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http://www.histoiredethionville.com/ 2017/03/1703-les-corps-de-metiers-se-rebiffent.htm

Publié le par Michel Persin

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2017/03/1703-les-corps-de-metiers-se-rebiffent.htm

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1703 - Les corps de métiers se rebiffent !

Publié le par Persin Michel

Dans l’article précédent nous avions vu « qu’ André Blondin est en 1703, le maître de la confrérie des boulangers de la ville de Thionville, à ce titre, il fera partie du regroupement de l’ensemble des corps de métiers de la ville pour demander à Jean Larminat, conseiller du roi, receveur des amendes et espèces du bailliage, d’aller à Paris plaider leurs causes. »

Voici la suite :

« Le 14 août 1703, devant les notaires royaux de Thionville sont réunis les maîtres de métiers des confréries de la ville :

  • André Blondin, maître de la confrérie des boulangers.
  • Jean Hein, maître du corps des cordonniers et tanneurs.
  • Jean Guillaume Huttinger, maître du corps des drapiers.
  • François Jean Thirion, maître du corps des tailleurs d’habits.
  • Nicolas Limbourg, maître du corps des marchands, merciers, huiliers et ciriers
  • Pierre Him, maître du corps des charpentiers et menuisiers.
  • Laurent Jardinier, maître du corps des maréchaux [1], serruriers, vitriers, celliers, bourreliers, cloutiers, potiers d’étain et cordiers.
  • Pierre Leyendecker, maître du corps des maçons, recouvreurs [2] et potiers de terre.
  • Nicolas Jean, maître du corps des tonneliers.
  • François Néron, maître du corps des chirurgiens.
  • Georges Florentin, maître du corps des jardiniers.
  • Jacques Gérard, maître du corps des tisserands.
  • Jean Luttin, maître perruquier.
  • Pierre Herault, maître apothicaire.
  •  

Tous bourgeois de cette ville de Thionville et composant les corps et communautés de métiers, lesquels, tous en leur nom et aux noms de tous leurs confrères ont fait et constitué, unanimement, par les présentes en la personne de Jean Larminat [3], conseiller du roi, receveur des amendes et espèces du bailliage, leur procureur.

Présent en personne et acceptant, ils lui donnent pouvoir, puissance et autorité pour se transporter expressément et incessamment de cette ville de Thionville à Paris pour s’opposer formellement de leurs parts au conseil d’état du roi, tant à l’égard de la proposition faite par monsieur le maire et les échevins de Thionville, d’imposer 5 sols sur chaque hotte de vin entrant dans la ville pour sa consommation, qu’à l’arrêt rendu en conséquence le 19 juin dernier et de désavouer les officiers de cette ville, des offres qu’ils ont fait au nom de la communauté de Thionville de prendre cet impôt de 5 sols sur les hottes de vin pour payer les gages des officiers de police

 

[1] Maréchal-ferrant

[2] Couvreurs

[3] Né en 1670 décédé en 1709, marié à Apoline Fourot. Il est un des fils de Louis Larminat (1629-1704) échevin de Thionville de 1679 à 1701

De plus, ils ne veulent pas que l’imposition de 6 sols sur chaque chariot de bois entrant en ville, soit continuée tant et si longtemps et jusqu’à ce que les dettes de l’hôtel de ville, les gages et » ustencils » soient recouvrés pendant le commandement de l’Espéroux [1] sous les ordres d’Espagnac.[2]

Pour cela, ils veulent que leur procureur reste à Paris, jusqu’à ce qu’il ait obtenu un arrêt définitif. Ils paieront le voyage d’aller, le séjour et le voyage de retour et même les journées d’absences dans sa charge à Thionville. »

[1] Gestas de L’espéroux, seigneur de Bertrange (Dans l’ouvrage de GF Teissier, on le dit commandant seulement en 1708, pourtant cet acte le désigne déjà commandant en 1703 !)

[2] Thierrat d’Espagnac, gouverneur de Thionville e 1680 à 1711

Quelques signatures en bas de l'acte

Quelques signatures en bas de l'acte

Nous n’avons pas d’acte certifiant qu’ils eurent satisfaction, mais il semble que non, car les impôts continuèrent à être prélevés. En tout état de cause, ils montrèrent aux autorités de la ville, leur détermination pour les affaires à venir, qui furent assez nombreuses, comme le prouve l’acte suivant :

« le 31 août 1719, pardevant nous, gens de justice de Thionville, Jean Damin, maire de la communauté de Thionville, Nicolas Lhoste, lieutenant et Nicolas Clerc, échevin est comparu Jacques Guillaume, doyen en ville de la mairie, lequel nous a dit s’être transporté en vertu de notre ordonnance, dans toutes les maisons des bourgeois de la ville et leur avoir fait plusieurs fois commandement de payer, chacun leur part, des deniers prêté par monsieur Marc « Laint ou Lainl ».

Ordonnance et condamnation contre la communauté de Thionville au sujet de leurs bois. Une partie des habitants refuse de payer leur cote part, nous avons donné audit doyen, acte de ces diligences à faire payer les refusants et nous ordonnons que les habitants seront appelés par le commandement dudit doyen à « quatre heures du matin » surquoi, lors de leur assemblée, il leur sera dit qu’ils seront incessamment contraint au paiement de la somme portée dans la condamnation et qu’alors chacun devra payer en sus le voyage de l’huissier, les intérêts et dépends, pour parvenir au paiement

Ledit maire, lieutenant comme le doyen ont requis un acte pour faire valoir leur actions d’autant que les habitants ne veulent pas payer, ni obéir au commandement du maire qui leur a déjà fait plusieurs fois lors des assemblées qui ont lieu devant l’église paroissiale pour délibérer des affaires de la ville.

1703 - Les corps de métiers se rebiffent !

Signé par le maire, Jean Damin, l’échevin, Nicolas Lhoste, le doyen, Jacques Guillaume

Il faut savoir que les thionvillois avait la réputation de gens difficiles à manier !

NB :

En 1701, les officiers de l’hôtel de ville étaient

Le maire :

François George, seigneur de la Grange, de Meilbourg et Macquenom, colonel de la milice bourgeoise de Thionville.

Les échevins :

Jean Hilt

Louis Latouche

Martin Bonjean

Nicolas Louis

Louis Larminat. [1]

Plus tard, vers le milieu du 18ème siècle nous avons une liste succincte des corporations de Thionville, elles semblent moins nombreuses et parfois regroupées un peu différemment :

Boulangers

  • Bouchers
  • Chirurgiens
  • Maréchaux
  • Maçons, Charpentiers, recouvreurs
  • Merciers, huiliers, ciriers, rôtisseurs
  • Tailleurs d’habits
  • Tisserands

[1] Il acheta le 29 décembre 1710, la charge de subdélégué de l’intendant de Metz qui venait d’être créée. Ce problème de charge achetée ne "colle" pas avec les informations connues sur la famille Larminat, mais je verrais cela et je vous en ferai part.

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Publié le par Michel Persin

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1703/1714//1728 – Thionville - Coup de pied, mariage et enterrement

Publié le par Michel Persin

Coup de pied

Monsieur le lieutenant général civil et criminel au bailliage et siège royal de Thionville

Supplie humblement, André Blondin, maître boulanger, bourgeois de cette ville, disant que le jou d’hier, treizième du présent mois, François Vesque, aussi boulanger de cette ville, étant entré dans la maison du suppliant, André Blondin, et y ayant trouvé trois ou quatre des amis et confrères dudit Blondin, il se serait d’abord joint à eux et bu avec eux trois ou quatre verres de vin. Il voulait continuer de boire, mais André Blondin s’étant aperçu qu’il avait déjà bu auparavant et qu’il pouvait dans la suite troubler la joie, il lui aurait donc refusé de lui faire donner du vin avec d’autant plus de raison qu’il en demandait avec des termes daigneux [1] et blessant l’honnêteté.

Sur ce refus, sortant de la chambre, il aurait menacé André Blondin en lui disant :

« Tu me le payeras ! »

Puis, sans provocation de la part dudit Blondin et ayant aperçu sa femme qui avait allumé une chandelle pour l’éclairer et lui ouvrir la porte de la maison pour le faire sortir, il se serait retourné sur le seuil et lui aurait allongé un grand coup de pied dans le ventre qui lui aurait fait pousser un grand cri et lui aurait donné de la fièvre la nuit et l’aurait mis en danger, d’autant qu’elle était enceinte de cinq ou six mois. Voilà ce qui oblige André Blondin à se pourvoir devant la justice.

Sur cet incident, monsieur le lieutenant général fait adjonction au procureur du roi de faire examiner l’épouse d‘André Blondin par le chirurgien juré de la ville et de la faire panser et médicamenter.

Fait le 14 janvier 170

Signé : Hue de Saint-Rémy

Le procureur du roi, fait suivre la requête pour servir ce que de raison.

Fait à Thionville le même jour

Signé: Bock

Vu la présente requête et l’action du procureur du roi, nous ordonnons qu’il sera incessamment par nous informé du cas, circonstances et dépendances à l’effet de quoi seront, les témoins qu’André Blondin voudra faire entendre assignés par devant nous ce jour 14 janvier 1703, en notre hôtel, à trois heures de relevé [2] pour déposer sur les faits amenant la plainte et j’ai promis à André Blondin de faire visiter, panser et médicamenter sa femme par le sieur Metzinger, chirurgien juré de cette ville qui en dressera son rapport.

Fait le 14 janvier 1703

Hue de Saint Rémy

 

[1] Signifie méprisant, devenu par la suite dédaigneux

[2] Soit 15h

Rapport du chirurgien juré :

Rapporté par moi, maître chirurgien juré royal pour la ville et ressort du bailliage de Thionville qu’en exécution du commandement de monsieur le lieutenant général civil et criminel du 14 janvier 1703, je me suis transporté en la maison d’André Blondin, maître boulanger de la ville pour voir et visiter la dame Fanchon Falliné [1], sa femme. Laquelle j’ai trouvé gisante au lit disant être enceinte d’environ six à sept mois [2]et sentir des douleurs à la partie moyenne de la région épigastrique et aux reins pour avoir reçu du jour d’hier à ce qu’elle dit, un coup de pied dans le bas ventre sans cependant aucune marque de contusion ou plaie. Après l’avoir touchée et visitée, lui ai trouvé le pouls un peu agité et contre le mouvement naturel causé par quelques épouvantes. Elle a dit avoir encore senti remuer son enfant le jour d’hier et depuis plus rien. Voilà sa déclaration en ma présence et en celle de sa sage femme ordinaire, dame Anne marie. Je lui ai prescrit le repos et le régime convenable. Certifié être vrai en foi de quoi j’ai signé le présent rapport pour servir et valoir à la dite dame Falliné ce que de raison.

Fait à Thionville le 14 janvier 1703

Signé : Metzinger

Comment souvent du fait d’un jugement rendu par d’autres instances, nous ne savons pas quelles suites seront données à cette affaire.

Mariage :

Toutefois, lors de mes recherches sur la chapelle des lépreux à Saint-François [3], je suis tombé sur un contrat de mariage où l’on retrouve une partie des protagonistes du fait divers en question. Contrat de mariage dont la teneur suit:

« Le 21 avril 1714, sont présents en personnes, d’une part, le sieur Pierre Blondin, maître boulanger de Thionville, assisté du sieur André Blondin, aussi maître boulanger de la ville, son père, est là aussi, Pierre Braillon leur bon ami, bourgeois de Thionville. D’autre part, Marie Anne Françoise Herman, jeune fille du défunt André Herman, son père qui exerçait le métier de Boulanger en cette ville et d’Eve Kées, sa mère, à présent femme au sieur François Vesque, aussi boulanger et bourgeois de la ville, qui l’assiste avec maître Richard Dupont, prêtre primissaire [4] de la paroisse de Thionville et le sieur Hubert Huberty, marchand de la ville.

Les clauses du contrat se résument en plusieurs points :

- Qu’ils se marient au sein de leur mère l’église, apostolique et romaine, le plus tôt possible.

- Que dès leur mariage, ils mettront tous leurs biens en commun.

- Le futur époux a constitué une dot de 500 livres tournois à prendre sur les biens de la succession qu’il a hérité au décès de sa mère, Françoise Falinette.

- Le père du futur époux, André Blondin, versera sous huitaine après les noces une somme de 300 livres tournois.[5]

 

[1] Ou Fallinette ou encore Falignet suivant l’humeur du scripteur

[2] Le mari André Blondin annonce lui entre cinq et six mois.

[3] L’histoire de cette chapelle devrait être éditée pour Pâques 2017

[4] De « primisarius » chargé de dire la première messe du jour.

[5] Repoussé au mois de juin prochain

- François Vesques et Eve Kées, sa deuxième femme, promettent de constituer pour dot en avancement d’héritage à ladite future épouse, Marie Anne Herman, une somme de 500 livres tournois payable le lendemain des noces.

De plus pour l’habiller convenablement, ils lui verseront 100 livres, ils lui donneront aussi des meubles, de fins draps et de fines nappes, une douzaine d’assiettes, trois plats, un pot pinte et chopines en étain fin et la batterie de cuisine, auquels ils ajouteront un bois de lit avec matelas et couverture.

Le présent contrat de mariage passé à Thionville le 21 avril 1714 et signé de tous sauf Eve Kées qui ne sait pas écrire.

Comme on peut le voir nous retrouvons là les principaux protagonistes du fait divers, je veux citer :

- André Blondin et son épouse Françoise Falinette qui avait reçu le coup de pied au bas ventre.

- François Vesque le donneur de coup de pied.

C’est à dire qu’onze ans après les faits, le fils d’André Blondin, Pierre [1], se marie avec Marie Françoise Herman qui est la fille d’Eve Kées, veuve d’André Herman, à ce jour remariée avec François Vesque, le donneur de coup de pied à la mère du futur époux.

On peut remarquer aussi que Pierre Blondin était déjà né lors de cette affaire de coup de pied et que ce n’est pas lui qui était en gestation.

La punition pour ce coup de pied n’a pas dû être trop sévère et la rancune peu tenace. A leur décharge, les intérêts à s’allier entre familles du même corps de métier [2] étaient alors très importants et l’on pouvait bien passer, sur une soirée trop arrosée.

Enterrement :

Pour en revenir à la chapelle des lépreux de Saint-François, on trouve le décès d’André Blondin, maître boulanger à Thionville, le 26 avril 1728, et son inhumation dans la chapelle de Saint-François.

Pourquoi une inhumation dans cette chapelle ?

Simplement en vertu du fait que la famille Herman a été à une époque propriétaire de cette chapelle. (A voir en détail dans l’ouvrage à venir sur cette chapelle)

 

[1] Pierre Blondin s’était marié le 9 novembre 1706 avec Marie Thuilier avant cette seconde noce

[2] On notera que la famille Kées était aussi une famille de meuniers bienvenue dans une famille de boulangers

Acte de décès d'André Blondin

Acte de décès d'André Blondin

NB :

- Etienne Hue de Saint-Rémy, lieutenant général civil et criminel, au bailliage de Thionville époux d’Agnès Bock.

- Jean Mathias Bock, procureur du roi au bailliage De Thionville, subdélégué de l’intendant de Metz, seigneur foncier de Volkrange, célibataire.

André Blondin est en 1703, le maître de la confrérie des boulangers de la ville de Thionville, à ce titre, il fera partie du regroupement de l’ensemble des corps de métiers de la ville pour demander à Jean Larminat, conseiller du roi, receveur des amendes et espèces du bailliage, d’aller à Paris plaider leurs causes. (Nous verrons cela dans un article à venir)

Signature d'André Blondin comme maître de la confrérie des Boulangers

Signature d'André Blondin comme maître de la confrérie des Boulangers

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