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1705 – Thionville : Rubrique faits divers

Publié le par Persin Michel

 

A l’époque, pas de journaux, pas de rubrique faits divers, mais des procès-verbaux d’enquêtes faites  par le  bailliage  dans le cadre d’incidents, d’accidents ou autres atteintes à l’ordre public.

 

Ces procès verbaux écrits à la hâte sont particulièrement difficiles à lire et à interpréter, toutefois en voici deux que vous trouverez transcrits en langage courant, les textes d’origine étant encombrés de redites et de termes juridiques du début du 18ème siècle, encore compliqués par la fâcheuse habitude prise par les nouvelles autorités française (Thionville n’est française que depuis une cinquante d’années) de traduire les noms propres d’origine luxembourgeoise ou allemande en français !

 

Un homme enseveli par l’effondrement d’une cheminée

 

Le 26 février 1705, une certaine Madeleine Boyon fait avertir les autorités du bailliage en la personne d’Etienne Hue de Saint-Rémy, conseiller du Roi, lieutenant général civil et criminel de ce siège, que son beau-frère, Dominique Maréchal, manouvrier à Thionville étant allé à la pêche près de la redoute qui est vis à vis du moulin de la ville [1], est entré dans cette redoute pour y prendre du feu dans la cheminée et ainsi allumer sa pipe. Mal lui en prit, car à ce moment le plancher et la cheminée de la redoute, se sont effondrés, l’ensevelissant sous les gravats. Des maçons qui travaillaient là, sont venus à son secours, l’ont déterré et trouvé mort.

 

Nous avons donc dépêché sur place notre huissier  et le sieur Metzinger, chirurgien juré de la ville pour examiner le corps.  Le cadavre fut trouvé sur place et examiné, il ne présentait ni blessures, ni meurtrissures, mais l’ayant fait déshabillé, il fut trouvé sur son corps, sous sa chemise, dans ses bas, sous sa ceinture, des débris de chaux et de ciment. De plus  une grande partie du haut de son corps était de couleur violette et pourpre ce qui laisse penser qu’il a été étouffé et a suffoqué sous les gravats de la cheminée comme le laisse à penser plusieurs témoignages de personnes l’ayant tiré de dessous les gravats. Son corps a été conduit à la conciergerie du bailliage dans l’attente du témoignage des témoins

 

Témoignages :

 

François Delhaye, brasseur à Thionville, âgé de 42 ans, témoin assigné qui confirme ne pas être de la parenté du mort, ni à son service puis dépose qu’il ne sait rien de l’accident mais qu’il peut dire que Dominique Marchal était un honnête homme, catholique et qu’il avait fait dimanche passé, ses dévotions à l’église des capucins. [2]

 

 

 

[1] Le moulin se trouvait vers la place Marie-Louise où existe toujours les bâtiments du moulin « Nouviaire ». Là se trouvait la porte de Metz.

[2] Ce témoin  qui ne sait rien de l’accident est un témoin de moralité.

Michel Kaikin, maçon de Thionville, âgé de 55 ans, témoin assigné, dépose que  ce jour, vers les 10 ou 11 heures du matin, il travaillait avec d’autres à la démolition de la redoute qui se trouve proche du moulin de la ville. Il fut surpris d’entendre un grand bruit qui provenait d’une cheminée et d’un décombre du plancher qui venait de tomber.

 

Etant allé voir si cet abattement de cheminée n’avait pas été cause de quelques malheurs, il accourut avec d’autres et trouva un petit garçon, un fils de Nicolas Virt, qui était enterré sous les décombres qui venaient de tomber. Il n’avait que la tête qui dépassait dehors les gravats et nous dit d’une voix étouffée que d’autres personnes étaient encore sous les ruines du bâtiment. Avec les autres personnes accourues, nous ôtèrent sur le champ des briques et des pierres et on retira des ruines de la redoute, le petit garçon.

Celui-ci nous expliqua qu’il y avait un grand homme avec un habit de tirtaine [1] qui était venu allumer sa pipe et qui avait eu le malheur de rester sous les ruines. Avec les autres personnes nous enlevèrent encore des gravats et des pierres où l’on trouva le corps dudit Dominique Maréchal qui était un homme de bonne vie et mœurs, de religion catholique et que ce fut un accident que sa mort.

 

Jean Chastelin, bourgeois de Thionville, âgé de 62 ans, après avoir prêté serment de dire la vérité et de dire qu’il n’était pas famille, ni serviteur, ni domestique des parties dépose qu’il est accouru comme les autres quand il a entendu le bruit de la cheminée et des décombres de la redoute qui sont tombés. Quand il est arrivé, il fut surpris de voir un petit garçon qui était enseveli sous les ruines du bâtiment, lequel ne pouvait parler qu’avec peine, mais revenu à lui, il nous déclara qu’il y a avait encore 2 personnes sous les ruines. Aussi nous fûmes quelques temps à dégager les gravats et nous trouvèrent un autre petit garçon, qui lui avait perdu la parole et ne la retrouva que lorsqu‘on lui donna à boire. Une fois revenu à lui, il nous dit qu’il y avait encore un grand homme sous les ruines. Avec les témoins sur place nous enlevèrent encore des briques et nous trouvâmes ledit Dominique Marchal qui était mort étouffé sous les ruines du bâtiment. Il était un bon catholique qui avait encore fait ses dévotions dimanche passé.

 

Jean Pultier, maçon de Thionville, âgé de 44 ans après son serment de dire la vérité, expliqua qu’il connaissait Dominique Marchal, que c’était un bon catholique, qu’il fréquentait souvent les églises et les sacrements et que sa mort était arrivée par accident imprévu car il était présent quand la cheminée était tombée sur son corps. Il dit avoir aidé a le déterrer et à le sortir des ruines de la redoute mais qu’il ne sait rien de plus.

 

Après avoir entendu tous ces témoins, il a été décidé par le lieutenant général civil et criminel, Etienne Hue de Saint-Rémy, que le cadavre du sieur Dominique Marchal, serait enterré en terre sainte [2], avec les cérémonies ordinaires et accoutumées.

 

NB : Toutes les affirmations sur la religion catholique de Dominique Marchal, sur sa conduite de bon chrétien et sur la nature accidentelle de sa mort, n’avaient d’autre but que de permettre sa sépulture au cimetière paroissial.

 

[1] Tissu grossier fait de coton, de lin et de laine mélangés aussi appelé Tiretaine ou tritaine.

[2] C’est à dire au cimetière paroissial.

Une affaire d’enfant naturel et de violences

 

 

Il se trouve que quelque temps avant cet accident, le 7 janvier 1705, une autre enquête conduite par le même lieutenant général civil et criminel, Etienne Hue de Saint-Rémy, a mis en cause le domestique du premier témoin dans cette affaire d’accident, je parle ici du témoin de moralité, François Delhaye, brasseur à Thionville, âgé de 42 ans.

 

L’objet de l’enquête est de savoir qui est le père d’un enfant et s’il est l’auteur des violences commises envers la mère de l’enfant.

 

La mère se trouve être Anne Marie, jeune fille « imbécile » au service de Rémy Suisse [1], laboureur à la cense de Vonnerhof (Marienthal) et le père supposé et auteur de violences envers Anne Marie se trouve être George Laurent [2], valet et domestique de François Delhaye, brasseur à Thionville. Pour arriver à la vérité plusieurs témoins furent entendus, voici ce qu’il déclarèrent : (Toute l’enquête est menée en langue germanique)

 

Anne Augustin, sage femme âgée de 60 ans et demeurant à Guentrange qui après les formules d’usage précisant qu’elle n’est liée en aucune façon aux parties dépose qu’il y a 10 ou 12 ans qu’elle connaît Anne Marie pour lui avoir vu garder les troupeaux de la cense de « Vonnerhof ». Il y a environ 2 mois, ayant perdu un veau, elle a parlé à Anne Marie pour lui demander si elle ne l’avait pas vu, c’est à cette occasion qu’elle s’est aperçue qu’elle était enceinte à la grosseur de son ventre. Cela l’engagea à lui demander qui était l’auteur de sa grossesse, après biens des difficultés, elle dit que la vérité était qu’elle était enceinte des œuvres de George « Goeury ». Après les couches, c’est elle qui apporta l’enfant, un garçon, à la ville, où il fut baptisé à l’église paroissiale et ce qui l’engagea à porter cette enfant à l’église c’est que sur son lit de couches, encore alitée, Anne marie lui confirma que le père était bien George « Goeury ». Bien entendu elle à toujours su qu’Anne Marie était « imbécile » d’esprit et que ce n’était pas la première fois qu’elle se laissait engrosser puisqu’il y a 3 ou 4 ans qu’un garçon du « Quartier du Roi » (Terville), aujourd’hui parti à la guerre l’avait pareillement engrossée et que l’enfant était actuellement chez la mère du soldat qui se chargeait de l’élever.

 

Rémy Suisse, laboureur, à la cense de Vonnerhof, âgé de 60 ans qui après le serment et les formules d’usage, dépose qu’ Anne Marie demeure chez lui depuis 10 ans et que pendant tout ce temps, il s’est aperçu qu’elle était « imbécile » et faible d’esprit et que depuis qu’elle est à son service, elle a fait deux enfants à savoir un premier avec un certain Jean du « Quartier du Roi » actuellement absent car au service du Roi et le deuxième avec George « Goeury » qui est l’objet de cette plainte. Il sait qu’il travaillait dans une vigne proche qui appartenait à François Delhaye, brasseur à Thionville, et qu’il appelait souvent Anne Marie qui gardait son troupeau pour lui donner du pain blanc et de la bière, qu’elle ramenait à la cense.Quand je lui demandais qui lui avait donné ce pain et cette bière, elle répondait que c’était George « Goeury ». Je lui ai demandé qui l’avait  engrossée cette fois ci, ne voulant pas répondre, je dus la menacer de la renvoyer pour qu’elle me dise qu’un jour gardant le troupeau, elle fut appelée par George « Goeury » qui travaillait à la vigne, quand elle arriva près de lui, il la renversa sur un fagot de ceps de vigne et la connu charnellement.

Rémy Suisse dit alors qu’il avait eu envie de la chasser de sa maison, mais que c’est monsieur le procureur du Roi qui lui avait dit de n’en rien faire. Il l’a donc gardée par charité et l’a fait soulager lors de ses couches, en appelant la sage femme qui arriva après que l’enfant soit né. Mais pendant le plus fort de ses douleurs, elle a toujours dit, n’avoir pas connu d’autre homme et que le père de l’enfant était George « Goeury ».

 

 

Marguerite Koch, femme de Rémy Suisse [3], âgée de 50 ans, dépose qu’elle vit dans sa maison depuis 10 ans et qu’elle a toujours su qu’elle était faible d’esprit et incapable de faire la moindre chose qui soit conforme au bon sens. De plus, elle a la facilité de se faire engrosser par les garçons, tout d’abord par un garçon de Terville qui lui a fait un enfant à la garde de la mère dudit garçon et maintenant, la malheureuse s’est laissée engrosser par l’accusé, George « Goeury », valet du nommé François Delhaye. Pressée de question elle me raconta la même chose qu’à mon époux et s’il est vrai de depuis sa grossesse je n’ai pas vu de familiarité entre Anne Marie et ledit George « Goeury », il est vrai aussi que l’accusé se sentant offensé avait attendu Anne Marie qui se rendait à l’église de Guentrange et l’avait battue et maltraitée à grand coups de bâton et qu’il l’aurait assommée si l’on n’était pas venu à son secours. Voilà ce qu’elle sait de l’affaire.

 

 

Anne (illisible), jeune fille servante à Rémy Suisse dépose qu’elle a vu Anne Marie pendant l’été qui causait dans une vigne qui appartenait au nommé Delhaye, avec l’accusé qui lui donnait du pain blanc qu’elle ramenait à la cense. Qu’un jour de dimanche, George « Goeury », croyant que personne n’était au logis, était venu à la cense voir Anne Marie, de sorte que sur le bruit qu’elle entendit, elle se rapprocha et elle a entendu et vu que l’accusé lui donnait des coups de bâtons en lui disant : « Pourquoi dis tu que c’est moi qui t’as rendu enceinte, je t’ai donné autrefois du pain blanc et de la bière à boire, une autre fois tu n’auras rien ». Cela en continuant à la maltraiter, Anne Marie fut obligée de se sauver derrière la maison pour lui échapper. J’ai aussi entendu dire par la nommée Elisabeth qui logeait à la cense dans la même maison qu ‘Anne Marie, que l’accusé était venu lui dire : « Pourquoi tu dis que c’est moi qui t’as fait un enfant, tu dois dire que c’est un soldat » et comme Elisabeth s’était montrée, il était parti.

 

Le rapport qui fut fait par le lieutenant général civil et criminel du bailliage au procureur du roi, relate les faits évoqués par les témoins et précise que ladite Anne Marie est hors d’état de nourrir et s’occuper de l’enfant et convoque une audience ultérieure du tribunal.

 

Malheureusement, le rapport de cette audience ultérieure n’a pas été trouvé, nous ne connaitrons donc pas la fin, même s’il est probable que seuls les faits de violences furent retenus contre ledit George « Goeury » qui dans les rapports officiels du bailliage est toujours dénommé George Laurent.

 

 

 

[1] De son vrai nom, Rémy Schweitzer. Suisse n’étant que la traduction française de Schweitzer.

[2] Dans les témoignages, en langue germanique, il sera appelé « Goeury »

[3] Rémy Suisse était aussi maire d’Elange

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1704 - Un duel à Thionville et le bourreau de la ville.

Publié le par Persin Michel

1704 - Un duel à Thionville et le bourreau de la ville.

 

Le 24 août 1704 eut lieu un procés extraordinaire fait par le lieutenant criminel au bailliage de Thionville à la requête du substitut du procureur général du roi au même siège à l’encontre de Jean Krieger, curateur établi au corps mort [1] du nommé « Aubry » qui vivant était sergent à la compagnie du sieur Brouk au régiment de pied [2] espagnol tenant garnison actuellement à Thionville.

 

Son corps fut déposé à la conciergerie du siège et il est accusé (le cadavre) de s’être battu en duel avec le nommé « Jollicoeur » aussi sergent dans la même compagnie.

 

Le curateur du corps mort du nommé « Aubry » fait appel au parlement de Metz, de la sentence rendue au bailliage de Thionville le 20 août 1704.

 

Cette sentence a établi et déclaré que le sieur « Aubry » a été suffisamment atteint et convaincu de s’être battu en duel et pour ce faire de s’être transporté, le 18 août 1074 à 6 heures du matin, avec le sieur « Jollicoeur » sergent dans la compagnie de Brouck, dans le bois d’Illange, éloigné de trois quarts de lieue de Thionville. Dans le duel il aurait été blessé d’un coup d’épée dont il serait mort.

 

Pour réparation, la sentence du bailliage a ordonné que le cadavre du sieur « Aubry » serait mis dans les mains de l’exécuteur de la haute justice [3] pour être trainé sur la claye la face contre terre [4] en lieux ordinaires et accoutumés de Thionville, puis pendu par les pieds à la potence qui est située sur la place d’armes de la ville et y demeurer pendant deux heures et ensuite attaché à un arbre, dans le bois d’Illange, sur le grand chemin de Metz. Ses biens acquis et confisqués au profit de sa majesté.

 

A l’égard du sieur « Jollicoeur », il est ordonné qu’il sera fait perquisition [5] de sa personne pour être pris et appréhendé au corps et conduit dans la prison du bailliage et son procès extraordinaire fait et parfait, sinon par contumace.

 

Dominique « Ninoy » procurateur à la cour établi par elle comme curateur du cadavre du sieur « Jollicoeur » [6] a été entendu en la chambre du conseil et le bureau a tout considéré. La cour dit qu’il a été bien jugé et sans grief.

 

Signé, le 20 août 1704, au parlement de Metz.

 

NB: Les noms propres ne sont absolument pas fixés à cette époque et peuvent varier au sein d'un même document.

 


[1] Avocat nommé pour la défense du cadavre.

[2] Probablement des dragons.

[3] A cette date, l’exécuteur des hautes et basses œuvres, c’est à dire le bourreau de la ville, est Jean Pierre Dalenbourg, son fils reprendra la charge à sa suite.

[4] Suivante l’ordonnance de 1670, les suicidés ou personnes s’étant défaites eux-même, devaient être traînées par la ville, sur un brancard de bois (la claye ou claie). Le duel rentrait dans ce cadre.

[5] Il sera recherché.

[6] Le duel était en général puni de mort.

Dessin au trait d'un supplicié tiré sur la claie.

Dessin au trait d'un supplicié tiré sur la claie.

Thionville en 1750 - La place d'armes  est au centre des N° 60 - 61 -62

Thionville en 1750 - La place d'armes est au centre des N° 60 - 61 -62

Le bourreau de Thionville

 

Dans le document relatant le duel de 1704, on fait référence au maître des hautes et basses œuvres [1] de Thionville, c’est à dire au bourreau [2] de la ville, chargé d’exécuter les sentences du bailliage.

Un document du 8 juin 1748, nous donne quelles indications sur cette charge de bourreau à Thionville, en voici l’essentiel :

« Nous lieutenant général, conseillers et gens du bailliage et siège royal de Thionville, au vu des lettres patentes de provisions obtenues de sa majesté par Jean Dalembourg, fils du défunt, Jean Pierre Dalembourg, vivant, maître des hautes et basses œuvres de la ville de Thionville, exécuteur des jugements et sentences criminels, des hautes et basses œuvres de Thionville, faubourgs et villages du ressort du bailliage que tenait et exerçait le défunt Jean Pierre Dalembourg, son père, pour en jouir conformément aux lettres patentes datées de Paris du 11 avril 1748 et signées par le Roi.

Les dites lettres à nous adressées et scellées du grand de cire jaune pendant au parchemin, la requête présentée par le sieur Jean Dalembourg, aux fins qu’ils nous plaisent de le recevoir à l’office d’exécuteur des jugements, sentences criminels des hautes et basses œuvres de Thionville, faubourgs et villages du bailliage.

L’assemblée du bailliage a été informée de la vie et mœurs du sieur Jean Dalembourg, de sa religion, naissance et de son affection au service du Roi, cette information faite et communiquée au procureur du Roi. Tout considéré, nous ordonnons que le sieur Jean Dalembourg sera reçu à l’office d’exécuteur des jugements et sentences criminels des hautes et basses œuvres de la ville, des faubourgs et villages en ressortant.

A lui d’en jouir conformément aux lettres de provisions,  et de prêter le serment requis dans ce cas.

Fait et délibéré à Thionville en la chambre du conseil le 8 juin 1748.

 

Signé : FringanLarminat et 2 autres signatures illisibles.

 

A l’instant le sieur Jean Dalembourg, présent à l’audience à prêté le serment ordonné par notre présente sentence d’être fidèle au Roi et de bien fidèlement exécuter son office.

 

Signé : Jean Dalembourg

 

Référence archives: ADM B4277

 


[1] Les hautes œuvres consistaient à l’exécuter les sentences de mort, le marquage aux fer rouge, la mise au carcan… Les basses œuvres étaient  moins « valorisantes », c’était l’équarrissage, le nettoyage, l’abattage d’animaux errants…

[2] Le bourreau était plutôt craint et méprisé par les habitants, si dans d’autres villes, il habitait en dehors des murs, à Thionville son logement se situait vers la porte de Luxembourg, en la rue de la vieille porte appelée au moyen-âge, la rue de la culbute !

 

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1737 - Thionville "Agnès de Bock vend sa maison..."

Publié le par Persin Michel

"Aujourd'huy 25 avril 1737, moi noble Agnés de Bock (1), veuve du défunt monsieur Estienne Hue de Saint-Rémy (2) en son vivant, escuyer, seigneur d'Inglange, de la Petite-Hettange et autres lieux, lieutenant général civil et criminel du bailliage et siège royal de cette ville, dame d'Inglange, de Petite-hettange et autres lieux, demeurante en cette ville de Thionville, ne me trouvant point en état de rétablir la maison qui m'appartient en cette ville, provenant et acquise de defunt George de Clémery (3) et dans laquelle réside actuellement monsieur et madame Dethier (4).

Le toit de même que les murs, planches, vitres, portes sont absolument hors d'état de servir, c'est pourquoi, après une délibaration du consentement et à l'assistance de Catherine et Suzanne de Saint-Rémy (5), mes deux filles, j'ai par les présentes vendu, cédé, quitte et abandonne pour moi et les miens, dès maintenant à toujours, irrévocablement et à jamais en tous droits de propriété, fonds et tréfonds au sieur Guillaume Oger Dethier, escuyer, brigadier des armées du Roi demeurant en cette ville et a dame Catherine de Bock son épouse que le sieur Dethier autorise à l'effet des présentes et acceptant pour eux et les leurs, la maison qui m'appartient située rue de la vieille porte, régnante au midi sur ladite rue et au septentrion aboutissant sur les remparts de cette ville, le nommé Cosse et la dame Coussidon au levant d'une part et le sieur Louis Fringan (6), conseiller au bailliage de cette ville, au couchant d'autre part et dans laquelle la famille Dethier réside actuellement. La vente se fait avec tout ce que contient la maison sans en rien excepter, ni retirer. Cette présente vente a été faite de la maison qui est franche et quitte de tous cens, rentes, dettes et hypothèques pour la somme de 10.000 livres tournois (6) de prix principal. Ladite somme de 10.000 livres tournois m'a été comptée et réellement délivré en bonnes espèces d'argent sonnant en écus de 6 livres (7) dont je tiens contente et satisfaite et quitte sans qu'il soit besoin d'autre quittance que la présente.

En foi de quoi, je subroge lesdits sieur et dame Dethier en mon lieu et place, consentant qu'ils entrent dès à présent dans la pleine, réelle et actuelle propriété, possession et jouissance de ladite maison avec promesse de la leur garantir, fournir et faire valloir la présente vente envers et contre tous à toujours de tous troubles, évictions et empéchement à l'exception des faits du Roi sous obligation de tous mes autres biens meubles et immeubles présents et futurs et comme Catherine et Suzanne de Saint-Rémy, mes filles, sont encore mineures, je m'engage à leur faire ratifier la présente vente quand elles seront majeures. De même qu'en cas de mariage par leurs futurs époux au bas des présentes sans autre formalité en foi de tout quoi j'ai signé les présentes, que j'ai de même fait signer à mes deux filles et mis au bas le cachet de mes ames et aussi le sieur et dame Dethier signe avec son épouse et met le cachet de leurs armes au bas des présentes.

A l'instant, j'ai remis au sieur Dethier et à sa dame, tous les titres et papiers concernant ladite maison au nombre de 162 pièces parmi lesquelles, il y a plusieurs pièces de plusieurs feuillets qui sont cotés de la marque Bock de Saint-Rémy".

Fait en double entre nous à Thionville le 25 avril 1737."

Les signatures

Les signatures

Les cachets armoriés

Les cachets armoriés

(1) Agnés Marguerite de Bock :

Elle est née le 14 octobre 1682, elle a donc 55 ans lorqu'elle vend cette maison. Elle est mariée à Etienne Hue de Saint-Rémy, seigneur d'Inglange, de Petite Hettange et autres lieux, il est lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville, il est déjà décédé le jour de cette vente.

Elle aura 2 filles: Catherine Hue de Saint-Rémy et Suzanne Hue de Saint-Rémy.

Son père était Jean Nicolas de Bock, chevalier, seigneur d'Algrange né le 20 février 1648 qui d'origine Luxembourgeoise, région d'Arlon aujourd'hui en Belgique, se fit connaître en France et reçu des lettres patentes enregistrées au parlement de Metz le 25 février 1723.

Sa mère était Agnés Marie Scharff, une importante famille de Thionville.

Elle avait aussi plusieurs frères et soeurs: Etienne, François, Marie Elisabeth et Catherine impliquée dans cette vente. Tous firent de très bons mariages et occupèrent des emplois prestigieux.

La famille de Bock est une famille qui possède de nombreuses métairies dans les villages autour de Thionville, comme à Volkrange, Elange ...

 

(2) Etienne Hue de Saint-Rémy :

Il est né en 1670 à Thionville, comme son père Claude François Hue de Saint-Rémy, il deviendra  lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville. Ils furent seigneurs d'Inglange, Petite Hettange et possèdaient de nombreuses propriétés dans toute la région.

Sa mère était Marie Thérèse de la Cour. Son père est mort à 39 ans à Thionville et fut inhumé dans la chapelle Notre Dame des Augustins.

 

(3) George François de Clémery :

Descendant d'une famille de Lorraine anoblie par Charles IV en 1653. Il était seigneur d'Inglange et de Petite Hettange et lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville.

 

(4) Guillaume Oger de Thier (orthographié ici Dethier):

Anobli en 1722 par Louis XIV, chevalier de Saint Louis, brigadier des armées du Roi, il terminera sa carrière comme maître de camp de l'infanterie. Il était originaire de Maastricht. Il fut très contesté par les historiens qui le disent habile à se faire valoir et à "augmenter" ses exploits guerriers et ses origines. Il eut 2 fils qui furent capitaines au régiment de Languedoc et 1 fille qui fut religieuse à la visitation à Metz.

Il était donc marié à Catherine de Bock, née le le 17 juillet 1689 à Thionville, soeur d'Agnés Marguerite de Bock.

 

(5) Catherine de Bock :

Fille de d'Agnés Marguerite de Bock et d'Etienne Hue de Saint-Rémy, mariée à Joseph de Sancy, seigneur de Malavillé, chevaleir de Saint-Louis et lieutenant colonel du régiment de Penthièvre.

Suzanne de Bock :

Fille de d'Agnés Marguerite de Bock et d'Etienne Hue de Saint-Rémy, mariée à François Théodore de Gargan du Chatel, écuyer, chevalier de Saint-Louis etlieutenant colonel du régiment de Montmorin.

 

(6) Louis Fringan :

Conseiller du Roi au bailliage de Thionville.

 

 

(7) 10.000 livres tournois:

Somme assez considérable pour l'époque surtout si l'on considère que la maison est décrite comme en très mauvais état.

Par exemple, une belle maison à la campagne valait en 1788 environ 1400 livres et une maison de campagne rustique avec son verger valait 270 livres en 1767.  Même ne tenant compte du doublement de la valeur de l'écu entre 1690 et 1730, ce prix reste toutefois élevé.

Maintenant, on ne connaît pas l'importance de la maison, ni son contenu car la maison est vendue meublée et équipée. La rue de la vieille porte était à cette époque habitée par des notables, pas les plus riches, car ceux-ci habitaient de préférence aux alentours direct de la cour du château et de l'église Saint-Maximin. Les rues qui se trouvaient plus éloignées du centre comme la rue de l'hôpital ou la rue du four banal étaient "réservées" aux habitants moins fortunés, commerçants et artisans.

NB: La livre tournois était une monnaie de compte et n'existait pas en tant que pièce de monnaie.

 

(8) Ecu de 6 livres :

Vers 1690, cet écu dit  "écu blanc" valait 3 livres et 6 sols, toutefois dix ans plus tard, il valait 5 livres puis rapidement, il monta à 6 livres et le resta jusqu'à la révolution où il fut remplacé par la pièce de 5 francs (Hercule)

Brigadier du Roi

A l'origine, ce titre n'était pas un garde de l'armée, mais vers 1667, dans les guerres incessantes du roi soleil, on créa cette fonction qui consistait à porter les ordres dans les divers bataillons qui étaient engagés. A cheval, le brigadier galopait d'une brigade à une autre, passant les ordres. L'armée s'en trouva plutôt satisfaite, on créa donc ce grade dans les différentes armes où ils purent progresser dans la hiérarchie militaire.

 

Sources ADM Hennequin  3E7748

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2013 -2014 Thionville miscellanées

Publié le par Persin Michel

Bonjour à tous,

 

Certains m'ont demandé d'avoir sous forme papier, l'ensemble des articles parus sur le blog depuis le début soit de janvier 2013 jusqu'à décembre 2014.

 

Aujourd'hui, c'est possible sous la forme d'un livret de 81 pages, au format A4, contenant 33 articles touchant à de multiples aspects de l'histoire de Thionville ou des villages alentours.

 

Ce livret est consultable gratuitement aux Archives Municipales de Thionville.

 

Vous pouvez aussi vous le procurer pour 15€ franco de port en me laissant un message par la messagerie du blog et en me donnant votre adresse.

 

 

 

 

Couverture du livret - Format A4 - 81 pages - Illustrations couleurs.

Couverture du livret - Format A4 - 81 pages - Illustrations couleurs.

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