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Publié le par Michel Persin

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Thionville – Confréries et corporations (Confréries)

Publié le par Persin Michel

Le moment est venu de faire le point sur les confréries de Thionville sous l’ancien régime. 
 
Comme toujours à Thionville, par manque de sources, il est difficile de passer le « plafond de verre » de la guerre de Trente ans. Donc peu d’informations nous sont parvenues sur les confréries actives à Thionville avant le 16ème siècle, mais nous avons quelques documents qui témoignent de leur existence sans guère plus de précisions.
 
Ainsi en 1476, deux échevins de Thionville attestent d’une vente fait au maître de la nouvelle confrérie d’une rente de 8 escallins messins sur une maison de la ville.
 
En 1483, deux échevins de Thionville attestent qu’un tailleur de pierre du nom de Mathis dit « Clopstein der steymetz », tailleur de pierre, a vendu à Pierson, maître de la nouvelle confrérie, une rente de 12 escallins messins sur une maison située au château de la ville.
 
Encore ne savons-nous pas si le terme de confrérie employé ici, n’indique pas une corporation, la distinction n’allait pas de soi.
 
Ce que nous savons par contre c’est que les confréries étaient toujours d’essence religieuse même affiliée à une corporation de métier. Plusieurs documents font état d’une confrérie dite du Saint-Sacrement qui était systématiquement associée et gérée par la paroisse Saint-Maximin.

Confrérie du Saint-Sacrement :

 

 

Elle fut créée le 23 janvier 1602 par Johan Menchin von Arle, greffier du conseil des nobles du duché de Luxembourg, échevin de Thionville et son épouse Elisabeth Arnoldt qui vont donner par testament une somme de 1000 « tallers  [1]» pour la placer à constitution, afin que des 2000 florins, les rentes qui en résulteront servent à habiller cinq pauvres le jour de la Sainte-Elisabeth et alors, ils prieront pour leur donateur et leur famille dans la chapelle de l’ossuaire (Saint-Michel), et de plus permettront à deux pauvres enfants de faire des études chez les jésuites de Luxembourg ou à apprendre un métier.
 
Le curé de Thionville est alors Adam Putz qui fera de cette confrérie une des plus importante de la ville en suscitant les donations et en la rattachant à la paroisse.
 
Le 20 septembre 1602, à peine créée, la confrérie verra déjà les dons afflués comme celui de 1170 florins de Luxembourg figurant au testament de Nicolas Wolff, échevin et synodal de Thionville et son épouse Anne Uttringerin.

 

 

[1]Ou Thaler, monnaie de compte sous Charles Quint appelé encore « Rixdaler » 1 Thaler = 2 florins.  Cette monnaie resta en circulation pendant 400 ans dans les pays germaniques. On la dit ancêtre du Dollar américain.

A l’origine, cette confrérie était liée au métier de tailleur de pierre comme l’indique un acte du 17 mars 1668 qui nous indique que Bernard Liff, jardinier et son épouse Elisabeth Trattert, doivent à Nicolas Louis et Nicolas Gangs, ancien et jeune maîtres du corps de métiers des tailleurs de la confrérie du Saint-Sacrement de Thionville, une somme de 50 tallers monnaie de Luxembourg sur 2 chambres de soldats situées à Thionville proche du four banal. 
 
Ces chambres sont propriétés du corps de métier des tailleurs depuis plus de vingt ans et l’origine de la dette vient d’un prêt fait le 6 août 1633 par le corps de métiers.
 
Donc cette confrérie était affiliée à la corporation des tailleurs de pierre, faut-il mettre cela en relation avec la vente faite par un tailleur de pierre d’une rente à la nouvelle confrérie en 1483 à un certain Pierson (Pierre) maître de la nouvelle confrérie ?
 
Et cette nouvelle confrérie était-elle déjà celle du Saint-Sacrement ?
 
Rien ne permet de le dire, mais il est certain que de nombreuses confréries qui étaient tombées en désuétude ou interdites à certains moments furent recrées par la suite et remises au goût du jour !
 
Quoi qu’il en soit, cette confrérie du Saint-Sacrement fut une des plus importante de Thionville et ne fut supplantée plus tard que par la confrérie du Rosaire. Elle n’avait pas de chapelle mais était réunie à la fabrique de la paroisse et le service se faisait dans l’église paroissiale.

La confrérie de Saint Joseph, Saint François et Saint Cyprien :

(Dite aussi des trépassés)

 

 

Créée en 1615, peut être dans la chapelle Saint-François, elle périclita pour des raisons inconnues. Refondée en 1648, elle disparue une nouvelle fois après 1694 où on la voit payer 26 livres tournois et 20 sols à la confrérie du Rosaire pour se servir des ornements de leur chapelle pour ses propres fêtes [1]. C’est François Delhaye [2], brasseur et Jean Bheme marchand de Thionville, qui refondèrent la confrérie dans l’église paroissiale en 1727. Liée à la bonne mort et aux mourants, elle avait pour buts de payer les enterrements pour les pauvres, le pain béni, les cierges pour les cérémonies et le paiement des porteurs pour amener les corps au cimetière Sainte-Suzanne, au dehors des remparts. Les inhumations des pauvres de la paroisse se faisaient alors au cimetière Sainte-Suzanne qui jouxtait la chapelle des lépreux ou de Saint-François. Nous savons que le premier maître après sa refondation de 1727 fut François Delhaye et l’année suivante ce fut Jean Bheme puis Guillaume Merlinger. Nous savons aussi que la statue de bois de Saint-Joseph appartenant à la confrérie avait été payée par Anne Ham [3]et Jean Well.

[1]Cet état de fait semble lié à des problèmes avec leur lieu de culte, peut-être la chapelle Saint-François a-t-elle été endommagée par le siège de 1643 dont les opérations militaires se sont principalement faites  de ce côté de la ville

[2]Voir mon ouvrage « Histoire de l’ancienne chapelle des lépreux » - 2017 encore disponible au syndicat d’initiative de la ville ou chez moi.

[3]Anne Ham était de la famille de l’épouse de François Delhaye.

En 1727, à sa refondation la confrérie avait 44 confrères, puis 123 membres en 1740, ensuite sa fréquentation baissa inexorablement, malgré une tentative de relance en accordant des indulgences aux donateurs et membres. La confrérie n’était pas viable financièrement, elle n’avait qu’un seul contrat de rente, trop peu de membres et des frais importants pour les inhumations des pauvres nombreux à Thionville. De plus elle n’eut jamais les autorisations de l’évêché. La construction de la nouvelle église de la ville inaugurée en 1760, associé à un regain des inhumations dans les caveaux sous l’église marquèrent la fin définitive de cette confrérie.

La confrérie de Saint-André et Saint-Nicolas :

 
Crée en 1615, par le corps de métiers des jardiniers, elle n’eut que peu de succès.
Un acte la concernant daté du 15 décembre 1707, nous donne un effectif de 4 membres seulement : Louis Fromentin, Pierre Marchand, Pierre Lefevre et Dimanche Surlot.
 
Toutes ces petites confréries créées par des métiers manuels aux membres peu instruits et sous représentés, n’eurent bien souvent pas de lettres patentes de création, pas d’aval de la paroisse, ni de la ville et donc aucun avenir !

La confrérie de Saint-Roch, Saint-Sébastien et Saint-Antoine :

Créée en 1630, toutefois sans statut, sans règlement et sans lettres patentes ni autorisation. Elle possédait un autel (chapelle collatérale) dans l’église paroissiale. A l’origine elle était liée aux épidémies de peste ou autres fièvres qui sévissaient sporadiquement dans la région. Elle a pu aussi être liée à une compagnie bourgeoise d’archers en l’honneur de Saint-Sébastien. (Ci-dessous)

 

 
Ces membres étaient nombreux, bourgeois de Thionville, ils se firent remarquer de mauvaise manière et la confrérie fut interdite le 27 août 1733 par le parlement de Metz, pour les raisons suivantes :
« Elle avait dégénéré en compagnie bourgeoise, s’assemblant sous les ordres du maître échevin qui prenait alors le titre de colonel des suppliants et en tirait un profit.
Lors de ses assemblées bruyantes avec port d’armes sur les foires, elle faisait tirer à blanc moyennant finance, le tout sans lettres patentes du souverain. 
Les membres se rendaient entre eux les recettes et dépenses de la confrérie, sans participation du curé, ni des synodaux. » 
 
Aussi le parlement de Metz sur réquisition du procureur du roi, fit défense aux bourgeois et habitants de Thionville de s’attrouper sous prétexte de ladite confrérie, comme aussi d’y prendre les armes en aucun temps sauf s’ils y ont été expressément commandé par le gouverneur, le lieutenant du roi ou autre officier autorisé. Défense leur ai faite aussi de recevoir des deniers sur les foires ou d’aucune personne sous peine d’être poursuivis suivant la rigueur des ordonnances. Il ordonne à la police de la ville de veiller à ces interdictions.
Le problème qui se posa fut que cette confrérie avait en compte des rentes et des donations faites par des personnes pieuses pour dire des messes pour leurs défunts. L’évêque incita donc la confrérie désormais interdite à donner ses contrats et rentes à la fabrique de la ville à charge pour elle de faire les services prévus. 
Ce qui fut fait et approuvé par la chambre épiscopale de Metz. 
 
Toutefois cette confrérie étant très ancienne et relativement importante, on rédigea des statuts et règlements et on officialisa sa réédification, ce qui fut fait le 21 novembre 1733 soit quelques mois après son interdiction.
 
Malgré tout, cette affaire avait terni durablement la confrérie qui n’eut plus d’autel dédié dans l’église paroissiale [1]mais dut se contenter d’un autel uniquement dédié à Saint-Sébastien, associé avec celui de la Sainte-Croix. De Saint-Roch et Saint-Antoine, on ne parla plus et la confrérie disparue ainsi discrètement, ayant donné ses biens à la fabrique elle ne parvint plus à se reconstituer une clientèle suffisante. 

La confrérie de Saint-Hubert :

 

Très en vogue dans les Ardennes
 
Elle fut créée en 1665 à l’initiative du curé et régent de Thionville, Mathias Hollinger avec l’aide d’officier de l’hôtel de ville. Elle n’avait pas de lettres patentes, ni d’autorisation de l’évêché et seulement deux contrats de rente. Elle eut en 1669, une autorisation de l’évêque de Metz de se maintenir mais sans lettres patentes Elle recevait donc des membres indûment et élisait un maître sans y être autorisée. 
Aussi en 1735, Philippe Henrion, marchand à Thionville, alors maître de la confrérie, effectua des démarches pour obtenir les autorisations nécessaires. A cet effet, un inventaire des biens de la confrérie fut effectué et elle n’était guère riche :
 
  • Une statue de Saint-Hubert en bois
  • 1 cornet en argent
  • 1 drap de Damas vert
  • 2 aulnes garnies de franges d’or
  • 1 bannière
  • 1 plat de quête en étain
  • 1 clochette de ¾ de livre
 
Peu de membres, peu d’argent, absence d’autorisation officielle, pas de règlement ni de statut tout était réuni pour que la vie de cette confrérie soit difficile.
 
 
La confrérie Saint-Urbain :

 

 
Créée d’ancienneté par les vignerons de Guentrange, on en retrouve la trace dans des documents du 8 août et 9 décembre 1694 (AMT BB3 41V 44R)
Elle a fait récemment [2]l’objet d’une étude complète par Paul Médoc, président actuel de la confrérie.
 

[1]Certaines confréries, pas toutes, avaient un autel collatéral dans l’église paroissiale qui leur était dédié. Ainsi la visite canonique du 11 septembre 1721 précise qu’il y avait dans l’église (ancienne église Saint-Maximin) 5 autels ou chapelles collatéraux :  Sainte Croix – Sainte-Trinité – Saint Jean Baptiste – Sainte-Vierge – Saint-Sébastien. La dédicace de ces autels pouvait variée un peu au cours des années, ainsi la visite canonique du 2 mars 1751 ne cite plus que 4 autels collatéraux : Saint-Jean – Sainte-Croix – Sainte- Vierge et Sainte-Elisabeth. Dans la nouvelle église Saint-Maximin (celle d’aujourd’hui) la visite du 25 septembre 1763 cite les autels suivants : Sainte-Vierge – Sainte-Anne – Sainte Croix et Saint-Jean

[2]Décembre 2017 – Revue « Azur et Or » encore disponible à la vente ou aux archives municipales

Vous y retrouverez tous les renseignements sur cette très ancienne confrérie typique d’une confrérie dite de corporation, c’est à dire affiliée à un corps de métier, en l’occurrence les vignerons de Guentrange.
 
De toutes ces confréries créées avant le rattachement de Thionville à la France, seule la plus ancienne, la confrérie du Saint-Sacrement qu’on avait réuni à la fabrique de la paroisse et qui bénéficiait de toutes les autorisations, règlement et statut, connut une grande popularité, attirant des dons, rentes et membres.
 
Pour les nouvelles autorités françaises qui dirigeaient la ville depuis 1643 c’était une confrérie issue de « l’ancien monde » celui de la prévôté luxembourgeoise où se retrouvait la plupart des bourgeois de la ville avec la paroisse Saint-Maximin, elle aussi, encore sous l’autorité du diocèse de Trêves. Toutefois, la confrérie était bien gérée par la fabrique avec un livre de compte à jour et les différentes visites canoniques qui eurent lieu au 18èmesiècle nous montre une confrérie du Saint-Sacrement bien vivante et solidement associée à la paroisse.
 
La plupart des corporations de métiers de la ville y était associées car peu de corporations avait assez de membres, étaient assez riches et organisées pour créer et faire vivre une confrérie spécifique à leur métier comme cela avait sans doute été le cas au moyen-âge où les contraintes administratives étaient moins lourdes et la foi plus enracinée.
 
Le cas de la confrérie de Saint-Thiebault est particulier, ce n’était pas une confrérie mais une corporation qui regroupait plusieurs métiers, les maçons, les charpentiers, les couvreurs, les potiers de terre.

La confrérie du Rosaire :

 

 
Les nouvelles autorités françaises décidèrent donc de créer une confrérie strictement religieuse à laquelle toutes les corporations de la ville et tous les bourgeois et militaires pourraient adhérer. La population avait changé, les notables également, les postes clés à l’hôtel de ville et à la paroisse avaient changé de mains.
 
Même si à Thionville le protestantisme n’était pas une menace pour la religion catholique, les moeurs dans cette ville de garnison semblaient bien relâchés, les filles de la campagne venaient y chercher une occasion de sortir de leur condition et ne trouvaient souvent que la prostitution. 
 
En un mot, le moment avait semblé propice pour édifier cette nouvelle confrérie. A cette époque, les confréries dites du rosaire, dédiée à la vierge, étaient à la mode, il s’en créait beaucoup. Elles n’étaient pas liées à une corporation de métier, elles n’étaient que religieuse et vouées à la vierge Marie toujours très populaire. De plus elles consistaient à prier le chapelet (le rosaire) en groupe ou seul dans un lieu dédié, un autel ou une chapelle, ou même seul chez soi, donc facile à pratiquer et puis elles avaient l’attrait de la nouveauté.
Donc le 21 mars 1666, le sieur Dufay de la Garenne [1], major de la place avec Jean François Freidrich [2], échevin de la ville, conseiller au bailliage de Thionville et receveur des finances, associé à François Caulier, garde des magasins et receveur des domaines de Thionville 
 

[1]Charles Dufay de la Garenne major de la place, mort à Thionville le 4 avril 1684 à 80 ans.

[2]Ou Jean Nicolas Freidrich, voir mon article sur les corporations 3èmepartie qui donne des précisions ;

 

firent requête avec d’autres bourgeois de la ville au Révérend Père provincial des Jacobins (dominicains) [1]pour lui signaler qu’ils avaient obtenu du vicaire général de l’évêché la permission d’établir à Thionville une confrérie du Rosaire
 
Qui plus est, qu’ils avaient obtenu de l’hospice de Thionville, donc de la ville, la
permission d’installer la nouvelle confrérie dans la chapelle de l’ancien hospice de la ville (Beffroi), chapelle alors dédié à Sainte-Elisabeth.
 
L’autorisation officielle leur fut donnée le 2 avril 1666 par Claude de Breuillart de Coursan, vicaire général de l’évêché. La confrérie à l’initiative des notables de la ville, avec son règlement, ses statuts, son autorisation de l’évêché et sa chapelle dédiée pouvait prendre un départ prometteur, il le fut !
Pourtant, elle n’eut guère l’assentiment du clergé Thionvillois qui mettra en avant plusieurs griefs à son encontre :
 
  • La chapelle est petite, elle ne peut contenir que 60 à 80 personnes et les jours de fête la foule qui veut assister à la messe se répand sur la place du marché et dans les rues adjacentes occasionnant des perturbations dans la ville.
  • Les curés et vicaires de la paroisse sont distraits de leur devoir envers l’église paroissiale, de plus les paroissiens donnent plus à la confrérie qu’à la paroisse.
 
Aussi le clergé de la ville va demander le rattachement de la confrérie à la fabrique comme pour celle du Saint-Sacrement afin d’en avoir les commandes et les bénéfices. 
 
Mais l’évêque les déboutera en juin 1698, la fabrique ne gardera que la confrérie su Saint-Sacrement qui est en relative désaffection au profit de celle du Rosaire.
 
Cette confrérie et sa chapelle sont décrites dans chaque visite canonique de l’évêque de Metz comme richement pourvue et bien administrée.
 
 
Les obligations pour les membres de la confrérie étaient de réciter au moins une fois par semaine, un chapelet ou rosaire, les chapelets autorisés étaient ceux comportant 5, 10 ou 15 dizaines, en méditant sur les 15 mystères de la rédemption.
 
(Ci-dessous un chapelet à 5 dizaines, en nacre dans son étui, daté du milieu du 19èmesiècle provenant de la paroisse de Veymerange)

 

 


[1]L’autorisation d’édification des confréries du Rosaire était sous l’égide des dominicains qui en étaient à l’origine et en avaient été de fervents zélateurs.

Il était préconisé que la récitation se fasse au maximum en commun et en public et principalement aux fêtes de la Vierge avec procession le 1erdimanche de chaque mois
La procession se devait d’être plus solennelle le 1erdimanche d’octobre et à la fête de la Vierge Marie. 
 
Voilà notre confrérie du Rosaire bien née, instituée dans la chapelle Sainte-Elisabeth de l’ancien hospice des pauvres de la ville dans le bâtiment du beffroi.
 
Ce fut la dernière confrérie créée à Thionville. Elle ne disparaîtra, comme les autres, qu’avec l’arrêt du parlement de Metz du 10 mai 1763, interdisant de fait les confréries religieuses sous l’ancien régime. Toutefois quelques temps plus tard, la confrérie du Rosaire sera encore tolérée dans l’église paroissiale quelques années avant la révolution. 
 
Nous verrons dans le prochain article plus précisément la vie de cette ultime confrérie, sa disparition et le devenir de sa chapelle dans le beffroi de la ville.
 
 
Sources :
Notaires Thionvillois : Helminger et Fourot et Lanio ADM 3E7538 3E7539 3E7600-7606
Décembre 2017 – Revue « Azur et Or » encore disponible à la vente ou aux archives municipales
Notes de l’abbé Braubach aux archives municipales de Thionville
Thèse de Marie Claude Dubois « la confrérie du Rosaire » 1997- Besançon- Université de Franche-Comté

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Thionville – Confréries et corporations (6ème partie les bouchers)

Publié le par Persin Michel

Avant d’évoquer la corporation des bouchers, revenant un peu sur les signes représentatifs de ces corporations de métier. Nous avons déjà vu quelques éléments se trouvant au musée de  la Tour aux Puces de Thionville où l’on voit ces représentations de métiers. Nous avons aussi vu au sujet des tanneurs que ceux-ci avaient un blason créé par l’administration royale sous les ordres de Charles René d’Hozier, généalogiste du roi et juge des armoiries qui s’était vu confier par Louis XIV en 1696 la tâche de doter chacun, chaque couvent, chaque corporation d’un blason officiel moyennant un droit de 20 livres à payer pour en avoir le certificat et pouvoir éventuellement l’utiliser.
 
Les corporations de Thionville se virent donc imposer un blason confectionné par l’administration royale. A priori, ces corporations ne l’utilisèrent pas ou peu, je n’ai vu aucun acte en faisant état. Jean Claude Loutsch, dans son grand armorial du pays de Luxembourg (1974) les répertoria de façon non figurative [1].

 


[1]Publication de la section historique de l’institut du Grand-Duché de Luxembourg. AMT Tome 81 186P81

Je leur ai donc donné une forme plus explicite que vous trouverez ci-dessous :

Tanneurs-Cordonniers
Tailleur d'habits
Tisserands

 

St Thiebault (Maçons-Charpentiers-Couvreurs)
Merciers-Ciriers-Huiliers

 

Boulangers-Pâtissiers
Bouchers

 

Comme pour les autres professions, le dénombrement de la population thionvilloise de 1611, nous donne les noms des bouchers de la ville : (Toujours sous réserve de l’orthographe)
 
Nicolas Göbel – Peter Flie – Jean Ham (le vieux) et Jean Ham (le jeune) – Jean Neumetzler Nicolas Ham – Hans Klopstein – Schanen Claus – Johannnes Wolff – Johannes Wolckinger  Jean Göbel – Peter Wintringer – Peter Ham – Paulus Keichinger – Wolff Wintringer  Frantz Kertzen – Salentein Uttinger – Simon Troye – Adam Wintringer  Schanen Peter  Edmond Jenisson – Georges Reispurger – Hans Klopstein – Christian Melchior – Michel Ham – Nicolas Neumetzler.
 
Au nombre de 26, on remarquera de suite que plusieurs membres d’une même famille exerçaient ce métier, familles qu’on retrouvera listées en 1686 comme les Ham, les Klopstein ou les Kertzen.
 
Souvent assez riches les bouchers qui avaient des relations plus fréquentes avec les tanneurs et les fermiers des villages alentours, fonctionnaient sur le schéma classique des autres corporations : Ils avaient une maison de corps de métier, ils achetaient du bétail qu’ils mettaient à engraisser chez un fermier des alentours, parfois c’est eux-mêmes qui faisaient engraisser du bétail reçu de particulier.
 
« Ainsi le 29 avril 1672, un certain Charles Piquard dit « La montagne » cavalier dans les cravates royales en garnison à Thionville va laisser à François Mangeot, maître boucher, 19 bêtes blanches tant brebis que moutons pour les engraisser pendant trois années à la fin desquelles il devra lui rendre 19 écus blancs même si certaines bêtes sont mortes soit de fait de guerre ou de maladie. »
 
Comme les boulangers, ils étaient soumis à des contrôles réguliers de la part de l’hôtel de ville, les boulangers sur le poids et la cuisson des pains avec des amendes si un écart était relevé, les bouchers l’étaient sur la quantité et la qualité des viandes proposées. Leur corporation avait fixé des règles à ne pas négliger sous peine de sanctions. (Voir à ce sujet mon article paru le 27 janvier 2013 dans le Miscellanées 2013/2014 où sur le blog www.histoiredethionville.com.
Taper « Confrérie des bouchers » dans la zone : Recherche)
 
Cependant les bouchers devaient également s’acquitter de droits municipaux d’octroi sur chaque bête qui rentrait en ville : (Ci-dessous : Extrait du règlement de l’octroi de Thionville en 1813)
Extrait du règlement de l'octroi de Thionville 1813

Extrait du règlement de l'octroi de Thionville 1813

La mention de « Tuerie publique » fait référence à l’abattoir municipal qui n’existait pas au 17èmeet 18èmesiècle où les bouchers pratiquaient l’abattage chez eux.
 
Ces droits d’octroi toujours sujets de litige avec les marchands de la ville furent à l’origine d’un procès entre la ville et le corps des bouchers en 1770/1772. Ce fut une affaire aux multiples rebondissements. Je vous résume l’affaire ci-dessous :
 
« Les bouchers se devaient de payer l’octroi sur le bétail entrant en ville, toutefois un litige se fit jour sur les « pieds fourchus  [1]», les droits ne furent plus payés et la ville porta l’affaire devant la cour souveraine de Nancy qui débouta les bouchers et donna raison à la ville. Les bouchers demandèrent à la ville un échelonnement du paiement des arriérages dus à la ville, mais entre-temps, celle-ci demanda des saisies sur leurs biens à l’encontre de quelques bouchers, ce à quoi les bouchers s’opposèrent. 
 
La ville décida alors de porter l’affaire devant le parlement de Metz afin de contrer l’opposition aux saisies et de demander le paiement des arriérages. Cela déclencha la fureur du corps des bouchers qui déclarèrent ne plus vouloir payer ces arriérages et vouloir abandonner leur métier dans les trois mois si un compromis n’était pas trouvé.
 
La ville réagit vivement à ce chantage et prit une décision surprenante et originale par la lettre qui suit, envoyée à l’évêque de Metz :
 
Le 6 juillet 1772.  
Les officiers de l’hôtel de ville mis en demeure par le corps des bouchers de Thionville que ceux-ci abandonneraient leur métier le 1erjuillet 1772, suite à un procès que la ville a gagné contre eux. 
La ville décide avec l’agrément de l’intendant, d’appeler à leur place les bouchers forains, toutefois la chaleur de la saison ne permet pas d’exposer les viandes au grand air.
La ville a posé les yeux sur une chapelle voûtée qui lui appartient et qui servait jadis à la confrérie du Rosaire. Le service de cette confrérie ne s’y fait plus depuis l’arrêt du parlement de Metz du 10 mai 1763 sur le sujet des confréries et congrégations. 
Les ornements de la chapelle, les calices et confessionnaux ont été retirés et portés à l’église paroissiale toute proche où le service de la confrérie se fait encore en attendant l’arrêt définitif de la cour qui ne peut être que défavorable car la confrérie n’a pas de lettres patentes. 
La ville vous demande humblement d’user de cette chapelle pour y déposer les viandes des bouchers forains, car la ville n’a pas d’autres solutions.
 
Le 10 juillet 1772
L’évêque Louis Joseph de Montmorancy-Laval accepte l’utilisation de l’ancienne chapelle sous réserve d’accord du directeur de l’hôpital des pauvres [2]et à la condition que les trois autels qui sont dans ladite chapelle soient démontés ou masqués.
 
Le jour même, 10 juillet 1772, les bouchers de Thionville arrêtent d’exercer leur métier, mais la ville à fait placarder des affiches dans les villages alentours demandant aux bouchers forains [3]de venir faire le service de la boucherie en ville. 
 

[1]Animaux aux sabots fendus c’est à dire les ruminants, bœuf, moutons et autres

[2]Autorisation purement formelle, car le directeur est nommé par la ville 

[3]Ce nom dérive de « foire » ceux qui vendent sur les marchés ou foires. Par extension ceux qui ne sont pas bourgeois de la ville et ni résident pas

La ville va faire monter une cloison devant les autels afin de les soustraire à la vue, faire changer la serrure de l’ancienne chapelle et surtout, elle va faire commencer à tuer du bétail dès le 11 juillet 1772.
 
Puis la ville va nommer le sieur Dumère [1], secrétaire du commissaire des guerres à Thionville,  pour veiller aux intérêts de la ville, faire les recettes et dépenses journalières de l’affaire, assister à l’achat du bétail, maintenir l’ordre à la boucherie et surveiller le maître boucher Pierre Klopstein, ses aides et domestiques ainsi que Jean Reiter et sa femme employés par la ville pour servir à la boucherie.
 
Pour les bourgeois et la garnison, la viande s’achète donc dans l’ancienne chapelle du Rosaire et cela semble avoir bien fonctionné car dès le 3 août 1772, les bouchers de la ville cédèrent et reprirent leur métier.

 

 

[1]Il sera receveur des deniers publics de la ville et pour un temps avec son épouse Elisabeth Watelet, seigneur de Veymerange 

Pendant cette crise, la ville acheta :
 
5 bœufs et demi qui furent pris chez les bouchers de la ville et 10 autres achetés, 11 vaches, 61 veaux et 118 moutons.
 
Le sieur Dumère fut chargé de solder financièrement cette affaire en sachant que la ville avait dû payer la visite de l’ancienne chapelle pour en faire l’inventaire, les quelques travaux pour la serrure et les cloisons devant les autels, elle a encore payé les employés et la nourriture du boucher Klopstein et de ses aides, en contrepartie, elle a vendu les peaux des animaux aux tanneurs [1]et les bouchers de la ville ont repris la viande restante.
 
Quoi qu’il en soit la ville dégagera de cette opération un surplus de 287 livres tournois qui furent versé dans la caisse communale.
 
Dans cette crise de 1772, la ville a réagi vivement et sans transiger, estimant avoir déjà fait des concessions et fort de son bon droit avec l’accord de l ‘intendant et de la cour souveraine de Nancy et du Parlement de Metz. 
 
Une fois que les bouchers eurent repris leur travail, elle fit pourtant des concessions et accepta des remises et rééchelonnements des arriérages. Il semble même que les saisies envisagées furent abandonnées.
 

[1]Une peau de boeuf ou de vache était rachetée par les tanneurs à 11 livres, la ville en vendit ainsi 7 pour 77 livres. Elle vendit aussi le suif aux cirier

Deux habitants de la ville qui n’étaient pas bouchers à l’origine mais participèrent à l’organisation de cette boucherie transitoire furent aidés par la ville après la crise à s’installer comme bouchers à part entière et à intégrer le corps de métier.[1]
 
Nous avons vu que la boucherie temporaire fut installée dans l’ancienne chapelle du Rosaire alors désaffectée qui fut la chapelle de la puissante confrérie du Rosaire. Rare confrérie à avoir une chapelle dédiée et seule confrérie d’essence strictement religieuse non inféodée à une corporation de métier.
 
Nous verrons cela dans le prochain article sur les confréries thionvilloises.
 
Sources :
Notaires Thionvillois : Helminger et Fourot et Lanio ADM 3E7538 3E7539 3E7600-7606
1686 – La confrérie des bouchers de Thionville – Miscellanées 2013/2014
Notes de l’abbé Braubach aux archives municipales de Thionville
Jean Claude Loutsch - Publication de la section historique de l’institut du Grand-Duché de Luxembourg. AMT Tome 81 186P81
 

[1]Il est possible que leurs relations avec les autres bouchers ne fussent pas des plus amicales, idem pour Pierre Klopstein qui fut le boucher officiel de la ville pendant la crise.

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Thionville – Confréries et corporations (5ème partie)

Publié le par Persin Michel

Dans l’article précédent, j’ai évoqué l’encadrement d’une fenêtre actuellement au musée de la ville, datée de 1590, comportant deux motifs évoquant un corps métier. Pour moi le corps de métier représenté est celui des tisserands puisque les motifs sculptés sont une brosse à carder et un peson ou poids de métier à tisser. 
 
On voit sur cette gravure ancienne, deux métiers à tisser de drapiers où l’on voit clairement les pesons ou poids destinés à maintenir tendu, respectivement, les fils de trames et la partie du drap déjà tissé.  
 
Je viens de retrouver aux archives départementales de la Moselle un acte résumé ci-dessous : (ADM 3E7539 Fourot)
 
« Le 22 janvier 1669, les maîtres du corps des drapiers de Thionville, Nicolas Heizeler dit l’ancien et Friedrich Haus dit le jeune, se sont réunis pour décider de mettre à bail pour 6 années à l’honnête Abraham Aubertin, maître drapier lui aussi, la maison appartenant au corps de métier des drapiers qui se situe à Thionville, non loin de la grande église paroissiale… »
 
Cette maison du corps de métier des drapiers se trouvait donc non loin de l’église paroissiale d’alors qui était située sur la place devant l’actuelle église Saint-Maximin.
 
Nous savons que cet encadrement de fenêtre qui se trouve au musée de la ville aurait été trouvé au N°7 de la rue de la tour soit très proche de l’ancienne église paroissiale, donc de l’église Saint-Maximin actuelle. (Voir sur le plan ci-cdessus de 1754)
 
Il y a donc de fortes probabilités que cette fenêtre ait été celle de la maison du corps de métier des drapiers [1]de Thionville ce qui explique les deux motifs sculptés sur cette fenêtre, quant à la date de 1590 qu’on y voit, elle correspond bien au style des arcatures qui y figurent. Il faut savoir que le corps du métier de drapier à Thionville est identifié dans la ville depuis 1469.[2]
 

[1]Les métiers de tisserand et de drapier étaient très liés professionnellement.

[2]Grâce aux livres de comptes de la ville.

Le premier dénombrement de la population de Thionville date de 1611, il nous donne le nom des 18 drapiers exerçant en ville : (Sous réserve de l’orthographe)
 
Peter Keiser – Jean Muller – Jacob Kirsch – Georges Kontz – Jacob Brandenburger – Gaspard Oswald – Hans Niclaus – Jean Flam – Gaspard Hellinger – Jean Kremer – Jeronimus Landtmeyer -Peter Schadenbourg – Nicolas Mentena – Jean Trute – Peter Hettinger – Jean Gascher – Hans Georg – Hans Steil
 
Nous pouvons encore tirer de cet acte, la confirmation de ce que j’avançais dans mes articles précédents : Pour l’ensemble des corps de métiers de Thionville, la possession d’une maison de métier était la règle commune, tout comme la possibilité de louer ces maisons à des membres du corps de métier et même à des particuliers afin d’en tirer parti.
 
Venons-en maintenant aux boulangers, fort nombreux à Thionville [1], ils étaient comme les autres métiers organisés en corporation. On conçoit aisément qu’ils avaient une place prépondérante dans la ville, le pain étant par essence le premier aliment des habitants.
 
Depuis toujours la fabrication du pain était une occupation essentiellement domestique et ménagère. Quand arriva la féodalité et les grands domaines religieux, abbayes et couvents, le besoin se fit sentir de produire des pains en plus grand nombre pour subvenir aux nombreuses personnes qui vivaient dans ces domaines, moines et civils, officiers et serviteurs des seigneurs. On construisit donc des fours collectifs à même de répondre aux besoins. Les abbayes et certains couvents eurent leur propre four et les seigneurs firent construire des fours communs à tous les habitants dont le fonctionnement fut calqué sur celui des moulins dits banaux. L’utilisation de ces moyens de production fut assujettie à une taxe ou redevance, dite de banalité.  
 
Toutefois, ces bâtiments spécifiques, moulins et fours qui avaient nécessité de gros efforts financiers pour leur construction réclamaient aussi un entretien régulier par des artisans spécialisés. De plus, à chaque guerre, siège ou conflit local, ils étaient les premiers bâtiments à être endommagés, voire détruits, ce qui impliquait leur reconstruction ou réparation de la part du seigneur. Celui-ci, souvent désargenté, peinait à exécuter les travaux, aussi de nombreux fours et moulins restèrent à l’abandon pendant des années. Pendant ces périodes, les habitants cuisaient le pain chez eux, ce qui était formellement interdit. Devant ces difficultés les seigneurs essayèrent de se débarrasser de cette charge en la transmettant à la communauté, ville ou village.
 
Ce fut le cas à Thionville où nous savons qu’un four banal existait déjà en 1239, le propriétaire étant alors le comte de Luxembourg qui possédait également les moulins de la ville. Ceux-ci furent donnés, moyennant finance à la ville en 1438 et 1462, respectivement par Guillaume de Saxe [2]et Philipe II de Bourgogne [3]alors duc de Luxembourg. Le four banal fut donné [4]à la ville en 1577 par Philippe II d’Espagne [5].

 

Dès la fin du 16èmesiècle, les moulins et le four de Thionville furent communaux et affermés à des particuliers moyennant redevance ou canon annuel, les réparations et l’entretien étant à leur charge.
 

[1]17 au dénombrement de 1611 et encore 15 en 1818

[2]Qui était le gendre d’Elisabeth de Goerlitz

[3]Dit « Le Bon » (1441 – 1467)

[4]Donné contre du bon argent sonnant et trébuchant ! 

[5]Fils de Charles Quint (1555- 1598)

A cette époque, le métier de boulanger n’existait pas encore, il y avait un meunier qui produisait la farine et un préposé au four banal ou communal chargé de cuire le pain qu’avait façonné chez eux les particuliers. Toutefois dans les abbayes, certains couvents importants, dans les armées, dans les grosses villes ou bourgades partout où la production était importante, existait un préposé à la préparation de la pâte et au façonnage des pains. (Ci-dessous - Blason des boulangers de Paris)
 
Le métier de boulanger était né [1]et prospéra de façon importante en relation très étroite avec celui de meunier de telle sorte que rapidement leurs familles s’allièrent. Il est courant à Thionville de trouver des familles de meuniers alliées à des familles de boulangers et cela sur plusieurs générations.
 
Rapidement ces familles qui maîtrisaient une partie de la chaine de production : Farine, préparation, façonnage des pâtes et cuisson, voulurent maîtriser l’ensemble du processus en y intégrant la production des grains, froment et seigle. 
 
Ainsi les boulangers les plus riches de Thionville achetèrent des métairies à grain dans les villages alentours, marièrent leurs filles aux meuniers de la ville et purent contrôler le l’ensemble de cette chaîne alimentaire.
 
Le corps de métier des boulangers englobait également les pâtissiers de la ville. 
 
A cette époque leur patron était Saint-Michel [2], Saint-Honoré viendra plus tardivement.
 
Déjà au dénombrement de 1611 nous trouvons à Thionville 17 boulangers :
 
Jean Undrich – Enders Ventsch – Michel Oettringen – Niclaus Asselborn – Michel Reuher Martin Oetringer – Niclaus Steffen – Gaspar Guttnacht – Antoine l’Angelois – Gabriel Wardel  Daniel Becker – Nicolas Stroesgen – Jean Prost – Philips Becker – Matthéis Weber - Peter Straby – jean Deutsch
 
Une transaction passée le 4 novembre 1682 entre ce corps des boulangers et Jean Gillot
directeur de l’hôpital de Thionville nous apprend que celui-ci a vendu tous les grains se trouvant dans les magasins et les greniers du roi, au corps des boulangers de la ville. Il ne gardera par devers lui que pour sa nécessité. Ces grains sont vendus pour faire de la  farine puis des pains qui seront distribués sur les étals de la ville. Sur les greniers et dans les magasins du sieur Gillot, il y a 300 maldres[3]de grains qui seront vendus 31 escalins le maldre payable au fur et à mesure de la distribution. 
 
Cet acte liste l’ensemble des 22 membres du corps de métier de boulanger :
 
Antoine Bahr – Nicolas Henry – Sibile Gulden – La veuve de Robert Mathieu – Pierre Beuren Georges Maurice – Oswald Lige – Nicolas Mathieu – Jean Schouder – Antoine André – Sinon Rosar – Michel Wolkringer – Jacques Henry – Marie veuve de Veirich – Nicolas Propst – Gille Plomb – Claude Henry – Pierre Algringer – Denis Julien – Bernard Claud – Edmond Veirich La veuve André.
 

[1]Les pains réalisés étant ronds sous forme de boules, on les appelait «boulenc » en picard, ce qui donna par la suite boulanger.

[2]Ou éventuellement Saint-Gabriel ou Saint-Raphaël mais à Thionville c’était Saint-Michel où existait une chapelle dédiée à ce saint, la chapelle de l’ossuaire.

[3]Le maldre de Thionville contient 8 bichets de blé soit 2 hectolitres 20 litres 50

Au fil des documents nous trouvons les noms suivants :
 
En mai 1681 Pierre Beuren
En 1681, Georges Maurice et sa femme Marguerite Gérard vend à Sébastien Henry une maison rue brûlée devant le magasin où sont les moulins à bras pour 250 écus blancs.
En novembre 1681 Jérosme André et Antoine André marié à Marie Beuren où nous voyons déjà une alliance entre la famille André, meunier et boulanger et la famille Beuren.
En juillet 1684 Nicolas Mathieu
En avril 1692 Jean Vanderpoel – Scharff et Maréchal qui feront le pain de munition.
En septembre 1707 Félix Will boulanger et pâtissier
En avril 1728 André Blondin marié en seconde noce à Anne Françoise Herman dont le père André Herman était boulanger. André Blondin fut inhumé dans la chapelle Saint-François ou des lépreux à Thionville[1]
En janvier 1738 Nicolas Decker
En avril 1754 Pierre Mouzeler marié à Anne Confes ou Conseil
 
Voilà un aperçu de quelques noms de boulangers trouvé au fil des archives mais je voudrais retenir ici un seul nom, celui de Pierre Beuren [2], maître boulanger de Thionville en 1680 car il est représentatif [3]des boulangers de Thionville.
 
Il est probablement né vers 1629, soit avant que Thionville ne devienne française, au début de la guerre de Trente ans. Vers 1650, il va épouser Jeanne Pierre fille de George Pierre maître tonnelier à Thionville.
 
Dans les années 1660, il aura de ce mariage une fille, Marie, qui épousera le 25 novembre 1681, Antoine André, meunier du moulin de « Daspich » [4], lui-même fils de Jérôme André, meunier au même moulin, et Jeanne Louis. Marie André décèdera le 3 décembre 1702 à « Daspich » âgée de 42 ans.
 
Il aura encore une autre fille puis le 30 mars 1677 un garçon qu’il prénommera Pierre et qui deviendra maître boulanger comme son père. Le 30 avril 1697 il épousera Marie Anne Petelot, dont le père était Cuny Petelot, distillateur. Les témoins du mariage seront Denis Petelot, cabaretier à Thionville et sa sœur Marie épouse d’Antoine André. Il serait décédé le 8 janvier 1713 à Thionville.
 
Pierre Beuren, père, semble avoir eu de nombreux enfants dont beaucoup sont morts en bas âge. Il se remariera à 60 ans, le 4 octobre 1689 avec une femme de 30 ans, Marie Künen que lui avait présenté Jean François de Gévigny, bailli d’épée de Thionville.
Il est décédé à la fin du mois de septembre 1693 à Thionville, sa fille Marie et son époux Antoine André associé à une autre de ses filles, Hélène, mariée à Jean Antoine Clein, major d’un régiment de dragons, demandèrent l’inventaire de ses biens.[5]

 

[1]. Voir l’histoire de l’ancienne chapelle des lépreux parue en 2017 par Michel Persin

[2]Ce nom dérive probablement de Bauer soit paysan en allemand.

[3]On peut le considérer dans le peloton de tête des plus importants boulangers de Thionville au 17èmesiècle

[4]On fait aujourd’hui Terville, car à cette époque ce moulin qu’on appellera le moulin Scholler ou moulin rouge était considéré comme étant à Daspich mais un décret de Napoléon 1ertranchera son appartenance à Terville.

[5]Le document est lu et expliqué en français mais aussi en langue germanique

En premier, nous savons qu’il a de bonnes relations avec ses collègues ainsi qu’avec l’ensemble des habitants.[1]
 
Il tient boutique dans une maison située à Thionville, rue des pères capucins, proche de la maison du lieutenant Cette maison se compose d’une cave, d’une boutique et d’une cuisine sur l’arrière, au-dessus de la boutique, il y a deux chambres hautes et au-dessus encore, les greniers. La maison mesure 3 mètres environ de façade sur la rue, c’est à dire la longueur de la boutique, elle fait 8 mètres de profondeur. Elle doit au roi, 2 chapons par an, payables à la recette du domaine.[2]
 
Il a acquis cette maison le 8 février 1669, de Jean Pierre Beuren, prêtre de Luttange et de Madeleine Ries veuve de Nicolas Beuren, adjudant au Luxembourg pour la somme de 280 écus blancs soit 840 livres tournois, plus 10 écus blancs pour les héritiers de Jean Pierre Beuren.[3]
 
Le 6 décembre 1692, soit peu de temps avant son décès, il va louer pour 4 années et 28 livres 10 sols annuelles, les deux chambres hautes de sa maison ainsi que la cave à George Florentin, jardinier de Thionville et à son épouse Tonelle Rozard.
 (Ci-dessous la marque du boulanger Rosard).

 

 
 
On apprend dans cet acte que ledit Florentin habite à ce moment une autre maison de Pierre Beuren qui se trouve rue de l’hôpital.
 
Au cours de sa vie, il a aussi formé des apprentis dont son fils Pierre et passé un grand nombre d’actes notariés divers, rebâtissant une grange en 1677 avec le sieur Brocquard échevin d’église. Vendant une rente sur les biens d’Adam Demuth à Jean Nicolas Bock, conseiller du roi, lieutenant particulier au bailliage et tant d’autres transactions diverses. Son inventaire après décès contient plus d’une cinquantaine d’actes notariés divers lui appartenant ou à sa famille dont certains documents sur parchemin datés du 16èmesiècle 1560, 1570, 1590… Où l’on apprend qu’il possédait de nombreuses terres à Elange et Terville dont une métairie de famille [4]appelée « Beurenhoff ».
 
A Elange, il possédait des terres à grains qui furent ensuite acquises par un autre boulanger, Antoine Blondin de Thionville dont le beau-père était boulanger également.
 
S’il ne savait pas écrire, il avait sa marque qu’il apposait sur tous ses actes, un bretzel ou craquelin que l’on retrouve sur une croix ou clavaire qu’il a fait réaliser en 1692 et qui se trouve aujourd’hui à Terville, dans le parc Chatillon.

 

 

[1]Car dans ses papiers lors de l’inventaire après décès, on retrouve très peu de procès, qui pourtant étaient fréquents à l’époque. Ainsi il était particulièrement proche des boulangers Veirich 

[2]Description faite à l’occasion d’un pied terrier de la ville demandé par un arrêt du conseil d’état du 24 avril 1689 et par l’intendant Chamol. La confection du pied terrier est supervisé par le lieutenant général et commissaire Clémery

[3]Pierre Beuren, le boulanger et Jean Pierre Beuren, le prêtre sont très certainement de la même famille, mais sans doute déjà éloignée.

[4]La famille Jean Pierre Beuren le prêtre de Luttange, mais qui fut au paravent curé d‘Inglange

Cette croix monumentale de type calvaire fut édifiée en 1682 par le sculpteur François Lapierre de Rombas. Elle se trouvait le long du ruisseau de Veymerange et fut jetée à terre par les prussiens en 1870. 
 
Restaurée par le sculpteur Erlange de Terville en 1880, elle fut rétablie au même endroit puis mise plus en sureté dans la cour du presbytère de Terville en 1900. (Photo ci-dessous)
 
 
 
Plus tard, elle sera placée dans le parc Chatillon, entourée d’une grille où l’on peut encore la voir. (Ci-dessous)

 

 
J’ai fait une description détaillée et retracé l’histoire de cette croix dans le livre « Terville, histoires retrouvées » paru en 2013 disponible à la médiathèque de Terville ou à la mairie.
Dans l’histoire de cette croix, je ne voyais pas d’explication à la présence de la statue de Sainte-Agathe sur le fût de la croix. Il semble bien que cette statue face référence à un certain Jean Agathe qui figure sur un acte de 1590 relatif à des rentes foncières à Elange que j’ai retrouvé dans l’inventaire après décès de 1693.
 
On retrouve bien chez Pierre Beuren, riche boulanger de Thionville, le fait de s’allier avec une famille de meuniers, ici la famille André et de posséder également une ou des sources d’approvisionnement en grains par la possession d’une ou plusieurs métairies, ici à Elange.
 
Ensuite l’argent était investi dans des maisons [1]terres agricoles, jardins, vergers [2]et des maisons soit en ville, soit dans les villages alentours. L’intégration sociale dans la ville se faisait au travers du commerce et des affaires diverses et par l’appartenance à une confrérie, ici Saint-Michel puis la confrérie du Rosaire [3], non spécifique aux boulangers mais regroupant tous les notables, marchands et artisans de Thionville.
 

[1]Ainsi Pierre Beuren possède à Thionville, outre les maisons déjà citées, rue des pères capucins et rue de l’hôpital, qui est la maison où il est mort et qui possède une grange et des écuries où l’on trouve une vache rouge et grise et 4 cochons lui appartenant. Cette maison n‘est pas louée, car il y habitait récemment mais l’écurie est louée au sieur Colman pour 19 livres. Pierre Beuren possède encore deux autres maisons : Une dans la grande rue, louée à Pierre Maurice, boulanger, pour 66 livres et une autre maison, les casernes d’un côté et Jean Grozellier, maître tisserand, de l’autre, louée à Georges pour 27 livres

[2]10 nouées de vignes à Guentrange, un jardin porte de Metz, une métairie à Beuvange-sous-Saint-Michel et une métairie à Terville les deux rapportant plusieurs maldres de froment, seigle et avoine mais aussi des pois

[3]En 1700 et 1706, Pierre Mouzeller, boulanger et Anne Conset ou Conseil font une donation importante à la confrérie du Rosaire dont le maître est le sieur Colles.

On voit également que certains boulangers prêtent de l’argent à des notables et dans le cadre de mes recherches sur le couvent des clarisses, j’ai pu noter que les clarisses de Luxembourg dont émane le couvent de Thionville, avait comme « bienfaiteurs » le corps des boulangers de Luxembourg.
 
En étudiant ces boulangers, on s’aperçoit qu’ils se fournissaient en farine aux moulins de Thionville, y compris celui de Beauregard et de Terville. Quand ces moulins ne fonctionnaient pas ou n’avaient pas assez de rendement, l’armée possédait des moulins à chevaux dans un magasin en la rue brûlée et de nombreux moulins à bras qu’il lui est arrivée de prêter aux boulangers pour moudre eux-mêmes leur farine.
 
Ainsi le 9 décembre 1768, l’hiver est rude et les glaces ont pris toutes les eaux depuis 15 jours aussi le procureur du roi fait distribuer de la farine aux boulangers venant des moulins à bras de l’armée.
 
Lors des manœuvres en ville ou autour de la ville, certains boulangers étaient réquisitionnés pour produire, moyennant finance, le pain de munition. Voir mon article sur le sujet dans le Miscellanées 2013/2014. (Aux archives municipales de la ville)
 
Il arrive aussi quelques litiges, ainsi le 29 octobre 1708, le corps des boulangers-pâtissier de Thionville va faire un procès à Jean Thiebault, cordonnier qui avait fait et cuit des pains pour deux soldats de la garnison qui lui avait donné de la farine. On remarque qu’il y a peu de litiges entre boulangers et qu’au final la corporation joue à plein son rôle d’intégration et de régulation.
 
Je vais terminer ici cet exposé sur les drapiers et boulangers de Thionville sous l’ancien régime, il nous restera à voir le corps des bouchers et la confrérie du Rosaire.
 
Bonne lecture à tous et à bientôt

 

Sources :

Notaires Thionvillois : Helminger et Fourot ADM 3E7538 3E7539

Terville, Histoires retrouvées – 2013 – Michel Persin

Réception d’un boulanger en 1707 à Thionville Miscellanées 2013/2014 aux archives municipales de Thionville ou dans ce blog. Taper "1707 boulanger"  dans la case recherche 

Le pain de munition à rechercher dans ce blog. Taper "Munition" dans la case recherche

 

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