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1704/1783 - THIONVILLE - Trois documents originaux

Publié le par Persin Michel

1704 - Le transfert d’une prisonnière à Metz
1705 - La vente des seigneuries
 1783 - Le libraire licencieux 

 

1704 - Transfert d’une prisonnière de Thionville à Metz

Un acte du 11 août 1704, nous donne un aperçu de la manière dont se faisait le transfert d’une prisonnière de Thionville à Metz pour son procès.

«Le 11 du mois d’août 1704, par devant nous Estienne Hue de Saint-Rémy, escuyer, conseiller du roi et lieutenant criminel au bailliage et siège royal  de Thionville, étant en la chambre criminelle est comparu le procureur du roi qui a dit qu’il a fait afficher et apposer à la porte de cet auditoire, qu’il sera aujourd’hui procédé au bail au rabais de la conduite d’Anne Arnous, prisonnière en la prison de notre conciergerie de Thionville, pour être menée sous bonne et sûre garde en la conciergerie du parlement de Metz, pour son procès requérant sa comparution.

Nous avons donné acte au procureur du roi de sa requête et avons ordonné qu’il soit présentement procédé à l’attribution du bail au rabais et avons fait lire à haute et intelligible voix ladite affiche par le sieur Barthel, huissier de service.

Après quoi, l’huissier a mis la conduite de ladite Anne Arnous à la conciergerie du parlement de Metz pour son procès aux enchères qui suivent :

Bail mis à prix à 50 livres

Collignon propose 45 livres

Chabot propose 42 livres

Niclou propose 40 livres

Collignon propose 38  livres et 10 sols

Chabot propose 37 livres

Collignon propose 36 livres

Personne ne venant rabaisser le bail, celui-ci est alloué au sieur Collignon qui devra donc mener ladite prisonnière, Anne Arnous, à son procès au parlement de Metz et la remettre en la conciergerie du parlement en assurant une bonne et sûr garde. La dite prisonnière lui sera remise en main propre et le tout noté sur le registre.

NB : Il est intéressant de constater qu’il y a plus de 300 ans, le transfert de prisonnier de Thionville à Metz était sous-traité à des particuliers, moyennant finances et garanties données par le particulier ayant remporté l’offre.

1705 – La vente des seigneuries de la prévôté de Thionville

« Le 14 mars 1705, examen par le lieutenant général et les conseillers du bailliage au siège royal de la ville, de la remontrance fait par le procureur du roi audit bailliage disant que l’édit de sa majesté ayant ordonné la vente et l’aliénation à titre d’inféodation et de propriété « incommuable » des justices et seigneuries des paroisses ordinaires du royaume, la plupart de celle de la prévôté de Thionville ayant été adjugées à différents acquéreurs et lesquels au lieu de se faire recevoir et installer en possession et jouissance par les officiers de sa majesté ainsi qu’il est dit au contrat de vente de messieurs les commissaires généraux et conformément à l’édit du roi du mois de juillet 1704 concernant les justices seigneuriales et quoi que ces règlements qui ne peuvent être ignorés par les acquéreurs, lesdits acquéreurs se sont mis en possession eux même ou par un sergent non commissionné.

Ils ont créé des maires et des gens de justice au mépris de l’édit du roi aussi il est requis du procureur du roi de faire réprimer pareils entreprises et que les possessions prises par les acquéreurs de Koenisgmacker, Terville, Elange, Boulange, Gandrange, Volkrange, Beuvange et d’autres lieux soient déclarés nulles avec défense aux maires et gens de justice créés par les dits acquéreurs d’exercer aucune fonction de leur office à peine de faux, les sergents qui les ont mis en possession sans aucune commission seront condamnés chacun à trois livres d’amende avec défense de ne plus récidiver sauf aux acquéreurs qui doivent se pourvoir pour leur installation et réception des maires et gens de justice ainsi qu’il est ordonné et que le jugement qui interviendra soit signifié aux acquéreurs et aux maires et gens de justice afin de s’y conformer.

Nous membres du bailliage en égard à la remontrance du procureur du roi et y faisant droit, nous avons déclaré et déclarons kes possessions prises par les acquéreurs des justices et seigneuries des paroisses de Koenisgmacker, Terville, Elange, Boulange, Gandrange, Volkrange, Beuvange et autres lieux dépendants du bailliage de Thionville, nulles, défendons aux maires et gens de justice de ces lieux d’exercer leurs offices sous peine de faux et d’arbitraire . De même nous condamnons les sergents ayant mis en possession les acquéreurs sans la mission de le faire d’une amende de trois livres et de défense de récidiver sous peine d’interdiction. Nous demandons aux acquéreurs de se pourvoir et ordonnons aux acquéreurs et gens de justice d’attendre d’être signifiés du jugement d’acquisition qui sera rendu ».

Ce texte est en deux parties, la première est une remontrance faite par les officiers royaux au bailliage de Thionville expliquant que certains acquéreurs de seigneurie dépendant dudit bailliage, ont une fois acté leur achat, nommés leur maire et leurs échevins, leur sergent et bangardes sans en référer aux officiers royaux et sans leur autorisation. Or l’administration royale avait prévu un contrôle sur ces acquisitions en terme de paiement effectif du montant de la seigneurie acquise et un contrôle sur les nominations du maire et des gens de justice. N ‘oublions pas que certaines seigneuries avait été acquises par deux seigneurs [1], qui nommaient chacun leur maire et gens de justice au sein du même village avec les inconvénients pouvant en découler.

La deuxième partie n’est que la confirmation de la remontrance par les membres du bailliage qui de toutes les façons n’avaient pas le pouvoir d’aller contre les officiers royaux.

On demanda donc aux gens de justice ainsi nommés de ne pas exercer leur fonction et aux acquéreurs de se pourvoir en justice pour demander la validation par les officiers royaux de leur acquisition avant de pouvoir créer et nommer leur maire, leurs échevins, sergent et autres. En fait le roi et son administration mettaient les choses au point et l’église au milieu du village.

Le roi avait vendu ses seigneuries mais restait le maître et les futurs seigneurs qui pour la plupart étaient d’anciens militaires, petits nobles ou plus simplement des bourgeois, commerçants de la ville comprirent vite quelle était leur place. Beaucoup qui s’étaient  endettés pour ce titre de seigneur déchantèrent bien vite, les rentes, droits et cens divers n’étaient souvent pas payés par des paysans pauvres ou par des laboureurs plus riches, mais chicaneurs et procéduriers. La mésentente était fréquente entre les co-seigneurs et le morcellement des propriétés lors des successions n’arrangeait rien. De ce fait, beaucoup de seigneuries furent revendues plusieurs fois en quelques dizaines d’années [2].

La vente des seigneuries du royaume avait atteint son but, renflouer les caisses royales mais fut souvent un marché de dupe pour les acquéreurs.

Ci-dessous, la déclaration de l’achat de la seigneurie de Terville-Elange par le sieur Jean de la Martinière de Thionville [1] pour une somme de 12760 livres et pour un rapport annuel théorique [2] de 500 livres, en cens, rentes et droits seigneuriaux divers, soit à minima 25 ans pour amortir l’achat. En 1722, la seigneurie sera vendue à Marie Anne Léopold de Neuhof, veuve de André Brandenbourg de Breyfeillac, comte de Trévoux et ses deux enfants la revendront en 1763, à Benoît Nicolas Wolter de Neurbourg, déjà seigneur de Cattenom, pour la somme de 18714 livres qui lui seront remboursé par le roi qui avait entre temps repris les domaines.[3]

Donc, entre 1704 et 1770, la seigneurie de Terville/Elange ne s’est valorisée que de 5954 livres soit d’environ 100 livres par année !

 


[1] Il est commissaire garde du parc d’artillerie de Thionville

[2] Théorique car de nombreux droits et cens n’étaient pas payés ou avec énormément de retard à cause des mauvaises récoltes, des guerres et des épidémies.

[3] Voir « Terville, Histoires retrouvées » par Michel Persin 2013


[1] Un seigneur haut-justicier et un seigneur foncier comme à Volkrange avec l’incident qui en avait découlé lors de la fête du village.en

[2] Ainsi entre 1705 et 1789, la seigneurie de Veymerange eut plus de cinq seigneurs différents

 

Déclaration de l'achat de la seigneurie de Terville/Elange (ADM)

Déclaration de l'achat de la seigneurie de Terville/Elange (ADM)

Le libraire licencieux

« Aujourd’hui 8 avril 1783, nous Jacques Barthélémy Blouet, conseiller du roi, lieutenant générale civil et criminel au bailliage de Thionville ainsi que de la police de la ville, en procédant à l’assistance  de la réquisition de maître Antoine Collar, procureur du roi au siège de Thionville, et procédant à l’apposition des scellés chez le défunt Louis Bonin, libraire et bourgeois de Thionville, nous sommes descendu dans une cave attenante à la maison du sieur Bonin ou nous avons trouvé un coffre de chêne dans lequel il y avait des livres prohibé, c’est la raison pour laquelle nous avons fait transporter le coffre dans notre hôtel du bailliage pour en faire l’examen détaillé et en dressé l’inventaire .

Le 4 juin 1783, nous avons procédé à l’inventaire des biens du sieur Bonin, libraire de son état afin d’établir sa succession, inventaire fait sous la requête de maître Jean Joseph Delavallée, avocat au parlement de ce siège. Afin d ‘établir un inventaire le plus justement estimé, nous avons fait appel au sieur Pierre Bertrand, libraire de Thionville qui a prêté le serment qu’il s’acquitterait fidèlement de sa mission.

Nous nous sommes transporté au grenier de la maison du sieur Bonin défunt et avons commencé l’inventaire  des livres :

L’histoire de Clarisse en 4  volumes estimés à 4 sols.

La partie de chasse d’Henri IV en 4 volumes estimés à 12 sols.

(Suivent une liste de plusieurs dizaines de livres avec leur estimation)

Le 25 juin 1783, après avoir fait faire l’inventaire des livres de la boutique, nous avons fait celui du coffre avec les livres prohibés et nous en avons établi l’inventaire suivant :

10 exemplaires du livre « le système de la nature »

8 exemplaires du livre « Le mal et la liberté » de Jean Jacques Rousseau

3 exemplaires du livre « la belle allemande »

12 exemplaires du livre « Les amours de ……. »

8 exemplaires du livre « La confession du comte de *** » 1742 par Charles Pinot Duclos

4 exemplaires du livre « Le parnasse libertin »

18 exemplaires du livre « Le carillon de Cytère »

31 exemplaires du livre « Candide » de Voltaire.

36 exemplaires du livre « L’homme aux quarante écus » par Voltaire.

114 exemplaires du livre « La nouvelle Messaline » Nouvelles érotiques 1737

105 exemplaires du livre « la tourière des carmélites »

74 exemplaires du livre « Recueil de pièces galantes »

67 exemplaires du livre « Apologie de la fine galanterie »

88 exemplaires du livre « Les cinq jouissance à mourir »

7 exemplaires du livre « La putain errante » de l’Arétin

43 exemplaires du livre «L’histoire de la demoisselle B »

72 exemplaires du livre « La légende Joyeuse » de maistre Pierre Faifeu

5 exemplaires du livre « L’honnête philosophe 

NB: Beaucoup de ses livres sont pour le moins "Erotiques" les autres contestent Dieu, l'église et la morale, toutes choses fort peu appréciées par la royauté au 18ème siècle

L’inventaire terminé, nous avons mis notre cachet sur le coffre dans l’attente de la décision à prendre à son égard.

Le 24 juin 1783, le procureur du roi donne l’ordre qui suit :

« Je requiers que les livres prohibés mentionnés au procès verbal d’inventaire soit porté à la conciergerie du bailliage pour y être lacérés par l’huissier de service puis jetés au feu. »

L’ordre est exécuté le 29 juillet 1783.

Ci-dessous un exemple de livre prohibé que l'on peut encore trouver chez les bouquinistes

Le « Système de la nature » est un livre écrit en 1770, sous le pseudonyme de Jean Baptiste de Mirabaud, par le baron d’Holbach, Paul Henri Thiry (1723 à 1789) Le livre nie l’existence d’une âme et donc celle d’un Dieu. Pour lui, seul le cerveau est aux commandes et détermine la vie.

Le « Système de la nature » est un livre écrit en 1770, sous le pseudonyme de Jean Baptiste de Mirabaud, par le baron d’Holbach, Paul Henri Thiry (1723 à 1789) Le livre nie l’existence d’une âme et donc celle d’un Dieu. Pour lui, seul le cerveau est aux commandes et détermine la vie.

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Les fours banaux à Thionville et aux alentours

Publié le par Persin Michel

Four banal de Negrepelisse en 1772

Four banal de Negrepelisse en 1772

Dans les débuts de la féodalité [1], les fours banaux comme les moulins et les pressoirs étaient des biens utiles, je dirais même vitaux pour les communautés urbaines ou villageoises, car à la base même de leur alimentation journalière.

La construction de ces édifices faisait appel à des connaissances techniques spécifiques et à une exigence de durabilité, toutes caractéristiques qui impliquaient des dépenses assez conséquentes et hors de porté des habitants. De plus, ces édifices nécessitaient une occupation foncière que n’avaient pas non plus ces communautés.

Donc, le seigneur de la ville, du village qui possédait le foncier et l’argent construisait le pressoir, le moulin et le four, puis obligeait les habitants à les utiliser moyennant finance. C’est ce qu’on appelait les droits de banalité [2] , car au final ces biens profitaient à toute la population et au seigneur également car il bénéficiait lui aussi des services offerts par ces équipements et percevait les taxes sensées lui revenir du fait qu’il en était propriétaire. Bien entendu, il se devait aussi d’en assurer l’entretien ou la reconstruction car il n’était pas rare que ces équipements soient détruits par les intempéries, la vétusté, les incendies accidentels ou volontaires au cours des guerres, sièges ou coup de main, fréquents dans nos régions.

Effectivement, du fait de l’utilité impérieuse de ces équipements, lors des épisodes guerriers, ils étaient souvent les premiers à être endommagés ou détruits, privant ainsi les habitants d’une partie de leur alimentation quotidienne et le seigneur du lieu d’une rentrée d’argent, le soumettant de surcroît, à des dépenses futures pour les reconstruire ou les réparer.

 

[1] Du 10 au 12ème siècle, mais dont divers droits, impôts perdurèrent jusqu’à la révolution

[2] Banal : ce qui est commun au plus grand nombre

 

Ces destructions, n’amenaient pas toujours une reconstruction rapide et parfois même le four n’était jamais reconstruit, soit par manque de volonté de la part du seigneur, manque d’argent, litige divers. Alors on dérogeait à la règle et on permettait aux habitants de cuire le pain chez eux mais en payant quand même le droit de banalité et au final on s’aperçut très vite que cette façon de faire convenait à tout le monde car le bourgeois, le villageois pouvait cuire son pain chez lui sans se déplacer au four banal ou attendre le jour de la cuisson et le seigneur qui percevait la taxe n’avait plus à reconstruire et à entretenir le four. Mais la taxe de four banal continua à être due et payée  au seigneur.

Les habitants des villes et des campagnes étaient soumis à un ensemble de taxes ou d’impôts divers comme les droits de banalité, mais aussi les corvées [1], la taille [2], le tonlieu [3] le terrage ou none [4] et d’autres encore plus spécifiques sur les vins, le cuir, les fenêtres, le mariage et puis il y avait les dîmes dues au clergé.

Tout cela grevait fortement les maigres revenus des habitants. Toutefois au fil du temps, ces impôts avaient soit disparus, soit n’ayant pas été réactualisés ne représentaient plus grand chose, certains à l’aube de la révolution n’étaient déjà plus payés depuis longtemps. Bien entendu, on a attribué et l’on attribue encore la révolution à la pression insupportable de la fiscalité sur les habitants, mais la fréquentation assidue des documents  du 18ème  siècle m’oblige à corriger fortement cette assertion qui est battue en brèche par la réalité des faits telle qu’on la constate dans l’ensemble des documents de l’époque où les impôts et même le pouvoir réel [5] des seigneurs n’avaient absolument plus rien à voir avec les temps où ils furent mis en œuvre.

Ce cadre général étant fixé, revenons maintenant à Thionville et aux villages alentours pour ce qui concerne les fours banaux [6]. A Thionville, seule une rue dite du « four banal » dans le prolongement de la rue « brûlée » évoque encore l’existence de cet équipement au centre de la vieille ville.

Au 13ème siècle, Thionville, après avoir failli être livrée au Duc de Lorraine reste en possession des comtes de Luxembourg. Ils vont accorder à certaines villes et à leurs habitants, des chartes de franchises, à l’exemple des rois de France.

Ces chartes de franchises desserraient un peu le carcan qui maintenait les habitants dans un ensemble de règles et de devoirs très rigides avec bien peu de droits en contre partie.

 

[1] Travaux divers dus au seigneurs : Remblais, nettoyage, chariotage des matériaux…

[2] Taxe générale apparentée à un impôt direct

[3] Droit de passage pour une personne, souvent pour des marchandises d’une seigneurie ou ville à une autre.

[4] Prélèvement d’une partie d’une récolte, souvent le dixième ou neuvième.

[5] Ils n’avaient conservé que des titres honorifiques, peu de pouvoirs et souvent bien peu d’argent, tout au moins pour la majorité des seigneurs provinciaux.

[6] Les moulins ont déjà étaient abordés dans plusieurs articles du Miscellanées 2013/2014 et dans l’ouvrage « Terville, histoires retrouvées - 2013»

 

La charte de franchise de Thionville fut « donnée » à la ville en 1239 par Henri, comte de Luxembourg.  On y trouve cette petite phrase laconique :

« Li boursois de tyonville doient cuire au four bannal »

Petite phrase qui indique que le bourgeois de Thionville doit cuire au four banal, et qui nous est mieux expliquée dans la charte de franchise de la ville de Bitbourg, postérieure à celle de Thionville puisque datée de 1262, et où il est précisé que :

 « Nous nous réservons et à nos successeurs, comtes de Luxembourg, les fours banaux de Bitbourg, selon ce qui est usité à Thionville, en cette manière qu’aucun bourgeois n’ait son four propre et nous ne pourrons en permettre l’usage à personne, ni les inféoder, mais nous en retirerons tout le profit qui nous revient de droit »

Donc en 1239,  il existe un four banal à Thionville où tous les bourgeois doivent cuire leur pain avec défense de posséder leur propre four. Ce four est la propriété des comtes de Luxembourg qui en retire un profit (droit de banalité) mais ne peuvent l’inféoder (louer contre une rente). Nous sommes là dans le droit fil de la féodalité, de ses taxes et impôts. En général, les habitants avaient aussi obligation d’aller faire moudre leurs grains au moulin banal de la ville, toutefois à Thionville, la situation sera rapidement différente [1] .

Les habitants amènent donc la pâte à pain qu’ils ont confectionnée avec la farine venant du moulin de la ville et là un « boulanger » fait cuire cette pâte moyennant finance où contre une part de cette même pâte. Dans les villages, la cuisson a lieu qu’une fois par semaine, mais à Thionville, il est probable que des cuissons avaient lieu tous les jours ou du moins plusieurs fois la semaine.

En 1438, Guillaume de Saxe « donne » à la ville de Thionville le nouveau moulin construit à la porte de Metz sur une dérivation de la Fensch, car les moulins banaux situés sur la Moselle ont été détruits lors du remaniement des fortifications de la ville.

 

[1] Voir dans « Terville, Histoires retrouvées » du même auteur paru en 2013

Philippe III de Bourgogne

Philippe III de Bourgogne

C’est finalement Philippe III de Bourgogne, duc de Luxembourg [1] qui en 1462, donnera définitivement à la ville le moulin de la porte de Metz et le droit d’en construire un autre à Terville.[2]

Lorsque l’on dit que l’on donne le four ou le moulin aux habitants, cela veut dire à la ville. Effectivement, Thionville est une communauté d’habitants qui dépend directement des comtes puis des ducs de Luxembourg au travers d’un prévôt, d’un bailli, d’un représentant nommé.  Pas de seigneur à Thionville, pas de seigneur de Thionville, même si quelques familles ont pris le nom de Thionville [3], elles n’avaient en général aucune autorité sur la ville.

 

[1] Appellation courante mais en fait il ne prit jamais ce titre

[2] Qu’on appellera le moulin Rouge

[3] Comme par exemple un certain Arnoux de Thionville portant le titre d’écuyer en 1302

Pendant des années, on ne sait rien de plus sur ce four banal qui doit rendre le service attendu de lui avec sans doute des aléas inévitables, mais voilà en 1558, la ville de Thionville subit un siège victorieux de la part des français conduit par le Duc de Guise.

Dès 1559, la ville revient dans son giron Luxembourgeois, mais il est probable que le four banal ait subi des dommages, qu’il faille le reconstruire, devant cette dépense, Philippe II [1], en charge de la ville décide en 1577, de donner à la ville le four banal, ce qui de son point de vue implique le droit des habitants d’avoir des petits fours, moyennant la somme de 50 florins, valant 87 livres et 17 sols tournois, payable en deux termes.Nous voyons ici qu’en 1577, la règle générale, valable et applicable, depuis la charte de franchise de 1239 et sans doute avant, est caduque. Le moulin tout comme le four banal a été donné aux habitants de Thionville, donc à la ville, de ce fait, la banalité réelle de ces deux équipements n’existe plus, pourtant les droits de banalité continueront à être exigés et à être payés avec plus ou moins de régularité suivant les temps et les lieux.

A Thionville toutefois, le four semble avoir été reconstruit car une partie des habitants n’avaient pas les moyens [2] de cuire le pain chez eux, on avait donc un système mixte avec des particuliers qui cuisaient chez eux en payant la taxe afférente et une partie des habitants qui continuaient à cuire au four banal en payant la taxe afférente qui devait être moins élevée.

Extrait d’un acte notarié passé chez le notaire Helminger le 3 janvier 1685 :

« Jean Michel Wehe et Jean Herman, marchands bourgeois de Thionville disent avoir loué à Pierre Limptgen et à sa femme Marie Klain, le four banal de la ville pour une durée de trois années consécutives avec les mêmes clauses et conditions que leur à fait la ville de Thionville soit la somme de cinquante cinq Herren Gulden [3] payables chaque année au receveur de la ville. Les preneurs s’engagent aussi à cuire le pain de leur ménage pendant les trois années dans ledit four. Les témoins sont : Jacob Henry et Jean Volmeringer qui signent, les loueur signent également et les preneurs ne savent pas écrire. »

L’emplacement exact du four n’est pas connu, nous savons simplement qu’en 1686, il est mitoyen à la maison de Jean Rollinger comme indiquer dans un acte notarié concernant la vente d’une maison proche de ce four.

Les fours banaux étaient très souvent construits un peu à l’écart des autres habitations par peur des incendies, les plans anciens de Thionville n’indiquent pas ce genre de construction, il semble donc bien avoir été mitoyen avec une maison ou dans une maison particulière.

Le four banal de la ville fut détruit en 1748.

Regardons un peu la situation dans quelques villages autour de Thionville :

 

[1] 1555 – 1598, fils de Charles-Quint

[2] Moyens matériels et financiers

[3] Soit environ 1 florin dit du seigneur par Herren Gulden

Terville

Le four banal est commun au deux seigneurs qui se partagent le village dont l’abbaye de Bonnevoie au Luxembourg. C’est elle qui perçoit l’argent du four et en redonne une part au co-seigneur. Le four se situe dans la rue « Vingasse » [1]

En 1485, le four banal est mis à ferme (loué) au sieur Noël pour la somme de 20 gros de Metz, soit 32 deniers auquel il fallait encore ajouter 7 chapons.

En 1568, le four est ruiné, les seigneurs locaux dont l’abbaye de Bonnevoie autorisent donc les habitants à cuire chez eux pour une redevance de 6 patards par an.[2]

Le four sera refait puis à nouveau détruit.

En 1604, le four banal est en ruine.

En 1691, la dame d’Argelet possède le four banal qui est toujours en ruine, il ne sera plus jamais reconstruit. Chaque habitant qui cuisait son pain payait par année la  taxe de 9 sols et 6 deniers, les droits perçus annuellement sont encore de 24 sols toutefois les chapons ne se paient plus.

En 1694, au regard de la population, les droits perçus auraient dû se monter à 100 sols soit environ 5 livres tournois, or ces droits n’étaient pratiquement plus acquittés, ainsi en 1720, les droits de four banal se montaient à 24 sols.

En 1735, le droit dit de four banal n’est plus payé et ne le sera plus jamais.

En 1786, le maire du village déclare qu’il n’a pas souvenir de ce droit de four banal !

Veymerange  et Elange :

Les fours sont en ruine en 1604 et jamais reconstruits, la redevance due était d’un batz en 1704 soit environ 1 sol et 6 deniers. A Veymerange, le four se trouvait dans une maison derrière l’église, rue Saint-Martin, dans la petite ruelle qui contourne l’église.

Hayange :

En 1562, c’est Nicolas Scholler, aussi meunier à Marspich qui cuisait au four banal, à sa mort cette même année le droit sera transmis à son fils pour faire du pain blanc.

Volkrange :

En 1698, les habitants qui veulent cuire le pain chez eux font une demande aux deux co-seigneurs, Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock pour obtenir ce droit, voici un extrait de cette demande :

« Nous Paul Adam maire de Volkrange, Nicolas Picard aussi maire de Volkrange [3] aussi échevins des seigneurs avec Henry Cune aussi échevin, Nicolas Adam, Jean Suisse, Demange Suisse, Henry Bentz, Nicolas Legrand, Marguerite veuve de Jean Marche, Jean Dalliot, Jacques Lefranc, Jean Lefranc, Antoine Priard, Jacques Philippe, François Grund fils, Paul Mathelin, Pierre Hofman, François Mathelin, Didier Noël, Gérard Noël, Humbert Breibach, Abraham Hennequin, Jean Mollet, tous  habitants composant la communauté du village de Volkrange et Metzange déclarent que leur prédécesseurs avaient été obligés de cuire leurs pains dans un four banal qui était construit dans la seigneurie de Volkrange.

 

[1] Voir l’ouvrage « Terville, Histoires retrouvées » par Michel Persin - 2013

[2] Le patard est une petite monnaie des Pays-B.as Bourguignon sans grande valeur, comme un sou, un liard

[3] Volkrange avait deux seigneurs donc deux maires

 Ce four leur est tout à fait à charge et coûte cher, ils voudraient se libérer et s’exempter de cette servitude, ils sont prêts à payer aux seigneurs communs annuellement et pour toujours, chaque ménage faisant feux ou particulier une taxe (cens) de deux blankens [1] payable entre les mains des seigneurs en contrepartie, ils seraient libre de faire construire chez eux, dans leur maison, des fours pour cuire leurs pains et pour que les seigneurs aient le même privilège que leur prédécesseurs, ils s’engage, chaque ménage ou particulier, à payer annuellement et pour toujours ce cens de deux blankens à un jour fixé de l’année.

Cette proposition a été acceptée par les co-seigneurs, Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock qui est aussi conseiller, procureur du roi de l’hôtel de ville de Thionville et subdélégué de l’intendant.

Ces co-seigneurs acceptent, aussi par pure charité, en considération des misères dues aux dernières guerres qui ont accablées les habitant,s de leur faire remise des arrièrages de deux blankens à charge dans l’avenir de payer ce cens pour toujours, le premier lundi après la Saint-Martin. Fait au château de Volkrange le 17 février 1698 avant midi, explications en langue germanique mot pour mot et intelligiblement.

Ont signé : Les deux co-seigneurs ; Jean de Pouilly et Jean Mathias Bock et aussi Jean Dalliot, Nicolas Picard, Abraham Hennequin, tous les autres habitants ont fait une croix ou leur marque habituelle. (Notaire : Helminger) »

 

Ici, nous voyons que le four banal est à la charge des habitants au niveau de l’entretien et qu’ils devaient payer quand même la taxe banale. Mais les deux sièges de Thionville de 1639 et 1643 ont mis à mal le four banal et le service n’étant plus rendu, la taxe n’est plus payée. Au final, le four est laissé à l’abandon, voir démoli, chacun va cuire chez lui en payant la même taxe qu’auparavant et tout le monde y trouve son compte comme dans la plupart des villages alentours. A Thionville, va subsister un système mixte jusqu’en 1748, puis chacun prendra l’habitude de se fournir chez le boulanger [2] ou de cuire chez lui quand il dispose d’un four personnel.

 

 

[1] Blanken veut dire « Blanc » donc une pièce en argent d’un écu soit un tiers de livre

[2]  En 1818, il y a 15 boulangers à Thionville

 

NB :

Les sources de cet article sont : Actes du notaire Helminger (ADM 3E7520-7538)

L’histoire  de Thionville par G.F. Teissier 1828.

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1704 – Evasion à la prison de Thionville

Publié le par Persin Michel

1704 – Evasion à la prison de Thionville

Dans l’article précédent nous avons vu qu’une certaine Madeleine Schaff avait été incarcérée à la prison royale de Thionville pour prostitution de son corps. Il se trouve que j’ai découvert, il y a quelques jours, un document daté du 1er juin 1704 qui relate une évasion de cette même prison où avait été incarcérée Madeleine Schaff en juin 1669.

Voici  le rapport de cette évasion fait par le « geollier » et l’annotation au bas du rapport demandant une inspection de la prison :

« Ce jourd’huy, premier de juin 1704, aux environs des quatre heures du matin, moi Jacques Huyart, geollier commis aux prisons royales du bailliage et siège royal de Thionville [1], certifie m’être transporté dans une des chambres desdites prisons où était enfermé le nommé Jean Barthel, bourgeois de cette ville comme prisonnier à la requête du sieur Grinsar, marchand, bourgeois de Metz, pour une dette de 241 livres tournois, sauf néanmoins à déduire le reçu au paiement de laquelle somme, ledit Barthel a été condamné par sentence de ce siège, même par corps, comme il paraît sur son écrou du 7 mai dernier.

La nuit du dernier jour du mois de mai et premier juin, ledit Barthel se serait évadé de force desdites prisons, quoique qu’ayant fait bonne garde de sa personne.

Il aurait arraché et défait deux barreaux de la fenêtre de ladite chambre, lesquels cependant étaient tenus et liés avec deux chainettes qui entouraient les deux barreaux.

A l’instant, j’ai fait la recherche de la personne dudit Barthel par toute la maison de Claude Lestamy par laquelle il s’est sauvé et même dans la maison des voisins et n’ayant pu trouver ledit Barthel, j’ai été obligé de dresser le procès verbal pour servir et valoir ce que de droit d’autant qu’il ne vient aucune erreur de ma faute. Fait à Thionville dans les prisons royales du bailliage. » Signé du « geollier », Jacques Huyart.

 


[1] Au début du 18ème siècle, ces chambres servant de prisons pour les bourgeois de Thionville, étaient situées dans le bâtiment du bailliage (Beffroi) et la prison pour les militaires se trouvait dans le couronné de Yutz

 

Noté au bas du procès verbal par le procureur du roi au bailliage :

Je requiers pour le roi, que le bris de prison mentionné dans ce procès verbal, il en soit informé, circonstances et dépendances et cependant que lesdites prisons soient vues et visitées pour en être dressé procès verbal et qu’on me le communique.

A Thionville le 3 juin 1704, signé de Jean Mathias Bock [1], procureur du roi au bailliage.

Rapport sur les prisons royales de Thionville suite au bris et évasion :

L’an de 1704, le 3 juin, nous, Jean Fringan, doyen des conseillers du bailliage et siège royal de Thionville en absence du sieur lieutenant général audit siège en vertu du procès verbal dressé le 1er du présent mois par Jacques Huyart, concierge de la conciergerie dudit siège et sur réquisition du procureur du roi, mis au bas du procès verbal de Jacques Huyart, je me suis transporté avec Jean Gorgon Bailly, clerc au greffe à cause de l’absence du greffier en ladite conciergerie. Ledit Jacques Huyart, nous a conduit dans une petite chambre où il met d’ordinaire les prisonniers et qui prend jour [2]sur la cour de Claude Lestamy dit « Picquart », bourgeois de cette ville.

Dans cette chambre, nous avons trouvé une fenêtre barrée de haut en bas de quatre barreaux de fer carré et un pareil qui les barrait au travers des barreaux et les cramponnait l’un dans l’autre. Le quatrième barreau et la barre traversant quoi que cramponnée a été ôtée de force avec des outils de fer et les pierres de celle qui traversait ont été cassées. Le trou de la pierre d’embase où le quatrième barreau était posé a été creusé par dessous. C’est par ce brisement que ledit Jean Barthel détenu prisonnier dans ladite chambre s’est sauvé et évadé nuitamment. Pour assurer d’avantage ladite chambre en forme de prison, il faudrait que toutes les barres de fer fussent plombées par les bouts d’avec les pierres et murer une pierre de taille par dessus jusqu’au haut de la barre de fer et il restera encore un jour suffisant pour éclairer ladite chambre et les prisonniers.

Fait à Thionville le jour dit et signé du greffier et de moi-même.

On ne sait pas si le sieur Jean Barthel a été repris ou s’il a échappé durablement à la prison. Il n’était pas un bien grand criminel puisqu’incarcéré pour une dette importante envers un marchand de Metz, une somme de 241 livres ce qui à l’époque représentait la moitié du prix d’une maison en la rue brûlée ou le prix d’une maison et jardin dans la banlieue de la ville.

NB : Le beffroi actuel est bien différent de celui du 18ème siècle qui abritait aussi le bailliage, la chapelle du Rosaire et le poids de la ville. Il l’est bien plus encore de celui du beffroi originel. Toutefois, on peut voir qu’en 1704, la prison pour les bourgeois [3] de Thionville se limitait à une ou deux chambres situées dans le bâtiment du beffroi, au rez-de-chaussée, sans doute à l’arrière et donnant dans la cour d’une maison privée. Ces chambres ont une fenêtre avec des barreaux de fer et le concierge loge sans doute assez loin de ces chambres pour n’avoir rien entendu des « travaux» effectués par le prisonnier pour démonter deux des barreaux de la fenêtre. On a souvent dit que les prisons se situaient dans le sous-sol du beffroi, mais celui-ci servait au poids de la ville et les ouvriers y travaillant se plaignaient des odeurs à cause des fuites dans les écoulements des latrines de la prison qui se trouvaient donc au-dessus du poids et donc au rez-de-chaussée, ce qui corrobore ce rapport d’évasion.

 


[1] Il était aussi co-seigneur de Volkrange.

[2] Où il y a une fenêtre.

[3] Les habitants hors les militaires

 

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Juin 1669 - Prostitution et prison à Thionville

Publié le par Persin Michel

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre  « la maison à soldats »  Scène datant du 19ème siècle

Gravure tirée de l’ouvrage : « La prostitution contemporaine » chapitre « la maison à soldats » Scène datant du 19ème siècle

Si je regarde très loin dans le rétroviseur, soit 347 ans en arrière, je vois une certaine Madeleine Schaff, veuve d’un nommé « Roclos », alors soldat de la garnison de Thionville.

Cette Madeleine Scharff, fait l’objet d’une lettre du lieutenant général civil et criminel au bailliage du siège royal de Thionville, pour le procureur du roi de la ville, afin de lui signifier que ladite Madeleine Schaff a été constituée prisonnière aux prisons royales du bailliage [1] sur demande dudit procureur du roi en la ville de Thionville à cause de la prostitution de son corps et autres faits par lui constatés.

Suite à cet emprisonnement, ladite Schaff a été condamnée au bannissement de trois ans hors la ville et à une amende de cinquante livres tournois comprenant les frais de justice. Pour payer cette amende, la pauvre n’a aucun moyen, et comme elle a déjà passé plus d’un mois en prison, elle demande à vendre un bien afin de pouvoir payer l’amende et quitter ladite prison.

Dans cette lettre, le lieutenant général civil et criminel au bailliage de la ville signifie au procureur, qu’il autorise ladite Schaff à vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales et lui faire grâce d’avoir tenu la prison aussi longtemps.

 

[1] Les prisons royales ne sont que quelques cellules, se trouvant en général dans les locaux du bailliage (Beffroi)

La suite nous est donnée par un acte du 6 juin 1669, dressé par les notaires royaux de la ville de Thionville, devant témoins et en présence de Madeleine Scharff, veuve du soldat « Roclos » de la garnison de la ville, acte s’ensuivant de la requête faite par elle-même à monsieur le lieutenant général civil et criminel de la ville, lui demandant l’autorisation de vendre quelques héritages pour être élargie des prisons royales de ce siège de Thionville.

Sur consentement du procureur du roi en date du 3 juin de cette année 1669, elle reconnaît avoir vendu pour toujours et irrévocablement, à l’honnête Nicolas Crespin, tailleur d’habits et bourgeois de Thionville et à Madeleine Chopsein, sa femme, un verger situé au village de Volkrange, derrière l’église à coté d’un bien d’église et du chemin communal. Eve Agathe Wirfel, sa mère, et son mari Noël Liger ont l’usufruit leur vie durante [1] sur ce terrain.

Sa mère, Eve Agathe Wirfel, renonce à cet usufruit et vie durante sur ledit verger, qui peut ainsi être vendu pour 12 écus blancs [2] que les acheteurs ont payé comptant et qui seront employés pour l’élargissement de prison de ladite Schaff.

Les témoins sont Pierre Joan et Jean Beran, tous les deux sergents royaux du bailliage de Thionville.

Ces actes nous montrent d’une part, qu’au 17ème et 18ème siècle, la prostitution est un délit réprimé par la loi en vue de son éradication. Les peines sont l’emprisonnement et le bannissement assorties d’une amende. Le bannissement peut être limité dans le temps, ici trois années, et limité dans l’espace, on était banni de la ville ou de la province. Dans certaines régions, la loi est plus dure et peut amener au bagne.

La prostituée est dans un premier temps mise en prison, puis jugée et quand elle a payé l’amende infligée par les magistrats, elle sort de prison pour partir en exil pendant le temps du bannissement. Toutefois, vers le milieu du 18ème siècle, la justice s’adoucit et les mesures prises sont assez peu appliquées.

Dans notre cas nous voyons que Madeleine Schaff était mariée avec un soldat de la garnison de Thionville, elle avait peu de biens, sa mère s’était remariée avec un bourgeois de la ville et quand son soldat de mari est décédé, elle s’est probablement trouvée rapidement sans ressource. Thionville est une ville de garnison où les hommes sont nombreux, seuls et souvent désoeuvrés, une jeune veuve peut très rapidement basculer dans la prostitution pour assurer sa subsistance. Mais la ville est petite et tout se voit, se sait, quelques soupçons venant aux oreilles du procureur et la machine judiciaire se met en route ne laissant que peu de chance d’échapper aux châtiments.  Elle semble être restée plus d’un mois emprisonnée, ne pouvant payer l’amende. Elle n’a qu’un verger à Volkrange qui lui reviendra à la mort de sa mère qui en a l’usufruit sa vie durante, et c’est sa mère qui en renonçant à cet usufruit permettra la vente du bien, le paiement de l’amende et la sortie de prison. Après Madeleine Schaff quittera la ville pour trois années, mais libre.

 


[1] Il semble ici que sa mère Eve Wirfel se soit remariée avec Noël Liger, mais qu’elle était mariée précédemment avec un certain Schaff, duquel elle a eu cette fille Madeleine. L’usufruit sa vie durante sur le verger lui venait de ce précédent mariage échouant donc à sa fille Madeleine.

[2] Un écu blanc vaut en général 3 livres tournois et demie soit pour 12 écus, 42 livres tournois

 

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