Vous trouverez ci-dessous un document sur le remembrement d'Entrange après l'abandon du village suite à la guerre de Trente ans, ce qui fera le lien avec mon article précédent.
« Cependant peu de doutes ne peuvent subsister sur la pauvreté structurelle des habitants et des villages autour de Thionville au sortir de cette terrible guerre de Trente ans. »
Voici un document qui confirme cet état de fait et qui nous montre aussi une autre réalité ; la désorganisation totale des villages et l’obligation qui s’est faite jour de reconstruire la typicité villageoise.
Le document est comme toujours très formel et redondant en voici donc une version quelque peu simplifiée.
« Par devant les maires et gens de justice d’Entrange sont comparus les habitants et portériens [1]du village, bans et finages dudit Entrange.
Lesquels nous ont déclaré que les guerres passées ont tellement désolé le village d’Entrange que ledit village a été abandonné plusieurs années, les titres, papiers et enseignements de leurs propriétés perdus en sorte que ceux qui sont revenus s’installer audit village se sont mis en possession des biens que bon leur a semblé et ont exploité la terre à leur fantaisie, changeant à des endroits la surface de la terre en sorte qu’à présent il n’y a que désordre et confusion dans le ban d’Entrange.
Pour remédier à un si grand désordre et définir les propriétés qui peuvent légitimement leur appartenir les très vénérables abbés de Munster les Luxembourg [2], les seigneurs haut, moyen, bas et foncier d’Entrange, après mûre délibération, consentement et agrément ont convenu ce qui suit :
Par les présentent ils ont soumis toutes leurs possessions et héritages tant en terres qu’en vignobles au partage général et au jugement de monseigneur Jean Nicolas Bock, conseiller du roi, lieutenant particulier au bailliage et siège royal de Thionville qu’ils ont choisi et nommé pour adjuger et distribuer les bons, médiocres et moindres cantons du village qui sont pour le moment indivis. Que pour les maisons et masures en fonction de leur superficie ils devront payer les rentes seigneuriales inscrite au rentier [3]de l’abbaye. Rentier qui sera mis à disposition du sieur Bock et comme cela il n’y aura pas besoin de lettres de chancelleries ni autre forme de publication pour faire les attributions.
Le ban sera toisé [4]par l’arpenteur Antoine Duseuf aidé par les experts nommés qui suivent :
Jacob Scheneider, Jean Schweitzer le jeune et les lots seront attribués par tirage comme suit :
Les comparants seront tenus de tirer en chaque saison par trois fois, c’est à dire une fois aux bons cantons, une fois aux cantons médiocres et une fois aux moindres-cantons.
Il sera procédé de la même façon pour les prés. Pour les vignobles qui seront toisés, chacun demeurera en sa possession s’il peut prouver la propriété par titres ou possession reconnue et pour y parvenir avec plus de facilité ce sont les experts qui trancheront en homme d’honneur et de confiance.
Les comparants devront se contenter des héritages qu’ils obtiendront et ne jamais contrevenir directement ou indirectement à leur attribution sous peine d’amende de 300 livres tournois à payer à ceux qui se contenteront. Ceux qui plaideront, le feront à leurs dépens, dommages et intérêts et les plaintes ne seront pas communautaires.
A l’égard des maisons et masures, les jardins seront ajustés à chacun à l’arrière de ladite maison ou à côté au mieux qu’il pourra se faire pour la commodité de chacun.
Chacun recevra un papier terrier en forme contenant la situation, longueur et largeur des héritages qui sera signé de l’arpenteur et des experts et qui leur servira de titres dorénavant.
Lecture a été faite à tous par le greffier Jean Christiany et tous ont signé ou fait leur marque audit Entrange le 22 novembre 1698. »
Voilà un village, Entrange, qui est abandonné car les habitants sont, soit décédés, soit sont partis vers des cieux plus cléments, vers d’autres pays ou se sont réfugiés dans d’autres villages moins exposés. Le village est abandonné plusieurs années, les maisons se dégradent, la nature reprenant ses droits, les vergers, les champs, les vignes sont en friches et ne donnent plus rien.
Mais au bout de quelques années, la situation s’améliorant, quelques habitants reviennent s’installer, certains sont des anciens du village qui reprennent possession de leur biens ou pourquoi pas de biens qu’ils estiment meilleurs, d’autres sont des étrangers et chacun va essayer de tirer son épingle du jeu sans aucun titre de propriété, sans aucun plan et donc sans payer le moindre cens au seigneur du lieu, en l’occurrence l’abbaye de Munster de Luxembourg dont le rentier ne rapporte plus rien pour Entrange.
Logiquement, le seigneur va effectuer ce qu’on appelle un remembrement des terres du village et les réattribuer soit à leur légitime propriétaire soit à des nouveaux venus. Nouveaux venus qui furent bien souvent des marchands ou notables de Thionville ou encore des officiers de l’armée française nouvellement installée dans la ville. On voit bien que la physionomie du village va être complétement différente d’avant l’abandon.
Ce genre d’événement était assez courant à cette époque, beaucoup de villages autour de Thionville ont été remembrés un peu avant 1700, ainsi en est-il de Beuvange, Veymerange en 1697 et tant d’autres encore.
Dans l’article précédent nous avions vu qu’en 1630, la seigneurie de Meilbourg que l’on disait aussi de Mirabelle appartenait dans des proportions variables à plusieurs seigneurs dont un des principaux était alors Pierre Ernest de Créhange.
Ayant de nombreuses dettes, Pierre Ernest de Créhange avait vendu fin 1630, sa part dans la seigneurie de Meilbourg à Jean de Bolland ancien maire de Cologne non sans avoir gardé par devers lui quelques droits particuliers.
Nous avions vu également que cette vaste seigneurie regroupait plusieurs villages certains proches de Thionville et d’autres assez éloignés, au Luxembourg et même en terres barroises.
La seigneurie comportait plusieurs maisons ou château, celui de Hombourg où résidait souvent Pierre Ernest de Créhange, celui d’Illange qui à cette époque était en ruine et que l’on tentait de reconstruire et une maison récente située au cœur de la vieille ville de Thionville, cour du château, comportant en son sein une prison, des granges et écuries
Les Tours dans la cour du château
Joignant cette maison récente de Thionville la seigneurie possédait des tours, une grosse et forte tour joignant le rempart et une autre appelée la tour « Mamille » située sur le devant de la maison et qui abritait les poudres et munitions du roi.
J’avais dans mon article suggéré que cette tour « Mamille » était probablement la « Tour aux puces » actuelle car nous savions que celle-ci a servi pendant longtemps de magasin aux poudres, ce qui laissait supposer qu’il y avait une autre grosse et forte tour vers le rempart.
Or si cette tour dite « Mamille » était la tour aux puces cela laissait supposer qu’il y avait encore une autre grosse et forte tour proche du rempart !
Aucun texte ni plan du 17èmesiècle ne font état de plusieurs tours ni de cette appellation de « Mamille ». Je dois dire que cela m’a bien intrigué !
J’ai donc cherché une explication plausible à cette assertion de 1630 et à cette appellation de tour « Mamille ». J’ai trouvé ce qui suit :
Les héritiers de Jean de Bolland firent aveu et dénombrement de leur part dans la seigneurie de Meilbourg en 1668. [1]
Cet aveu reprend pratiquement mot pour mot l’acte de 1630 décrivant la seigneurie avec ses biens, droits et devoirs.
Le passage décrivant les châteaux est le même que celui de 1630 avec toutefois une appellation différente de la tour « Mamille » qui devient ici la tour « Gimelle »
[1]En 1668,les héritiers étaient le colonel Jean Jérôme de Schroetz, Ursule de Berg veuve de Volter de Jeger et Catherine de Berg sa sœur
Une autre différence et que les poudres et munitions sont ici réparties dans les deux tours, la grosse et forte tour du rempart et la tour « Gimelle ».
Autant l’appellation « Mamille’ » est mystérieuse autant celle de « Gimelle » nous évoque immédiatement « Jumelle » et comme sur le devant du « château » de Créhange à Thionville, il existait et il existe toujours, deux tours jumelles qui encadrent la porte voûtée de la rue des clarisses, cela me semble un indice sérieux concernant cette tour « Gimelle » qui ne serait qu’une des tours jumelles.
Pour que cela nous soit confirmé, il faut cependant attendre 1778 et les démêlés judiciaires de Charles Gabriel de Gévigny, un des héritiers de Jean François de Gévigny de Pointe qui avait épousé en 1678, Marie Thérèse Catherine de Jeger, une fille d’Ursule de Berg, veuve de Wolter de Jeter. C'est par ce mariage qu'il avait hérité d'une partie de la seigneurie de Meilbourg.
Effectivement, Charles Gabriel de Gévigny, qui était devenu maire de Thionville en 1766 fut emprisonné en 1769 à Metz suite à un procès avec Monsieur de Vaux, gouverneur de la ville.
Il sera libéré quelques mois plus tard et il attendra dix ans afin d’obtenir réparation, mais dans l’affaire, il avait perdu des biens à Thionville dont les tours dans le château de Thionville, c’est à dire les tours jumelles et celle dite de Meilbourg qui était donc la grosse et forte tour proche le rempart soit la Tour aux puces actuelle.
Mécontent, il produisit plusieurs documents [1]qui attestaient que ces tours faisaient partie de la maison de Créhange et qu’elles contenaient alors des munitions et poudres de guerre pour le roi. Il n’obtient jamais la restitution des tours et vendit petit à petit une grande partie de ses biens à Thionville.
L’ensemble de ces documents a donc permis d’éclaircir ce passage de l’acte de 1630 concernant les tours situées dans la cour du château qui étaient donc d’une part une des tours jumelles au-dessus du passage voûté de la rue des clarisses et d’autre part la grosse et forte tour du rempart qui était la « Tour aux puces ».
Ces deux tours ont servi de magasin pour les poudres et munitions du roi tout en appartenant aux seigneurs successifs de Meilbourg et liées au château des Créhange.
Prise de possession du « château » de Créhange à Thionville
Nous avons vu que Pierre Ernest de Créhange, poussé par sa situation financière peu flatteuse avait vendu sa part de la seigneurie de Meilbourg fin 1630 à Jean de Boland, ancien maire de Cologne pour la somme de 24000 riesdalers, en se réservant quelques menus droits.
En 1632, le nouveau propriétaire, Jean de Boland, déjà âgé, (décédé à Cologne le 11 janvier 1645) demeurant à Cologne demande à son petit-fils, Jean de Berg, de se rendre à Thionville pour prendre possession en son nom du « château » de Créhange.
[1]Comme les aveux et dénombrements de 1722 - 1782
C’est le 25 septembre 1632 que Jean de Berg assisté d’un huissier et d’un notaire se présente à la porte de l’hôtel de Créhange dans la cour du château à Thionville.
L’officier de la seigneurie, Nicolas de Saint-Thiébault, est absent car il réside pour l’instant au château de Hombourg. On leur dit que l’on va le faire prévenir et qu’ils doivent revenir le 27 septembre.
Le jour dit arrivant, Jean de Berg et sa petite troupe se présentent à nouveau à la porte de l’hôtel où on leur explique que l’officier est en route et ne va pas tarder.
Excédé, l ‘huissier somme les personnes présentes dans le château de partir et laisser place, ce qu’ils refusent net.
Jean de Berg va prestement porter l’affaire devant la justice de la ville en lui demandant assistance. Celle-ci envoi au château une douzaine de personnes pour accompagner Jean de Berg, son notaire et son huissier. La porte de l’hôtel est fermée à clé et malgré les appels personne n’ouvre !
On va quérir un serrurier qui n’arrive pas à ouvrir la porte aussi on décide de la faire forcer et on découvre alors que chacune des portes intérieures est également fermées à clé. Chaque porte sera forcée, le personnel du château finalement acculé dans une dernière pièce est sommé par la justice de quitter la place. Ce qu’ils firent au moment où arrivait enfin l’officier des Créhange accompagné de la comtesse, Marie Marguerite de Coligny, en personne. Celle-ci eu beau protester, Jean de Berg put enfin prendre possession du château de Créhange au nom de Jean de Boland.
Pierre Ernest de Créhange mourut en 1636 et sa veuve la comtesse vendit la seigneurie de Hombourg à Joachim de Lenoncourt.
Toutefois, il semble que dans les menus droits que s’était réservé Pierre Ernest de Créhange figurait le droit d’accès au château de Créhange de Thionville et à une partie des écuries et granges. Effectivement nous voyons qu’en 1673, Catherine de Berg et Ursule de Jeger firent saisir les droits qu’avait conservés Pierre Ernest de Créhange.
Droits consistant en l’ouverture et l’entrée libre dans l’hôtel de Créhange, une partie des granges et écuries pour lui, ses domestiques et six chevaux. Les biens saisis furent mis en adjudication et achetés par Catherine de Berg pour 800 livres tournois, elle en vendit la moitié à sa sœur Ursule de Jeger.
Eléments divers
Ce document de 1630 et celui de 1668 nous donnent encore quelques éléments intéressants, comme le fait que les fameuses tours de la cour du château étaient possédées en arrière fief depuis 1629 par les héritiers du sieur Stompheus, ancien maître échevin de Thionville [1]et qu’à ce titre ils devaient payer annuellement aux héritiers des Créhange la somme de 14 florins 4 sols.
On y voit aussi que le four banal d’Hettange a été abattu par les guerres, que le village a fort peu d’habitants et qu’en conséquence le four ne rapporte rien, mais que lorsque le nombre d’habitants augmentera, les seigneurs feront rebâtir le four.
On voit aussi que le village de Ham a été ruiné par les gens de guerre lors des sièges de Thionville en 1639 et 1643 et que les habitants sont rares, ils ne peuvent donner que 6 poules par an au lieu des 25 poules habituelles.
C’est la même chose à Sentzich et Molvange concernant les habitants et les fours banaux, toutefois les moulins fonctionnent encore à Hettange et à Molvange où le moulin rapporte 13 maldres de seigle, 8 livres de cire, 8 pots d’huile à brûler, 8 chapons, 100 œufs, 1 cabri et 14 florins et 4 sols en argent.
On y apprend aussi qu’existait à Illange un moulin sur la Moselle dont la pierre mâle et la pierre femelle ont été mises à l’abri au château de Créhange, de peur que les gens de guerre ne les brisent, elles seront remises en place quand le moulin sera rétabli.[2]
Chaque maire de chaque village de la seigneurie de Meilbourg devait aussi à Pâques un cabri et chaque meunier un porc à la Saint-Etienne.
Dans l’encart ci-dessus l’on peut lire que le meunier de Kanfen doit aussi un porc annuellement, livrable à la Saint-Etienne le lendemain de Noël à la maison de Thionville et qu’il doit avoir le même poids que le porc prévu pour le maire de Kanfen et que si le porc du maire est plus lourd que celui du seigneur, le meunier devra payer la différence en argent !.
On y voit aussi que les seigneurs menaient grand train et se déplaçaient avec leurs domestiques, leurs chiens et leurs chevaux mais aussi avec leurs oiseaux de proie pour la chasse par exemple pour assister au banquet annuel dit du « Prince » au château du baron d’Eltz seigneur de Kanfen [3]où il possédait une métairie en arrière-fief.[4]
Pour conclure, il semble évident que ces documents comportent beaucoup de devoirs des habitants envers leurs seigneurs mais fort peu de droits des seigneurs envers les habitants. Bien entendu, il est dans la nature même de ces documents de ne lister que l’ensemble des droits des seigneurs puisque se sont en quelque sorte des états de l’ensemble de leurs revenus.
Cependant, peu de doutes ne subsistent sur la pauvreté structurelle des habitants et des villages autour de Thionville au sortir de cette terrible guerre de Trente ans.
A bientôt pour d’autres excursions historiques …
Quelques équivalences de mesures trouvées dans le document :
Le florin de Luxembourg est à 10 sols
Le riesdaler patagon vaut 60 sols de France
Le maldre de grain vaut 4 fourreaux – 1foudre de vin vaut 24 hottes – 1 hotte vaut 20 pots 1 queue vaut 6 hottes et 4 queues valent 1 foudre.
[2]Les fours banaux ne furent jamais rétablis, on fixa un cens à payer annuellement pour cuire à domicile. Le moulin d’Illange sur la Moselle ne fut pas reconstruit.
[3]Bernard d’Eltz était seigneur d’Ottange et de Volmerange ainsi que de Kanfen en partie.
[4]En arrière fief qui dépendait donc de la seigneurie de Meilbourg, ce banquet avait été reconduit par un arrêt du parlement de Mâlines en 15909 suite à des difficultés entre les Créhange et les Eltz
Sources :
Les seigneurs de Meilbourg par A. Plassiart – 1950 – Metz
Second compte de la seigneurie de Mirabelle ADM – J1265
Aveu et dénombrements de 1668 – ADM – B2364/28
Les biens de Meilbourg 1680 - ADM - 3E7586
ATTENTION
Pour cette conférence prenez en compte l'affichette ci-dessous
Dans mon article sur la charte de franchises de Thionville donnée aux habitants en 1239 par Henri V dit le Blondel, comte de Luxembourg, je terminais l’article par une question, à savoir si le peu de droits octroyés aux habitants avaient évolué au cours des siècles vers plus de droits et moins de devoirs ?
Un document trouvé récemment aux archives départementales de la Moselle dans le fonds de la prévôté peut nous aider à répondre à cette question.
Une des premières pages du document
Le Document :
C’est un second compte fait de la seigneurie de Mirabelle en 1630 par l’officier de ladite seigneurie, Nicolas de Saint-Thiébault, pour monseigneur le comte de Créhange, seigneur du lieu.
Ce compte est un état décrivant la seigneurie avec tous ses biens, droits et devoirs,
Les premières pages du document sont en mauvais état, le document est écrit en français, pas toujours facile à lire et assez volumineux. (Ci-contre une des premières pages)
La seigneurie de Mirabelle
Cette seigneurie est une des plus importantes et une des plus anciennes de la région thionvilloise, puisque c’est en fait la seigneurie de Meilbourg dont le château surplombait la Moselle à Illange.
Le nom de Mirabelle était très usité dans le pays messin. Ainsi le premier château de la famille, une forteresse, dépendait en 1147 de l’évêque de Metz, Etienne de Bar, qui le donna en fief à Giselbert de Miribel. La seigneurie était connue sous plusieurs noms : Miribel, Mirabel, Mirabelle, Millenberg, Mulsberg, Meilbourg étant au final le plus employé à Thionville [1].
descendaient probablement des seigneurs de Rodemack avec qui ils restèrent très liés. Ils tenaient leur domaine d’Illange de l’évêque de Metz mais du fait de leur situation géographique, ils dépendaient du comté de Luxembourg comme c’est précisé dans le document. Comté puis duché luxembourgeois où ils furent très actifs, participants à tous les actes importants. (Ci-contre leur blason)
A l’origine, existait donc à Illange une forteresse qui sera démolie sur ordre d’Henri II [1], lors d’une assemblée de la justice de Thionville en 1003 qui ordonna la destruction de la forteresse de Mulsberg comme étant un repaire de pillards avec interdiction de la reconstruire.
Plus tard, le château fut reconstruit et donné par l’évêque de Metz en 1147 à la famille Miribel. Il sera encore détruit en 1377 par les messins avec qui les seigneurs de Meilbourg engagaient le fer régulièrement sous divers pretextes.
Quoiqu’il en soit, hormis la forteresse d’Illange, la seigneurie englobait de nombreux villages autour de Thionville, au Luxembourg et au comté de Bar. Les différents seigneurs furent généreux avec plusieurs abbayes principalement avec celle de Marienthal.
Au fil du temps, la coutume de Thionville, les héritages successifs, les revers de fortune amenèrent la dispersion des différents biens de cette grande famille et le document de 1630 n’a vraisemblablement servi qu’ à faire le point sur la valeur de la seigneurie afin de mieux la vendre, ce qui fut fait la même année pour 24000 rixdallers à Jean de Boland, maire de Cologne.
Déjà en 1630, la seigneurie n’appartient plus en totalité à un seigneur de Meilbourg mais à plusieurs seigneurs dit comparsonniers et les revenus se partageaient entre eux.
Ces différents seigneurs sont souvent apparentés par les femmes, chacun ayant une petite partie de la seigneurie. Le comte de créhange a, la plupart du temps, la moitié ou un quart de la seigneurie, les autres se partageant un quart et parfois le roi a droit à une partie également, ce qui fait un domaine très morcelé avec nécessairement une organisation juridique complexe. Il faut avoir en tête qu’une partie des habitants étaient sujets du cimte de Créhange, les autres des co-seigneurs.
Le contenu du document
Je n’en ai retenu que la partie introductive qui nous apporte des renseignements de première main pour l’histoire de Thionville et la partie générale qui décrit le corpus régissant les droits et les devoirs des seigneurs et des habitants.
Introduction
Le seigneur est le Comte de Créhange.
Il s’agit de Pierre Ernest de Créhange marié en 1621 à Marguerite de Coligny [2]. Fils de Christophe de Créhange et de d’Anne de Bayer de Boppart dont il avait hérité une partie de la seigneurie le 16 mai 1628.
Pierre Ernest de Créhange est alors seigneur de Hombourg, conseiller d’état de son altesse de Lorraine, bailli et gouverneur de la province d’Allemagne
Son officier et surintendant est Nicolas Saint-Thiébault, c’est lui qui fait rédiger le document.
Il est précisé que la seigneurie se règle et se conforme aux coutumes du duché de Luxembourg et que la monnaie qui a cours dans la seigneurie est celle du Luxembourg avec 1 franc à 10 sols et 1 sol à 16 deniers. Les mesures sont celles de Thionville, pour le grain 10 bichets font 1 maldre, le bichet fait 4 fourraux et pour le vin 1 foudre contient 6 hottes, 1 hotte fait 4 mesures, 1 mesure fait 4 sétiers ½ et le sétier fait 4 pots.
La seigneurie haute, moyenne et basse a un signe patibulaire en bois comportant trois piliers dans son district, un sur le chemin de Stuckange, un près du bois de haute-futaies et un entre la communauté de Basse-Yutz et la campagne labourable.
La seigneurie est partagée en tous ses fonds et habitants, la moitiée entière au comte de Créhange et l’autre moitié au seigneurs comparsonniers : de Raville, de Palland, de Schwartzbourg et un autre illisible. Mais le comte de Créhange garde la prééminence et prorogation dans toute l’étendue de la seigneurie.
De la seigneurie dépendent les villages d’Illange, Haute-Yutz, Basse-Yutz, Kuntzig, Garche, Molvange, Manom, Metzerwisse… Les seigneurs ont la haute, moyenne et basse justice sur tous les bans et finages et sur les habitants, ceux qu’on appelle « Schafftleuth » qui sont de condition basses et servilles et les autres appelés « zintzeleuth » dont la condition est expliquée dans les coutumes.
Les châteaux
Le vieux château de la seigneurie est situé sur le mont du village d’Illange, mais il est présentement ruiné et personne n’y réside. La moitié appartient au comte de Créhange et l’autre moitié aux seigneurs associés.
Le comte de Créhange a un autre château bâti à neuf, situé dans la ville de Thionville et qui lui appartient entièrement sans part d’autrui. Il a de plus, la grosse et forte tour qui est sur le rempart et la tour « Mamille » qui est située devant ledit château, laquelle tour est pour l’instant possédée par le roi pour y conserver ses poudres et munitions de guerre jusqu’à ce qu’il soit pourvu d’un magasin ou d’un arsenal.
Remarques :
Le document est daté de 1630 soit 72 ans près le siège et la prise de la ville par les français en 1558 où est apparue la première mention de la Tour aux Puces.
Le rédacteur de ce compte est l’officier de la seigneurie, il habite le plus souvent dans ce château de Thionville, comme on le verra dans un prochain article. On peut donc lui accorder quelques crédits lorsqu’il parle de deux tours, une grosse et forte tour sur le rempart et une autre dite « Mamille » qui est devant le château et sert de magasin à poudre, donc probablement parle-t-il de la « tour aux puces » qui est connue pour avoir servi de magasin aux poudres. Pourquoi ce nom de « Mamille » et qu’en est-il de l’autre grosse et forte tour du rempart ?
Quand je disais que cette tour aux puces avait encore bien des secrets !
Les devoirs et les droits
On parlera ici du village d’Illange en sachant que pour les autres villages de la seigneurie, les devoirs sont identiques.
Tous les habitants d’Illange, indifféremment [3] sont obligés de faire toutes les corvées nécessaires et demandées pour le rétablissement et la réédification du vieux château et ceux qui sont les sujets du comte de Créhange sont tenus de faire les corvées de chariots et de bras pour les réfections et entretiens du château de Thionville, tours, granges, étables[4]et ils recevront pour chaque chariot une livre de pain ou à peu prés et pour les manouvriers travaillant toute la journée 3 livres de pain.
Tous les habitants doivent encore labourer les terres du domaine de la seigneurie aux dires et injonctions des gens de justice qui sont tenus d’y asssister et cela autant de fois que la saison le demande et même d’y amener tous les fumiers et amendements dudit château neuf de Thionville, semer, herser les terres. Les gens de justice toucheront pour l’année 1 florin d’or limité à 28 sols et chaque laboureur recevra une michette de pain d’une livre et sera obligé de labourer tout le domaine avant de retourner avec ses chevaux à son logis, il devra être prêt au devoir au premier commandement qui lui sera fait.
[1]Henri II, dit « le Boiteux » ou « le Saint », né en mai 973 et mort en 1024
[2]Petite fille de l’amiral de Coligny assassiné à lors de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572
[3]C’est à dire les sujets du comte ou les sujets des seigneurs comparsonniers.
[4]On remarquera que le rédacteur emploie le pluriel pour Tours, granges et étables.
Les habitants doivent aussi faucher les foins, moissonner les grains et les mener dans la grange comme tous les amendements nécessaires à la vigne du seigneur au ban d’Illange. Vigne qu’ils devront labourer, couper et cueillir les raisins à profit et en conduire et mesurer le vin au lieu de Hombourg (Vue ancienne du château de Hambourg)
ou autre résidence du comte jusqu’à une journée de distance à charge de droits qui sont pour les faucheurs d’une michette de pain et autant à chacun des faneurs, les moissonneurs et lieurs de grains recevront du potage avec un morceau de lard et 3 michettes de pain chacun avec des ails, si les jours sont maigres, ils auront du potage, du fromage et des œufs à la place du lard. Les vendangeurs seront traités de même et ceux qui labourent la vigne de même, s’ils ne viennent pas labourer, ils donneront 2 sols chacun au vigneron du seigneur.
Ils seront aussi obligés et tenus de couper et charrier tout le bois nécessaire pour le chauffage du château de Thionville et recevront chaque coupeur de bois une michette de pain avec du potage simple et pareil aux voituriers.
De plus, ils devront chacun à leur tour, toutes les fois qu’il plaira au seigneur de faire les courses, porter les lettres et charges jusqu’à Luxembourg ou à une journée de Thionville pour cela, ils recevront 10 sols.
Les hommes ou femmes, fils ou filles ne peuvent se marier ou prendre domicile hors le lieu de la seigneurie sauf s’ils demandent, achètent et obtiennent lettres de rachat et de liberté. ils ne peuvent alors posséder aucun bien dans la seigneurie car ils sont réputés étrangers et s’ils épousent le sujet d’un autre seigneur comparsonnier ils doivent payer un droit de rachat dit « Tuderlauff », néanmoins, ses biens resteront chargés et obligés à son seigneur.
Ceux qui ont des héritages appelés « Schafftgutt » ne peuvent les vendre ou aliéner, charger ou partager sans le gré de leur seigneur, ils ne peuvent vendre leurs biens et immeubles qu’entre eux, sinon, il leur faut l’autoriation de leur seigneur.
Ils ne peuvent s’offenser l’un l’autre sous peine d’amande arbitraire, ni envoyer en vaine pature leurs bestiaux dans les bois ayant encore des glands, ni dans les prés et héritages d’où les foins et les grains ne soient pas encore enlevés.
Le seigneur a le droit de créer et établir pour son officier dans la seigneurie qui bon lui semble et pour la durée qu’il lui plaît, il reçoit son serment et lui donne pouvoir d’entendre aux premières audiences des particuliers, résoudre leurs difficultés ou les recevoir à la justice ordinaire avant que de procéder par force. Ils doivent envers l’officier le respect et l’honneur avec obéïssance et doivent lui délivrer les deniers, grains et toutes autres espèces en ses mains au château de Thionville lors du terme échu.
Il crée aussi les maires et gens de justice choisis dans ses sujets pour une ou plusieurs années, reçoit leur serment et leur donne pouvoir, autorité et juridiction de connaître et juger de tous les cas jusqu’à l’appel. Et cela, exclusisvement de tous crimes et délits définitivement par arrêt sans ressort ou appel en prenant au préalable avis du conseil de Luxembourg ayant même en mon château de Thionville des prisons fermées pour y détenir et garder les malfaiteurs.
En cas de condamnation à mort ou autres peines importantes, châtiments corporels, la sentence et jugement se rendent au devant du château de Thionville et le seigneur fait entrée et sortie de la ville de Thionville, tambours battants, enseignes déployées, mains armées et mèches allumées. Tous ceux de ses sujets qui sont condamnés, pour assurance et justice, il confisque le corps, les biens et immeubles dont la propriété lui appartient.[1]
Le seigneur est collateur des cures de Basse-Yutz, de Haute-Yutz et Kuntzig alternativement avec les seigneurs associés, une année lui même et l’autre année les co-seigneurs ensemble.
Le droit de passage sur la Moselle devant Thionville appartient pour moitié au seigneur dont il a donné pour plusieurs années le bail à « Jeanne Baur » et « Jaime Hylt » de Basse-Yutz qui paient pour cela 233 florins et 7 sols en deux fois à la Saint-Jean et à la Chandeleur. Les habitants payaient un droit de passage aux passeurs ayant acheté la charge.
Le droit de pêche dans la Moselle qui va au-dessous d’Uckange jusqu’au ruisseau « Kisselbach » appartient pour un quart au seigneur de Créhange, un autre quart aus co-seigneurs et la moitié au Roi. Ce droit est admonié pour plusieurs années à « raner Bern » qui doit au comte de Créhange 73 florins et 1 sol pour une année.
Pour le four, sauf quelques habitants qui ont le droit de cuire chez eux, les autres doivent cuire au four banal. Toutefois, le four d’illange est en ruine et le bois manque, aussi chaque habitant peut cuire chez lui moyennant le paiement de 4 gros chaque année.
Remarques :
Dans les autres seigneuries aussi la plupart des fours sont à cette époque en ruines et pour les habitants, le droit de cuire chez eux, se généralise, moyennant un droit de 2 ou 4 gros monnaie de Metz.[2]
Pour les moulins : A Thionville et sur la Fensch, existent plusieurs moulins qui particularité de Thionville, ne sont pas bannaux, mais dépendent de la ville.[3]
[1]Ce passage montre la mise en scène qui se déroulait devant le château de Thionville afin d’impressionner le peuple, le décourager de commettre des crimes et rehausser le prestige du seigneur. L'expression "Mains armées, mèches allumées" fait référence aux mousquets alors en usage. Au final, je ne crois pas que ce cérémonial se soit produit à Thionville peut-être avant 1630.
[2] Un gros vaut 12 deniers, soit 1 sol. Vers le milieu du 18ème siècle ces droits de four ne seront plus payés ni même réclamés par les seigneurs
[3]Droit donné à la ville en 1462 par le duc de Bourgogne
Pour cette première partie, nous avons vu que les habitants de cette seigneurie de Meilbourg qui regroupe tant de villages, ne sont guère considérés dans leurs droits mais plutôt fortement sollicités pour leurs devoirs envers le seigneur qui pour le coup ressemble bien à l’image que l’on se fait du seigneur tout puissant.
Toutefois, je pense qu’il faut un peu minorer la dureté du document car c’était en quelque sorte une façon de montrer ce que pouvait rapporter la seigneurie et ainsi la valoriser pour la vente qui allait suivre quelques mois plus tard.
Remarques sur le château du comte de Créhange situé
dans la forteresse de Thionville
A Thionville, il existe aujourd’hui dans la cour du château face à la mairie, un bâtiment annexe, qu’on appelle « L’hôtel de Créhange-Pittange »
Thionville Hôtel de Créhange-Pittange
Ce bâtiment n’est pas inscrit aux monuments historiques
Son architecture est du 18ème siècle, l’histoire connue à ce jour, nous dit qu’il aurait été construit sur les fondations d’un bâtiment plus ancien qui aurait put être alors le château Créhange dont il est question dans notre document. Cet hôtel de Créhange-Pittange a subi de nombreuses modifications. En 1950, il abritait les bureaux des cadres des laminoirs à froid de Thionville puis en 1979, il devient un bâtiment annexe de la mairie toute proche.
Ce bâtiment ne semble pas être le château du comte de Créhange dont il est question dans le document de 1630, peut-être est-il construit sur les fondations de ce château mais rien ne le prouve. D’ailleurs, ce bâtiment dit « Hôtel de Créhange-Pittange » a lui-même passablement changé.
Les bâtiments d’origine très ancienne qui constituent cette cour du château ont connu des vicissitudes multiples au cours des siècles et leur histoire n’est pas des plus aisée à reconstituer.
Pour fixer les idées, juste quelques points à retenir :
En 1630, le château du comte de Créhange dont il est question dans le document ci-dessus est neuf ou récent. Il comporte des granges et écuries et au moins deux tours existent à proximité. A l’emplacement de la mairie, le couvent n’existe pas encore, mais plusieurs autres maisons existent appartenant à des familles nobles, seules à l’époque, à pouvoir construire et habiter dans cette cour dite du château.
Mes recherches en cours sur l’histoire du couvent des clarisses me permettront, dans mon ouvrage à venir, de faire un point plus précis sur ces bâtiments.
Dans le prochain article nous verrons encore quelques droits et devoirs et la prise de possession rocambolesque du château de Thionville qui interviendra en 1632 soit deux années après la vente de la seigneurie à Jean de Boland, maire de Cologne.
Sources :
Les seigneurs de Meilbourg par A. Plassiart – 1950 – Metz
Second compte de la seigneurie de Mirabelle ADM – J1265
Avant de poursuivre avec deux documents sur la famille Weis de Veymerange, je voudrais rectifier une erreur (faute de frappe) parue dans mon article précédent, Thionville est bien française officiellement depuis 1659 et non pas 1759.
Nous avons vu qu’en 1763, la justice de Veymerange était sous l’autorité du maire, Damien Weis, alors maréchal ferrant du village. Métier exercé dans la suite de son père Mathis Weis, dont il avait « hérité » la forge.
Les deux documents qui suivent nous donnent quelques éléments supplémentaires sur cette famille.
Premier document daté du 11 décembre 1676
(Acte notarié passé devant le notaire thionvillois Helminger ADM 3E7530)
« Par devant les notaires royaux établis à Thionville et y résidants, soussignés, furent présent en leur personnes, les dames abbesses et religieuses du monastère de Sainte-Catherine, ordre de Sainte-Claire, en cette ville de Thionville, lesquelles de leur bon gré, nous ont dit et déclarés avoir loué et laissé à titre de bail, pour terme de six années consécutives et s’en suivant, sans intervalles qui commencent à la Saint-Georges dernière et finiront à pareil jour, à Mathis Blanc (Weis) , demeurant à Veymerange, maître maréchal ferrant de sa profession, présent et acceptant, les biens immeubles provenant de Yvon Grein, alias « Petit », obtenus par sa veuve en qualité de pensionnaire perpétuelle de notre couvent.
Biens situés au ban de Volkrange et environs, constitués de terres arables et non arables et prairies. Conformément aux instructions que lesdites dames abbesses et religieuses donneront au preneur (Mathis Blanc » celui-ci sera tenu de livrer chaque année à ses frais à Thionville, six bichets de bon moitange (mélange de grains) et quatre livres et dix sols tournois monnaie de France payables à la Saint-Martin de chaque année.
A l’expiration dudit bail, ledit preneur devra rendre les biens en bon et suffisant état. Ledit preneur oblige tous ses biens présents et à venir envers les dames religieuses, s’il ne remplit pas ses obligations.
Passé à Thionville le douzième de décembre 1676, nous (les notaires) et les dames abbesses et religieuses avons signé, Mathis Blanc n’ayant l’usage d’écrire, a fait sa marque
Signatures au bas de ce premier document
Remarques sur le document :
On voit que le monastère en question est dénommé monastère de Sainte-Catherine, ordre de Sainte-Claire, situé à Thionville. Ce monastère, je dirais plutôt couvent, correspond au couvent, des clarisses urbanistes [1], dit du Saint-Esprit qui s’était établi à Thionville dans les années 1630. Le bâtiment abritant ce couvent est aujourd’hui l’hôtel de ville de Thionville. [2]
Pour appuyer ma remarque [3] sur la francisation des noms propres dans la suite de « l’annexion de fait » par la France en 1643, on voit que Mathis Weis est appelé Mathis Blanc. Cette pratique fut courante à l’époque, par la suite, pour la plupart, les noms d’origine, furent de nouveau utilisés.
On voit aussi que les terres mises à bail et situées à Volkrange, appartenait auparavant à un certain Yvon Grein [4] dit « Petit » et que c’est sa veuve qui avait donné ses terres au couvent de Sainte-Catherine de Thionville, en dédommagement, le couvent ayant pris ladite veuve, en pension jusqu’à sa mort.
Principalement dans les premières années d’établissement d’un couvent ou d’un monastère, c’était une pratique courante, de subvenir à leur fonctionnement, par ce genre d’arrangement.
Nous voyons que dans les signatures, seules l’abbesse et une sœur ont signé :
Sœur Marie de Beurthé, indigne Abbesse
Sœur Anne Françoise Baur
Le qualificatif « Indigne » est réservé à l’abbesse, les sœurs en général font suivre leur nom du qualificatif de « Discrète ».
La famille de Beurthé a donné plusieurs abbesses à ce couvent, toutes, au moins dans les premières années, venaient de familles nobles ou pour le moins de notables.
La sœur Anne Françoise Baur était la directrice des novices, c’est elle qui prenait en charge les « nouvelles recrues ».
Mathis Blanc ne sachant signer, une croix marque son accord et nous trouvons aussi les signatures des notaires thionvillois, Helminger et Fourot.
[1]Les clarisses urbanistes suivaient une règle moins stricte que les pauvres dames, elles avaient le droit de posséder des biens mobiliers et immobiliers.
[2]J’ai entrepris depuis quelques mois des recherches sur l’établissement de ce couvent à Thionville. Ces recherches feront l’objet d’un ouvrage qui devrait paraître en 2018
(Acte notarié passé devant le notaire thionvillois Probst ADM 3E7687)
«Par devant nous notaires royaux établis à Thionville et y résidant, soussigné, fut paru Mathis Veisse, maréchal ferrant demeurant à Veymerange, lequel a déclaré avoir vendu, cédé, dès maintenant en toute propriété à Damien Veisse, son fils, aussi maréchal ferrant demeurant au même lieu, les outils que le vendeur a en sa possession et servant à son métier de maréchal ferrant, consistant notamment en un soufflet de forge, une enclume, un étau et les marteaux et autres outils de ladite forge avec le charbon qui se trouve dans la forge audit Veymerange, sans en rien réserver.
La présente vente faite pour et moyennant le prix et somme principale de 150 livres tournois sans y comprendre les frais.
Laquelle somme de 150 livres tournois, ledit Veisse père, vendeur, a reconnu avoir reçu dudit Damien Veisse, à son contentement et quittance.
Ledit Damien Veisse pourra jouir de tous les outils nécessaires au métier de maréchal ferrant en y comprenant la pierre meule à aiguiser les outils.
Ledit vendeur engage ses biens présents et à venir, passé à Thionville le 9 février 1750, la lecture et les explications faites en langue germanique, nous avons signé avec Damien Veisse et Mathis Veisse n’ayant l’usage d’écrire a fait sa marque. »
Signatures au bas du deuxième document
Remarques sur le document :
En premier lieu nous constatons qu’en 1676, nous voyons le nom de famille « Blanc » soit le nom d’origine « Weiss » francisé (traduit) et qu’en 1750, nous sommes revenu au nom d’origine même si le notaire l’orthographie à la française soit « Veisse ».
Mais on constatera sur les signatures que Damien signe « Weis » et que son père fait une marque « MW » pour Mathis Weis.
Il est intéressant que voir qu’un certain Jean Blanche, propriétaire de la poste aux chevaux de Hayange en 1690, passe un acte de vente avec le meunier de Marspich, Didier Scholler dont l’épouse est Anne Marie Blanche et de constater qu’il signe de son vrai nom « Weis ». Il est probable que cette famille « Blanche » de Hayange/Marspich soit apparentée à celle des maréchaux ferrants de Veymerange.
Jean Blanche, signe Joannes Weiss
Toujours au sujet des signatures, on remarquera qu’en 1676, Mathis Blanc donc Weis fait une croix et qu’en 1750, Mathis Weis signe de ses initiales. C’est tout simplement que ce ne sont pas les mêmes personnes car il est impossible que Mathis Weis, père de Damien Weis, signe un document en 1750 et qu’il signe un bail en 1676, soit 74 ans auparavant ! En fait, Mathis Blanc (Weis) qui signe le bail de 1676 était le grand-père de Damien Weis.
Mathis Blanc (Weis) le grand père de Damien:
Il était né à Veymerange en 1647 et décédé à Veymerange un peu après 1701, il exerçait le métier de maréchal ferrant. Marié à Marie Limbourg de Volkrange, il eut plusieurs enfants dont Mathis Weis.
Mathis Weis le père de Damien :
Né à Veymerange et décédé le 3 novembre 1755 à Veymerange, lui aussi maréchal ferrant. Marié le 23 février 1701 à Veymerange avec Suzanne Schweitzer, ils eurent plusieurs enfants dont Damien Weis.
Damien Weis :
Né à Veymerange, le 15 janvier 1716, décédé à Veymerange, le 18 février 1780, maréchal ferrant, comme son père et son grand père.
Marié une première fois avec Catherine Bonaventure le 7 janvier 1744, puis une seconde fois le 10 janvier 1769 avec Madeleine Scheiltien. Ils eurent également plusieurs enfants.
Nous avons affaire à une lignée de maréchaux comme c’était souvent le cas dans cette profession qui exigeait d’avoir suivi un apprentissage qui se faisait alors au sein de la famille. C’était souvent le cas dans les familles de meuniers.
La forge de Veymerange se trouvait à cette époque dans une maison aujourd’hui disparue qui se trouvait dans le bas du village, vers la ferme « Foetz ». Plus tard, au 19ème et début du 20ème siècle, elle sera installée dans une autre maison. (voir le plan cadastral de 1807)
Plan cadastral de 1807 (Napoléon)
Détail du plan cadastral montrant les différents emplacements de la forge
Histoire de la ville de Thionville et des villages par Michel Persin.
Chroniques historiques précises sur l'ensemble des périodes historiques de la ville de Thionville et des villages alentours qui revisitent cette histoire avec de nouveaux documents et un autre regard !
Auteur de plusieurs ouvrages sur Thionville, créateur et éditeur de ce blog et du périodique annuel "Miscellanées"