés à des rues spécifiques comme cela existe encore en orient. Sous Servius Tullius, ces corporations qu’on appelait alors des confréries étaient des assemblées organisant des fêtes en l’honneur des dieux. Elles n’avaient pas alors les mêmes droits, ni les mêmes devoirs.

 

Mais ces assemblées qui fêtaient les dieux lares provoquaient des désordres et des orgies.  C’est la loi Julia qui vers 64 ou 67 les interdit, elles devinrent souvent clandestines et plus difficiles à maitriser aussi on les remis à l’honneur et sous Auguste elles furent à nouveaux interdites. Seules les confréries purement artisanales purent subsister de façon très réglementée avec le paiement de taxes et de droits divers.

 

Les confréries d’alors évoluèrent vers des corporations de métiers, laissant aux confréries le coté religieux.

 


[1]On trouve des exceptions dans les villages viticoles comme à Guentrange où il existe des confréries religieuses pour honorer leur saint protecteur : Saint-Vincent ou Saint-Urbain (Guentrange)

Les anglo-saxons et allemands, peuples du Nord, avaient institué des guildes, genre de confréries de type militaire ou de fraternité d’armes donnant lieu à des banquets et réjouissances avec également un coté religieux. Comme les confréries, ces guildes évoluèrent également vers des corporations de marchands et d’artisans.

 

Les romains très organisés, avec un sens poussé du droit, permirent aux différents métiers de s’organiser et de se donner des règles précises de fonctionnement et d’insertion dans la vie des cités.

 

L’avènement du christianisme revivifia les confréries, elles furent alors associées aux corporations, honorant le saint patron d’un même métier, mettant en valeur la piété et le secours matériel et moral qu’elles se devaient d’apporter aux confrères, s’occupant des vivants et des morts.

 

Pendant la période Gallo-romaine les corporations et confréries s’enracinèrent plus encore dans les villes.

 

Puis vint des temps plus sombres. Le déferlement discontinu des peuples venus de l’Est, les disruptions dans l’organisation des états liées aux successions et mésententes des rois mérovingiens ont conduit nos historiens, faute de documents exploitables, à penser que les corporations et confréries avaient disparu.

 

Mais, s’il est certain qu’elles furent en sommeil, nous les retrouverons sous les carolingiens et dans les capitulaires de Charlemagne qui mentionnent douze confréries de métiers.

 

Au sortir de la période carolingienne, la monarchie naissance a trouvé les corporations de métiers et leurs confréries encore bien vivantes. Le pouvoir municipal leur avait donné des statuts, la monarchie ne les a pas combattus mais a toujours essayé de les réglementer et d’en tirer profit. 

 

Le 12èmepuis le 13èmesiècle voit, dans les grandes villes, les corporations commençaient à monter en puissance. Elle apporte à l’ouvrier ou au marchand, un statut et une protection. Elle forme l’artisan qui d’apprenti chez un maître, devient compagnon puis maître s’il en a les moyens et la compétence. La corporation comme la commune a ses chefs, ses assemblées, sa maison, son drapeau, ses couleurs et ses habits distinctifs, son livre de compte et elle agit comme une entité civile pouvant passer des contrats et faire des actes divers. Quand la maladie ou la mort frappe, c’est la confrérie de la corporation qui prend le relais et vient en aide au confrère ou à sa veuve.

 

(En haut) Datant du Moyen-âge la maison des corporations de Noyers (89) - (En bas) Une des sculptures représente un bourgeois en armes.

 

Concernant cette sculpture de bourgeois en armes, rappelons-nous que dans la charte de franchise octroyée en 1239 à la ville de Thionville, on y trouve les paragraphes suivants :

 

Quand il sera nécessaire de faire garder ma maison de Thionville, les bourgeois devront y coucher, toutes les fois que le maire les fera mander par un sergent de police, sans autre formalité.

 

Les bourgeois doivent me suivre à la guerre les 8 premiers jours à leur frais et ensuite à mes frais. Le bourgeois qui convoqué 8 jours d’avance, ne m’accompagnerait pas, paiera, pour excuser son absence ou son retard, s’il est à cheval, 10 sous d’amende et s’il est à pied, 5 sous

 

Dans les grosses villes, les bourgeois des corporations avaient la charge du guet et devaient donc assurer par roulement la garde aux remparts et la mise en défense de la ville en cas de danger. Cette attribution ne fut pas du goût de tous  [1]et de nombreuses exceptions furent demandées et acceptées, créant des litiges entre les corporations et leurs membres. Plus tard, après plusieurs révoltes des corporations on commença à se méfier de ces bourgeois en armes qui s’étaient organisés comme une armée, aussi, on mis le guet bourgeois sous la tutelle du guet royal.

 

Toutefois, comme souvent, dans les grosses villes, les corporations deviennent rivales, exclusives et intolérantes aux autres, jalouses d’une plus riche ou condescendante avec les plus pauvres. Elles sont très procédurières et engagent de nombreux procès qui durent et leur coûte. Inévitablement elles vont essayer d’influer sur la politique municipale ou pour Paris, royale. 

 

Les bourgeois étaient dans l’obligation de s’affilier à une corporation de gré ou de force, on ne pouvait pas rester isolé et ce manque de liberté pesait à certains amenant des dissensions.  

 

Au 14èmesiècle, en 1306, les corporations furent interdites mais ré-autorisées l’année suivante. En 1357, à Paris, suite à des révoltes armées, brèves mais violentes de la part des corporations, celles-ci furent à nouveau dissoutes ainsi qu’en 1380/82 à cause des taxes trop importantes, la corporation des marchands, la plus puissante, redevenait séditieuse.

 

Les confréries aussi furent dans le collimateur des autorités, ainsi au concile de Sens, en 1524, on jugea les confréries dévoyées, faisant ripailles et orgies sur le dos des pauvres. On les accusa d’être des foyers d’agitation et on les interdit encore en 1624, mais toujours elles se reconstituaient quelques années plus tard car au final elles avaient, corporations et confréries, une réelle utilité.

 

A Thionville à cette époque ?

 

Il existe une halle ou marché déjà en 1283. 

 

Vers 1475, Thionville c ‘est environ 1300 habitants, mais nous savons que l’artisanat se porte bien sous Philippe le Bon et plus encore sous Philippe le Beau vers 1494.

 

En 1489, la sidérurgie anime 11 forges dans la vallée de la Fensch, Thionville est réputée pour son armurerie tout comme Liège .

 

[1]Il est certain qu’un tailleur d’habit ou un apothicaire ne trouvait pas confortable de passer ses nuits en haut des remparts dans le froid et l’humidité, eux y voyaient plutôt les bouchers !

L’acier de Thionville, de la vallée de la Fensch, est réputé et la ville de Cologne vient y acheter des arquebuses dans les années 1470.

 

La draperie est mentionnée à Thionville en 1469. La foulerie et les toiliers sont mentionnés en 1565, soit dans des procès, soit dans des livres de comptes, mais sans plus de précisions.

 

En 1489, il existe une corporation des tanneurs alliée à celle des cordonniers [1]et les bouchers sont connus à Thionville depuis avant 1443. En 1489, ils sont 5 bouchers dans la ville puis leur effectif passe à 25 en 1555. Puissants, ils referont parler d’eux au 18èmesiècle.

 

Il existe aussi une assemblée de « porteurs de sacs », forts à bras déchargeant les bateaux sur la Moselle à Thionville et à Sierck.

 

Les merciers [2]sont attestés dès 1504 et les boulangers et tonneliers sont mentionnés en 1554/66. Les pelletiers [3]existent depuis au moins 1580 et la grande foire de la Sainte-Croix [4]qui se tenait hors des remparts au bord de la Moselle avait déjà une bonne clientèle. Elle durait alors une journée puis fut étendue à 4 jours.

 

Le gant et la ceinture sur ce blason sont les attributs de Mathieu Delhaye, mercier de son état qui a hérité d’une partie de cette maison en 1679, l’autre partie de la maison restant la propriété de sa belle-mère Madeleine Ham. Cette maison fut le siège de l’Hôtel du Cygne qui donna son nom à la rue alors dite du cygne aujourd’hui au N° 20, rue de Jemmapes.

 

Au Moyen-âge les corporations se développent fortement et prennent de plus en plus d’importance. A l’aube du 17èmeet 18èmesiècle, les corporations, principalement dans les grandes villes du Nord sont devenues des organisations très structurées et très puissantes.  En 1550/55, une vingtaine de marchands Thionvillois viennent commercer pour l’armée jusqu’à Anvers. 

 

Elles sont de plus en plus associées au pouvoir municipal principalement chez les corporations de marchands qui n’aspirent qu’à devenir l’aristocratie de la cité à l’égal des magistrats et des officiers de justice. 


[1]Contrairement à ce qui souvent dit, il n’y a pas de gantiers à Thionville.

[2]Nombreux à Thionville, ils vendaient un peu de tout dont des gants et des ceintures comme l’atteste le blason de l’ancienne porte, rue de Jemmapes. -Voir « l’histoire de l’ancienne chapelle des lépreux » paru en 2017

[3]Fourreurs.

[4]Existante déjà en 1414, elle avait lieu le 14 septembre de chaque année et attirait une foule importante

Quand sous Louis XIV, explosa la vente des offices, les riches marchands et même quelques riches artisans achetèrent, quand ils en avaient la capacité intellectuelle, des charges d’officiers à l’hôtel de ville, au bailliage et même au parlement. Une fois installés, ils purent influer la politique dans le sens de leurs affaires et finirent par s’allier à des familles d’anciens officiers municipaux.

ANVERS La grande place avec ses maisons des corporations ou guildes montrant la richesse de ces marchands

 

Toutefois à Thionville, les choses furent un peu différentes. La ville était petite et la population peu nombreuse ce qui impliquait peu de corporations réduites en membres, donc moins influentes et moins riches.

 

De plus, c’était une place de guerre soumise à des sièges et à des troubles armés récurrents apportant une insécurité latente peu propice aux affaires. La prise de la ville en 1643, va complètement renouveler la hiérarchie communale ainsi que les structures même de l’organisation de la cité ce qui permettra par un effet d’aubaine à certains marchands et artisans enrichis d’accéder à l’hôtel de ville.

 

Avant de voir plus précisément dans un prochain article, les corporations et confréries de Thionville, voyons les conditions de travail des ouvriers au sein des corporations.

 

Les ouvriers travaillent en général de 7h à 8 h par jours en hiver, car le soir vient vite et l’éclairage est inexistant ou trop faible, par contre en été les ouvriers travaillent jusqu’à 14h ou 15h par jour.

 

Par contre, ils ne travaillent jamais les dimanches, ni pour les quelques 30 jours de fêtes religieuses. Les samedis et les jours de foires, ils ne travaillent que jusqu’à vêpres.

 

On peut estimer qu’ils ne travaillaient pas pendant environ 2 mois à 2mois et demi par an, bien entendu non payé. 

 

Les apprentis devenaient compagnons, valets ou ouvriers au bout de plusieurs années, parfois jusqu’ à 7 années suivant la complexité du métier. Certains d’entre eux devenaient maîtres après des années d’apprentissage et de compagnonnage en produisant souvent un chef d’œuvre [1]et en payant un droit d’entrée.

 

Toutefois, on peut dire que souvent les statuts des corporations étaient assez démocratiques, chacun ayant droit au chapitre souvent même les apprentis et par les confréries associées, c’étaient aussi des sociétés d’entre-aide ou tous se sentaient à l’abri

 


[1]Au début des corporations le chef d’œuvre n’existait pas ou n’était pas exigé pour devenir maître.

Les maîtres trop sévères et surtout violents avec leurs apprentis ou ouvriers pouvaient être inquiétés et punis, voire interdit d’apprentissage.

 

Les veuves pouvaient reprendre le métier de leur mari, garder et prendre des apprentis, faire travailler des ouvriers. Quand elles se trouvaient sans ressource, la confrérie la soutenait et à Thionville, les bourgeois [1]avaient créé un hôpital dit « des bourgeois ou des pauvres » dès le 14èmesiècle, hôpital en lien très étroit avec la confrérie du Rosaire dont nous seront amenés à reparler.

 

Pour terminer cet article, un document du 9 août 1646, émanent du Baron de Marolles, maitre de camp, premier gouverneur de Thionville nommé par le Duc d’Enghien.

 

C’est en fait une réclamation au sujet d’un testament où il cite les maîtres et confrères du métier de tailleur (barré et remplacé) par couturier et la confrérie du Saint-Sacrement.

 

Cette confrérie avait un autel dédié au Saint-Sacrement dans l’église paroissiale d’alors. Les confréries avaient alors des autels, qui se trouvaient sur les bas-côtés de l’église, dédiés à leur patron.

A Thionville la plus connue fut celle du Rosaire. 

 

[1]Qui étaient des membres des corporations ou/et des officiers de l’hôtel de ville

 

[1]Qui étaient des membres des corporations ou/et des officiers de l’hôtel de ville

Nous verrons dans un prochain article, plus concrètement, les corporations et confréries de Thionville et ce qu’elles sont devenues par la suite.

Bonne lecture à tous

 

 

Pour voir les autres articles parus sur le sujet taper "confréries" ou "corporations" dans la zone recherche

 

Sources :

Commerce et marchand de Thionvillois au 15èmeet 16èmesiècle.  JM Yante 

Histoire des corporations de métiers des origines à 1791. Etienne Martin Saint-Léon 1897

Archives communales de Thionville Notes de l'abbé Braubach

Archives départementales de la Moselle Notaire Helminger

 

 

 

 

A NOTER  -  A NOTER

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Intéressante sortie à faire en famille

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Publié le par Michel Persin

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1679 – Thionville - Une « Batterie » se règle à l’amiable

Publié le par Persin Michel

1679 – Thionville - Une « Batterie » se règle à l’amiable

Un petit acte qui traite de la façon dont s’est soldé une « batterie dans le vin » entre les enfants d’habitants de Veymerange, d’Elange et de Thionville.

 

Mais c’est quoi « Une batterie dans le vin » ?

 

C’est une altercation, une bagarre sous l’emprise de l’alcool.

 

Alors voilà notre petite affaire :

 

Quelques jours avant le 4 novembre 1679, une bagarre a eu lieu entre des enfants alcoolisés. Un clan regroupant des enfants d’habitants de Veymerange et d’Elange et un clan regroupant des enfants d’habitants de Thionville.

Parents

 

De Veymerange : 

 

Mathieu Weiss

Jean Oswalt

Nicolas Oswalt

Thiel Oswalt

 

D’Elange :

 

Rémy Schweitzer

Nicolas Hirtzberger

Jean Schweitzer

 

Parents :

 

De Thionville :

 

Jacob Gascher

André Allerbourg

La veuve Vincent Thilleux dit la « Fortune »

 

On ne connaît pas les raisons de l’altercation mais nous savons qu’elle fit des blessés parmi les enfants du clan de Thionville.

 

Quelques précisions sur les protagonistes de cette affaire :

 

Veymerange :

Mathieu ou Mathis Weiss exerçait la profession de maréchal-ferrant à Veymernage, il était le père de Damien Weiss qui sera comme son père maître maréchal-ferrant et maire de Veymerange.

 

La famille Oswalt est une famille de laboureurs de Veymerange.

Jean Oswalt était marié à Elisabeth Pierre

Nicolas Oswalt était marié à Catherine Noël

Elange :

Rémy Schweitzer, laboureur, est alors le maire d’Elange et faisait partie de l’importante famille Schweitzer qui tenait plusieurs grosses métairies autour de Thionville. 

Remy Schweitzer sera d’ailleurs le fermier de la cense de Vonnerhof ou Marienthal à Thionville-Guentrange de 1697 à 1715. Il était marié à Marguerite Koch dite aussi Preisch.

 

Jean Schweitzer est le frère de Rémy, comme lui, il est laboureur, marié à Barbe Wulferts d’Entrange.

 

Leur père était Guillaume Schweitzer qui avait passer le bail perpétuel de la métairie de l’hôpital de Thionville en 1665. Ce bail sera hérité par Nicolas Schweitzer.

 

Thionville :

Jacob Gascher était marié à Angélique Hym. La famille Gascher est une ancienne famille de Thionville dont plusieurs membres furent des marchands et artisans en particulier des cordonniers.

 

André Allerbourg était marié à Claire Paternoster, connu comme laboureur à la Briquerie.

 

La veuve de Vincent Thilleu semble être soit une veuve de militaire ou éventuellement d’un artisan car ceux-ci portaient souvent des surnoms.

 

Les sept habitants de Veymerange et d’Elange vont comparaître le 4 novembre 1679 devant le notaire Helminger de Thionville pour déclarer qu’ils s’étaient accordés à l’amiable pour éviter de plus grands frais et une procédure judiciaire avec les trois habitants de Thionville au nom de leurs fils qu‘après la « batterie entre eux faite dans le vin » ils avaient promis de donner et de payer audits blessés, enfants des comparants, une somme de vingt-huit écus blancs et demi [1], sans préjudice néanmoins de l’amende du roi et du paiement du chirurgien, payable dans les 15 jours et même ont promis de faire « monter le fusil en question »[2]à leurs frais et dépens.

 

En foi de quoi ceux de Veymerange et d’Elange se sont solidairement obligés l’un envers l’autre, sans division, ni discussion, ni renoncement, le tout fait et passé à Thionville le 4 novembre 1679 puis tous ont fait leur marque n’ayant l’usage d’écrire.

 

[1]Soit aux alentours de 100 livres tournois, ce qui est déjà une somme assez importante

[2]Phrase assez mystérieuse !

1679 – Thionville - Une « Batterie » se règle à l’amiable

Voilà, comme l’on s’arrangeait à l’époque afin d’éviter de plus graves ennuis envers les autorités. On préférait le contrat devant notaire, plus souple et moins onéreux. C’était une façon de faire que l’on retrouvait souvent dans les actes notariés en cas de litige.

 

Dans mes prochains articles, nous allons regarder d’un peu plus près les corporations et les confréries de Thionville sous l’ancien régime. Effectivement nous pouvons assimiler ses corporations et confréries aux associations actuelles [1], voir aux syndicats.

 

Sous l’ancien régime, elles furent nombreuses, riches et très importantes dans la vie de la cité qu’elles animaient. Pourtant, elles sont pratiquement absentes de tous les ouvrages parus sur l’histoire de notre ville car elles n’ont laissé dans nos différents services d’archives que peu de documents exploitables.

 

Pourtant, il en existe quelques-uns qui vont nous permettre de mieux comprendre leur place dans la communauté thionvilloise.

 

A bientôt et bonne lecture

 

[1]En Moselle, il existe aux alentours de 12000 à 13000 associations divers qui recouvrent pratiquement tous les domaines d’activités. Thionville en compte plusieurs centaines qui regroupent une part importante de la population d’où l’intérêt qu’elles suscitent chez nos politiques.

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1706 - Les "Insoumis" de Manom et leur seigneur François Brice Gomé de La Grange

Publié le par Persin Michel

 

Pourquoi connaître l'histoire ?

 

Pour éviter de se raconter des histoires 

 

et s'épargner parfois, bien des histoires.

 

 

Ceci étant dit, passons à notre histoire du mois qui va nous montrer qu'en 1706 quelques fortes têtes insoumises de nos villages n'hésitaient pas à mettre en échec  temporaire  les petits seigneurs locaux.[1]

L’affaire se passe à Manom, elle met en scène le seigneur de Lagrange et plusieurs laboureurs et manouvriers du village .

A tout seigneur tout honneur, commençons par ledit seigneur, en l’occurrence, François Brice Gomé de la Grange.

 

[1]Locaux, façon de parler, car bien souvent ils étaient étrangers à la région, certains n’y vivaient même pas.

 

La famille descendait de la famille d’Hugues des Hazards, évêque de Toul de 1506 à 1517, mais ne repris pas le nom et ne l’associa jamais à son propre nom de Gomé.

La famille descendait de la famille d’Hugues des Hazards, évêque de Toul de 1506 à 1517, mais ne repris pas le nom et ne l’associa jamais à son propre nom de Gomé.

Je ne vais pas refaire ici l’histoire de la seigneurie de La Grange, d’autres l’on fort bien faite [1], mais juste rappeler quelques points : 

 

Cette seigneurie appartenait à Christophe Albert comte d’Argenteau, elle passa par héritage à Claude Florimond comte de Mercy. Celui-ci la vendit en 1701, à François Brice Gomé qui à cette occasion rajouta « La Grange » à son nom.[2]

 

François Brice Gomé de La Grange était receveur des finances du roi à Toul, secrétaire en la chancellerie du parlement de Metz où il avait commencé sa carrière en tant qu’avocat en 1674. C’est cette charge de secrétaire à la chancellerie qui lui amena l’anoblissement. Il acheta de nombreuses charges et offices dans la région messine et dans le Toulois, c’était un financier avisé.

 

Marié à Françoise Ory [3], il rendit foi et hommage au roi pour la seigneurie de La Grange, le 10 mars 1706, et mourut subitement à La Grange le 17 mai 1725. Il fut inhumé dans l’entrée de l’église de Manom où le rejoignit son épouse en 1742 et plus tard, en 1784, un autre seigneur de La Grange, René François de Foucquet.

 

Ce François Brice Gomé de La Grange a eu trois filles, Marie Anne, Marie et Marie Françoise et deux garçons :

 

Jean François (le cadet) écuyer habitera en 1744 à Longuyon.

Christophe Gomé de La Grange [4](l'aîné) est né à Toul le 19 janvier 1691.

Il deviendra avocat au parlement de Paris puis en 1721, conseiller au parlement de Metz. Bien entendu, il hérita de son père la seigneurie de La Grange et fut à l’initiative de la création de la faïencerie de La Grange. 

 

Certains auteurs lui imputent la construction du nouveau château, d’autres pensent qu’il faille plutôt imputer cette nouvelle construction à son père François Brice Gomé vers 1714 car l’acte d’achat de la seigneurie en 1701 préciserait que le château était en ruine et inhabité.

 

Toutefois un élément est à prendre en compte dans ce dilemme, c’est un bail judiciaire passé le 4 août 1698, soit trois années avant la vente de la seigneurie, entre le seigneur Claude Florimond comte de Mercy, héritier du comte d’Argenteau et les créanciers de la seigneurie de La Grange afin d’assurer le paiement desdits créanciers.

 

Ce bail de deux années comprenait l’ensemble de la seigneurie à l’exception de la cense de Thionville, d’Elange déjà affermées, des prés engagés au sieur de La Roche, des biens de Florange, de Cattenom, des dîmes d’Hussange et des blés, grains, fruits, raisins, houblons déjà dues pour l'année 1698. En contrepartie la Dame veuve du comte d’Argenteau garderait son appartement dans le château consistant en une chambre dite le poil et la chapelle avec tout ce qui est au-dessus jusqu’au toit. De plus, elle aurait les écuries pour deux chevaux et deux vaches avec la liberté de les faire pâturer.

 

Il semble bien qu'en 1698, le château ne soit pas tout à fait ruiné,

ni tout à fait inhabité !

 

Ce bail judiciaire est aussi important pour la suite de notre histoire, comme nous le verrons plus avant.

 

Une fois propriétaire d’une partie de la seigneurie, François Brice Gomé de La Grange voulu la faire fructifier et en retirer les bénéfices attendus comme stipulé dans un record de justice en date du 10 avril 1573 qui fixait les devoirs des habitants avec en regard les rétributions ordinaires affectées à ces droits.[5]

 

La seigneurie de La Grange comportait une grande partie des terres du village de Manom ainsi que des terres à  Garche.

 

Les devoirs des habitants de Manom mais aussi de Garche consistaient en divers cens et taxes mais aussi en corvées qu’énumérait le record de justice de 1573, les voici :

 

Chaque laboureur avec sa charrue se devait de travailler :

 

2 jours aux marsages.(Au printemps, appelé aussi tramois))

2 jours aux semarts. (Semailles)

2 jours à verser et remuer les terres. (Labourage)

2 jours à les semer.

Une demie journée à voiturer hors la prairie de la maladrerie (Malgrange) et celle de  « Rheinwisse » tous les foins. 

2 chars de blé à la moisson. 

1 char de bois à Noël. 

1 char de fagots au mois de mai. 

1 jour à bécher et à labourer les vignes et pendant les vendanges, de cueillir le raisin et porter la hotte.

Désigner 3 ou 4 personnes à la fenaison pour charger le foin, l’amonceler et à la fourche, le charger.

 

Mais voilà, notre seigneur de La Grange allait tomber sur quelques fortes têtes insoumises de Manom [6]qui de plus obtinrent un soutien, de la communauté du village dans son ensemble.

 

Ces « fortes têtes insoumises » acceptaient difficilement, voir pas du tout, ce nouveau seigneur inconnu et comme ce fut assez souvent le cas, profitèrent du changement de seigneur pour essayer de remettre en cause leurs contributions à son train de vie, aussi ils refusèrent purement et simplement d’exécuter les corvées dans leurs ensemble, soutenus à priori par le village.

 

"...habitants et communauté prenant fait et cause de ceux des

particuliers qui la composent..."


[1]Histoire des seigneurs et de la seigneurie de La Grange par Charles KOHN aux Archives municipales.

[2]A Thionville, une autre famille avait rajouté à leur nom la terminaison « La Grange », ce sont les Georges qui furent seigneurs en partie de Meilbourg, en relation avec l’achat des îles de la Grange sur la Moselle.

[3]Aussi orthographié ORRY ou OLRY

[4]Seigneur de La Grange après son père, il vécut peu de temps à La Grange, en 1744, il vivait à Paris où il est décédé au début de 1757. C’est son épouse qui gérait le domaine de La Grange. Vivant largement au-dessus de ses moyens, il fut obligé de vendre entre 1751 et 1753, la seigneurie avec la faïencerie et la tuilerie plus ses charges de conseiller et d’avocat. C’est comme cela que la seigneurie et son château furent rachetés en décembre 1752 par René François comte de Foucquet, maréchal des camps et armées du Roi, cousin du maréchal de Belle-Isle

[5]Comme vu dans les articles précédents, fort peu de droits, beaucoup de devoirs !

[6]Les choses se passèrent de la même façon à Garche

Qui étaient-ils ?

 

C’était en fait les laboureurs du village, c’est à dire les moins pauvres des pauvres habitants, soit ceux qui avaient un tant soit peu la possibilité d’agir en montrant leur mécontentement.

 

C’était il y a maintenant 311 années !

 

Comme disait Coluche, j’ai les noms et les adresses.

Moi, je n’ai pas les adresses, mais j'ai les noms que voici : 

 

Les laboureurs :

 

Nicolas Léonard

Etienne Léonard

Dimanche Léonard

Jean Bouster

Valentin Vir

François Bronquar

François Charon

Jean Charon

Michel Lejeune

Frédérique Lint

Sébastien Serf

 

Les manouvriers qui devaient aider à la fenaison :

 

François Faussel

Jacques Clément

Jean Nicolas

Nicolas Hillard

 

Cela représentait pour les laboureurs de Manom un peu plus de trois mois de travail à une période où eux-mêmes étaient en pleine saison des travaux champêtres.

 

Devant le refus catégorique des laboureurs, des manouvriers, soutenus par le village, le seigneur François Brice Gomé de La Grange porta l’affaire devant la justice du parlement de Metz le 29 juin 1706 avec comme exigence de les voir condamnés à faire les corvées qu’ils avaient toujours faites, depuis le record de justice de 1573, cela avec dommages et intérêts et en cas de refus de faire exécuter les corvées par des tiers aux frais de la communauté.

 

Les laboureurs et la communauté villageoise firent valoir que le dénombrement du record de justice de 1573 n’était plus valable et qu’il fallait sans doute le revoir.

 

Un autre élément est à prendre en compte dans ce refus même s’il n’est pas mentionné. Pour cela, il nous faut revenir au bail judiciaire de 1698.

Effectivement, ce bail a été passé moyennant un canon de 1800 livres pour la première année et de 2000 livres pour la seconde année, ce qui nous donne une fin de bail en 1700/1701 avec comme conditions d’entretenir les bâtiments, les dépendances et les terres afin de les rendre en bon état à la fin du bail.

 

Enfin le bail est passé aux personnes suivantes : 

 

Michel Laniau, maire de Manom.

Nicolas Léonard

Dimanche Léonard

Pierre François Nicolas

 

Nous retrouvons là une partie des laboureurs qui refusèrent les corvées et cerise sur « gâteau » le canon du bail était à payer entre les mains du commissaire de la cour du parlement de Metz où officiait en financier avisé François Brice Gomé qui dès la fin du bail et le paiement des créanciers réalisé par les canons du bail judiciaire, se porta acquéreur de la seigneurie de La Grange.

 

Mettons-nous quelques instants à la place de ces laboureurs Manommois qui pendant deux années ont exploité les terres de la seigneurie, profité du bois mort et de la vaine pâture, ont sans doute fait quelques travaux aux bâtiments et pris « soin » de la vieille douairière d’Argenteau et qui se voient au terme du bail dont leur travail a payé les créanciers de la seigneurie, obligés d’aller travailler gratuitement pendant trois mois pour un seigneur Toulois inconnu ayant su profiter de l’opportunité de sa charge à la chancellerie du parlement.

 

Malgré tout, le 27 novembre 1706, le parlement rendit l’arrêt suivant :

 

« Au vu des requêtes, je conclus pour le roi que les habitants ou communauté de Manom soit déboutés et en conséquence je les condamne à faire les corvées ordinaires et accoutumées conformément au record de justice du 10 avril 1573 à charge toutefois de recevoir les rétributions ordinaires [1]et pour le refus qu’ils ont fait cette année je les condamne aux dommages et intérêts »

 

Il est donc probable que les laboureurs s’exécutèrent pour les années suivantes. Le village voisin de Garche fit le même genre de refus au nouveau seigneur de La Grange. 

 

Il était assez courant à cette époque que les habitants contestent les corvées qui leur étaient imposées et cela souvent quand un nouveau seigneur étranger à la région prenait en charge leur communauté. L’esprit de clan jouait fortement, les seigneurs issus de familles installées là depuis longtemps n’avaient souvent pas les mêmes difficultés.

 

Toutefois, depuis longtemps les corvées étaient considérées comme « odieuses » car pour les paysans cela voulait dire qu’ils travaillaient quand le seigneur ne faisait rien, lui apportant aisances et richesses. En champagne, certains seigneurs étaient appelés « Genstuehommes ou genspillehommes » et cette grogne avait fini par remonter aux états généraux d’Orléans (1560/61) et de Blois (1576 et1588) où furent prises quelques ordonnances pour remédier aux abus les plus importants.

 

Au 16ème  siècle on fixa à 12 jours maximum les corvées pour une année puis lors des corvées royales on les limita à 5 jours par an.

Sous Louis XIV, on prit de plus en plus en compte le poids des corvées seigneuriales et les paysans disaient souvent « Si le roi savait ! ». 

Mais le roi savait et si l’on baissa un peu la pression sur les corvées seigneuriales, on l’augmenta sur les corvées royales destinées à entretenir les routes, ponts et chemins. 

 

Toutefois, les paysans se sentant un peu plus écoutés commencèrent à se montrer plus vindicatifs envers leur seigneur, certains ou certaines communautés entreprirent de leur faire des procès qui furent en général perdus en vertu d’un vieil adage :

 

« Oignés vilain, il vous point – Poignés vilain, il vous oint »

(Tiré de Gargantua 1546 - On peut traduire par « caressez un mauvais homme,

il vous fera du mal, faites-lui du mal, il vous caressera »

 

 


[1]En se référant à mes articles précédents sur la seigneurie de Meilbourg les rétributions ordinaires consistaient en miches de pain ou soupe avec ou sans lard, car il y avait obligation de nourrir les corvéables.

De moins en moins respectés, ayant de plus en plus de difficultés à percevoir les apports que devait générer leur seigneurie, les seigneurs importants déléguèrent la gestion de celles-ci à leurs officiers ou syndics, les petits seigneurs campagnards vendirent leur seigneurie et cherchèrent "honneur et respect" aux armées dont souvent leur famille était accoutumée ou dans des offices plus lucratifs. 

 

Ces petites seigneuries furent achetées par des anoblis récents, des bourgeois enrichis, marchands et même riches fermiers qui n’eurent plus alors aucune autorité sur les laboureurs aisés qui commencèrent à envisager eux-mêmes l’achat d’un office ou même d’une seigneurie, car à la veille de la révolution, si les charges et redevances existaient encore, les contreparties que devaient rendre les seigneurs n’existaient plus.

 

L’état centralisateur avait capté le pouvoir jadis aux mains des seigneurs. Ainsi en 1787, on incita ceux-ci à participer davantage à la gestion des communes, on leur donna souvent la présidence des assemblées tout en limitant leurs droits. Ils n’étaient plus les maîtres car le bailliage, l’intendant et le parlement local instruisaient, jugeaient, décidaient.

 

Beaucoup de seigneurs locaux firent carrière aux armées, certains rejoignirent les municipalités ou même l’industrie comme Christophe Gomé de La Grange avec sa faïencerie et sa tuilerie. Mais voilà pour tenir le rang, entretenir un château et du personnel, avec des revenus plus aléatoires, la reconversion était la seule planche de salut, ceux qui ne purent ou ne voulurent la mener perdirent tout, leurs charges et offices, leur château et leurs terres. Ils furent nombreux ainsi à Thionville et dans la région, car les douces habitudes sont bien difficiles à abandonner.

 

 

Sources :

Le village sous l’ancien régime par Albert Babeau – 1878

ADM 3e7605 – 3e7527 – 3e7586 - B2364-28

Parce que l'histoire n'est pas toute la culture

 

MANIFESTATIONS A VENIR

 

 

1706 - Les "Insoumis" de Manom et leur seigneur François Brice Gomé de La Grange

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