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http://www.histoiredethionville.com

Publié le par Michel Persin

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Thionville – Confréries et corporations (4ème partie)

Publié le par Persin Michel

A Thionville, comme dans toutes les villes, existait donc un nombre important de corporations de métiers souvent associés à des confréries religieuses.
 
Les principales étant celles des bouchers, des boulangers et des tanneurs/cordonniers, mais il en existait bien d’autres comme celles des merciers et celles tout aussi importante regroupant les métiers liés au bâtiment.
 
La corporation des merciers était très puissante car comme on le disait à l’époque :
« Merciers, marchands de tout, faiseurs de rien ». Effectivement, les merciers ne fabriquaient rien, ils achetaient diverses marchandises qu’ils revendaient et à Thionville ces boutiques étaient très nombreuses, on y trouvait de tout comme on le voit dans les inventaires après décès.[1]On trouve sur le linteau d’une maison située au 20 rue de Jemmapes un blason de métier ayant appartenu à Mathieu Delhaye, mercier de son état.[2]
 
Il existe aussi un acte du 7 juillet 1697 qui nous montre que le corps des merciers avait obtenu le droit de vendre les vinaigres et de distiller le Brandwin [3]et cela en vertu des nouveaux droits établis sur la distribution des eaux de vie et vinaigres qui avaient été affermés à des fermiers à qui les merciers devaient donc payer une taxe importante.
Si importante, qu‘ils avaient dû faire un emprunt de 4500 livres tournois afin de payer ces nouveaux droits. Voici un extrait de l’acte :
 
« Devant les notaires royaux de Thionville furent présent en personne Claude Lestamy, maître du corps des marchands merciers de Thionville avec les confrères Nicolas Viry, Jean Vlery, Nicolas Frantz, Jean Degoix, Pierre Lescuyer, François Poiret dit « Bocage » Claude Herbelo, Jean Nicolas Lang, Nicolas Tailleux, Abraham Lamberty, Conrad Schwabe, Jacques Concet (Conseil), Adam Grenier, Adam Poiret, Sébastien Husson, Nicolas Augustin, Jean Weel, Jean Michel Wée, Paul Bonnaventure, Germain Berjon, Jean Augustin, Cuny Petelot, tous marchand et composant le corps des merciers de Thionville. Ceux-ci ont donné pouvoir , autorité et puissance par ces présentes lettres aux sieurs Jean Guillaume Muller, Jean Collin, Denis Jeanjean et Pierre Dubois qui sont marchands à Thionville de faire pour eux tous et pour tout le corps des merciers vendeurs et distillateurs de Brandwin et de vinaigre, un emprunt d’une somme de 4500 livres tournois pour faire le remboursement de la somme avancée par les fermiers des droits nouveaux établis sur la distribution des eaux de vie et vinaigre le tout conformément à l’arrêt du conseil ordinaire de l’intendant… »
 
Le 9 août 1697 un autre acte nous confirme que par devant les notaires royaux de Thionville « Les sieurs Martin Bonjean, Claude Renouard et Dominique Scharff [4]ont reçu le pouvoir du plein corps des marchands merciers de Thionville par les mains des sieurs Muller, Collin, Denis Jeanjean et Pierre Dubois pour la somme de 4400 livres tournois conformément à l’arrêt du 9 juillet dernier rendu au profit des marchands merciers de Thionville et en plus 100 livres tournois pour dépens soit 4500 livres tournois, somme qu’il leur a été réellement délivrée. Ils consentent donc que l’arrêt soit exécuté selon sa forme et qu’ils puissent jouir de l’adjudication qu’il leur a été faite par messieurs de l’hôtel de ville du droit à eux accordé sur les brandwins et vinaigres et cela pour 9 années.

[1]Voir celui du marchand Jean Degoix en 1709 (Miscellanées 2017 page 57 ou sur le blog :«www.histoiredethionville .com»
[2]Voir le premier article sur les corporations.
[3]Alcool provenant de la distillation du vin
[4]Tous échevins de l’hôtel de ville
Ils promettent de remettre en main des marchands merciers les papiers qu’ils pourront avoir concernant lesdits droits et cela incessamment. Fait à Thionville le 9 août 1697. »
 
Comme on peut le voir, il y a plus de vingt merciers à Thionville en cette fin de 17ème siècle et si tous ne sont pas riches, certains d’entre eux se hissent dans le haut du panier des notables thionvillois.
 
Un autre corps de métier revêt une certaine importance, je veux parler ici de tous les métiers liés au bâtiment : maçon, couvreurs, charpentiers, menuisiers et plus étonnant les potiers de terre. Comme cette corporation regroupe plusieurs métiers différents, elle a pris le nom de sa confrérie religieuse soit Saint-Thiebault dont le maître en 1682 était Jean Leyendecker (Leydecker) 

 

Un acte de vente de leur maison en date du 22 mars 1693, nous donne quelques précisions sur ce regroupement de métiers au sein de la confrérie, en voici un résumé :
 
« Devant les notaires royaux de Thionville sont comparus Michel Kaikel et Nicolas Velter, vieux et jeune maîtres de la confrérie Saint-Thiebaut érigée à Thionville dans laquelle sont regroupés les métiers de maçons, charpentiers, menuisiers, couvreurs et potiers de terre avec les confrères qui suivent :
Christian Beuren, Gaspard Boenner, Bernard Léger (le jeune), Jean Brauer, Jean de la Croix (sculpteur), André Malinger, Nicolas Reuther (maçon), Jean Vehl, Jean Chomade, Dernid Cire, Jean Beck, Pierre dit Pierre Charpentier, Antoine Bertin, Philippe Levesque, Mathis Claus, Etienne Michel, Jean Garnier, Jean Collin, Jean Puissot dit « La Haye », Jean Antoine, Etienne Bossa, François Poiret, Michel Robin (menuisier), Louy jean Bouzin et Adam Leindester (couvreurs) et finalement Nicolas Euvrard Vocker potier de terre, lesquels nous ont dit consentir à la vente de leur maison de confrérie située dans la rue de l’Hôpital avec d’un côté Jean Tourlet et de l’autre Michel Vehe et les héritiers de Nicolas Reuther.
 
La vente est faite entre les mains de monsieur de Clémery, écuyer, conseiller du roi, lieutenant général au bailliage de Thionville avec pouvoir en date du 24 février 1693 accordé par le sieur Richard, procureur du roi audit siège de Thionville, tout cela apposé au bas du procès-verbal fait le 28 février dernier en son hôtel et qui restera joint à l’acte de vente pour y avoir recours si besoin.
 
Les acheteurs sont Jean Grozellier, maître tisserand de Thionville et son épouse Marguerite Cré, ils habitent déjà cette maison depuis 1682 et ont déjà payer une partie du prix de vente qui se monte à 900 livres tournois, la maison est franche de droits. »
 
Un autre acte du lundi 18 janvier 1694, nous explique que la confrérie Sant-Thiebault à bien reçu le paiement de la vente et donne au sieur Grozellier les papiers suivants :
 
Un acte d’achat sur parchemin de ladite maison par la confrérie datée du 22 septembre 1498 (ou 1428).
 
Un acte en papier en date du 26 février 1637 qui mentionne l’ouverture de deux fenêtres prenant jour sur une autre maison par derrière et signé du notaire Osweiller.
 
Nous savons par un acte du 7 août 1662 que c’est Jean Herga, huillier à Thionville qui avait vendu à Nicolas Reuther, maçon, une partie de la maison mitoyenne à la maison de la confrérie Saint-Thiebault.
Signatures et marques des confrères de Saint-Thiebault au bas de l’acte

Signatures et marques des confrères de Saint-Thiebault au bas de l’acte

On voit là l’ancienneté des corporations et des confréries à Thionville [1]et le regroupement par métiers associés, au sein des confréries ainsi que le rattachement de certains métiers trop peu nombreux pour constituer par eux même une corporation.[2]
 
On voit aussi que ces corporations avaient des maisons de métiers dans la ville. Elles les louaient à des particuliers, ne gardant souvent la disposition que d’une pièce à l’usage de leurs assemblés. Ces maisons de métiers devenaient des maisons de rapport qu’elles pouvaient vendre à l’occasion en fonction de leurs besoins financiers. 
 
Un autre acte du 22 mai 1663 nous dit que Pierre Gascher, cordonnier, avait vendu avec son frère à Nicolas Louis dit « Latouche » et Marie Laux sa femme une chambre avec grenier à côté de la maison des maîtres drapiers.[3]
 
Ces maisons de corporation arboraient parfois un signe distinctif, un blason comportant des « meubles » représentatifs du métier comme le blason de la maison située au N° 20 rue de Jemmapes où nous voyons encore les armoiries des merciers. (voir le premier article de cette série)
 
Toutefois Thionville ayant été si souvent remaniée avant le 18èmesiècle, peu de ses blasons subsistent. Il en existe bien sur une des maisons de la « Place aux bois » au-dessus du boucher- charcutier - traiteur « Nosal ». 
 

[1]A la fin du 17èmesiècle la ville comptait entre 12 et 16 corporations et donc plusieurs confréries

[2]Potiers de terre, perruquiers, apothicaires, médecins et chirurgiens…

[3]Au moyen-âge cette corporation des drapiers avait été très puissante à Thionville et possédait un moulin à foulon à Beauregard qui sera reconverti par Pierre Dubois en moulin à farine sur ordre du gouverneur de Thionville au 17èmesiècle

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Frises de la maison "Nosal" place aux bois

Cependant cette série de motifs sont relativement récents [1]et ne font que s’inspirer des blasons de métiers anciens.

 

D’autres encore, du siècle dernier, ne sont là que pour décorer une porte suivant la sensibilité particulière du propriétaire comme au N°14 de l’avenue Albert 1er.
 

[1]19èmesiècle

Il reste toutefois un autre blason au-dessus d’une porte sous [1]les arcades de la place du marché (Anne Grommerch). Ce blason est très ancien, probablement du 16èmesiècle peut-être même un peu avant. Tous les ouvrages ou articles parus sur Thionville qui font état de ce blason l’attribuent à une ancienne famille luxembourgeoise portant le même blason avec trois lévriers courants. Plusieurs familles sont sur les rangs. Je ne donnerai ici que celle que j’ai moi-même identifiée comme possible et qui serait la famille Marschalk dont un des membres, Nicolas, fut échevin de Thionville de 1401 à 1419, il était marié à Catherine de Bettingen. 
Son père Thierry fut en 1374, un homme du duc de Luxembourg. La famille fit un don aux Augustins de Thionville en 1498 et portait les armes ci-dessous.
 
On pourrait se contenter de cette explication mais voilà a y bien regarder, je ne m’en contenterai pas !
 
Ce blason se trouve sur la place du marché (Anne Grommerch) qui au moyen-âge était bordée par les échoppes des marchands. Les nobles portant blason n’habitaient pas là, mais dans la cour du château ou autour de l’église paroissiale (paroisse) 
 

[1]Ou Marschal

Au 15ème, 16èmesiècle, l’héraldique est très codifiée et les animaux représentés répondaient à des critères esthétiques précis ainsi les lévriers sont toujours représentés avec un museau allongé, les oreilles en arrière puisqu’ils sont censés courir et ils sont toujours colletés, c’est à dire qu’ils ont un collier, comme sur le blason de la famille Marschalk qui répond bien aux critères ci-dessus.
 
On peut voir ci-dessous un autre blason sculpté représentant des lévriers avec cette même codification stéréotypée.
 
Un simple regard sur le blason des arcades de la place du marché (Anne Grommerch) permet de voir que ce blason ne reprend absolument pas les codes héraldiques représentant des lévriers et pour que vous en soyez sûr voici un gros plan de la tête des animaux de ce blason.
Gros plan de la tête d'un animal du blason

Gros plan de la tête d'un animal du blason

Très franchement cet animal n’est pas un lévrier, mais fait penser immédiatement à un lièvre ou autre animal de ferme, oreilles en avant, museau court et arrondi, œil arrondi typique et pas de collier.
 
Ajouté à cette première remarque, le fait que des anneaux de corde entourent le museau des animaux (celui du milieu et celui du bas) me conduit à penser que ce blason est celui d’une corporation ou d’un marchand lié au commerce de gibier, boucher ou épicier.
Sur l’animal en bas du blason :
On distingue plus nettement l’anneau de corde entourant le museau et un bout de cette corde remontant vers le haut des pattes.

Cela correspondrait bien à l’emplacement du blason et à sa représentation. Je le classerai dans la catégorie des blasons de métiers, ancêtres des enseignes pendantes [1]qui suivront puis de nos publicités actuelles.

Le musée de Thionville possède dans ses collections quelques éléments du 15èmesiècle représentatifs des corporations thionvilloises :
 

[1]Faites en fer forgé dont certaines très esthétiques existent toujours.

Vous trouverez ci-dessous une sélection des blasons de corporations qui sont visibles dans le musée de Thionville. Ils proviennent pour l’essentiel de pièces trouvées à l’occasion du démantèlement des fortifications de la ville en 1903, dans les ruines de la chapelle des Augustins de Thionville qui a été détruite pendant le siège de 1558.
Une clé de voûte de l’ancienne chapelle des augustins qui porte les attributs de la corporation des tisserands. (Peigne et navette)

 

 

Toujours provenant de la chapelle des Augustins, la pierre tombale du boucher Jean Lebler décédé à Thionville en 1498, comportant les attributs classiques des bouchers: couteau et couperet

 

 

Un morceau d’un linteau de porte portant les signes distinctifs des bateliers et pêcheurs de la ville.

 

Un haut de fenêtre daté de 1590, comportant au milieu d’arcatures gothiques, des attributs corporatifs tels qu’un peigne à carder et probablement des poids de métier à tisser éventuellement une balance mais qui serait sans rapport avec le peigne à carder. (Trouvée en 1924 au 7, rue de la Tour, toujours dans l’opération de démantèlement des remparts)

 

Les dénombrements de Thionville nous donnent quelques chiffres sur les différents métiers représentés à Thionville :[1]
 
41 merciers – 34 cordonniers – 29 maréchaux ferrants – 26 bouchers – 25 boulangers – 24 drapiers – 23 tisserands – 17 laboureurs – 15 couturiers – 9 tonneliers et 6 pelletiers (fourreurs)
 
On peut y rajouter les vignerons de la confrérie Saint-Urbain de Guentrange [2], les porteurs de sacs et un ensemble de petits métiers isolés.
 
Dans le prochain article, j’évoquerai les bouchers et les boulangers, ensuite nous verrons les confréries religieuses liées à ces corporations et pour clore cette série, la confrérie du rosaire, seule confrérie thionvilloise exclusivement religieuse non liée à une corporation.
 

 

Sources :

Actes notariés aux ADM – Helminger 3E7520 à 3E7538 Bonjean 3E7806 à 7850 et Robin 3e7549 à 3e7584

Archives communales de Thionville – Notes de l’abbé Braubach 

Les photos prises au Musée de la Tour aux Puces, cour du château à Thionville, sont publiées avec l’aimable autorisation de Monsieur Jackie Helfgott, adjoint délégué à la culture au patrimoine et au tourisme.

 

Les photos sont prises par mes soins

 

[1]Chiffres du 17èmeet 18èmesiècle donnés par Gabriel Stiller et repris par Jean-Marie Yante en 2008 mais qui sont à prendre avec prudence certains métiers étant regroupés ou confondus.

[2]Etudiée par Paul Médoc dans sa revue N°1 de décembre 2017 « Azur et Or »

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Publié le par Michel Persin

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Thionville – Confréries et corporations (3ème partie)

Publié le par Persin Michel

Dans l’article précédent nous avons vu qu’au début du 18èmesiècle les tanneurs et les cordonniers de Thionville exerçaient les mêmes activités, ce qui nuisait à une saine concurrence. Nous avons vu aussi que la ville souhaitait remédier à cet état de chose qui semblait durer depuis longtemps. Effectivement un acte du 15 février 1663, nous confirme qu‘au milieu du 17èmesiècle à Thionville, les tanneurs et les cordonniers étaient regroupés au sein de la même corporation.
 
Résumé de l’acte en question :
 
« Devant les notaires royaux sont comparus Jean Nicolas Fridrich, conseiller du roi au bailliage de Thionville ave Jean Ranckendall (tanneur) et Pierre Gascher (cordonnier) tous les deux maîtres des métiers de tanneurs et cordonniers et en présence de trois confrères desdits métiers qui nous ont déclaré :
 
Vouloir faire l’échange avec la permission et autorisation du seigneur Hue de Saint-Rémy, écuyer, seigneur de Gras, conseiller du roi et lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville, permission donnée le 6 février de l’année 1663 à la requête que lui avait présenté les maîtres et confrères des métiers de tanneurs et cordonniers. L’échange ainsi autorisé est perpétuel et irrévocable et consiste en la cession au sieur Jean Nicolas Fridrich et à demoiselle Anne Elisabeth Vogtin son épouse d’une partie de maison qui leur appartient sur la place vis à vis la chapelle de l’hôpital, les héritiers du défunt Hyet d’un côté et le l’autre Mathieu Fridrich. Celui-ci avec son épouse cède aux maîtres des métiers une maison située à Thionville vis à vis de la grange du sieur Kirchbaum, la veuve du sieur Rochefort, Marguerite Klein d’un côté et la rue de l’autre côté, la maison faisant le coin de la rue.
 
Cette maison, le sieur Fridrich l’avait rachetée à Jean Edinger, échevin de Thionville, qui avait acheté cette maison des sieurs Demauth et Fonck, commissaires établis et autorisés par décret de justice du 22 octobre 1653 au nom de la demoiselle Marguerite Klein pour son entretien.
 
Les « Fridrich » ont donné la somme de 420 francs de Luxembourg pour la partie de maison des maîtres des métiers qui avait été engagée à feu Georges Reinard.
 
Fait à Thionville le 15 février 1663
Ci-dessus un extrait de l’acte

Ci-dessus un extrait de l’acte

On voit là que les maîtres des métiers des tanneurs et cordonniers possédaient en commun une partie de maison située en centre-ville, sur la place du marché, proche du beffroi où se trouvait alors la chapelle de l’hôpital dite de Sainte-Elisabeth. Maison commune au corps des métiers qu’ils vont échanger avec une autre maison située au coin d’une rue. On voit aussi que cette transaction se fait avec l’autorisation du lieutenant général du bailliage [1]et qu’elle implique des officiers de l’hôtel de ville.
 
On voit encore que Mathieu Fridrich habite avec son épouse la maison attenante d’un coté à celle du corps des métiers. Cela lui permet de posséder dorénavant deux maisons contigües pour en faire une maison plus importante.
 
On remarquera aussi que Jean Nicolas Fridrich et Mathieu Fridrich sont probablement de la même famille et que Jean Nicolas Fridrich est alors conseiller du roi au tout nouveau bailliage, il deviendra par la suite receveur des finances du roi et échevin de la ville.
 
Mais plus encore, Jean Nicolas Fridrich, sera à l’initiative avec le gouverneur de la ville, Du Fey de la Garenne, de la création le 4 avril 1666, de la confrérie du Rosaire qui élira domicile dans la chapelle Sainte-Elisabeth de l’hôpital, à côté du beffroi actuel, et qui prendra et sera connue à Thionville pendant de nombreuses années sous le nom de « chapelle du Rosaire ». La maison ainsi échangée qui appartiendra dorénavant à Mathieu Fridrich se situera donc vis à vis de la chapelle de la confrérie du Rosaire.
 
Cette maison des métiers qui vient d’être échangée était une maison de rapport pour le corps des métiers, tanneurs et cordonniers. Ils n’y pratiquaient pas leur métier qui pour les tanneurs, chacun le sait est source de nuisances olfactives et visuelles. Non, les opérations de tannage se pratiquaient dans leur maison ou atelier loin du centre-ville, plutôt vers les remparts, le long des fossés entourant la ville. Ces activités de tannage étaient donc une source de désagréments pour la ville aussi à l’été 1690, la ville ordonna aux tanneurs de retirer leurs tanneries de leur maison en la ville et d’aller les installer à Beauregard sur la rivière Fensch qui alimentait plusieurs moulins dont un moulin à foulon appartenant au corps des drapiers et sans doute un moulin à écorce produisant le tan pour le tannage des peaux.
 
La ville donna à cette occasion aux tanneurs des terrains le long de la Fensch pour qu’ils s’y installent, ce qu’ils firent. Et dès novembre 1690, la ville demanda aux tanneurs de payer annuellement une taxe pour l’occupation des tanneries.
 
La taxe requise était proportionnée à la surface des terrains concédés et payable à la Saint-Rémy, dès 1692. Nous en avons une liste qui suit : (Sous réserve de l’orthographe)

[1]Bailliage créé le 22 avril 1662 donc très peu de temps avant cette transaction

Mathis Bonjean 25 sols tournois
Valentin Nonchel 12 sols et 6 deniers tournois
Didier Fichault 12 sols et 6 deniers tournois
Jean Pierre 30 sols et 6 deniers tournois
Arnouldt Husange 15 sols tournois            
Nicolas Reuter 12 sols et 6 deniers tournois
Jean Georges Geisweiler 12 sols et 6 deniers tournois
George Oberboren 16 sols et 3 deniers tournois
Pierre le Moine 15 sols tournois
Nicolas Reulaut 15 sols tournois
Jacob Seftor   15 sols tournois
Extrait d’un plan du milieu du 19ème siècle où l’on voit un moulin à écorce et les tanneries sur le canal de la Fensch à Beauregard. La ville se trouve vers la droite  Ce canal de la Fensch alimentait ensuite le moulin à farine de la ville qui se situait à la porte de Metz et qui deviendra le moulin « Nouviaire » donnant sur la place Marie-Louise. (Il est en cours de destruction pour laisser la place à une résidence moderne.)

Extrait d’un plan du milieu du 19ème siècle où l’on voit un moulin à écorce et les tanneries sur le canal de la Fensch à Beauregard. La ville se trouve vers la droite Ce canal de la Fensch alimentait ensuite le moulin à farine de la ville qui se situait à la porte de Metz et qui deviendra le moulin « Nouviaire » donnant sur la place Marie-Louise. (Il est en cours de destruction pour laisser la place à une résidence moderne.)

Les peaux :
 
Les tanneurs se procuraient les différentes peaux [1]dont ils avaient besoin auprès des bouchers de la ville mais aussi auprès du bourreau de la ville [2]concernant les animaux errants, malades ou les veaux morts nés dont la peau servait à faire le « velin » pour les articles en cuir fin.
 
Certains tanneurs les plus fortunés, sélectionnaient leurs animaux sur pied et les mettaient en pension chez un des fermiers des alentours de la ville avant de les livrer au boucher et d’en récupérer les peaux. Ils faisaient ainsi des plus-values intéressantes.

[1]Vaches, veaux et taureau, moutons, agneaux et porcs 

[2]Au 17èmeet 18èmesiècle, les bourreaux de la ville étaient Jean Pierre Dalembourg puis son fils Jean Dalembourg. Ils étaient maîtres des hautes et basses œuvres pour le bailliage. Les basses œuvres consistaient justement à faire l’équarrissage des animaux morts dont les veaux mort-nés

L’acte du 25 février 1732, nous relate cette façon de procéder :
 
«  Par devant nous notaires royaux de Thionville sont comparus en personne Balthazar Schweitzer, laboureur à la cense de Wonnerhoff (Marienthal à Guentrange) et son épouse Catherine Gloting. Ils ont reconnu tenir comme hôte suivant l’usage du pays, du sieur André Wolkringer, marchand tanneur de Thionville, les animaux suivants :
 
- 6 vaches dont 4 sans poil noir, 1 rouge, une autre noire à tête blanche.
- 2 génisses dont 1 rouge et 1 noire.
- 1 taureau sans poil rouge.
- 42 bêtes blanches tant brebis que moutons.
 
Le montant de la pension estimée à l’amiable est de 287 livres tournois que le sieur Wolkringer a payé réellement au comptant pour nourrir, héberger et entretenir les bêtes à leurs frais et cela pendant trois années.
 
L’acte est rédigé en français mais expliqué en allemand. Ledit Schweitzer et son épouse ne savent pas écrire et font leur marque. Le sieur Wolkringer signe avec nous notaires. »
Thionville – Confréries et corporations (3ème partie)
Dans cet acte nous voyons bien l’importance attachée aux types d’animaux et à leur peau, couleur et poils, éléments de qualité pour le tanneur. Cette façon de faire permettait aussi au tanneur d’acheter des bêtes encore jeunes et de les faire engraisser en espérant en retirer un meilleur prix à la revente.
 
J’en terminerai ici avec les tanneurs et cordonniers, dans le prochain article nous verrons d’autres corporations et confréries de Thionville comme la "confrérie du Rosaire" rare confrérie thionvilloise strictement religieuse non rattachée à une corporation.
 
Sources :
Actes notariés aux ADM – Helminger 3E7520 à 3E7538 Bonjean 3E7806 à 7850
Archives communales de Thionville - Cadastre 19èmesiècle

 

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