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thionville 17eme siecle

Des origines à 1634 - Thionville - Les fortifications (1ère partie)

Publié le par Persin Michel

Après un mois de vacances où j’ai refait le voyage en Italie qu’avait fait Montaigne en 1580 [1], me voilà de retour dans ma bonne ville de Thionville. J’avais annoncé la parution prochaine de « l’Histoire de la chapelle des lépreux » au quartier Saint-François, mais l’idée m’est venue d’y adjoindre « l’Histoire de la Chapelle du lépreux » du mont Saint-Michel à Beuvange, ce surcroît de travail va donc retarder la parution de l’ouvrage dont je ne manquerai pas de vous avertir.

J’avais aussi annoncé la parution sur le blog d’une série d’articles sur les fortifications de Thionville et leur remaniement à une époque de transition qui a suivi la prise de la ville en 1643 et son rattachement à la France, c’est donc aujourd’hui le premier article sur le sujet.

Ces articles dérivent d’une série de documents notariaux trouvés aux archives départementales de la Moselle sous la cote 3E7534-3E7535 (Helminger). Certains s’étonneront que des documents notariaux évoquent les fortifications de la ville, toutefois, il faut savoir que très souvent les travaux demandés par le roi et ses ingénieurs étaient réalisés par des artisans et entrepreneurs locaux sous le contrôle de militaires en garnison dans la ville que l’on pourrait assimiler aux régiments du génie actuels. Ces travaux faisaient donc l’objet d’actes notariés les décrivant, en fixant le prix et les termes de paiement, comme tous les autres actes commerciaux.

On verra que les documents décrivent les travaux à  réaliser de façon très précise et de ce fait, ils sont souvent un peu « arides » aussi j’en ferai le plus souvent possible le résumé en essayant d’y mettre quand même des éléments se rattachant à la technique qui peuvent intéresser les spécialistes du genre.

En toutes choses, commencer par le début est un gage de bonne compréhension, aussi :

[1] Montaigne – Journal de Voyage –L’Italie via l’Allemagne te la Suisse  - Editions Arléa 2006

« A tout seigneur, tout honneur »

Notre seigneur n’est autre que Charlemagne qui fit quelques séjours [1] dans notre ville, habitant alors une villa probablement construite par son père Pépin qui y séjourna fréquemment. L’on situe généralement cette villa aux alentours de la cour du château, de la tour aux puces et de la mairie.

On sait que les rois francs contrairement aux romains aimaient à construire leur villa dans des endroits marécageux, proche d’une rivière et de bois. Avouons ensemble que l’emplacement de la cour du château se prête fort bien à  leurs goûts.


[1] En 772, 775, 783, 805 et 806 pour ne plus y venir mais certains de ses fils y vinrent encore.Voir à ce sujet L’histoire de Thionville de Guillaume Teissier  paru en 1928

Toutefois, aucun vestige n’est venu corroborer cette hypothèse, il faut dire que très peu de recherches archéologiques ont été conduites dans cette cour du château. De plus il faut prendre en compte qu’avant Charlemagne, la plupart des constructions était en bois et en terre, Charlemagne essaya d’introduire à nouveau la pierre dans la construction en particulier à Aix-la-Chapelle mais ses fils et les rois qui suivirent revinrent aux construction mélangeant la pierre en soubassement et le bois pour les superstructures ce qui donna à notre région et avant la guerre de Trente ans  un aspect identique à l’Alsace et à la Champagne [1] où ce genre d’architecture existe toujours.[2]

Qu’étaient ces villas qu’on appelait aussi palais ?

Elles s’apparentaient le plus souvent à de grosses fermes possédant deux cours de forme rectangulaire, la première cour plus basse [3] que l’autre, abritait les bâtiments dit utilitaires , écurie, granges, remises et logement du « petits » personnel, cette cour donnait via un portique sur une seconde cour qui comportait l’habitation du roi, du comte avec le logement de son personnel proche, les salles de réception et cuisines, le tout contenu dans une enceinte fortifiée de remparts en bois et terre, souvent entourée par un fossé pouvant être mis en eau.

Voilà une description qui cadre avec ce que furent par la suite l’architecture des châteaux forts et autres villes fortifiées. De plus, elle coïncide bien avec la structure de la ville de Thionville telle qu’elle nous apparaît sur un des anciens plans de la ville de 1565, celui de Jacques de Deventer. 

(Reprit ci-dessous par l’érudit  historien thionvillois, Gabriel Stiller  1921-2006)

[1] Voir les dessins de l’abbé Jean Bretels réalisés au 16ème siècle.

[2] Voir l’essai sur les châteaux royaux, villas royales ou palais du fisc des rois mérovingiens et carolingiens paru en 1878 à Amiens – Auteur : Martin Marville

[3] Qui deviendra la basse-cour des châteaux et des fermes ;

Ci-dessus l’aire rectangulaire dite du château estimée comme l’emplacement de la villa carolingienne.  Par extension cette aire rectangulaire s’agrandit pour accueillir la ville, ceinturer par ses remparts comme l’était l’aire du château. L’aire du château comme plus tard la ville est appuyée sur la Moselle et tout autour s’étendent des marécages avec la forêts sur les crêtes de Guentrange et Veymerange toutes proches.

Ci-dessus l’aire rectangulaire dite du château estimée comme l’emplacement de la villa carolingienne. Par extension cette aire rectangulaire s’agrandit pour accueillir la ville, ceinturer par ses remparts comme l’était l’aire du château. L’aire du château comme plus tard la ville est appuyée sur la Moselle et tout autour s’étendent des marécages avec la forêts sur les crêtes de Guentrange et Veymerange toutes proches.

Voilà ce que fut sans doute la villa carolingienne, un ensemble de bâtiments, adossés à la rivière, construits en bois et en terre [1]avec des levés et des fossés mis en eaux grâce à la Moselle, entourés de marécages hostiles et de bois giboyeux.

J’entends certains me dire que les palais ou villas carolingiennes n’étaient pas fortifiés, car aucune découverte archéologique ne le prouverait !

Cette assertion n’est pas crédible, quand on ne trouve pas s’est souvent qu’on ne cherche pas ou qu’on cherche au mauvais endroit. D’abord toute la littérature ancienne avec ses multiples allusions à des fortifications à des endroits où l’on gardait des prisonniers souvent illustres, le prouvent. De nombreuses découvertes archéologiques récentes attestent l’existence de fortifications autour des palais carolingiens comme à Perderborn [2]. Et puis, comment imaginer un seul instant qu’à ces époques somme toute assez sombres, les villas ou palais où résidaient les plus importants personnages du pays ne fussent pas fortifiés !

Après la mort de Charlemagne en 814 et celle de ses fils, puis de ses petits fils, soit vers le 10ème siècle, Thionville n’étant plus une résidence royale n’est plus mentionnée dans les chroniques ou dans les actes, la ville s’étiole et la villa royale se ruine par manque d’entretien, par manque de finance, n’étant plus habitée que par un intendant, un soldat sans doute, dont l’histoire n’a pas retenu le nom.

En 939, l’empereur Othon Ier, fit détruire la chapelle construite par le Louis-le-Débonnaire, dernier vestige de la gloire désormais passée de la ville.

Le plan de 1565 fait par Jacques de Deventer, nous montre les fortifications de la ville juste après sa prise éphémère par les français en 1558. Regardons la description faite de la place de Thionville à cette occasion.

« On pense alors que les fortifications n’ont guère évolué depuis le 13ème  siècle, qu’elles consistent en de grosses tours rondes reliées entre elles par des murs épais, eux même entourés d’un large fossé emplit d’eau.

Dans les mémoires des affaires de France sous la fin du règne d’Henri II, il est précisé que la ville est ceinturée d’un haut mur avec de distance en distance de renflements semi-circulaires, qu’elle a deux portes, est entourée d’un fossé rempli d’eau, au devant duquel le terrain est marécageux. »

Plusieurs militaires disent en substance que les murailles ne sont guère un obstacle, mais que les marécages et le fossé empli d’eau sont bien plus embêtant pour leurs troupes.

Toutes ces descriptions cadrent bien avec le plan « Deventer » et avec une ville dont les fortifications n’ont guère évoluées depuis plusieurs siècles, sauf à parer aux  réparations les plus urgentes.

Lors de mon voyage, cet été en Italie, j’ai pu voir de nombreuses petites villes restées dans leur « Jus » médiéval, souvent perchées, elles subissent aujourd’hui l’assaut des touristes. Je voudrais vous montrer ci-après la photo d’une de ces petites villes fortifiées, il s’agit de Montériggioni en Toscane.


[1] Peut-être avec des soubassements ou quelques structures en pierre ;

[2] Fouilles conduites de 1964 à 1977. Voir Nouvelles données sur le palais de Charlemagne et de ses successeurs dans les Actes du VIIe congrès international d’archéologie médiévale en septembre 1999.

Toscane - Monteriggioni

Toscane - Monteriggioni

Avec un minimum d’imagination, des tours semi-circulaires, une situation dans une vallée avec une rivière coulant le long des remparts et voilà à quoi pouvaient ressembler les fortifications de Thionville à l’aube du 16ème siècle.

Lors de la prise de la ville par les français en 1558 [1], c’est la partie de la muraille vers la tour au puces qui fut la plus endommagée, mais rapidement après la capitulation le 22 juin 1558, les dommages furent réparés [2], puis quand le 3 avril 1559, la ville fut rendue à l’Espagne par le traité de Cateau-Cambrésis, on nomma Jean de Wiltz (1570-1628) comme gouverneur de la ville, c’est lui qui commença la reprise des fortifications avec le but de les rendre plus aptes à résister aux mines et à l’artillerie.

Nous allons voir maintenant le premier document faisant parti du lot des documents traitant des fortifications de la ville.

Ce document assez court est daté du 16 février 1634,  il émane du roi d’Espagne, il est signé Della Faille [3] et de Pierre Jean Van Heurck. Il est répertorié au registre des chartres de Luxembourg.

Ordre pour dans les bois

 communaux proche de Thionville

prendre les arbres servant

à la fortification de la ville de Thionville.

[1] Siège conduit par le duc de Guise et le maréchal de Vieilleville, le siège débuta le 17 avril, la ville fut cernée le 25 mai et capitula le 22 juin. Tous les défenseurs de la ville furent à minima blessés et les français avouèrent 400 tués. (Voir le récit du siège par Barthélemy Aneau écrit rapidement après le siège et publié à Metz en 1957 par Marius Mutelet)

[2] Par des civils de la ville et des villages alentours, réquisitionnés dans le cadre des corvées.

[3] Famille encore alliée à la famille royale de Luxembourg

 

Sa majesté ordonne que dans les bois communaux proche de Thionville et dans les lieux où il y aura moins de dommages et inconvénients l’on prenne les arbres servants à la fortification de la ville de Thionville et qu’au cas d’opposition de ceux de la commune, l’on envoie leurs raisons au marquis d’Aytona pour y prendre l’égard et ordonner ce que de raison, mais comme les ouvrages en question ne peuvent souffrir aucun délai que cependant l’on ne laisse d’abattre lesdits arbres et de les employer audits ouvrages en tenant bonnes et pertinentes notes pour y avoir recours et regard quand besoin sera. Fait à Bruxelles le 16ème février 1634 cacheté par le cachet de sa majesté.

Déclaration des ouvrages que son altesse a voulu qu’on fasse aux fortifications

de la ville de Thionville.

Premièrement, doivent se faire deux rauelins devant les deux portes des entrées

Plus un blovard nouveau dessus la Moselle et une contrescarpe

Faire un parapet alentour de la muraille de 8 pieds [1]  de large et 6,5 pied de haut.

Soit 2,60 m de large pour 2,11 m de hauteur

Réparer les parapets des bolvards et qu’ils soient l’épreuve de l’artillerie à savoir 20 pieds de large et 6,5 pieds de haut et assurer les casemates avec une muraille de l’épaisseur d’une brique. (Soit 6,5 m de large sur 2,11 m de hauteur)

Nettoyer et approfondir le fossé

Et aux œuvres susdites on ira travailler en cette sorte :

En premier lieu, réparer les bolvards et assurer les casemates

Ensuite faire le parapet alentour de la muraille

Ensuite nettoyer et approfondir le fossé

Ensuite faire la contrescarpe avec les deux rauelins devant les portes

Enfin faire le bolvard au-dessus de la Moselle.


[1] Le pied mesurait avant 1668 : 326,59 mm puis après cette date : 324,83 mm, soit une valeur moyenne de 325 mm.

Les rauelins sont les petits bâtiments triangulaires qui se trouvaient en dehors de l’enceinte fortifiée et qui permettaient la défense des remparts ou courtine. Des soldats pouvaient y être embusqués et avoir ainsi des angles de tirs dans toutes les directions. Souvent, ils se trouvaient au milieu des fossés remplis d’eau et accessibles par des ponts de bois.

Les rauelins sont les petits bâtiments triangulaires qui se trouvaient en dehors de l’enceinte fortifiée et qui permettaient la défense des remparts ou courtine. Des soldats pouvaient y être embusqués et avoir ainsi des angles de tirs dans toutes les directions. Souvent, ils se trouvaient au milieu des fossés remplis d’eau et accessibles par des ponts de bois.

Bolvard :

Ce mot vient de l’allemand « Bollwerk » qui signifie « fortification ». C’était le chemin se trouvant en haut des remparts où l’on pouvait faire circuler des chevaux avec leur charrettes (à Thionville on disait que trois charrettes pouvaient s’y croiser) et bien entendu y placer des canons et autres mousqueteries.

De ce mot dérive « Boulevard », quand ces fortifications n’eurent plus d’utilité pour les militaires, on y planta des arbres et les habitants vinrent s’y promener (sur les boulevards) profitant souvent d’une belle vue sur la ville ou la rivière, des « Sky lines » avant l’heure.

 

Les "rauelin" sont les petites structures triangulaires en bas à gauche et à droite reliées à la ville par des ponts de boiset le "bolvard" est la partie bordée d'arbres au-dessus du rempart tout autour de la ville

Les "rauelin" sont les petites structures triangulaires en bas à gauche et à droite reliées à la ville par des ponts de boiset le "bolvard" est la partie bordée d'arbres au-dessus du rempart tout autour de la ville

Le marquis d’Aytona cité dans le texte était Francesco de Moncada y Moncada, né à Valence en Espagne le 29 décembre 1586 et décédé en 1635 à Goch en Allemagne. Il fut tout à la fois militaire,  diplomate et même sur le tard un grand historien espagnol. Il a œuvré pour le Saint Empire germanique et fut gouverneur des Pays Bas espagnols en 1632, c’est à ce titre qu’il est cité dans cet acte.

Le marquis d’Aytona cité dans le texte était Francesco de Moncada y Moncada, né à Valence en Espagne le 29 décembre 1586 et décédé en 1635 à Goch en Allemagne. Il fut tout à la fois militaire, diplomate et même sur le tard un grand historien espagnol. Il a œuvré pour le Saint Empire germanique et fut gouverneur des Pays Bas espagnols en 1632, c’est à ce titre qu’il est cité dans cet acte.

Nous voyons donc que les fortifications de la ville évoluent vers un système plus élaboré afin de les adapter à l’artillerie et aux nouveaux systèmes de défense des villes qui se répandent un peu partout en Europe suivant les théorie des ingénieurs militaires dont le plus connu en France fut Vauban, bien qu’il eut mieux maîtriser le siège des villes et leur prise que leur défense où d’autres furent souvent plus « pointus ». A ce propos, il est utile de préciser que Vauban n’est sans doute jamais venu à Thionville, mais que certaines modifications des fortifications lui ont été présentées par ses ingénieurs auxquelles il a apporté « sa patte ».

Nous reparlerons de Vauban dans les articles à venir.

Une précision encore, à l’origine le large fossé entourant la ville était alimenté par des écluses situées sur la Moselle, vers la porte de Metz, toutefois lors des crues de la rivière cela entraînait des dégâts importants aux fortifications et quand en été la Moselle était trop basse, on ne pouvait remplir le fossé. On décida donc d’aller chercher l’eau d’une petite rivière, la Fensch, qui coulait à Terville. Un canal de dérivation fut construit qui alimentait les moulins de Terville, Beauregard et celui de la ville puis l’eau était au besoin dirigée dans le fossé ou rejetée dans la Moselle. La Fensch est une petite rivière au débit rapide et assez constant, qu’on peut maitriser plus facilement que la Moselle et par un système d’écluses et de réservoirs on pouvait assez facilement régler son cours et alimenter ainsi de façon plus sûre et régulière les fossés autour de la ville.

Si vous êtes un promeneur, un marcheur, un spectateur de « Rives en fêtes » vous avez donc longé les remparts le long de la Moselle. Vous avez vu leur construction de briques insérer dans des parements de pierre de taille où figure la signature des tailleurs, des poseurs, signes qui permettaient de les payer à la tâche. Il faut savoir que l’ensemble des remparts entourant la ville était fait de briques rouges avec des parements de pierre de taille.

Peut-être vous êtes vous demander d’où venait toutes ces briques rouges ?

Il y avait une « briquerie » vers le lycée technique qui en a gardé le nom, une autre vers le quartier de Lagrange et encore une vers Illange, elles produisaient aussi des tuiles par milliers comme nous le verrons.

Les prochains actes ont été passés à partir de 1668, soit peu de temps après la prise de la ville par les français en 1643 [1] et son rattachement à la France par le traité des Pyrénées le 7 novembre 1659, nous verrons alors les travaux réalisés par les français afin de garantir leur nouvelle prise de toutes tentatives de retour à l’ordre ancien.

[1] Le siège débuta le 16 juin 1643, les armées sont aux ordres du Duc d’Enghien. La ville capitule le 8 août  après une défense plus qu’honorable.

 Des origines à 1634 - Thionville - Les fortifications (1ère partie)
Marques de tailleurs de pierre

Marques de tailleurs de pierre

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Juin 1669 - Prostitution et prison à Thionville

Publié le par Persin Michel

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre  « la maison à soldats »  Scène datant du 19ème siècle

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre « la maison à soldats » Scène datant du 19ème siècle

Si je regarde très loin dans le rétroviseur, soit 347 ans en arrière, je vois une certaine Madeleine Schaff, veuve d’un nommé « Roclos », alors soldat de la garnison de Thionville.

Cette Madeleine Scharff, fait l’objet d’une lettre du lieutenant général civil et criminel au bailliage du siège royal de Thionville, pour le procureur du roi de la ville, afin de lui signifier que ladite Madeleine Schaff a été constituée prisonnière aux prisons royales du bailliage [1] sur demande dudit procureur du roi en la ville de Thionville à cause de la prostitution de son corps et autres faits par lui constatés.

Suite à cet emprisonnement, ladite Schaff a été condamnée au bannissement de trois ans hors la ville et à une amende de cinquante livres tournois comprenant les frais de justice. Pour payer cette amende, la pauvre n’a aucun moyen, et comme elle a déjà passé plus d’un mois en prison, elle demande à vendre un bien afin de pouvoir payer l’amende et quitter ladite prison.

Dans cette lettre, le lieutenant général civil et criminel au bailliage de la ville signifie au procureur, qu’il autorise ladite Schaff à vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales et lui faire grâce d’avoir tenu la prison aussi longtemps.

 

[1] Les prisons royales ne sont que quelques cellules, se trouvant en général dans les locaux du bailliage (Beffroi)

La suite nous est donnée par un acte du 6 juin 1669, dressé par les notaires royaux de la ville de Thionville, devant témoins et en présence de Madeleine Scharff, veuve du soldat « Roclos » de la garnison de la ville, acte s’ensuivant de la requête faite par elle-même à monsieur le lieutenant général civil et criminel de la ville, lui demandant l’autorisation de vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales de ce siège de Thionville.

Sur consentement du procureur du roi en date du 3 juin de cette année 1669, elle reconnaît avoir vendu pour toujours et irrévocablement, à l’honnête Nicolas Crespin, tailleur d’habits et bourgeois de Thionville et à Madeleine Chopsein, sa femme, un verger situé au village de Volkrange, derrière l’église à coté d’un bien d’église et du chemin communal. Eve Agathe Wirfel, sa mère, et son mari Noël Liger ont l’usufruit leur vie durante [1] sur ce terrain.

Sa mère, Eve Agathe Wirfel, renonce à cet usufruit et vie durante sur ledit verger, qui peut ainsi être vendu pour 12 écus blancs [2] que les acheteurs ont payé comptant et qui seront employés pour l’élargissement de prison de ladite Schaff.

Les témoins sont Pierre Joan et Jean Beran, tous les deux sergents royaux du bailliage de Thionville.

Ces actes nous montrent d’une part, qu’au 17ème et 18ème siècle, la prostitution est un délit réprimé par la loi en vue de son éradication. Les peines sont l’emprisonnement et le bannissement assorties d’une amende. Le bannissement peut être limité dans le temps, ici trois années, et limité dans l’espace, on était banni de la ville ou de la province. Dans certaines régions, la loi est plus dure et peut amener au bagne.

La prostituée est dans un premier temps mise en prison, puis jugée et quand elle a payé l’amende infligée par les magistrats, elle sort de prison pour partir en exil pendant le temps du bannissement. Toutefois, vers le milieu du 18ème siècle, la justice s’adoucit et les mesures prises sont assez peu appliquées.

Dans notre cas nous voyons que Madeleine Schaff était mariée avec un soldat de la garnison de Thionville, elle avait peu de biens, sa mère s’était remariée avec un bourgeois de la ville et quand son soldat de mari est décédé, elle s’est probablement trouvée rapidement sans ressource. Thionville est une ville de garnison où les hommes sont nombreux, seuls et souvent désoeuvrés, une jeune veuve peut très rapidement basculer dans la prostitution pour assurer sa subsistance. Mais la ville est petite et tout se voit, se sait, quelques soupçons venant aux oreilles du procureur et la machine judiciaire se met en route ne laissant que peu de chance d’échapper aux châtiments.  Elle semble être restée plus d’un mois emprisonnée, ne pouvant payer l’amende. Elle n’a qu’un verger à Volkrange qui lui reviendra à la mort de sa mère qui en a l’usufruit sa vie durante, et c’est sa mère qui en renonçant à cet usufruit permettra la vente du bien, le paiement de l’amende et la sortie de prison. Après Madeleine Schaff quittera la ville pour trois années, mais libre.

 


[1] Il semble ici que sa mère Eve Wirfel se soit remariée avec Noël Liger, mais qu’elle était mariée précédemment avec un certain Schaff, duquel elle a eu cette fille Madeleine. L’usufruit sa vie durante sur le verger lui venait de ce précédent mariage échouant donc à sa fille Madeleine.

[2] Un écu blanc vaut en général 3 livres tournois et demie soit pour 12 écus, 42 livres tournois

 

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8 octobre 1691 - Sur la route de Cattenom à Thionville

Publié le par Persin Michel

Je vais reprendre par un petit fait divers qui s'est produit le 8 octobre 1691 sur la route ou grand chemin menant de Cattenom à Thionville et passant à Garche.
"Donc, le 8 octobre 1691 au matin, Michel Louis qui est admoniateur de Distroff et qui y habite avec son épouse Catherine Kertzen, était allé à Cattenom traiter des affaires de Distroff.
Les affaires traitées, il revient de Cattenom à Thionville par le grand chemin qui passe par Garche. Au loin, il voit Jeanne Muller qui est l'épouse d'Estienne Pierre Janet aussi appelé "le grand canonnier". Jeanne Muller est à cheval et Michel Louis la prend pour sa propre femme qui devait, être en train de vendanger une vigne à Garche. Il pense qu'elle a quitté son travail et s'étant avancé devant elle, il l'attrappe par sa coiffe et la tire pour la faire descendre du cheval.
Jeanne Muller crie, se demandant bien qui l'agresse ainsi et son mari Estienne Pierre Janet dit "le grand cannonier" qui travaillait non loin accourre avec son épée qu'il porte toujours comme ancien soldat. Voyant son épouse aux prises avec Michel Louis, il lui porte deux coups d'épée dans une fesse et le blesse cruellement.
Chacun ayant reconnu ses torts, grâce à de bons amis, les deux protagonistes en vinrent à traiter de la façon suivante:
Estienne Pierre Janet promet de payer en dédommagement au dit Michel Louis la somme de 25 écus et promet également de payer au chirurgien Néron, la somme de 12 écus et cela incessamment et au plus tard  à la guérison des blessures.
Afin d'assurer la surété de ce paiement, le sieur Jean Muller,  beau père de Pierre Janet, se constitue comme caution en engageant tous ses biens."
Le 13 octobre 1691, soit 5 jours plus tard, le sieur Janet va payer devant notaire, les sommes dûes et dégager ainsi le cautionnement de son beau père.
L'affaire en restera là.

 

Un admoniateur était le gérant d'un domaine pour le compte d'un seigneur ou d'une communauté. 

A l'examen des signatures au bas du document, je ne retrouve pas le nom de Janet, mais la signature suivante: Estienne Pierre Jannin.

Après recherches dans les registres anciens voilà ce qu'on peut en déduire:

Estienne Pierre "Janet" cité plusieurs fois dans le document s'appelle en fait JANIN ou JANNIN comme sa signature l'indique. Il était né avant 1684, probablement à Thionville et s'était marié avant 1704, avec Jeanne Muller aussi de Thionville. Ils auront au moins une fille: Catherine Janin qui se mariera le 19 octobre 1728 à Thionville avec un certain Jean Rebel.

 

François Néron, ancien chirurgien aux armées était alors lun des chirurgiens de la ville de Thionville  avec Jean Frio dont on trouve également la signature au bas du document.

Ces descendants devinrent des notables de Thionville alliés aux grandes familles de la ville, ils furent même des brasseurs importants de Beauregard.

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1673 à 1846 - Les ponts de Thionville (1ère partie)

Publié le par Persin Michel

Il y a quelques jours, je fus bloqué dans la circulation, en plein milieu du pont des Alliés, pendant 15 minutes ! 

Je sentais bien le tablier du pont qui tremblait et sursautait au gré des voitures et des camions qui passaient dans l’autre sens, libres, eux, de circuler.

Alors, pour chasser le sentiment d’anxiété de finir peut-être dans notre chère Moselle, je me suis refais mentalement, l’histoire de ce pont.

En voici un aperçu :

Jusqu’en 1673, Thionville ne possède pas de pont, la Moselle borde la ville et coule de tout son saoul le long de ses remparts, comme le prouve le plan ci-dessous, dressé par Jacob Van Deventer vers 1560, où la ville est encore dans ses fortifications du moyen-âge et où bien entendu, il n’y a pas de pont.

1673 à 1846  -  Les ponts de Thionville (1ère partie)

On passe la Moselle par des gués souvent situés assez loin de la ville et l’on revient vers la ville par la porte de Metz ou celle de Luxembourg.

Les personnes peuvent aussi passer la rivière en barques. Plusieurs passeurs sont à disposition pour les faire transiter d’une rive à l’autre et entrer dans ville, par la porte de la poterne, comme nous le verrons plus avant.

La construction d’un pont était devenu une nécessité, tant au point de vue civil que militaire. Toutefois, il faudra attendre la prise de la ville par les français en 1643 et son rattachement officiel à la France en 1659 pour que la population et le commerce croissant, associés à des nécessités militaires, rendent impérieuse la construction de ce premier pont.

On confie donc cette construction au sieur Rodolphe Saltzgeber qui est capitaine de 2 compagnies suisses et major d'une brigade au service de sa Majesté, il a en charge les travaux aux fortifications de la ville. (voir article paru le 25 février 2013 dans ce blog).

http://www.histoiredethionville.com/15-juin-1674-travaux-aux-fortifications-de-thionville

Il connaît bien la construction en général et les ponts couvert en particulier.

Il va donc édifier un pont couvert, sur le modèle des ponts que l’on trouve depuis le moyen-âge, en Suisse et en Allemagne.

Carte postale de 1917 montrant un pont couvert donnant accès au château de Chillon en Suisse.

Carte postale de 1917 montrant un pont couvert donnant accès au château de Chillon en Suisse.

Ce pont, de par son emplacement et l’accès facile qu’il donne à la ville est stratégique, il sera conçu par le capitaine suisse, avec des travées démontables rapidement à partir de la ville.

Quoi qu’il en soit, en 1673, il est opérationnel.

Ce genre de pont est encore très présent en Suisse et en Amérique du Nord.

Premier pont couvert en bois, il restera en fonction jusqu’en 1846.

En voici une illustration de visu, car il existait encore lors de la parution en 1828 du livre

« Histoire de Thionville » par G.F. Teissier, duquel l'illustration est tirée.

 

1673 à 1846  -  Les ponts de Thionville (1ère partie)

Comme on le voit ce pont a été utilisé pendant 173 ans, des pieux en bois de plus de 2 m de long pointus et ferrés ont été retrouvés dans le fond de la Moselle en 1962, lors de la canalisation de la rivière. Ils avaient une section d‘environ  30 cm au carré et se situaient un peu en aval du pont actuel. 

Bien entendu, ce pont a subi les fureurs de la Moselle, lors de terribles hivers, plus d’une fois, il fut rendu inutilisable et dû être réparé.

Ainsi le 24 février 1682, les glaces sur la Moselle entrainées par un fort courant, firent tomber une partie du tablier dans la rivière, entrainant dans sa chute, quelques habitants.

 

Enfin un acte en date du 31 juillet 1719, nous dit que:

« Jean François de Gévigny, chevalier, seigneur de Meilbourg et autres lieux, bailli d’épée d’honneur de Thionville et François George de Lagrange, conseiller du roi, lieutenant général d’épée du bailli de cette ville, maire perpétuel et seigneur de Meilbourg et autres lieux ont consenti, permis et accordé, aux nommés Philippe Legros, consigne de la porte du pont (la poterne) et Mathis Mellinger, batelier et bourgeois de Thionville, de conjointement, à l’exclusion de tous autres, faire passer et repasser par bateaux ou nacelles toutes les personnes qui se présenteront sur la rivière de Moselle et cela pendant tout le temps où le pont restera hors d’état, soit jusqu’à l’entière réparation dudit pont. Ce contrat est fait à condition que lesdits Legros et Mellinger paient chaque jour, audits seigneurs, 20 sols, à charge auxdits seigneurs d’empêcher que d’autres fassent passer la Moselle avec des barques aux personnes qui se présentent… »

 

Le pont est alors un passage sombre et sale dont le plancher est souillé des déjections animales et humaines et qui nécessite de constantes réparations.

 

Thionville et son pont de bois au milieu du 18ème siècle

Thionville et son pont de bois au milieu du 18ème siècle

Dès le début du 19ème siècle, la ville n’aura de cesse de faire remplacer le vieux pont de bois vétuste et dangereux, par un pont de pierre. En 1834, elle acta le projet et le 22 décembre 1836, elle décida d’allouer 25000 F à sa reconstruction.

Les travaux commencèrent début mai 1844 et enfin on inaugura le nouveau pont, le 1er novembre 1846.

La municipalité décida de ne pas instaurer de payage pour ce pont car la ville retirait un bénéfice certain de sa commodité.

Une médaille fut  frappée à Paris pour cet évènement.

La médaille frappée pour l'inauguration

La médaille frappée pour l'inauguration

Carte postale de 1900, du  pont construit en 1846

Carte postale de 1900, du pont construit en 1846

Nous verrons dans le prochain article, le devenir de ce pont et le nouveau pont des alliés

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