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1674 - Bail du moulin de Thionville (Fin)

Publié le par Persin Michel

Voici l'acte du bail du moulin de Thionville passé à Thionville le 23 octobre 1674 en la chambre de la ville devant le notaire Elminger.

"Pardevant les notaires royaux établis à Thionville et y résidents soussignés furent présents en leurs personnes, les maitres échevins, les échevins, et "obermaistres" (maitres supérieurs) de cette ville de Thionville, lesquels de leur bon gré, franche et libre volonté, ont dit et déclaré avoir loué et laissé par ces présentes à titre de bail pour le terme et espace de neuf années consécutifs et s'ensuivant. A commencer à Noël prochainement venant et finissant à pareil jour au sieur Pierre Dubois (ou Du Bois) maitre meunier et bourgeois de cette ville et acceptant pour ledit terme le moulin situé devant la porte de Metz de cette ville aussi dit le moulin en haut. Moyennant quoi, ledit Dubois, preneur, sera tenu et obligé de payer pour les six premières années auxdits maitres échevins, échevins, baumaitres et obermaistres et à chacun 1 "herrengulden" seulement. Pour les autres rois dernières années, il sera tenu et obligé de payer a un baumaitre qui sera élu cette année là, la somme de 50 écus blancs pour cha&cine des 3 années au profit de ladite ville, il paiera aussi les "Herrengulden".

Comme le sieur Dubois ne paye pour lesdites six premières années que la reconnaissance desdits "Herrengulden" et que ledit moulin menace la totale ruine si on ni remédie pas, ledit preneur sera tenu et s'est obligé par les présentes à rétablir ledit moulin en bon état. Il devra fournir 2 pierres moulantes, à savoir la gisante d'une épaisseur de 5 pouces et la tournante et mouvante d'une épaisseur de 7 pouces, il devra entretenir le cours d'eau, le plancher, la toiture et toutes les murailles à ses frais, périls et fortunes.

Après les neufs années, il livrera le moulin avec les pierres (meules) et tout ce qui en dépend en bon état à dires d'expert et gens de connaissances et à condition que ledit Dubois ne prendra d'autre mouture. (Que celle de la ville)

Pendant les années du bail, le preneur (Dubois) pourra rétablir les autres deux moulins bas (Beauregard et Terville), lesdits laisseurs (la ville et ses représentants) lui ont octroyé cette grâce moyennant qu'il laisse les pierres (meules) appartenant au moulin présent à la ville de Thionville.

En outre, le preneur (Dubois) pourra prendre du bois dans le bois de la ville pour le rétablissement dudit moulin sans que la ville soit obligé de fournir d'autres bois.

Ce bail fait sans préjudice des clauses du contrat des moulins érigés depuis naguère en cette ville au bastion d'eau. le bail de celui-ci est tout ce qui a été convenu et arrêté, sauf le feu, la foudre et la guerre, entre les parties, le preneur engageant ses biens meubles et immeubles."

Herrengulden = 1 florin allemand.

Le preneur Pierre Dubois ne sait écrire et signe le bail de sa marque accoutumée qui peut être une meule ou une hache symbolisant le charpentier, car Pierre Dubois était aussi un charpentier souvent sollicité pour remettre en état les moulins vétustes ou endommagés.

On peut y voir une hache ou une meule avec le bras pour la faire mouvoir.

On peut y voir une hache ou une meule avec le bras pour la faire mouvoir.

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1674 - Le bail du moulin de Thionville (1ère partie)

Publié le par Persin Michel

Avant d'en venir au bail dans un prochain texte, quelques notions sur "les moulins" de Thionville.

Vers 1200/1300, le moulin de la ville se trouvait sur la Moselle, vers la place du Luxembourg où venait se jeter dans la Moselle, l'eau des fossés qui entouraient alors les remparts de la ville.

Emplacement peu judicieux car lors des crues, le moulin subissait des dégâts importants et restait sans produire de longues semaines, idem lors des étiages d'été où la rivière trop basse ne pouvait plus faire tourner le moulin ce qui entraînait encore du chômage.

Pourtant, cet état de fait dura de longs siècles. D'autres emplacement furent essayés mais toujours sur la Moselle, en bas des remparts un peu en amont du pont couvert. Bien entendu, il y avait toujours les mêmes causes et les mêmes effets.

Alors, quand le moulin ne marchait pas, on recourrait à des moulins à l'extérieur de la ville principalement aux moulins de Florange et Terville. En dernier recours, il existait à Thionville, un moulin à cheval (mû par un cheval) appartenant à l'armée et qui se trouvait rue Brûlée, dans les magasins du Roi. Dans les cas vraiment difficile (inondations ou gel qui duraient), sièges ou insécurité en dehors de la ville, on pouvait distribuer aux boulangers de la ville des petits moulins à bras portatifs (mû manuellement) provenant de l'armée.

Au 15ème siècle, des travaux aux remparts de la ville vont amener la destruction du moulin de la ville, le moulin de Terville (souvent appelé de "Daspich") est en ruine suite aux coups de mains incessants autour de la ville, coups de mains qui visaient très souvent en premier lieu, les moulins. Les habitants vont demander aux autorités bourguignonnes l'autorisation de reconstruire le moulin de Terville et d'en construire un autre. (Thionville est alors dans sa période Bourguignonne)

En 1462, le duc de Bourgogne accorde aux bourgeois de Thionville ce qu'ils demandent, la réfection du moulin de Terville (dit de Daspich) et la création d'un autre moulin sur la Moselle à condition qu'il ne gêne pas la navigation.

Il donnera aussi à la ville de Thionville la banalité de ces moulins moyennant le versement d'une rente annuelle. Donc, les moulins de Thionville ne seront plus banaux et dépendront de la ville de Thionville, même si des nobles, notables ou bourgeois en étaient les propriétaires et touchaient à ce titre une rente foncière.

Cette décision amena la réparation du moulin de Terville qui sera encore mis à mal au cours des sièges qui suivront.

Elle amena aussi la construction du moulin de la porte de Metz qui deviendra le moulin "Nouviaire" et dont les bâtiments existent toujours vers la place Marie-Louise. Pour alimenter en eau ce moulin on eu alors l'idée d'aller par un canal prendre l'eau de la Fensch qui passait alors à Terville, peut après le confluent avec le ruisseau de Veymerange

Enfin vers 1692, un petit moulin à foulon qui existait à Beauregard sur ce canal de dérivation de la Fensch, sera transformé en moulin à farine par le maitre meunier Pierre Dubois. A cette date Pierre Dubois rétabli aussi le moulin de Terville appelé le moulin Rouge qui était en ruine suite au siège de 1643.

La ville aura alors 3 moulins pour sa subsistance: Le moulin de la porte de Metz dit le moulin d'en haut, le moulin de Beauregard et le moulin de Terville dit le moulin Rouge qu'en appelait aussi les moulins du bas.

Plus tard existera aussi un moulin à Daspich après que fut réalisé la dérivation de la Fensch vers Maisons Neuves. Vers 1950, la construction des usines de Sollac à Daspich et du crassier attenant achevèrent de dériver la Fensch dans le bras menant à Maison Neuves et la rivière ne coula donc plus à Terville, seul y coule encore le ruisseau de Veymerange.

La construction de ce canal pour dériver l'eau de la Fensch de Terville à Thionville, permit de palier aux crues et aux étiages de la Moselle, la Fensch étant une rivière au for débit assez constant. Par un jeu de fossés de dérivation à Beauregard et par le cours naturel de la Fensch à Terville qui alors se jetait dans la Moselle avec les eaux du ruisseau de Veymerange vers la zone de Gassion sur la route de Metz, on pouvait maitriser un tant soit peu l'alimentation en eau des moulins et des tanneries de Beauregard.

Une fois l'eau utilisée par le moulin de la ville, elle était rejetée dans les fossés des remparts entourant la ville, plus tard, au temps des grands moulins de Thionville (Nouviaire) une canalisation souterraine la conduisait dans la Moselle vers la Sous-Préfecture.

La prochaine fois nous verrons le bail pour le moulin de la porte de Metz, fait par la ville, à Pierre Dubois maitre meunier et ce pour une durée de 9 années.

Les photos sont de gauche à droite: Le moulin de la ville devenu les moulins Nouviaire, les sacs stockés dans le moulin et une carte du 18ème siècle montrant la rivière Fensch avec ses dérivations et illustrant le propos ci-dessus.

Les photos ont été communiquées par Monsieur Franck de Thionville pour les 2 premières, la carte est extraite d'un plan des archives municipales de Thionville.

Les informations ont été recueillies en partie à l'association "Vie et culture" de Guénange et pour la plupart tirées de mon ouvrage "Terville Histoires retrouvées" 2013

1674 - Le bail du moulin de Thionville (1ère partie)
1674 - Le bail du moulin de Thionville (1ère partie)
1674 - Le bail du moulin de Thionville (1ère partie)

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1692 - Thionville - Le pain de munition

Publié le par Persin Michel

Contrat du 12 mars 1692 entre les maitres boulangers Michel Scharff et Jacques Mareschal de Thionville et le commissaires aux vivres de la place de Thionville Jacques de Beaulieu pour fournir aux troupes le pain de munition.

Le contrat stipule que les deux maitres boulangers Thionvillois, Michel Scharff et Jacques Mareschal, s'engage solidairement l'un envers l'autre et aux risques et périls de leurs biens, pour fournir au commissaire aux vivres de Thionville tout le pain de munition qui sera utile aux troupes en garnison à Thionville, pendant les 6 mois de campagne qui commencent au 1er mai 1692 et se terminent au dernier octobre 1692.

Pendant cette campagne des troupes seront aussi en garnison à Angevillers et à Bassompierre, le transport des pains entre ces différentes garnisons sera à la charge du commissaire aux vivres.

Le commissaire aux vivres fournira aux maitres boulangers des sacs de farine de 200 livres de poids de marc y compris le son.

Les boulangers devront rendre 180 rations de pain de munition par sac de farine, chaque ration devant faire 28 onces de pâte pour obtenir une ration bien cuite de 24 onces.

Le sieur de Beaulieu, commissaire aux vivres, s'engage à verser chaque mois aux maîtres boulangers, la somme de 17 sols tournois pour chaque sac de farine d'un poids de 200 livres, converti en rations de pain de munition. Cette somme comprend la façon, la cuisson et la distribution desdites rations.

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Jacques de Beaulieu signe Gesée de Beaulieu.

Le pain de munition n'a rien à voir avec les munitions mais désigne comme les munitions se dont le soldat doit se munir avant de partir. (Du pain et des cartouches)

Un sac de farine de 200 livres pèse 97,90 kg. (la livre fait 489,505 g)

Le pain est fait avec une farine de méteil composé de 3/4 de froment et 1/4 de seigle, il pèse 15 hectogramme (3 livres), il doit être bien cuit et rassis. Il est rond d'un diamètre de 10 pouces sur 3 pouces d'épaisseur.

La ration tirée du pain est de 24 onces (30,594 g x 3 = 91,782 g)

La distribution du pain se fait en général tous les 4 jours, supervisée par les officiers.

1692 - Thionville - Le pain de munition

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1899 - Chanson patriotique sur l'Alsace Lorraine

Publié le par Persin Michel

En 1899, mon grand père paternel était incorporé au 155ème régiment d'artillerie à Commercy (55), pendant son service militaire qui durait à cette époque 3 années, il a rédigé et illustré un carnet de chansons et monologues.

La première page du carnet représente une carte géographique où l'on voit que l'Alsace et la Moselle ne font plus partie de la France.

Plus loin, on trouve une chanson sur l'Alsace et le Lorraine qui illustre bien le sentiment général des français de cette époque au sujet des provinces perdues.

Les paroles sont dures et seraient aujourd'hui objet de scandale !

Les voici avec les illustrations

1899 - Chanson patriotique sur l'Alsace Lorraine
1899 - Chanson patriotique sur l'Alsace Lorraine

Pour plus de lisibilité en voici le texte:

Alsace et Lorraine

Une fillette au blanc corsage

Reçut d'un officier prussien

Cet aveu dans un doux langage

Voulez vous accepter ma main ?

Vous avez lui répondit-elle

L'audace de votre pays

Pour vous ma haine est éternelle

Ainsi que pour tous vos amis

Alsace et Lorraine

Les deux pauvres soeurs

Oh, race germaine

Tu brises leur coeur

Mais là bas la France

Travaille toujours

A leur délivrance

Pour de plus beaux jours

Sous vos coups a péri mon père

Qui défendait l'humble foyer

De chagrin est morte ma mère

​Que vous vouluttes fusiller

Et moi je reste seule sur la terre

Mais mon bras saura les venger

Si mon pays de sa voix fière

Me disait sus à l'étranger

Ses beaux yeux remplis de larmes

La filette dit au germain

Vous avez passé par les armes

Mon fiancé que j'aimais bien

Et tu voudrais race farouche

Après m'avoir brisé mon coeur

Par un mensonge de ta bouche

Me ravir encore mon bonheur

Elle n'est plus l'humble chaumière

Là bas sur le coteau riant

Des prussiens ivres de colère

La brûlèrent en ricanant

Puis nous prenant dans nos couchettes

Le chef nous dit d'un air hagard

Sortez ou gare aux baïonnettes

Je vous chasse petits bâtards

Je suis alsacienne

Mais quel triste sort

Moi devenir prussienne

Non, non plutôt la mort

Je suis alsacienne et garde toujours au coeur

La plus profonde haine

Des bourreaux nos vainqueurs

Mon père paralytique

Cloué sur son lit de douleur

Demeurait sombre et sans réplique

Devant ses sinistres horreurs

Oubliant jusqu'à sa souffrance

En voyant le feu l'entourer

Il s'écria: Vive la France

Puis il mourut sur le bucher

Mère périt dans le carnage

Et mon jeune frère en courroux

Du chef cracha au visage

Tomba percé de mille coups

Depuis je vais pauvre orpheline

Sans abri, sans feu, sans soulier

Implorer la bonté divine

Et quêter un mouceau de pain.

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